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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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18 juillet 2014 5 18 /07 /juillet /2014 23:02

Uniforme titreIl s’agit, à travers le livre de Philippe Marchat intitulé, « Jeune diplomate au Siam, 1894-1900, Lettres de mon grand-père Raphaël Réau » *, d’identifier ce que pouvait représenter la diplomatie française  au Siam de 1894 à 1900, ou du moins la vision qu’en avait Raphaël Réau qui effectuait à Bangkok sa première mission, et ce que furent les relations entre la délégation française et les autorités siamoises. Nous n’évoquerons donc pas ses travaux « siamois », ses loisirs, ses ambitions, ses projets, ses « escapades », et les mondanités fort nombreuses,  etc.


Marchat nous apprend que « le jeune licencié en droit et interprète frais émoulu de l’Ecole des Langues orientales

 

acte-de-naissance.jpg

 

se trouve sans transition plongé dans un Consulat au sein duquel vont très rapidement se poser des délicats problèmes de gérance de postes non régulièrement pourvus de titulaires. Par ailleurs, au lendemain d’hostilités qui ont opposé le Royaume du Siam à la France, du fait de la présence de dizaines de milliers d’Indochinois se réclamant de la protection des autorités françaises, le jeune Raphaël se voit confier d'importantes responsabilités (sans avoir d’autre titre officiel que celui d’ « élève interprète » puis de « premier interprète »NDA ) qui le conduisent à participer très activement au fonctionnement des tribunaux, et à effectuer au cœur du pays nombre de missions d’assistance et d’immatriculation de résidents non thaïs appelés à devenir nos « protégés ». »


Réau arrive peu après les multiples conflits entre le Siam et la France qui ont été marqués par le blocus de la Chao Praya par les Siamois, l’envoi des deux navires français le 13 juillet 1893, l’aviso l’Inconstant, le J. B. Say et le Comète, « l’incident » de PAKNAM, avec le J. B. Say coulé,

 

PAK NAM

 

l’ultimatum  de Pavie le 20 juillet, l’acceptation sans réserve le 29 juillet par le roi Rama V des conditions de l’ultimatum,

 

LE PETIT PAR

pour aboutir au Traité de 10 articles et une convention signés le 3 octobre 1893.

 

« Le traité donnait un droit de protection consulaire aux Français mais aussi  à ceux qui dépendaient du « Protectorat français » comme les Annamites, les Laotiens, les  Cambodgiens. De plus, le Consulat français proposait aussi aux Chinois et aux Japonais de s’inscrire.


Chinois

 

La France voulait aussi « obtenir le rapatriement des populations autrefois transplantées ». (« transplantées » comprendre captifs et esclaves ramenés lors des guerres). Les discussions ne pouvaient être que vives, l’entente impossible ; surtout que les Thaïs considéraient  comme Siamois ceux qui étaient sur leur sol depuis 10 ans. » (Cf. notre article 135. La politique étrangère du roi Chulalongkorn.)


C’est dans ce contexte que le jeune Réau va effectuer son travail et mesurer l’ampleur de sa tâche. **


A peine arrivé (le 13 décembre), il est présenté le 21 décembre 1894 au Ministre des Affaires étrangères, le Prince Dewawongse,

 

DEWA

 

et est  émerveillé par les beautés du palais (éléphants, pagodes, trésors). Le 24 décembre, il signale qu’il a eu beaucoup de travail, des jugements à rendre sur les plaintes déposées par des protégés chinois, karikaliens (du comptoir français de l’Inde),

 

KARIKAL

 

et annamites, et qu’il a dû informer le Ministère de complications à Chantabun entre le corps d’occupation français

 

 

CHANTABOUN

 

 

et la marine siamoise.

