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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 23:02

TITRE.jpgNous avons vu précédemment, comment le jeune Raphaël Réau dans le livre de Philippe Marchat intitulé, « Jeune diplomate au Siam, 1894-1900, Lettres de mon grand-père Raphaël Réau » a accompli son devoir et ses différentes tâches consulaires, conformément au traité de 1893**, qui consistaient essentiellement à immatriculer les nouveaux « protégés » français (Annamites, Cambodgiens, Laotiens, Chinois) vivant au Siam, à recevoir leurs plaintes, à juger les délits et les crimes commis par ceux-ci. Son travail le mettait en relation avec les autorités siamoises, sa fonction lui faisait rencontrer des princes, des ministres et même le roi Chulalongkorn, lors d’événements importants. Nous avions vu un jeune « colonisateur » avoir des mots très durs contre les autorités siamoises, à qui il reprochait leur force d’inertie, leur hostilité, voire leur opposition parfois, mais cela ne l’empêchera pas d’apprendre rapidement le thaï, et de s’intéresser à divers aspects du Siam et de la culture siamoise.

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Il arrive donc à Bangkok le  13 décembre 1894, avec sa licence de droit et un diplôme de chinois obtenu à l’Ecole des Langues Orientales.

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Il est présenté le 21 décembre 1894 au Ministre des Affaires étrangères, le Prince Dewawongse, et ses premières impressions sont positives ; il voit dans le prince « un fort bel homme » qui s’exprime en anglais et il est émerveillé –disions-nous-  par les beautés du palais (éléphants, pagodes, trésors). « C’est réellement époustouflant, indescriptible ».


PROCESSION

 

De même peu après, en janvier 1895, il est ébloui par « le défilé de la grande procession annuelle de la saison sèche » qu’il voit depuis la terrasse de la princesse Naret, chez laquelle  le consulat avait été invité.

 

« Inouï, merveilleux (…) Folies de couleurs, cavalcades, chars mythologiques, dragons chinois, danses guerrières –oh, ma tête ». Le 20 janvier 1895, à l’occasion de la cérémonie de nomination du successeur du roi Chulalongkorn

 

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(Son successeur désigné, son jeune fils de 16 ans, venait de décéder), il est de nouveau ébloui : « Merveille des merveilles » s’exclame-t-il ! Et de décrire le cérémonial, avec le roi qui domine la salle, les princes, le corps diplomatique, les costumes chamarrés, les psalmodies des bonzes, la musique, les salves de canon, les bruits de cymbale … le faste. Il est heureux de confier « J’ai l’honneur de serrer la main du Roi », mais rajoute-il, « Il n’a pas su que c’était aussi pour lui un honneur de serrer la mienne ! ».


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En ce premier mois, il signale qu’il parle l’anglais de mieux en mieux et qu’il fait du siamois avec Nhu de 2 heures à 4 heures ; qu’il arrive à se faire comprendre du peuple dans « un langage rudimentaire et enfantin »  et à lire l’écriture siamoise.

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Il se propose également d’écrire des rapports politiques et commerciaux et des travaux linguistiques. Au début février 1895, il justifie la nécessité d’annexer le Siam, avions-nous dit, en critiquant la monarchie, son despotisme, « Un roi presque dieu, des seigneurs petits rois, un palais rempli de 4.000 femmes, d’esclaves, de gens mis là et qui y restent sans qu’on sache pourquoi. Et tout cela vit dans le luxe et l’oisiveté, dans des fêtes incessantes où s’écoule la moitié du budget ; l’autre moitié est distribuée par le roi aux grands, et à peine quelques sommes mesquines sont-elles gardées pour la marine et l’armée. Le budget des routes est presque nul ou plutôt fictif, et ce sont les particuliers qui s’en chargent ». Il accentue le trait en signalant qu’il n’y a aucune justice, trop d’abus, des mœurs immoraux où un mari peut vendre sa femme, ses enfants.» (Lettre du 9 février 1895)


Le 16 février 1895, il complétera « ces quelques notions sur le Siam », par une anecdote sur vingt femmes du roi qui vont retrouver leur liberté et quitter le palais***. Il  exprimera son intérêt pour les « mœurs uniques » des Siamois, sa volonté de « collectionner les faits, les anecdotes en dossiers, qui me fourniront, réunis et apprêtés, la matière de quelque livre … » (en rajoutant (qui, à ma connaissance, ne fut malheureusement pas écrit).). Il formulera une fois de plus son admiration sur les palais, les pagodes,

 

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les processions des moines, l’encens …

 

Ainsi en ce début de mission, nous avons les principaux éléments qui vont contribuer à forger la vision du Siam et des Siamois de Réau, à savoir : les magnificences des cérémonies et des fêtes, le faste royal, avec la critique du Roi, des remarques sur les mœurs, la justice, le bouddhisme, et ses multiples travaux sur  l’histoire du Siam, les institutions, la numismatique, 

 

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les réformes agraires, les légendes, de traductions de pièces de théâtre … Mais qu’en-a-t-il retenu ?


