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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 23:02

titre1/ Introduction à la politique intérieure.

 

Chulalongkorn (จุฬาลงกรณ์) est né à Bangkok le 20 Septembre 1853. Il est le fils ainé du roi Mongkut (Rama IV) et de la reine Debsirindra. Le prince a 15 ans lorsque son père meurt le  1er octobre 1868 des suites de la malaria contractée lors d’une expédition menée pour observer l’éclipse de soleil du 18 août 1868.

 

eclipse bonne

 

Un Conseil de régence présidé par Sri Suriyawongse ศรีสุริยวงศ์, l’ancien premier ministre du roi Rama IV, le fait roi  le 11 novembre 1868. Sri Suriyawongse va diriger le pays jusqu’au 16 novembre 1873, et céder alors le pouvoir à la majorité du roi. 

Rama V  va régner pendant 42 ans jusqu’à sa mort, le 23 octobre 1910,   après avoir eu 77 enfants, de 36 de ses 92 femmes (dont ses quatre demi-sœurs). C’est le grand- père de l’actuel roi de Thaïlande Rama IX.

 

Le roi Chulalongkorn fait l’objet d’un véritable culte en Thaïlande. Le jour de sa mort, le 23 octobre (1910) est un jour férié et est l’occasion de lui rendre hommage.

 

obseques


Il est considéré comme le père de la Nation, « le roi réformateur », celui qui « a entrepris des réformes dans les domaines de l'administration, de l'économie, de l'éducation, de la science, qui ont transformé la société traditionnelle et posé les fondations d'un Etat moderne », comme le dit un  communiqué de l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) à l'occasion du 150e anniversaire de sa naissance. Il est également toujours présenté comme le roi qui a mis fin à l’esclavage et qui a évité la colonisation de son pays.

 

modernisateur]


Ainsi par exemple W.A.R. Wood, in « A History of Siam » signale aussi que les principaux événements de son long et mémorable règne ont été la création de la poste, du télégraphe et du chemin de fer ainsi que la réorganisation du système judiciaire et administratif selon le modèle occidental. Mais il doit sa renommée au fait d’avoir aboli progressivement puis définitivement l’esclavage en 1905. Rien qu’à ce titre, dit Wood, il mérite le titre de Chualongkorn « le Grand », comme  l’ont été avant lui le roi Ramkhamhaeng de Sukhotai et le roi Naresuan d’Ayutthaya.


Par contre, Wood ne cache pas qu’il dut en 1893 –sans en donner les circonstances- payer à la France une indemnité de 3 millions de Francs et céder une partie de Luang Prabang et le reste en 1907. *


Bref, on l’aura compris, tous les résumés dressent le portrait d’un roi qui a non seulement réformé et modernisé son pays, mais aussi créé des nouvelles institutions, aboli l’esclavage et la corvée et dut lutter et négocier avec les puissances colonisatrices anglaises et françaises pour éviter que son pays ne soit colonisé. Il fut aussi le premier roi siamois à voyager en Asie et en Europe.


Autant dire que le récit de son règne devrait être passionnant, surtout que les sources sont nombreuses, mais nécessiteront néanmoins  des choix, une chronologie, des événements, un chemin, sinon une intrigue.

Donnons –nous quelques repères avant de commencer.

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Son enfance. Sa formation. (1853- 1868)


Il faudra sans nul doute évoquer son enfance, la formation traditionnelle certes, mais aussi celle encouragée par son père, ouvert à la culture occidentale, à la langue anglaise et à la science. Il accompagnait son père lors de l’expédition « scientifique » d’observation de l’éclipse de soleil du 18 août 1868, à l’issue de laquelle  le roi Mongkut décéda. Chulalongkorn n’avait que 15 ans.

Le problème de la succession va se poser, comme lors de toutes les successions au royaume de Siam. Sri Suriyawongse, (ศรีสุริยวงศ์

siriyawong

 

l’ancien premier ministre du roi Rama IV, et l’homme fort du pays, va alors former un Conseil de régence et gouverner le pays jusqu’à la majorité du roi Chulalongkorn.


La Régence. (11 novembre 1868- 16 novembre 1873)

 

Sri Suriyawongse a-t-il été tenté de prendre le pouvoir ? Il en avait les moyens.