 

ARMEE SIAMOISE

 

Dès le 9 février 1895, il constate l’importance des attributions qui sont confiés au Consulat et déjà justifie la nécessité de prendre le Siam, en avançant divers arguments :


(Il avait déjà pensé début janvier à la mort de l’héritier et des querelles de succession évoqué la possibilité de « mettre un roi de notre goût sur le trône, ce qui nous donnerait pacifiquement la mainmise sur le royaume »)

  • En droit la moitié du Siam est déjà à nous. Sa démonstration : 500 000 Cambodgiens vivant au Siam sont en droit d’être nos protégés ; deux petites villes près de Bangkok sont annamites et relèvent donc du Consulat ; auxquels il faut ajouter les anciens prisonniers de guerre laotiens.
  • Les deux millions de Siamois ne vivent que des 4 millions d’étrangers établis sur leur sol.
  • Les raisons humanitaires et morales : Ils vivent sous le despotisme et les monstruosités. Le roi, les seigneurs vivent dans le luxe et l’oisiveté, et les fêtes (qui coûtent la moitié du budget) ; la possibilité qu’un mari vende sa femme et/ou ses enfants, qu’une femme se vende à l’insu de son mari ;  l’injustice, les abus, avec un exemple qu’il a dû juger concernant le cas d’un Cambodgien qui avait retrouvé sa femme en prison car elle s’était sauvée de son maître à qui elle avait été vendue, à son insu.

Il est fier de nous apprendre que les lettres qu’il écrit au gouvernement sont virulentes et qu’il exige « de résoudre les questions illico ».

Nota. Rappelons-nous que Réau n’est là que depuis moins de deux mois, qu’il a 22 ans et que c’est son premier poste !


1/ Réau reviendra souvent sur l’urgence et la nécessité de prendre le Siam.


Le 24 mars 1895, il confie à ses parents un projet plutôt étonnant.

Jugez plutôt :

  • « Je suis en train de me livrer à un grand travail qui, s’il réussit, consiste tout simplement à prendre le Siam sans même cent soldats Français. Il consiste à m’aboucher avec les chefs des sociétés secrètes des Chinois de Bangkok, chefs très puissants qui peuvent disposer de quatre à cinq mille Chinois. J’essaie de voir s’il serait possible d’en disposer au moment critique et de les jeter sur le Palais. Je prends toutes les responsabilités de cette combinaison qui m’est  propre, et qui donnera malgré elle le  Siam à la France. Cela va être mon but constant. »  (sic).  
  • Mais par sa lettre du 1er novembre 1895, soit 7 mois plus tard, il nous apprend qu’il ne connait pas le milieu chinois et qu’il  a peur pour sa vie en devant juger un chef des Jihocks (une société secrète).

JIHOK

 

Toutefois Réau explique que les Chinois forment les deux tiers de la population au Siam, qu’ils sont groupés en congrégations selon leur provenance, pour trouver un appui auprès des associés, mais que ces congrégations sont composées aussi de sociétés secrètes (Il cite les Anghis Jihoock et Jihen), dont les chefs véritables sont inconnus et dont les buts sont peu avouables.


Réau est amené à instruire l’affaire de l’un des chefs des Jihocks qui a tué. Il refuse un pot de vin de  5000 ticaux pour le blanchir ; il reçoit alors lettres anonymes et « conseils » de Chinois qui  lui indiquent que sa vie  est en danger.

 

tical

 

Et Réau qui voulait prendre le Siam avec les Chinois, nous déclare qu’après en avoir parlé avec M. Defrance, le ministre résident, il a été décidé de « mettre ces sales Chinois en dehors de la protection du Consulat, et le procès tombera à la Cour siamoise ». (sic) (Dans la lettre suivante, il avoue qu’il a dû stopper et étouffer son enquête sur les sociétés secrètes car il a découvert des affiliations d’eurasiens et de missionnaires.)


Bref, on voit là un Réau qui a de grandes idées pour la France, mais qui ne connait pas le milieu dans lequel il doit agir, et renonce quand sa vie est en danger.


(Mais le 3 mai 1896, il annonce que toutes les sociétés secrètes ont fusionnées en une seule ! Et que tous les grands chefs ont été inscrits au Consulat général comme protégés français !)


Il aura d’autres idées aussi lumineuses, ainsi le 11 août 1895 (p.76) :

  • « Ah ! Sans Madagascar qui nous retient, quelle belle et noble acquisition que celle du Siam, sans un homme à perdre, avec les mêmes trois petites canonnières qui forcèrent jadis, en 1893, l’entrée du Maenam. »

 

MADAGASCAR.jpg

 

  • Une autre fois, le 20 novembre 1895, alors que « les Siamois ont promulgué un édit qui soumettait aux tribunaux siamois les Laotiens et les Cambodgiens, même munis de papiers du Consulat », Réau regrette que le prince Devawongse, ait présenté ses excuses un nom du gouvernement, en prétendant que cela avait été fait à son insu, et en promettant de punir les coupables ; en réponse il est vrai d’une lettre écrite par M. Defrance menaçant le Siam d’user de la force et de rompre les relations si l’Edit n’était pas rapporté. Réau avait vu là une bonne occasion d’intervenir.

