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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 23:02

titreNous avons déjà vu comment le roi Chulalongkorn s’est engagé dans la formation d’un Etat moderne centralisé, avec de grandes réformes ; comme celle de la grande réforme administrative de 1892, (création d’un nouveau système, avec des nouvelles circonscriptions et des fonctionnaires dépendant du pouvoir central), celle des finances publiques, la création d’un budget d’Etat en 1909, d’un service du cadastre en 1885,généralisé en 1910,

 

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l’abolition de la corvée royale en 1899 ( ?),  l’abolition définitive de l’esclavage en 1905 … * et  le « remplacement de la rente-travail et de la rente-produit par la rente-argent » pour reprendre une expression de Michel Bruneau.**

 

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Une société en pleine mutation, qui va changer les rapports personnels, créer de nouvelles sources d’enrichissement et de prestige, aussi bien pour le pouvoir royal que pour les nobles, les fonctionnaires, et les sujets aisés.


Il faut se souvenir d’une donnée fondamentale qui se retrouve dans toutes les sociétés d’Asie du Sud-Est, comme le dit Forest, à savoir qu’auparavant, le système social était surtout fondé sur l’importance des relations de protection et de proximité. Il s’agissait pour chacun à la place qui est la sienne, d’être au plus près du roi dans la hiérarchie, et d’obtenir une fonction qui donnait enrichissement et prestige.

 

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Ceux-ci étaient liés,  car  le prestige de la fonction – que l’on occupe parce que l’on a acquis suffisamment de mérites- permettait l’enrichissement mais l’enrichissement se réinvestissait non dans des opérations économiques au sens occidental mais dans des dépenses somptuaires, des dons. (Aux monastères par  exemple), et des aides diverses auprès de ses administrés,  ses protégés, et ses engagés. (Forest « Formes extrêmes de dépendance », p.351.***)   Un des signes du prestige était néanmoins le nombre d’esclaves et d’engagés que l’on avait à son service.

 

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Avec l’abolition de l’esclavage en 1905,

 

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l’abolition de la corvée royale est un autre grand exemple de cette mutation de la société siamoise.


Un petit rappel historique.


La corvée royale a existé depuis les premiers royaumes thaïs. Mgr Pallegoix, in  « Description  du royaume thai ou Siam », nous donne une présentation du système de la corvée :

 

« Le menu peuple est divisé en 5 catégories : les soldats,


service militaire

 

les gens de corvée, ceux qui paient un tribut, les clients et les esclaves. Je parlerai des soldats dans le chapitre de la guerre. Les gens de corvée, qu’on appelle chao-duean, sont tenus à trois mois de service par an ;

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on les emploie à bâtir des forteresses, les pagodes ou des palais, à creuser des canaux, faire des digues, des chemins, des hangars et en général à tous les ouvrages royaux et publics.

 

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S’ils veulent s’exempter de ces corvées, ils n’ont qu’à payer la somme de seize ticaux à leurs chefs qui la retiennent pour eux ou bien louent quelque autre à leur place.


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C’est une chose avérée que les chefs, grands et petits, exemptent généralement du service royal et à leur profit, un certain nombre des gens qu’ils doivent y employer, le roi le sait bien, mais il ferme les yeux là-dessus  et avec raison, parce que la modique solde que  reçoivent les mandarins

 

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ne suffisent pas pour leur entretien. C’est ce qu’ils appellent proverbialement tham na bon lang phrai, faire les champs sur le dos du peuple.

 

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Dans toute l’étendue du royaume, il y a une bonne partie du peuple qui n’est pas sujette aux corvées, mais doit payer, chaque année, un tribut, dont la valeur varie de huit à seize ticaux. Il y en a qui le paient en colonnes de bois, d’autres en briques, en tuiles, en chaux, en sable, en bambous, en cire, miel, bois d’aigle, gomme-laque, huile, résine, etc, etc. Cette partie du peuple est peut-être la plus heureuse, en ce que, pourvu qu’elle paie son tribut, en nature ou en argent, elle est libre toute l’année de faire ce qu’elle veut, excepté dans le cas de guerre, où elle doit fournir des soldats comme les autres. » 

Mais si la durée de la corvée et les modalités de son exemption ont  varié au cours des règnes, Suthavadee*** rappelle que « le prix du service royal apparut pour la première fois au milieu de l’époque d’Ayutthaya. Il correspond à une taxe versée par les phrai luang (serfs royaux ไพร่หลวง) qui voulaient être exemptés des corvées royales».