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Cérémonies et fêtes.


De fait, tout au long de son séjour, il reviendra souvent sur ce qu’il nomme « les magnificences orientales » qui n’ont rien à envier aux belles choses de la France, précisera-t-il. (9 mars 1895). Il décrira alors un Lakhon, avec une troupe « de cinquante personnes jouant le Ramayana « pleins de merveilleux où les dieux se mêlent aux hommes » ; « Ce fut très beau. La splendeur des costumes, des actrices (…) l’imprévu de la musique (…) le charme des danses très raffinées et étudiées (…) tout était pour moi sources de sensations délicates et violentes, d’impressions poétiques et charmantes ». Le 18 mars encore, il est, on ne peut plus conquis : « J’ai vu la chose la plus extraordinaire, le spectacle le plus curieux, qu’on puisse trouver sur tout le globe. C’est la crémation du  fils du roi »,

 

 

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et d’évoquer les fêtes qui ont duré quatre jours, les pagodes revêtues d’étoffe de couleur blanc et or ; les trompettes, les coups de canons, le roi jetant des petits citrons dans lesquels il y a une pièce d’argent ou d’or, les généraux empanachés qui se bousculent les mains en avant …

 

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et puis ensuite « merveille entre les merveilles », dit-il, le Roi qui avec sa torche, va enclencher une flamme qui va courir pendant près d’un kilomètre pour se diviser et atteindre des centaines de mâts portant des feux d’artifice, avec l’arrivée d’un immense catafalque du prince, au milieu des danses annamites, de la musique et des chants, à la lumière des flambeaux. Le 22 avril 1895, il sera encore sous le même charme lors d’une autre cérémonie funèbre en l’honneur du fils du roi décédé. « Quel luxe ! Quelles richesses partout ! »

Il reviendra régulièrement sur ces cérémonies et sur les fêtes à l’occasion d’un événement royal, d’une ordination, d’une crémation ... (Cf. en note toutes les citations les concernant.)

 

      Le 21 septembre 1895 « Au palais, ce fut féérique ! » ;

 

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  • Le 15 janvier 1896, Il décrira la cérémonie de crémation d’un ancien ministre siamois et sera enchanté par tant de richesses, de magnificences, avec les couleurs chatoyantes, les chants des bonzes, la musique, les danses, les encens …
  • Le 23 juillet 1896, Réau sera marqué par une « touchante cérémonie d’ordination d’un jeune bonze » ; avec  un chaleureux accueil à la pagode. Il informera ses parents qu’elle exerce le culte bouddhique réformé, en le comparant à la réforme protestante de Luther. « Certains bouddhistes, inquiets de voir le culte se corrompre, sous l’influence sourde du brahmanisme renaissant, ont prôné, comme Luther au XVème siècle, le retour au culte primitif pat l’étude des textes sacrés –j’allais dire la Bible-, comme pour le calvinisme et le luthéranisme. » Il décrira les différentes étapes de la cérémonie, sera sensible aux parfums d’encens, aux fleurs, aux chants, sera plus encore touché par le dialogue entre le vieux chef bonze et l’aspirant : « renonce aux vanités du monde, sois humble, sois chaste, soit insensible » ainsi que par la récitation « de tous les préceptes du Patinok (227 articles), qui constituent la règle des bonzes », et qui sont -pousuit-il-, des « préceptes aussi beaux que ceux de l’Evangile ».

 

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  • Le 20 septembre 1896, on apprend que Bangkok est en fête pour trois jours. Il est reçu en audience royale et le lendemain soir, il est une fois de plus enchanté par les illuminations du Palais, la musique de la Garde, et la visite du wat Phra Keo qu’il effectue « au milieu de ces splendeurs de contes de mille et une nuits », remplissant « l’âme de poésie profonde des choses bouddhiques ».