« J’ai écrit le menu de cette histoire et me propose de la garder dans les archives, car elle marque mon premier succès. Figurez-vous que, comptant sur l’emploi de la force, sur le refus du gouvernement siamois de rapporter l’édit, et présenter des excuses,

  • j’avais eu des entretiens avec les divers chefs Cambodgiens et Pégouans et que, s’il y  avait eu une action militaire, les Siamois se seraient réveillés sans un marin, par suite de la désertion de tous les Cambodgiens et Pégouans.

M. Defrance, que j’ai informé de toutes ces tractations, en a été tout surpris. Quel succès, sans tirer, ni un coup de fusil, ni un coup de canon. Rien, rien, et tout était fini … quand se représentera une occasion pareille ? Je boue d’impatience et d’espoir. » (p.89)


PAK NAM 2

 

Quel stratège !  Quelle force de persuasion ! Pouvoir faire déserter tous les marins Cambodgiens et Pégouans ! Notre Commodore, Armand du Plessis de Richelieu, commandant la marine siamoise, avait bien eu chaud ! (Cf. 138)

 

 

Andreas du Plessis de Richelieu


  • A côté de ces plans qui doivent donner le Siam à la France, Réau parfois est lucide sur la diplomatie française et conscient que la France manque de moyens et est engagée  sur d’autres territoires, ainsi Madagascar.

 

 

Il est étonné  le 24 mars 1895, que son « chrétien » ne soit pas encore libéré, et estime qu’il faudrait rompre les relations avec le Siam, mais que les événements de Madagascar suspendent toute action conséquente au Siam.

(Les événements de Madagascar ?Une note de Marchat rappelle les principaux événements ; le traité de protectorat signé avec la reine Ranavalona III en 1885,


 

RANAVALONA

 

la résistance, l’anarchie, les opérations militaires … qui aboutissent le 20 janvier 1896 à l’annexion de Madagascar et la déposition de la reine le 28 février 1897, suivie d’une « pacification » qui ne s’achèvera qu’en 1905).


Il reviendra sur la guerre à Madagascar qui empêche les Français d’agir au Siam. (Cf. p. 76 )

  • Ou l’Angleterre  (15 janvier 1896, p.93)

M. Defrance renonce à une négociation avec le prince Devawongse, car la France est en conflit avec l’Angleterre en Chine, mais « l’Angleterre reconnait tous nos droits sur une portion du sud de la Chine. Cet arrangement nous oblige à retarder tout ici ! Désolant ! »

 

 

ANGLAIS

  • Ou les affaires d’Egypte et de Turquie (le 18 février 1897)

« La sale Egypte est en train de nous faire perdre le Siam. Tout lâche ici. Paris ne nous soutient plus ». Réau en donne même un exemple concret.

EGYPTE.jpg 

« Tout était prêt au Haut Laos et au Cambodge pour l’occupation de Xien-Leng, Luang Prabang rive droite et Battambang. Hélas, au moment où les troupes  allaient marcher, de Paris, pressé par les affaires de Turquie et d’Egypte arrivait l’ordre de tout arrêter, de faire descendre les troupes, et de ne pas ajouter à la politique européenne cet ennui d’une expédition militaire insignifiante ». (p.152)

  • La Grèce. (5 mai 1897).

 

GRECE.jpg

 

Où il est question que M. Doumer, gouverneur général en Cochinchine,

 

DOUMER

 

veuille faire avancer des troupes sur le Mékong, « si la question grecque s’arrange. »(p.159) Avec cet espoir exprimé le 23 mai 1897 : « Enfin la guerre de Grèce semble terminée - peut-être sera-ce le Siam qui lui succédera dans l’attention publique ? »

  • La crise de Fachoda.