Sans revenir à son ancêtre Cheik Ahmad venu de Perse au début de 1600,

 

shick ahmed

 

et parvenant à devenir 1er ministre du roi Songtam (1611-1628), Sri Suriyawongse descend d’une famille qui a eu la mainmise sur la politique siamoise, le commerce et les affaires étrangères.

Son père fut le ministre du Kromma Tha (commerce et affaires étrangères) de Rama III, et contribua à la succession de Rama IV. Il fut honoré du plus haut titre de Somdet Chao Phraya  rarement accordé.  (Le 1er avait été donné au futur Rama I par le roi Taksin). Il eut toujours la mainmise sur le commerce et les affaires étrangères, avec une famille occupant les plus hauts postes du Palais et de l’administration, jusqu’à sa mort le 6 avril 1855.

Un coup d’oeil sur les postes occupés par quelques-uns de ses fils donne assez une idée du pouvoir de cette famille. Et il eut 30 fils et 31 filles ! D.K Wyatt signale que sous Rama V  ils étaient 394 !!! (Cf . en note**)

 famille bunnag

 

Toujours est-il que le 11 novembre 1868,  le régent proclame que le fils aîné du roi Mongkut, Chulalongkorn, est désormais le roi. Il lui cédera le pouvoir le 16 novembre 1873, à sa majorité.

 

Les voyages de Chulalongkorn pendant la Régence.

 

Le fait marquant dans la formation du jeune roi sera les voyages qu’il a effectués en mars-avril 1871 à Singapour

 

singapour

 

et à Java et du 16 décembre 1871 au 16 mars 1872 en Inde anglaise (Calcutta, Delhi, Bombay, puis retour à Calcutta).

 

indes

 

Pour la première fois un roi du Siam sortait du royaume pour visiter d’autres pays (à l’exception de  Ramkamhaeng en Chine en 1282 ! ).

 

On dit (wikipédia, mais cela est repris partout) qu’en « Indonésie » il eut l’occasion « d’observer la construction d'un réseau de chemin de fer, la planification de la ville, la poste et les services télégraphiques, et les opérations des hôpitaux, les prisons, les tribunaux de la justice, les pompiers, les usines de tissage de toile, et les affaires militaires …». Et qu’en Inde, il étudiera le système politique et administratif  de la colonie anglaise.

Il reviendra –dit-on- avec des nouvelles connaissances, des idées « modernes », « occidentales », avec le désir de changer de nombreuses traditions siamoises. Et de citer  la cérémonie d’audience royale, les uniformes et les costumes, les coupes de cheveux …

 

Et beaucoup n’hésiteront pas à écrire : « Ce voyage fut plus tard la source de ses idées et de la méthodologie de la modernisation du Siam. » Il ne lui avait fallu que 4 mois !

 

(Il se rendra en visite officielle à Java à trois reprises, en 1871 donc, mais aussi en 1896 et en 1901.)

 

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Rama V commence à régner le 16 novembre 1873.

 

Les premières mesures du roi Chulalongkorn et le « conflit » avec le second roi Wichaichan (วิไชยชาญ)(28 déc-1874-25 fév 1875)


 prince-wichaichan-granger

  • Ses premières mesures vont modifier le cérémonial et le protocole de la Cour.

Rama V va abroger l’obligation de la prosternation, et autoriser les dignitaires à s’asseoir pendant les audiences royales. Ces mesures sont « révolutionnaires » tant le respect du cérémonial et de « l’étiquette », ont toujours été –jusque-là- la manifestation « sacrée »  du pouvoir absolu des rois du Siam. Les ambassades européennes à l’image de Finlayson en 1822 y voyaient des postures « bestiales », dégradantes qu’il attribuait « au pouvoir despotique du roi, (assimilé) à un frêle et débile mortel à la Divinité ». On se souvient des nombreux commentaires désobligeants lors de la réception impériale du 27 juin 1861 de l’ambassade siamoise en France concernant « l’usage, qui consiste à se coucher à plat ventre dès la porte de la salle de réception et à marcher sur les genoux et les coudes ». (Cf. article 131).