 

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  • Le 11 janvier 1897 note avoir assisté à une cérémonie funèbre « dans la pagode-chapelle du roi –un bijou- à un service en l’honneur de sa mère adoptive morte il y a quelque temps, après la mort du petit Roi que je vous ai décrite. Prêche en bali, panégyrique, litanies, psalmodies, sur un air infiniment triste. 

 

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  • Rien n’y manque, toute la lyre funèbre », et plus tard à une fête de nuit « chez le Phya Tever, grand seigneur riche, grand chambellan du Roi. Ce sera très beau –théâtre, concert, etc … ».

Mais le 23 mars 1897, il confie qu’il est désormais blasé par les descriptions du luxe auquel il était auparavant sensible. Il le ressent à l’occasion d’une cérémonie au Palais, dans la grande salle du trône, où  le Roi, avant de partir en Europe, a remis le royaume à la reine.


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De fait, après son retour imprévu et prématuré en France (juillet 1897- février 1898), le 19 avril 1898, Réau « avoue ne plus voir les choses sous le même aspect, les beautés curieuses de Bangkok me laissent froid, et suis enveloppé d’une couche d’indifférence et d’apathie pour tout ce qui n’est pas mon bien-être immédiat ».


Et effectivement le 12 novembre 1898, il appréhendera les fêtes du Roi (28 ème anniversaire de son règne) et les verra comme des corvées. (« fêtes du Roi, bals, dîners, pendant trois jours. Corvées ! »).


L’année suivante, le 22 septembre1899 encore à l’occasion de l’anniversaire du Roi, il exprimera le même sentiment : « c’est toujours pour moi une corvée fatigante que de me revêtir de ma carapace officielle et d’aller en voiture, par la chaleur de midi, suer pour la grande gloire du monarque siamois. »

Mais le 2 avril 1899, à l’occasion de la visite de Paul Doumer, gouverneur général de l’Indochine,

 

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Réau reconnaissait que « le peuple siamois est bien celui qui a poussé le plus loin l’art des fêtes pittoresques ».

 

Critiques du Roi.


Le faste royal a un coût et Réau critiquera le comportement du Roi à l’occasion de son voyage à Java en 1896 : « Il s’en va à Java, Batavia, Sumatra, sur son yacht grand comme un paquebot,

 

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le plus richement décoré au monde, qui compte 600 hommes d’équipage, une musique très appréciée, et huit canons rapides. ». (Lettre du 15 avril 1896).  Dans sa lettre du 12 juillet 1896, il est plus explicite et critique violemment le Roi. Il lui reproche de s’amuser à Java (« Ce ne sont que dîners, bals, réceptions. » « avec plus de deux cents femmes de la Cour, et trois cents fonctionnaires. Un luxe inimaginable ») en dépensant les revenus du royaume, mais surtout de prendre « sans se gêner le budget des travaux publics » qui devait servir à « amener de l’eau potable dans la capitale » et diminuer ainsi les souffrances du choléra et de la dysenterie à l’époque des grandes chaleurs. (Cf. en note toute la citation ****)

Le 11 août 1896, Réau annonce l’arrivée du roi de Java pour le 12 août, comptant sur son arbitrage pour contrer la faction anglaise menée par M. Rollin-Jacquemin

 

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qui a pris le dessus sur le premier ministre Dewawongse, pour miner la juridiction française par des emprisonnements de protégés.

 

Toutefois, il dressera néanmoins un portrait politique peu flatteur du Roi, tout en soulignant son pouvoir absolu.


« Nous aussi, nous attendons avec anxiété  son retour. Car bien qu’il prenne une maigre part aux affaires, bien qu’il règne sans gouverner, bien que tous ses soucis soient de trouver quelque jolie jeune fille et d’imaginer un divertissement de nuit, il n’en est pas moins le Roy, avec un y, c’est-à-dire le premier, celui qui peut défaire ce que ses ministres ont fait. »


Critique des ministres, des juges.