 

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Ainsi par exemple sous le règne du roi Naraï (1657-1688), le service royal durait 6 mois par an (selon Kukrit Pramot, ils travaillaient pour l’Etat un mois, et retournaient chez eux, pour revenir ensuite),  mais sous le roi Thay Sa (1708-1732), le décret royal de 1724  réduisait la corvée à 4 mois par anet l’on devait payer 12 ticaux pour en être exempté ; Les esclaves n’avaient qu’une semaine de corvée par an. Sous Rama II, le décret royal de 1789 dispensait les esclaves de la corvée et celui de 1810 réduisait la corvée à 3 mois par an. Sous Rama IV (1656-1668), en 1873, tout le peuple (les 4 catégories) et les esclaves étaient obligés d’effectuer la corvée royale ou de payer l’exemption.


Par contre, il est à noter que les Chinois, fort nombreux à Bangkok, et maîtres du commerce, ont subi des régimes spéciaux selon les époques, avec certaines catégories.

 

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« Au début du règne du roi Rama II, les Chinois devaient payer tous les trois ans, une taxe (dite taxe phukpi) à la place des corvées.» (On leur mettait une ficelle au poignet, avec un sceau qui comportait le nom, le signe particulier et l’adresse du payeur.). Evidemment la taxe augmentera au fil des règnes. Une nouvelle loi sur la taxe phukpi sera promulguée en 1900, et modifiée en 1905 pour ceux qui seront mobilisés au service militaire et qui en seront exemptés.


Date de la fin de la corvée royale ?


Suthavadee ne nous donne pas la date de la fin de la corvée royale ; et il évoque un décret royal de 1901 qui évoque encore le service royal.

« Sous le règne du roi Chulalongkorn, le décret royal de 1901 stipule que le prix du service royal est payé par les gens qui ne sont pas mobilisés, à raison de six ticaux par an, et ce de dix-huit  à soixante ans ».


Alors que Michel Bruneau précise : « Le Système des prestations en travail ou corvées (rente travail) fut aboli en 1899 et remplacé par un impôt annuel par tête qui variait selon les régions de 1,5 à 6 bahts.

 

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Alors 1899, 1900, 1901 ?


En tout cas, une loi sur l’emploi en 1900 confirmait que désormais les travailleurs ne pouvaient être soumis au travail forcé et devaient être payés.


Quelques conséquences ?


La fin de la corvée royale nécessitait de trouver un nouveau moyen pour mobiliser les soldats pour la défense du royaume ; une loi sur la conscription fut promulguée en 1905. (Le ministère de la Défense avait été créé en 1887.)

 

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La fin de la corvée royale enlevait à l’Etat une source de revenu importante, ou plutôt les taxes pour en être exempté. Nous avions vu dans  notre article 121, les sources des revenus du roi Mongkut recensées par Mgr Pallegoix et avions été surpris de voir que la source du revenu la plus importante pour le royaume était celle de l’exemption des corvées et clients qui s’élevait à 12 000 000 ticaux et représentait env. 44% du budget de l’Etat.


Les suivantes étaient celles des jardins (8 848 000), Capitation ou taxe des Chinois. (2 000 000), Rizières (2 000 000),  Huile de noix de coco (800 000), Ferme des jeux. (800,000), Arak (500 000), Plantations (500 000), etc.


Nous avions  été étonnés d’apprendre que les taxes sur le fameux commerce avec les navires européens et arabes ne rapportaient que 80 000 ticaux, et que les revenus des provinces du nord (50 000) et les revenus des provinces du midi (40 000) ne représentaient que 0,3 % pour  le trésor royal.


La fin de la corvée royale, l’introduction d’une économie marchande nécessitaient donc un nouveau système des impôts qui prit la forme d’un impôt par tête et sur les terres.


Michel Bruneau** précise :


« En 1905, la loi sur la terre fut révisée et la taxe rendue  proportionnelle à la fertilité des terres réparties en cinq classes. Dans les principautés du Nord la rente-produit ne fut remplacée par une rente-argent qu'à partir de 1882 et la loi de 1905 ne fut appliquée que plusieurs années après cette date. Il n'y eut donc pas aussitôt que dans la plaine centrale un effet d'encouragement à la mise en valeur des terres neuves. De toute façon, cet impôt sur la terre n'a jamais été aussi élevé que dans d'autres pays d'Extrême-Orient. Il ne dépassa jamais 10% du produit de cette terre. Ceci a relâché les liens entre naï (patrons) et phraï (hommes libres) en même temps que l'affermage des impôts diminuait la puissance économique de nobles qui étaient auparavant chargés de les collecter.