Mais fin 1898, Réau n’est plus dans ses rêves de conquête. Il estime que les Siamois se sentent fort depuis Fachoda, qu’ils n’ont plus peur de la France, et « agissent comme si le Consulat de France n’existait plus. Ils dénoncent en bloc tous nos protégés. » (21 décembre 1898)


FACHODA

 

(La crise de Fachoda est un incident diplomatique sérieux qui opposa la France au Royaume–Uni en 1898 dans le poste militaire avancé de Fachoda au Soudan. Son retentissement a été d’autant plus important que ces pays étaient alors agités par de forts courants nationalistes » (Wikipédia)


2/ Notre « diplomate » veut agir car il semble le seul à voir la menace anglaise.


Le 24 mars 1895, il estime que « le Siam ne peut rester un Royaume libre : toutes les administrations sont arrêtées, la justice n’est plus rendue, des abus et vexations, des violences de toutes parts, tandis que le roi insouciant dans son Palais, fait danser devant lui (…) et les Anglais, à Battambang, dans la péninsule malaise, ici même trament lentement leurs combinaisons … ».


Il reprendra maintes fois  ses craintes sur les Anglais qui se préparent à prendre ce beau pays (Cf. p.69 ; p.71 ; p.76) ou comme le 2 décembre 1895 (p. 89) par exemple :


« Je rapporte des documents qui vont hâter le cours des événements car Chantaboun que nous occupons militairement est, à tous les points de vue, dans la main des Anglais. Les Siamois, par haine de nous, se jettent dans la gueule des Anglais, leur font de telles concessions que si nous n’agissons pas rapidement le pays sera annexé à notre insu ». Et il donne l’exemple des impôts perçus par des fermiers, qui vont  « d’après mes enquêtes, être tous des Chinois anglais, et des Anglais même. Cela entraîne la mainmise des Anglais sur toute l’Administration. »


Mais le 15 mars 1896, alors que le commandant Arlabosje a mâté 1500 émeutiers chinois excités contre les Annamites chrétiens, il est fier du prestige de la France et de constater qu’ « à  Chantaboun, nous y sommes les vrais maîtres ». (p.101))


Les 22, 30 janvier 1896, il est convaincu que les Anglais vont prendre la plus grande partie du Siam après la convention signée à Paris.


Mais Réau ne renonce pas.


Quelques deux semaines plus tard, le 18 février 1896, il espère encore une annexion du Siam, moins les provinces malaises, dit-il.


« Nous commençons à inscrire tous les descendants des captifs annamites, cambodgiens, laotiens qui habitent le Siam, dont ils composent le tiers de la population. Nous créons ainsi un Etat dans l’Etat, et préparons l’annexion. » (p.97)


Réau  a aussi certaines difficultés avec les évaluations de la population, puisque une page plus loin, les Annamites, Cambodgiens, Laotiens qui composaient le tiers de la population, sont réduits à 20 000, peut-être plus, dit-il.


A l’inverse, le 4 octobre 1899, après les confidences du ministre résident M. Defrance, qui n’exclue une guerre possible contre le Siam, Réau estime que la guerre prochaine des Anglais au Transvaal, « serait pour nous une occasion propice d’agir ici. »


TRANSVAL

(Nota. En mai 1899, une conférence réunissant lord Alfred Milner et Paul Kruger

 

KRUGER

 

 

fut organisée à Bloemfontein par le président Marthinus Steyn de l'État libre d'Orange mais les négociations achoppèrent. En septembre 1899, Joseph Chamberlain, secrétaire britannique aux colonies,


CHAMBERLAIN

 

exigea de Kruger la complète égalité de droits pour les citoyens britanniques résidant au Transvaal alors que simultanément Kruger donnait 48 heures aux Britanniques pour évacuer leurs troupes des frontières du Transvaal. La guerre entre les deux nations débuta le 12 octobre 1899 quand les Boers attaquèrent la colonie du Cap et la colonie du Natal…  Cf. Wikipédia)


Le 22 décembre 1899 Réau fait référence à une défaite anglaise, mais n’est plus aussi sûr de lui et pense que le gouvernement français n’oserait pas intervenir, même avec une autre guerre sur les bras, aux Indes par exemple (dit-il).