Le 26 septembre 1896, Réau évoque un Grand Conseil des ministres rapporté par leurs espions, où des princes exaltés animés par le prince Narès (gouverneur de Bangkok)


 

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envisage des mesures expéditives contre les Français jugés dangereux et définitives contre  Hardoin  (alors consul de France, Defrance étant le ministre résident). Réau fait alors un commentaire désobligeant sur l’évolution du Siam actuel :


« Pauvre Siam ! Malgré les nouvelles lois qu’il s‘est données en les copiant dans les codes anglais, que de faits y révèlent encore le long passé de barbarie qui précède ! La peau de l’âne perce toujours ! »


Les juges et les fonctionnaires, estime-t-il dans sa lettre du 14 juin 1896, sont toujours corrompus et font payer « chères  les minutes d’attention pendant lesquelles ils écout(ent) une requête. ». Nous avions déjà dit qu’à peine arrivé, il estimait qu’il n’y avait pas de justice : « Donc aucune justice, des abus, des abus. Les mœurs, d’elles-mêmes, se prêtent à une grande latitude dans la morale. Un mari vend sa femme, se enfants, une femme se vend à l’insu de son mari. » Il aura à défendre plusieurs de ces injustices, et souvent en vain, ressentant l’indignation. (« Je suis tellement indigné de ces turpitudes (…) Ici, c’est le royaume du bon vouloir, et ici le plus fort écrase le plus faible sans que le plus faible puisse se plaindre. » (Lettre du 9 février 1895).


Le peuple.


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Si le roi, les seigneurs vivent dans le luxe et l’oisiveté, et les fêtes (la moitié du budget de l’Etat, dit-il)), le peuple, les indigènes sont encore soumis  car « ils ont toujours été opprimés, exploités ».

 

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Toutefois Réau va distinguer les Siamois, les Chinois, et les étrangers. Il estime que les deux millions de Siamois ne vivent que des 4 millions d’étrangers établis sur leur sol, et que « Les Chinois, au Siam et en particulier à Bangkok forment les deux-tiers de la population ». (Lettre 1er novembre 1895).

 

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Dès son arrivée au Siam, il avait remarqué qu’à la fête du Têt, « toutes les boutiques sont fermées, rien ne va plus, car tout ici est aux Chinois. Ces beaux Siamois, ceux qui ne sont pas princes, aiment mieux traîner la dèche que travailler ». (27 janvier 1895). Il refera ce constat le 31 janvier 1900, pour ces fêtes du nouvel an chinois  où « tout s’arrête » pendant 4 jours. « Comme  ils sont tout au Siam, dit-il. Vous imaginez la gêne que cela cause aux étrangers : les banques sont fermées, comme les usines à riz, les  steamers, les maisons de commerce. » Il signalera comment ils s’organisent selon leur provenance et l’importance des sociétés secrètes. (p.86)

 

SOCIETES SECRETES

Il évoquera aussi le sort de ces Annamites et Cambodgiens, souvent réunis autour d’une mission catholique et devant subir les harcèlements des autorités siamoises. (Cf. article précédent).


Il faut avouer qu’à ce stade, la vision de Réau du Siam et des Siamois est quelque peu négative.


Réau et ses travaux sur le Siam.


Réau à peine arrivé au Siam, avions-nous dit, avec sa licence de droit et un diplôme de chinois obtenu à l’Ecole des Langues Orientales, va se mettre à l’apprentissage de la langue thaïe et de son écriture. Très vite, il va pouvoir se faire comprendre et sera même fier de pouvoir dire à ses parents le 28 juin 1898, qu’il est pour la première fois interprète diplomatique et « que c’est chose peu facile de rendre clairement la pensée d’un diplomate comme le prince Dewawongse,


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Chinois métis, à l’esprit souple et retors, car sa pensée est comme un serpent qui se mord la queue et qu’on ne sait où prendre. »


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Mais Réau va aussi s’intéresser à l’histoire du Siam, ses légendes, sa numismatique, son théâtre, son pittoresque.


Ainsi par exemple le 5 mai 1895, après une invitation du gouvernement siamois à une chasse à l’éléphant de quatre jours à Ayutthaya, il confiera qu’il a pris beaucoup de notes et fait des dessins en vue d’un récit détaillé qui paraîtra dans l’écho de la semaine dans deux mois. Le 8 décembre 1895, il signale qu’il a commencé « une série de traductions intéressantes qui pourront être réunies en opuscule. C’est sur l’histoire du Siam. » Le 28 décembre, il sera plus explicite :