L'aristocratie de Bangkok et de province a dû se moderniser et  acquérir les techniques administratives occidentales pour se constituer en une  bourgeoisie bureaucratique et militaire.

Les relations informelles patron-clients ont alors pris un grand développement. L'argent et les capitaux se sont affirmés comme nouvelle source de richesse à côté de l'unique source antérieure qui était le  contrôle des hommes et des terres. »

 

Cela s’inscrivait bien dans la réorganisation du pays en un Etat national centralisé, dans la ligne de la grande réforme de 1897, créant pour chaque circonscription administrative une administration judiciaire, un système éducatif, une police et une armée … et donc une administration fiscale, avec un service du cadastre qui  fut effectif dans l'ensemble du pays en 1910. (Cf. article 139).


vieux chanot

 

Le Siam était bien en train de changer progressivement avec toutes ses réformes :  la fin de la corvée royale en 1900 ( ?), l’abolition de l’ esclavage en 1905, la loi sur la conscription en 1905, un nouveau système d’impôt monétaire par tête, un nouveau code pénal en 1908, un budget d’Etat en 1909 … la pénétration de l’économie marchande … sans oublier l’éducation nationale que nous étudierons ultérieurement.

 

Une révolution ? Du moins une rupture, comme l’estimait David K. Wyatt : « Les 42 années de règne du roi Chulalongkorn marquèrent une rupture définitive entre l’ancien Siam et la Thaïlande nouvelle ».

        

 

_____________________________________________________________________

*Cf. article 139. La nouvelle organisation administrative du roi Chulalongkorn.

**Michel Bruneau, «Evolution de la formation sociale et transformation de l’organisation de l’espace dans le Nord de la Thaïlande (1850-1977) », Cahiers de géographie du Québec, vol. 22, n° 56, 1978, p. 217-263. Pour citer cet article, utiliser l'information suivante : URI: http://id.erudit.org/iderudit/021394ar DOI: 10.7202/021394

 

***Cf. article 110. « La place du  peuple et des esclaves au Siam. », basé sur l’ « Etude sur le système de sakdina en Thaïlande, de Suthavadee Nunbhakdi, (pp. 459-482) ;

http://www.alainbernardenthailande.com/article-110-la-place-du-peuple-et-des-esclaves-au-siam-121390588.html

et l’article de Forest in:


« Formes extrêmes de dépendance », Contributions à l’étude de l’esclavage en Asie du Sud-est », sous la direction de Georges Condominas, Editions de l’Ecole des Hautes Etudes en Science sociales, (EHESS), Paris 1998.

 

Mgr Pallegoix, in « Description du royaume thai ou Siam », suite de l’extrait, pp. 296-297 :


On appelle clients ou lèk, les familles qui sont réservées pour le service des princes et des mandarins.

 

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Ils les divisent en deux classes : clients satellites et clients esclaves. Tous les clients, en général,  paient chaque année au trésor, une taxe qui n’est pas toujours fixe ; les clients esclaves paient de deux à quatre ticaux, et les clients satellites de trois à six. Les princes et les mandarins  ont ainsi sous leurs ordres de dix à quatre cinq cents familles. Ils ne peuvent réclamer de leurs clients que certains services passagers comme, par exemple, de venir ramer la barque dans les cérémonies publiques ; ils doivent aussi les faire venir  toutes les fois que la racha-kan ou service royal l’exige ;

 

 

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ils doivent leur faire payer la taxe annuelle pour le trésor. Quand les clients n’ont pas de quoi payer, le chef avance pour eux, compte l’usure, et les pauvres clients ne tardent pas à devenir ses esclaves. En général, les clients sont d’une grande ressource pour le maître, surtout quand celui-ci ne les moleste pas et les laisse paisiblement chercher leur vie ; car alors ils lui apportent souvent des présents considérables en riz, légumes, fruits et poissons.

Les esclaves font au moins le tiers  de la population … » (suit le descriptif sur les esclaves)

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