3/ Mais la principale fonction de Réau concerne les « protégés » de la France ;

 

 

certif

 

elle prend diverses formes, à savoir : 

  • L’immatriculation de résidents non thaïs.
  • Recevoir les plaintes des protégés.
  • Juger aux différents niveaux judiciaires (à l’amiable, délits, crimes)
  • Juger (ou assesseur ou juré ou instructeur) à la Cour internationale, quand une autre nationalité est en cause.
  • Effectuer des missions à l’extérieur de Bangkok.

 

L’ensemble impliquant une action auprès des autorités thaïes. (Information, demande, protestation, etc)


Ainsi dès le 16 février 1895, Réau narre son quotidien (pp.54-55) :

  • Beaucoup de négociations à propos du Haut Mékong. (aucune précision donnée)
  • Il instruit un nombre impressionnant d’affaires. L’après-midi du 16 février 1895 par exemple, il y a une quinzaine de plaintes et requêtes de Siamois, de Cambodgiens et de Chinois, et « un jugement acquittant un protégé français, Timonelli, dans un procès que lui intentait la douane pour contrebande ». Il signale également qu’il a été appelé comme assesseur dans une affaire criminelle de la cour d’Allemagne.
  • Le 16 octobre 1895 (pp.83,84), nous avons droit à une autre description « pittoresque » des files de Cambodgiens, de Chinois, de Laotiens, et d’Annamites – plus de 200 parfois -, qu’il faut orienter en fonction de « l’affaire » : un acte de vente à signer, une plainte pour vol et coups, un procès prévu à 10h, des demandes de protection, (« en une  demi-heure on leur confectionne des certificats d’inscription qui vont faire d’eux des hommes quasiment libres, exemptés de corvée royale ») ; puis viennent les petites affaires à juger : bornage, coups et blessures, adultère, vol. « Le tout est vite expédié ». Et l’après-midi, de 2h30 à 4h30, enregistrement des affaires et envoi des lettres en siamois aux divers ministères siamois ; tandis que le ministre résident  écrit ses lettres à Paris et au prince Dewawongse.

« Et tous les jours se ressemblent », dit-il.


Enfin, pas tout-à-fait puisque le 6 juin 1896, il signale une émeute dans une minoterie d’un Chinois protégé français qui emploie plus de 600 coolies


coolies

 

et qui ont attaqué des agents siamois de la Ferme d’opium qui voulaient faire un contrôle et dont deux succombèrent. « Notre Chinois, dit-il, en sera quitte en distribuant des pots de vin au fermier de l’opium et aux fonctionnaires siamois. »


Et le 4 septembre 1896, lyrique, il évoque ces braves Laotiens, qui viennent parfois « à cent, deux cents, trois cents, quatre, cinq cents » recevoir le précieux papier  « qui les fera quasi-libres, qui les dispensera des corvées arbitraires, des impôts irréguliers, des vexations de maître haïs, qui leur donnera la confiance en de nouveaux maîtres puissants contre les injustes et les oppresseurs. » (p.121)


(Vous avez bien lu : « la confiance en de nouveaux maîtres puissants contre les injustes et les oppresseurs »)


16 décembre 1896 : « J’ai un procès d’adultère à examiner. Je renvoie l’investigation devant l’imam,

 

IMAN

 

les parties étant musulmanes. » 30 décembre 1896. « Plus de cent-cinquante Chinois se sont entr’égorgés au Sam Phang, des cadavres sans têtes roulent dans le fleuve (…) et toutes ces horreurs parce que deux chefs de sociétés secrètes chinoises sont en rivalité».


Et l’occasion pour Réau de raconter comment il a convoqué les chefs des sociétés secrètes, qui sont protégés français, comment  il les a menacé, réconcilié, fait signer un accord et comment « l’ordre va régner dans Bangkok grâce à nous ».


22-23 avril 1897. « Un Français contremaître aux usines de chemin de fer, vient de tirer un coup de fusil sur un mécanicien indigène »


De juillet 1897 à  février 1898 (pp.165-168) Réau effectue un » retour imprévu et prématuré en France et retrouve Bangkok le 25 mars 1898, avec son quotidien.