 

plat ventre

 

 

On peut voir la force, le « style»  de Chulalongkorn qui n’a pas peur d’affronter les traditionalistes et d’engager son pays dans la voie du changement, bouleversant certaines us et coutumes thaïes, comme par exemple la coiffure des femmes, et préconisant les tables et les costumes à « l’européenne ».

 

  • Tentative de coup d’Etat du second roi Wichaichan et/ou élimination  politique d’un dangereux rival. ( Fin 1874- février 1875 ) 

 

Le roi Chulalongkorn s’était doté en 1874 –sur le modèle britannique- d’un Conseil d’Etat et d’un Conseil privé  pour mener sa politique royale. Il estima, à juste titre qu’il devait reprendre en main les finances publiques.

 

Certains disent qu’en voulant remplacer l’ancien organisme corrompu qui levait les taxes, le roi remettait en cause les privilèges financiers du second roi, du « palais du devant » (Front palace) Krom Phra Ratchawang Bowon Wichaichan (ou Wichaichan) ou  Phra Chao Ong Yodyingyot (ou Yingyot) (พระองค์เจ้า ยอด ยิ่ง ยศ) (1838-1885), qui touchait jusqu’alors un tiers des recettes. 

 

On peut voir aussi au-delà de la reprise du contrôle de ses finances, le fait que Chulalongkorn s’en prît à un  adversaire politique redoutable, ami (allié ?) des Britanniques, qu’il soupçonnait d’un coup d’Etat proche. Wichaichan était effectivement puissant et était un Etat dans l’Etat.


Wichaichan n’avait pas succédé à son père Pinklao en 1866 (le frère de Mongkut), alors le second roi du roi Mongkut. Le jeune Chulalongkorn n’avait que 12 ans et le roi Mongkut avait des craintes pour sa succession, surtout que depuis 1865 le Prince était également le commandant des forces navales du Palais avant, avait sa propre armée de 2000 hommes et avait les faveurs du Consul général anglais Thomas George Knox.

 

thomas-knox-1.jpg

 

Le Régent Sri Suriyawongse, réussit néanmoins à le faire nommer second roi,  le 11 novembre 1868, malgré les réticences du Prince Vorachak … bref, on imagine les luttes de pouvoir.


La confrontation entre le roi Chulalongkorn et le Prince Wichaichan sera frontale en décembre-février 1875, avec une tentative armée du roi Chulalongkorn prenant le prétexte d’un incendie du palais du devant. Wichaichan s’enfuira de son palais le 2 janvier 1875 au Consulat britannique. Il faudra même l’intervention du gouverneur « des Etablissements des Détroits » arrivé à Bangkok le 18 février pour qu’une issue soit trouvée le 25 février 1875.


STRAITS.jpg

 

Wichaichan perdait son titre de second roi, était assigné dans son palais avec 200 gardes, et était pris en charge par Rama V. C’en était fini de son avenir politique. Le titre et la fonction de second roi (Upparat) seront même supprimés à sa mort en 1885.


Alors crise pour le partage des finances du pays,  coup d’Etat manqué ou élimination politique d’un rival dangereux ? Quel jeu ont joué les Britanniques ? et la famille Bunnag ?


Xavier Galland par exemple,  in « Histoire de la Thaïlande » est pour la thèse du coup d’Etat  :  « L’ampleur des réformes qui suivirent apeura les rangs conservateurs qui en 1875, soutinrent le Prince Wichaichan qui tenta de s’emparer du pouvoir. Il n’échoua que de peu mais nombre de réformes envisagées durent être mises de côté en attendant une conjoncture plus propice à leur mise en œuvre. Celle-ci se présenta quelques dix-ans plus tard, lors des morts de Suriyawongse (1883) et de Wichaichan (1886). La vieille garde alors décapitée fut progressivement remplacée par les propres frères de Rama V qui furent nommés aux postes clés ».


Le roi Chulalongkorn dut aussi intervenir en 1875 au Nord pour faire face aux « soldats/pillards » Héos, issus de la grande révolte des Taiping, que la dynastie des Qing mit 15 ans pour parvenir à les chasser.

 

revolte des taiping

 

Il se devait d’intervenir après la chute de Vientiane.


Nous reviendrons dans notre prochain article consacré à sa politique extérieure sur ce qu’a pu représenter la révolte des Taiping (1851-1864) et surtout  comment leur défaite en 1864 et leur fuite au Vietnam et au Laos auront des répercussions sur le nord du Siam et dans sa lutte contre les Français, en 1875, en 1885 et surtout en 1887, après leur pillage de Luang Prabang.