« Depuis deux mois je travaillais à des recherches sur les décorations et les ordres siamois. Le sujet est fort vaste. Cette quête de renseignements m’a coûté bien des veilles, des courses à droite et à gauche. Il y a six ordres siamois ayant presque tous une origine historique et un passé intéressant. Peu à peu, j’ai étendu le sujet et traité les légendes, les institutions siamoises qui s’y rattachent ; J’ai traduit nombre de documents à l’appui de mon étude. Enfin j’ai dessiné et peint six planches de décorations. » Il en est d’autant plus fier que le ministre résident M. Defrance a apprécié son travail sur cette partie de l’histoire du Siam (Laquelle ?), « surpris que j’aie pu amonceler tant de renseignements. »

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Il poursuit le 8 janvier : « Je travaille toujours beaucoup à mon grand ouvrage, et j’en entreprends un sur la numismatique du Siam. »


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On peut à ce stade être impressionné par l’énergie et la curiosité intellectuelle de Raphaêl Réau qui n’est au Siam que depuis un an. « Tout était pour moi sources de sensations délicates et violentes, d’impressions poétiques et charmantes ».Mais malheureusement, il ne donnera jamais le contenu de ces recherches, de ses écrits.

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Il se voit comme « l’homme du Siam, celui dont on aura besoin pour les événements futurs », un homme providentiel ! C’est avec cette ambition, qu’il « recueille ses notes, utiles pour l’avenir, dont l’importance journalière peut être insignifiante, mais dont l’ensemble prendra un sens. » Mais le temps lui manque, et il regrette de renvoyer à plus tard son « grand travail sur la numismatique ». Toutefois, pour une fois, il marque une pointe de modestie, en reconnaissant que là ses connaissances sont encore trop imparfaites. Mais il continue d’assembler des notes sur « la vie sociale au Siam  et sur la politique siamoise», « des notes qui serviront de base à une œuvre solide ».


Le 15 décembre 1896, il évoque une traduction d’une comédie siamoise qu’il va envoyer à l’Ecole des Langues orientales, « comme preuve de (son) travail et de (ses) recherches linguistiques ». Il donne le sujet et une idée du ton : c’est du lyrique, et, malgré cela, du fort trivial. Il s’agit d’un jeune bonze qui s’éprend d’une jeune fille qu’il voit se baigner et qu’il enlève. La donnée est simple, mais brodez cela d’apparitions, de fantômes, parlez de l’aube, de la forêt immense, de crépuscules … vous avez l’affaire ».


Le 27 septembre 1896, Réau admet –qu’ayant peu de temps libre- il préfère parfois continuer ses traductions siamoises, plutôt que d’aller à la messe. Il vient de commencer la traduction des ambassades siamoises qu’il juge « très intéressantes et très amusantes ».


Le 26 décembre 1896, Réau est toujours aussi studieux en songeant à son congé en France, qu’il compte bien utiliser en allant à la Bibliothèque Nationale « où je pourrai grâce à des compilations, mettre debout mes notes nombreuses sur l’histoire du Siam. Puis au Ministère, qu’il faut assiéger quand on le peut, et dont je voudrais obtenir l’impression de manuels pour l’étude de la langue siamoise. »


Le 23 mars 1897, il révèle qu’il est désormais blasé par les descriptions du luxe auquel il était auparavant sensible.


 A son retour de France (juillet 1897- février 1898),  Réau - « avoue ne plus voir les choses sous le même aspect, les beautés curieuses de Bangkok me laisse froid, et suis enveloppé d’une couche d’indifférence et d’apathie pour tout ce qui n’est pas mon bien-être immédiat. » (Le 19 avril 1898)


Et nous n’apprendrons rien de ces recherches à Paris.


Il multiplie alors les confidences sur les difficultés de sa mission et (ses) « désespérances de la cause française au Siam ». Mais s’il continue de raconter son travail au consulat, il ne peut cacher son découragement comme dans la lettre du 5 septembre 1898 : « J’ai perdu cette force d’antan, mes emportements, et mes révoltes. Je deviens d’une belle indifférence et ne me fais plus, comme autrefois, de la bile pour tous les désagréments de notre situation ». Mais le 29 septembre 1898, il se dit heureux et en bonne santé et nous apprend qu’il « traduit des pièces de théâtre siamois », pour de nouveau le 16 octobre 1898, confesser qu’il « est bien bête de se faire du tintoin », tout en admettant que les événements comme ceux d’Egypte, et de Chine l’énervent et l’irritent. Notre Raphaêl est quelque peu cyclotimique.