 « Je suis éreinté. De huit heures à cinq heures et demie, je ne fais que juger, écouter des plaintes, étudier des affaires, écrire des rapports, travailler avec le ministre. A cinq heures et demie, il m’emmène quelquefois aux affaires étrangères siamoises jusqu’à sept heures »  pour négocier le nouveau traité. La lettre du 28 juin 1898 spécifie qu’il s’agit en fait « d’arriver à un arrangement et à une entente sur l’interprétation du traité de 1893. » Les négociations cesseront fin juin.

  • Mais Réau a changé.

Le 5 septembre 1898, il avoue à ses parents qu’il n’a plus le cœur à l’ouvrage, que son travail est « devenu si ingrat  puisque les Siamois n’accèdent plus à aucune de nos demandes et que notre juridiction devient illusoire. J’ai perdu cette force d’antan, mes emportements et mes révoltes. Je deviens d’une belle indifférence, et ne me fait plus, comme autrefois, de la bile pour tous les désagréments de notre situation ».

Il juge trois affaires le 17 septembre 1898. Il note sèchement le 12 novembre 1798, « cinq affaires correctionnelles, quatre civiles, et une toute petite réclamation à examiner, des plaintes à adresser, et nombres de lettres à écrire. » Car en fait, la vie au  bureau lui est devenue insupportable, dit-il le 1er décembre 1898, les  Siamois désormais  opposent la force d’inertie, manifestent une sourde hostilité, et même parfois leur insolence. Il n’a de cesse de répéter que « cela va de mal en pis ici, ou plutôt cela ne va plus du tout ». (13 décembre 1898). Les Siamois « agissent comme si le Consulat de France n’existait pas ». (21 décembre 1898)


AMBASSADE

 

Le 1er décembre 1899 il signale « une grosse affaire ». « Douanes siamoises contre les Messageries Fluviales,

 

MESSQGERIES

 

une réclamation de plus de 10 000 francs. Des avocats de Saigon vont venir spécialement pour plaider  devant notre tribunal. Je vais tâcher de faire bonne figure comme Président de la Cour. »


Le 14 janvier 1899, il indique qu’il a toujours beaucoup d’affaires à juger et est soulagé par un de ses jugements rendu en novembre « qui déboutait la Douane siamoise de sa plainte contre un Français, Amiet, l’agent des Cazalet », et qui a été confirmé par la Cour d’appel de Saïgon.

 

cour d'qppel

 

(C’est la première fois que l’on apprend dans le livre ce recours possible pour les Siamois.) Le 26 janvier, il se plaindra encore de la succession d’affaires très difficiles  à traiter, grosses et petites ; le 27 février qu’il est assailli par des procès à n’en plus finir et qu’en plus il est critiqué par le Bang News, un journal anglais.


(Ce sera la dernière lettre faisant référence aux « affaires ». Il partira en France en mai, s’embarquera le 11 mai à Singapour pour arriver le 6 juin à Marseille.)

 

MARSEILLE-La-Joliette-1926.jpg

 

Les missions à l’extérieur.


Mars-mai 1895. Réau va décrire une autre facette de son travail, ce qu’il nomme « sa première ambassade ».


Il doit aller régler le cas d’un catéchiste maître d’école qui a été mis au bagne par le Phya, dans un village de 25 000 Annamites chrétiens français à Saint Jean, situé à une demi-journée de Bangkok. Là encore, Réau est fier de dire qu’il a convoqué le Phya Viset,  « un grand vieillard, imposant », pour lui « reprocher(r) sa mauvaise foi, son hypocrisie, sa cruauté, son manque d’habileté, et lui fait entrevoir quelles conséquences dangereuses pour lui peuvent découler de la violation du traité qu’il a commise ». Bigre ! 


Février 1896 : mission à Vakon Ayokâ, à 6 jours de Bangkok, pour enregistrer 2000 Laotiens. (pp. 97-98) ; Le 15 avril 1896, expédition à Muang-Non à la demande des autorités siamoises pour arrêter, avec le chef de la police de Bangkok, Mat Yssoupa qui avaient volés 103 buffles ; 18 avril 1896, projet de partager le Siam en plusieurs zones pour pouvoir enregistrer des milliers de sujets cambodgiens et laotiens par des cours de justice volante.


Une grande mission. (24 février-11 mars 1897.)