En 1875, le roi Chulalonkorng avait donc éliminé  un rival puissant et pacifié son « territoire » lao, il pouvait de nouveau donner toute la mesure à sa volonté réformatrice.


De la  réorganisation de l’Etat à la fondation d’un Etat « moderne » gouvernant sur l’ensemble du Territoire, et de la nécessité d’établir des frontières délimitées et reconnues.

 

  • La réorganisation de l’Etat, de l’administration du pays. 

Nous n’allons pas dans cette introduction vous faire le récit, qui ne pourrait être que fastidieuse, de toutes les nouvelles institutions, de toutes les réorganisations, de toutes les réformes qui sont souvent présentées comme un catalogue, mais qui omettent –à notre sens- d’expliquer deux « réalités  politiques » du règne du roi Chulalongkorn, à savoir :

  • Le roi de droit divin veut et va étendre son pouvoir à l’ensemble de son Etat ; un processus d’unification de l’Etat et de légitimation nationale nécessaires face aux deux puissances coloniales anglaises et françaises.

Là où auparavant le pouvoir royal était surtout concentré dans la capitale et délégué en province. (Et de la nécessité de définir ce qu’on entend par Etat, sa double signification, l’Etat souverain, la nécessité d’un territoire délimité, etc)

 

  • La mainmise de l’Etat par les frères et les fils.

Là où auparavant le pouvoir était partagé entre plusieurs familles princières.

 

  • Sans oublier l’appareil religieux bouddhiste mis au service de l’Etat. (Avec le patriarche, le demi-frère du roi )

 

« Le bouddhisme va jouer un rôle important « à la fois à la mise sur pied du nouveau système éducatif (Wyat 1969) et dans la centralisation administrative du pays. La cheville ouvrière de cette contribution de l’Eglise bouddhiste à l’Etat siamois fut le prince Wachirarayanwarorot, fils du roi Mongkut. »

 

« Wachirarayanwarorot, était le demi-frère du Prince Damrong,

 

damrong

 

père des réformes éducatives et administratives du rroi Chulalongkorn, ce qui contribua incontestablement  à favoriser le rapprochement entre le monde laïque et religieux. » (note 23 in Louis Gabaude, Politique et religion.)

 

  • La réorganisation et la création de ministères. Une autre façon de gouverner.

Lorsqu’il fut intronisé en1868, il y avait six ministères : le Ministère de l’Intérieur pour gouverner les villes du Nord ; le Ministère de la Défense pour gouverner les villes du Sud et pour contrôler l’armée et la marine ; le Ministère de l’armée royale ; le Ministère de la Maison Royale ; le  Ministère du Trésor pour gérer des affaires étrangères et le trésor royal ; et le Ministère de l’Agriculture pour gérer les fermes et les champs de riz.

Quatre nouveaux ministères seront créés. Dès 1875, le département des finances et des affaires étrangères seront séparés. Il faudra attendre

1887 pour voir la création d’un ministère de la défense et de l’éducation (et d’une Académie militaire royale);  1890 pour un ministère des travaux publics et 1891 pour le ministère de la justice.

( Le roi prendra soin de nommer aux postes militaires supérieurs ses propres fils qui avaient eu une formation militaire en Europe.)

 

Mais la grande réforme sera d’abolir le rôle des deux premiers ministres ; l’un qui dirigeait le nord et l’autre qui dirigeait le sud, pour confier  leurs compétences au ministère de l’intérieur. En 1892,  une loi établissait un statut égal pour les différents ministères.

 

Quand le prince Yingyot mourut en 1885, Chulalongkorn en profita pour abolir le titre du « Palais de devant » et nommer son fils Vajirunhis, comme son successeur. (En janvier 1887, selon Gotha 1894 ?) Mais en 1895, il va mourir subitement à l’âge de 17 ans et c’est son demi-frère, Vajiravudh, qui va lui succéder. (A son retour d’Angleterre où il était allé étudier).

 

  • La plus grande réforme administrative sera la réforme provinciale de 1892. Le système « Monthon », avec le début de la thaïfication géographique.