Les conflits ne cessant pas, il continuera de temps à autre à exprimer sa lassitude. (comme dans la lettre du mars 1898 : « je suis las de combattre, de protester, de réclamer, ce que nous avons toujours fait depuis les quatre ans que nous sommes ici. ») De fait, dans la même lettre du 16 octobre 1898, il n’exprime plus comme auparavant son intérêt pour la culture siamoise ; il se replie sur soi, se reproche presque son égoïsme : « Je fais mon travail, j’étudie chez moi, pour moi, histoire, droit ou philosophie, je lis des revues, en un mot, j’enrichis ma vie. » Voilà bien longtemps qu’il n’a plus parlé de ses notes siamoises.


 Encore le 1er décembre 1898, il dit lire et travailler beaucoup chez lui, sans en donner les sujets. Le 28 décembre 1898, le Consulat fermé pour quatre jours, il dit bien faire le bilan de son année écoulée, mais ne dit rien sur ses travaux sur le Siam. Il faut attendre le 15 mars 1899 pour apprendre qu’il « prépare un travail sur les lois agraires régissant la propriété foncière au Siam, et (qu’il a) pour cela accumulé des documents locaux qu’(il va) traduire. » Mais là encore, on n’en connaîtra pas le contenu.


Les références à des travaux sur le Siam deviennent épisodiques. A l’exception de l’évocation de traductions de pièces de théâtre siamois du 29 septembre 1898, les précédentes dataient du 26 décembre 1896 ! 


Le 15 juillet 1899, il manifeste d’ailleurs encore son ennui et qu’il n’a plus le cœur à l’ouvrage. « J’entreprends mille choses, et les abandonne immédiatement. Ma vie en dehors des heures de bureau se passe tout entière chez moi à rêver, lire et bavarder, car je reçois beaucoup d’amis. »


Le 27 février 1900 sera la dernière lettre faisant référence aux « affaires » du Siam. Nous ne verrons plus aucune référence à ses travaux ou réflexions sur le Siam et les Siamois, si ce n’est une référence à l’état sanitaire de Bangkok, très inquiétant avec une épidémie de choléra qui a fait de nombreuses victimes. (Lettre du 14 avril 1900)


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Il quittera le Siam en mai, s’embarquera le 11 mai  1900  à Singapour

 

SINGAPORE

 

 

pour arriver le 6 juin 1900 à Marseille.

 

MARSEILLE      

                                              _____________________________

 

 

Qu’avait-il retenu du Siam et des Siamois ?  Quelle en était sa vision ?


Raphaël Réau se confie dans des lettres qu’il envoie régulièrement à ses parents. Il leur raconte son quotidien, son travail « diplomatique », ses « mondanités », ses joies et ses colères, ses ambitions, ses déceptions, mais aussi ses « découvertes siamoises » : les mœurs « uniques », « les magnificences orientales », les cérémonies funèbres, les processions annuelles, les fêtes royales … Il est subjugué, sous le charme ; par les illuminations du palais, les couleurs, les musiques, les chants, les danses, l’encens … des spectacles pittoresques, curieux, merveilleux, extraordinaires. « Quel luxe ! Quelles richesses partout ! »

Il voit la crémation du fils du roi : « C’est réellement époustouflant, indescriptible ; « J’ai vu la chose la plus extraordinaire, le spectacle le plus curieux, qu’on puisse trouver sur tout le globe, « merveille entre les merveilles ». Il assiste à une touchante cérémonie d’ordination, il effectue la visite du wat Phra Keo,il est « au milieu de ces splendeurs de contes de mille et une nuits », remplissant « l’âme de poésie profonde des choses bouddhiques ». Il participe à une chasse à l’éléphant qu’il témoigne des impressions exquises » ressenties …


 

CHASSE

 

Mais, après plus de deux ans de séjour au Siam, nous avons vu que Réau va se lasser, être blasé, dit-il, « par les descriptions du luxe auquel il était auparavant sensible. ». Et ce sentiment va se prolonger, après son congé en France (juillet 1897- février 1898),  puisqu’il répétera que désormais « les beautés curieuses de Bangkok « le)  laisse froid », et que les cérémonies royales sont désormais des corvées.


Alors, comment savoir ce qu’il a retenu, ce qui est resté lors de son départ ?


Il en sera de même pour ses travaux sur le Siam.