Réau fait un long voyage pour  réinstaller des Laotiens à Vieng Chan.  Pendant 10 jours à Saraburi, il inscrira les Laotiens (combien ?) qui désirent revenir dans leurs d’origine, préparera leur émigration, réglera les procès pendants, lèvera les obstacles auprès des autorités siamoises. On n’apprendra pas son itinéraire.


Le 28 mai 1897, il effectue  une nouvelle mission lointaine pour enregistrer des Laotiens de la vieille mission catholique de Muang-Phanat, qui se compose de 50 maisons.  Il y aura influence et le Khaluang  relâchera les gens emprisonnés. L’amiral de Richelieu (le représentant local du gouvernement central) vient rendre visite à Réau ; ce qui le met mal à l’aise car il est dit-il, « cet homme qui, en 1893, commanda le feu contre nos canonnières, et nous tua trois hommes. Ici, je l’ignorai, n’étant accrédité qu’auprès de Khaluang, le préfet de la province. » (Cf. l’article 138, pour le portrait de l’amiral de Richelieu)


Le 28 janvier 1899, il relate les enquêtes qu’il a effectuées à Nakhon-Gxisi, Phra-Patham et Souphan. A Phra-Patham par exemple, les autorités siamoises sont allées arrêter un Chinois à la mission. Mais il a surtout constaté que les fonctionnaires siamois ont reçu des consignes pour affaiblir l’influence des missionnaires.


Le 6 mars 1899, il « est allé surveiller le départ des émigrants laotiens qui se rendent sur la rive gauche  française du Mékong », où il était allé il y a deux ans. (Il remarque qu’il ne lui a fallu qu’une demi-journée en chemin de fer, là où il avait mis trois jours pour faire les 150 km.)


Le 16 août 1899, Il effectue un voyage de 9 jours pour faire une enquête à Petriu et Bang-Plasoi, sur l’incendie d’un établissement français et une autre, sur « une tentative de meurtre » du R.P. Guillou battu et blessé par des moines. Au retour, il apprécie à Petriu, l’une des plus belles et riches missions du Siam, dit-il, composée de 2000 chrétiens, dirigée par le R.P. Schmidt.


Les procès à la Cour internationale.


Le 12 juin 1895, Il relatera une grande rixe entre Chinois et Siamois qui a fait plusieurs morts. Le 17 juin 1895, on apprend qu’il a participé à des procès à la Cour Internationale, et qu’il a parlé et reproché au ministre de la justice, le prince Bichit, les concessions, les lenteurs, le mauvais vouloir ; le 30 juin, que le Consulat devient une Légation avec M. Defrance comme ministre résident ; le 20 juillet, qu’il a tous les matins 150 protégés (la plupart des mahométans, précise-t-il). « Il faut parler à tout le monde, juger les contestations, écrire aux autres consuls ou aux autorités siamoises, enregistrer, noter, classer »(p.74) ; qu’il faut distinguer le tribunal de paix et de conciliation, avec les procès correctionnels, les procès  criminels, et la Cour internationale, où il sera rapporteur et instructeur, auprès d’autres consuls qui seront jurés et assesseurs, pour juger un protégé français d’origine turc qui a empoisonné et volé un Arménien russe.


Le 22 mars 1896, il se dessine en homme du jour, pris à partie par les journaux de Bangkok, car au grand procès qui s’ouvre à la Cour Internationale, il a réclamé d’entendre le gouverneur de la province comme prisonnier ordinaire, à propos de fonctionnaires de la province d’Ayutthaya qui ont fait assassiné le protégé français Abdul Rahim. Le 8 juillet 1896, « il a passé une abominable semaine » lors du « procès criminel intenté par la veuve d’Abdul Rahim, protégé français contre les fonctionnaires d’Angthong, un gouverneur, deux juges, un maire, etc… ». Les Siamois apportant « dans une simple affaire de justice criminelle la même passion haineuse que dans les affaires politiques. » (Abdul Rahim avait refusé de livrer son serviteur à une troupe de trente soldats et avait été fusillé par plus de soixante coups de fusil).


Le 12 novembre 1899, Réau évoque les interminables séances à la Cour Internationale pour revenir sur l’affaire du R.P. Guillou contre cinq moines qui l’avaient battu et sur laquelle il avait fait une enquête à Bang-Plasol et Pétriu. Il craint que la Cour se montre partiale.