 

Ce système sera mis en place par le Prince Damrong.

Alors que les provinces étaient jusqu’à présent réparties en 4 classes,  Chulalongkorn divisa le pays en 18 régions (monthon มณฑล) divisés en provinces (changwat) et ces provinces en districts (amphoe) et en villages (Moo Ban).

 

Thailand monthon 1915

 

En 1897 chaque village sera représenté par un chef élu, représentant de l’administration.

 

Chaque Monthon  était dirigé par un intendant dépendant du ministère de l’Intérieur. Il devra affronter les dynasties et/ou les pouvoirs locaux « traditionnels ».

On pense par exemple au Lanna  (le royaume de Chiang Mai avec les principautés de Lampang, Lampoon, Nan, et Phrae) divisé en deux monthons et qui de fait transformait ce royaume en deux provinces siamoises. (Cf. article 108)

 

 

  • La plus « révolutionnaire : l’abolition définitive  de l’esclavage en 1905, et de la corvée, et la mise place d’un nouveau système judiciaire.

 

Abolition de l’esclavage.

 

Parmi les multiples réformes de Rama V, l’abolition de l’esclavage est la plus spectaculaire. L’abolition se fera en plusieurs étapes de 1874 à son abolition finale en 1905.

Le 1er décret de 1874 affranchira automatiquement les esclaves nés en 1868 (l’accession au trône du roi Rama V) à leurs 21 ans. L'enfant né en après 1883 ne pourra pas être esclave ; suivront une série d’étapes, de cas de figures, jusqu’à la loi de 1905 abolissant définitivement l’esclavage.

 

Il mettra en place un nouveau système judiciaire. Il introduisit le code judiciaire occidental s’aidant de conseillers, notamment de Rolin-Jaequemyns.  Il abolira les méthodes de tortures pour les procès alors en cours, et jugée comme archaïques par les occidentaux. Nous tenterons de vous en donner une idée.

 

the-great-visionary-king-chulalongkorn

 

  • La création du ministère de l’éducation en 1887.

 

Rama V avait bien compris que le pays ne pouvait progresser sans une instruction des élites, à commencer par les princes et les enfants de l’aristocratie. Deux écoles seront créées pour eux dans l’enceinte du palais. Suivront la création d’autres écoles.

 

En 1875, le roi édictera un décret appelant à l’extension de l’éducation primaire dans tous les monastères royaux. En 1881, la nouvelle école Suankulap jouera un grand rôle en enseignant selon un curriculum moderne avec les  sciences, l’arithmétique, etc.

 

suankulap

 

En 1884, le roi Rama V envisagera avec l’aide de son demi-frère, le patriarche Wachirarayanwarorot, et son réseau des monastères  d’introduire l’instruction primaire en dehors de Bangkok.

 

Mais c’est en 1887 que fut créé le ministère de l’éducation, confié au Prince Damrong (1862-1943) qui était aussi le commandant en chef de l’Armée. (L’Académie militaire royale avait été créée également en 1887 avec des méthodes plus « occidentales ».)

On peut remarquer que le Prince n’avait que 25 ans ! Un génie ! Et/ou l’hypothèse des limites de la réforme engagée ?

Toutefois ceux qui à l’issue de leurs études en avaient les capacités furent envoyés en Europe.

Des écoles « supérieures » en médecine, en droit, pour l’administration, des collèges militaires, des écoles normales… furent créés. Rama V fonda également la première bibliothèque nationale, le musée de Bangkok et le club d’archéologie.

Il faudra essayer d’évaluer la portée de cette « révolution » éducative.

 

 Assainissement des finances de l’Etat. avec pour la première fois en 1909, un budget d’Etat séparant la propriété royale et l’Etat.

 

L’une des réformes dont le pays de Siam avait le plus besoin était celle des finances publiques. Le secteur était gangrené par la corruption à son plus haut niveau. Pendant son règne, le roi a contrôlé les revenus du royaume en créant le bureau des revenus publics qui devint le ministère des finances. Quelques conseillers anglais l’avaient soutenu dans cette réforme. Un budget d’Etat sera établi pour la première fois en 1909 séparant la propriété royale et l’Etat. Les grandes étapes financières seront la création d’une grande banque : la « Siam commercial bank » et la simplification de la monnaie (apparition du bath). (On peut noter que les billets de banque furent introduits en 1902

 

billet de banque

et le système décimal s’imposera en 1908.)