Il informera avec enthousiasme à ses parents, de ses travaux entrepris sur l’histoire du Siam, la vie sociale, la politique siamoise, les institutions, les décorations, la numismatique, les légendes, des traductions de pièces de théâtre et des ambassades siamoises avec le sentiment qu’ils feront de lui  « l’homme du Siam, celui dont on aura besoin pour les événements futurs », un homme providentiel ! qui « recueille ses notes, utiles pour l’avenir ». Il compte d’ailleurs bien, lors de son congé en France (juillet 1897- février 1898), aller à la Bibliothèque Nationale pour « mettre debout » ces notes sur l’histoire du Siam ; mais à son retour, il n’en parlera plus.


Il évoquera bien en septembre 1898 la traduction de  pièces de théâtre siamois, et en mars 1899 la traduction de documents sur les lois agraires, mais il ne nous en donnera jamais le contenu. Nous ne connaîtrons rien de ces travaux, et nous n’avons pas le sentiment qu’ils furent publiés.


Où sont les notes qui devaient servir de bases, selon lui, « à une œuvre solide » ?


Et sa vision des Siamois, du roi, des Princes, du peuple, des moeurs ?


Nos deux articles  auront sur ce point été assez explicites, avec ses critiques souvent justes sur le despotisme, les dépenses publiques, la justice, l’esclavage pour dettes, la mainmise du commerce par les Chinois par exemple.


Mais Raphaël Réau, si curieux du Siam, ne remarquera aucun changement, aucune réforme entreprise, aucune modernisation. Il ne verra encore qu’un « Pauvre Siam ! Malgré les nouvelles lois qu’il s‘est données en les copiant dans les codes anglais, que de faits y révèlent encore le long passé de barbarie qui précède !


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Après une riche carrière diplomatique, il reviendra à Bangkok, en mars 1928 comme ministre de France, pour y décéder peu après le 28 mars 1928.



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*L’Harmattan, 2013.

**Cf. article 135 pour les circonstances et le contenu de ce traité.


*** Réau signale – nous l’ignorions - le cas de 20 femmes du roi  ayant sollicité et obtenu du roi leur liberté. Il décrit la cérémonie  d’une crémation fictive de leur corps et leur départ « revêtues d’ornements funéraires » par la porte de la Mort de la ville royale. Mais, dit-il, ces femmes du roi  « ne peuvent plus ne pas l’être », et auront un statut particulier, « elles resteront les épouses du roi, inviolables, sans sexe pour le peuple » et nul ne pourra les convoiter sans risquer la vengeance royale.(p.56)


****« Le Roi est toujours en voyage à Java. Le peuple, auprès duquel il jouit d’un prestige immense, le peuple qui l’aime, commence à croire que son Roi lui est chipé  et qu’il ne lui reviendra plus. La vérité est que le Roi s’amuse, et fort. Les journaux de Java nous rapportent ses nombreuses excursions dans la grande île, les fêtes données, et leur munificence. Ce ne sont que dîners, bals, réceptions … Monsieur le Roi, vous vous entendez bien à dépenser les revenus de votre royaume ! Songez qu’il a avec lui deux immenses bateaux, dont l’un, le Maha Chakrit, grand comme un paquebot, est le plus grand yacht qui soit, et à son bord, plus de deux cents femmes de la Cour, et trois cents fonctionnaires. Un luxe inimaginable.


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Il devrait rentrer en juillet. Il retarde d’un mois son retour, mais comme les fonds emportés sont épuisés, il prend sans se gêner le budget des travaux publics. Passez muscade : plus de travaux publics. Comme les travaux publics devaient s’occuper d’amener de l’eau potable dans la capitale, et la répartir entre les quartiers, plus de de fonds, plus d’eau potable … Bons Siamois, vous avez toujours bu de l’eau du Ménam, continuez, continuez à souffrir du choléra et de la dysenterie à l’époque des grandes chaleurs. Le Roi et nous ne buvons que de l’eau distillée et du soda-water. C’est triste, vraiment. » (p. 114)


**** Le 4 octobre 1896, relatant une fête paroissiale au Calvaire, église du Père de Sales-  il se moque légèrement des lois sévères édictés par les pères sur la tenue des femmes à l’église, les obligeant à porter un grand voile pour cacher  leur tenue traditionnelle indigène  assez courte, précisant : que le sampot « au Siam et au Cambodge, (est) une pièce d’étoffe drapée de façon à former une sorte de haut de chausse, (qui) découvre quelquefois jusqu’à mi-cuisse, (cachant) à peine  les seins et laiss(ant) les épaules nues. Il en profite pour révéler le sort réservé aux filles européennes et métis « abandonnés (au couvent) par leurs pères, capitaines de navires marchands, commerçants retournés en Europe ». Il connait leurs pères de plusieurs, dit-il,  dont l’un est un ancien consul.