Il faut rappeler que le 27 février 1900 sera la dernière lettre faisant référence aux « affaires » du Siam. Il partira en France en mai, s’embarquera le 11 mai à Singapour pour arriver le 6 juin 1900 à Marseille.


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Raphël Réau, n’est pas un diplomate, mais  un jeune licencié en droit

 

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et interprète frais émoulu de l’Ecole des Langues orientales de 22 ans qui arrive au Siam. Mais d’entrée, on lui confie des fonctions de vice-consul voire de consul. Il prendra au sérieux la position de la France au Siam et défendra avec ardeur et zèle le droit de protection consulaire du traité de 1893 qui mettait sous la juridiction de la France ceux qui dépendaient du « Protectorat français » comme les Annamites, les Laotiens, les  Cambodgiens vivant au Siam.


Mais ce traité avait été conclu sur un coup de force en forme d’ultimatum et le Consulat français voudra étendre sa protection aux Chinois, aux Japonais, et rapatrier des populations autrefois « transplantées ». On comprend dans ces conditions qu’il sera contesté par les autorités siamoises dans un combat diplomatique de résistance quotidienne, usant de tous les moyens, de tous les artifices, et des faiblesses de l’adversaire, engagé par ailleurs dans d’autres terrains d’action coloniale (Madagascar, Grèce, Turquie, Chine, Afrique (Fachoda), l’Indochine), sans oublier d’user de la rivalité franco-britannique.


On voit un Réau combattif, révolté parfois, insolent, peu diplomate, mais qui butte aussi  sur les aléas de la politique étrangère de la France, et l’opiniâtreté siamoise. Il s’usera dans ce combat et sera découragé en septembre 1898, constatant que les Siamois n’accèdent plus à aucune de ses demandes, agissant dit-il, comme si le Consulat de France n’existait pas ». (21 décembre 1898).


Il est vrai que sa frustration était d’autant plus grande que Réau se voulait colonisateur et n’avait de cesse de vouloir prendre le Siam pour la France. Il aura des plans les plus saugrenus pour réaliser son ambition : un complot avec les chefs des sociétés secrètes des Chinois de Bangkok, un accord avec les divers chefs Cambodgiens et Pégouans pour faire déserter tous leurs marins au service du Siam,  inscrire tous les descendants des captifs annamites, cambodgiens, laotiens qui habitent le Siam pour créer un Etat dans l’Etat, et même il crût possible que les trois petites canonnières qui forcèrent jadis en 1893 l’entrée de la Maenam, suffiraient. « Quel succès, sans tirer, ni un coup de fusil, ni un coup de canon. Rien, rien, et tout était fini … ».

 

PAKNAM

 

Mais le jeune Raphaël Réau ne se réduit pas à son idéologie coloniale qui a besoin de mépriser l’autre, de le réduire  à des clichés négatifs, de  le présenter comme un barbare, un sauvage, qui a besoin d’être civilisé par « une race supérieure »***, mais c’est aussi un jeune homme qui va s’intéresser au Siam, à sa culture et qui ne sera pas insensible à ses « beautés ». C’est que nous nous proposons d’étudier dans notre article suivant.

 

 

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* L’Harmattan, 2013.

Livre

** Il faut savoir que la Délégation française a aussi deux vice-consulats à Nan et Korat jusqu’en 1896. A partir de 1897, il y aura aussi :  Makheng (Udon), et Ubon.


Les Français sont présents à Chantaboun avec une force militaire composée d’un commandant, un  capitaine, 6 lieutenants et 600 tirailleurs annamites, et en appui deux navires, qui font la navette à tour de rôle entre Chantaboun et devant la Légation à Bangkok.

 

***On se souvient du discours de Jules Ferry à la Chambre le 28 juillet 1885 : « Il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures ».

 

JULES FERRY]

 

Réau sera en poste à Bangkok :

  • Du 13 décembre 1894 au 22 juin 1897. (pp.39- 164)
  • Avec un retour imprévu et prématuré en France de juillet 1897- à février 1898. (pp.165-168)
  • Avec un second séjour du 25 mars 1898 à mai 1900. (pp.171- 235)

Il quittera Bangkok en mai 1900.

 

LOUP ET AGNEAU

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