 

Et les transports, les communications, les hôpitaux… 

 

Continuant l’œuvre de ses prédécesseurs, il a créé de nouvelles artères à Bangkok pour faciliter le passage des automobiles de plus en plus nombreuses. Il a continué à faire creuser de grands canaux au service de l’agriculture et construire de nombreux ponts. Dix-sept ponts ont été édifiés à partir de 1895. Chaque anniversaire du roi voyait la naissance d’un nouveau pont. Puis de 1893 à 1909, le monarque a voulu développer le chemin de fer. Une première ligne de 25 kms (Bangkok/Paknam) verra le jour en 1893 avec l’aide des Britanniques et des Allemands. Cette voie ferrée n’atteignit Ayutthaya qu’en 1896 et Korat en 1900. Vers le sud la voie ferrée n’arriva à Phetchaburi qu’en 1903.

 

chemin de fer

 

Le département des postes et télécommunication voit le jour en 1883, ainsi que les premières lignes téléphoniques.

 

Quant à la santé ? Le premier hôpital moderne - l’hôpital Siriraj- est fondé en 1888.

 

hopital.jpg

Et en 1897 le 1er décret royal fonde la première structure de l’administration sanitaire du royaume.

 

Une politique qui sera mise en œuvre  par la famille royale, avec les frères et plus tard les fils  du roi, et  l’aide  « technique» des conseillers  européens.

 

Les frères du roi Chulalongkorn vont occuper les postes clés du gouvernement avec le prince Devawongse (1858-1923), en tant que ministre des Affaires Etrangères et le prince Damrong  Rajanubhab (1862-1943), comme premier ministre de l'Intérieur et de l’éducation.

 

Les fils aînés, au retour de leurs études en Europe s’intégreront  au gouvernement. On créera  même le ministère de la justice pour l’un d’eux.

 

enfants 2


On est loin de la démocratie que certains commentateurs ont cru déceler !

 

Les conseillers ?

 

« Afin de concevoir et de mettre en place l’ensemble de ces réformes tout en gérant les diverses pressions occidentales, le nouveau roi a choisi de s’entourer d’experts étrangers, il en recrutera au total plus de trois cents parmi lesquels un conseiller financier (le Britannique Rivette-Carnac),

 

rivette

 

un responsable de l’Ecole des cadets (le major italien Gerini)


 

gerini

 

et un amiral pour diriger la flotte (le Danois Andreas du Plessis de Richelieu). Il a également fait appel à un groupe de onze juristes constitué d’un japonais, d’un Hollandais et de neufs belges. Il estimait en effet que ces derniers dirigés par le « conseiller général » Gustave Rolin-Jaequemyns,

 

rollinjacque;ins

 

pouvaient l’aider à améliorer ses relations avec Londres, mais surtout avec Paris dont les appétits coloniaux en Indochine avaient toutes les raisons de l’inquiéter. » (Dovert, in "Thaïlande contemporaine", Les Indes savantes, IRASEC, p. 223)

 

Nous reviendrons sur le rôle et « l’efficacité » de certains de ces conseillers, hauts en couleur.

 

Nous avions déjà vu que son père Rama IV avait pu nommer à la tête de ses troupes le Général Lamache, qui avait un petit négoce à Bangkok et qui avait été sous-officier dans l’armée française. (Cf. Article précédent) ; qu’en 1869, Paul Ganier, un voyou de Montmartre avait été commandant en chef des armées du Roi du Siam.

  http://www.alainbernardenthailande.com/article-paul-ganier-un-voyou-de-montmartre-commandant-en-chef-des-armees-du-roi-du-siam-87943667.html;  

 

tracé le portait du « fameux commandant en chef  de la marine siamoise en 1893 : le commodore   du Plessis de Richelieu »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-monsieur-duplessis-de-richelieu-commandant-en-chef-de-la-marine-siamoise-en-1893-87943338.html 

 

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Nous avions là un programme d’étude, un chemin qui permettrait de mesurer l’oeuvre réformatrice  intérieure comme :

  • La nouvelle formation des Princes. (Avec les formations à l’étranger).
  • Le cérémonial et le protocole de la Cour. Les us et coutumes.
  • La réorganisation de l’Etat et de l’administration du pays, avec la grande  réforme provinciale de 1892.
  • La réforme des finances publiques. ( avec pour la première fois en 1909, un budget d’Etat séparant la propriété royale et l’Etat.)
  • L’abolition de l’esclavage et de la corvée.
  • Un nouveau système judiciaire.
  • L’éducation.
  • Et les transports, les communications, la santé …
  • Le rôle des conseillers européens.

 

Il sera temps ensuite de nous interroger sur cette politique mise en œuvre  par le roi Chulalongkorn et sa  famille royale, avec les frères et plus tard ses fils ; de nous demander si cette mainmise sur l’Etat siamois par une seule famille, n’explique pas en grande partie la révolution de 1932 ?


Et auparavant, il nous faudra mesurer ce qui furent les principales causes qui ont menées le roi Chulalongkorn à opérer ces profonds changements dans son pays.  Un roi de droit divin voulant renforcer son pouvoir absolu ? Un roi « ouvert » à la révolution scientifique et industrielle  européenne, désirant la mettre en oeuvre pour le bien de son pays ? Un roi « lucide » fondant un Etat fort, une nation « moderne » pour contrer les  visées coloniales de l’Empire britannique et de la France sur son pays ? Un besoin aussi  de légitimité auprès des autres souverains européens, comme le montreront ces deux voyages en Europe en 1897 et 1907.  Des causes internes et externes.

 

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De fait, nous allons voir que les décisions du  roi Chulalongkorn  seront bien sûr déterminées aussi par sa politique étrangère face aux puissances coloniales françaises et anglaises, et de l’appui escompté auprès des autres puissances européennes (Cf. Ses deux voyages en Europe en 1897 et 1907.).  Il nous faudra alors rappeler le statut particulier de « l’extraterritorialité » des ressortissants Anglais et des Français ;  La guerre franco-thaïe ; Les traités de  1893 et de 1907 ;  Le conflit avec l’Empire britannique et  le traité de 1909 pour le Sud …

 

 

 

 

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NOTES.

 

*De même pour wikipédia :

 « Le roi Chulalongkorn modernisa et centralisa l'administration, puis organisa les services postaux (1885), les chemins de fer (1893), fonda la première université, la première école d'administration, l’école militaire et l’école navale. […] L'esclavage fut aboli le 31 mars 1895 (sic), ainsi que la corvée due par les hommes libres (phrai luang)  […] Parallèlement à ces réussites intérieures, le pays eut à faire face durant son règne à une pression colonisatrice importante de la part des Britanniques et des Français. […] Il abandonna une partie du Cambodge et le Laos à la France (1893-1907) et des territoires frontaliers de la Malaisie au Royaume-Uni.  (Traité anglo-siamois de 1909) »


** Nous avons  donc Chuang Bunnag, Sri Suriyawongse, le Régent ; Kam Bunnag, le ministre du Kromma Tha ; Tuam Bunnag ( Chao Phraya Panuwongse) qui deviendra le Kromma Tha du roi Chulalongkorn et  le 1er ministre des affaires étrangères ; Thet Bunnag, et Porn Bunnag qui seront Chao Phraya.

(Un membre de la famille deviendra en 1896 l’ambassadeur du Siam à Paris).

 

Baffie dans une note, nous avait rappelé que les 3 ambassadeurs de 1861 en France étaient tous de la famille Bunnag. Le 1er ambassadeur Phae Bunnag était l’unique fils de That Bunnag, gouverneur du palais sous Rama II, puis responsable de l’administration de la capitale  sous Rama IV ; le 2ème Won Bunnag, était le fils de Sri Suriyawongse. A son retour, il sera nommé gouverneur des pages. Il sera de l’ambassade de 1867 en France. Il deviendra ministre de la Défense. Il accompagnera le jeune Chulalongkorn en Inde en 1871. Et le 3ème, Chon Bunnag deviendra un des chefs de la police du Palais.


In Jean Baffie dans « Note sur l’ambassade siamoise de 1861 en France » in Aséanie 3, 1999, pp. 113-119 (http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/asean_0859-9009_1999_num_3_1_1622)


 

 

 

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