 

Corpus linéaire des lettres de Raphaël Réau concernant le Siam et les Siamois.


Il arrive donc à Bangkok le  13 décembre 1894, avec sa licence de droit et un diplôme de chinois obtenu à l’Ecole des Langues Orientales. Il est présenté le 21 décembre 1894 au Ministre des Affaires étrangères, le Prince Dewawongse, et ses premières impressions sont positives ; il voit dans le prince « un fort bel homme » qui s’exprime en anglais et il est émerveillé –disions-nous-  par les beautés du palais (éléphants, pagodes, trésors). « C’est réellement époustouflant, indescriptible ».


De même en janvier 1895, il est ébloui par « le défilé de la grande procession annuelle de la saison sèche » qu’il voit depuis la terrasse de la princesse Naret, chez laquelle  le consulat avait été invité. « Inouï, merveilleux (…) Folies de couleurs, cavalcades, chars mythologiques, dragons chinois, danses guerrières –oh, ma tête ». Le 20 janvier 1895, à l’occasion de la cérémonie de nomination du successeur du roi Chulalongkorn (Son successeur désigné, son jeune fils de 16 ans, venait de décéder) , il est encore ébloui : « Merveille des merveilles » s’exclame-t-il ! Et de décrire le cérémonial, avec le roi qui domine la salle, les princes, le corps diplomatique, les costumes chamarrés, les psalmodies des bonzes, la musique, les salves de canon, les bruits de cymbale … le faste. Il est heureux de confier « J’ai l’honneur de serrer la main du Roi », mais rajoute-il, « Il n’a pas su que c’était aussi pour lui un honneur de serrer la mienne ! ». Le 27 janvier 1895 remarque qu’à la fête du Têt, que « toutes les boutiques sont fermées, rien ne va plus, car tout ici est aux Chinois. Ces beaux Siamois, ceux qui ne sont pas princes, aiment mieux traîner la dèche que travailler ».

En ce premier mois, il signale qu’il parle l’anglais de mieux en mieux et qu’il fait du siamois avec Nhu de 2 heures à 4 heures ; qu’il arrive à se faire comprendre du peuple dans « un langage rudimentaire et enfantin »  et à lire l’écriture siamoise.


Il se propose également d’écrire des rapports politiques et commerciaux et des travaux linguistiques. Au début février 1895, il justifie la nécessité d’annexer le Siam, avions-nous dit, en critiquant la monarchie, son despotisme, « Un roi presque dieu, des seigneurs petits rois, un palais rempli de 4000 femmes, d’esclaves, de gens mis là et qui y restent sans qu’on sache pourquoi. Et tout cela vit dans le luxe et l’oisiveté, dans des fêtes incessantes où s’écoule la moitié du budget ; l’autre moitié est distribuée par le roi aux grands, et à peine quelques sommes mesquines sont-elles gardées pour la marine et l’armée. Le budget des routes est presque nul ou plutôt fictif, et ce sont les particuliers qui s’en chargent ». Il accentue le trait en signalant qu’il n’y a aucune justice, trop d’abus, des moeurs immoraux où un mari peut vendre sa femme, ses enfants.» (Lettre du 9 février 1895)


Le 16 février 1895, il complétera « ces quelques notions sur le Siam », par une anecdote sur vingt femmes du roi qui veulent retrouver leur liberté et quitter le palais***. Il  exprimera son intérêt pour les « moeurs uniques » des Siamois, sa volonté de « collectionner les faits, les anecdotes en dossiers, qui me fourniront, réunis et apprêtés, la matière de quelque livre … » (en rajoutant (qui, à ma connaissance, ne fut malheureusement pas écrit).). Il formulera une fois de plus son admiration sur les palais, les pagodes, les processions des moines, l’encens …


Le 9 mars 1895, il est sensible à ce qu’il nomme « les magnificences orientales » qui n’ont rien à envier aux belles choses de la France, précise-t-il. Il décrit alors un Lakhon, avec une troupe « de cinquante personnes avec sa musique et des chanteuses, avoue ne pas comprendre les poèmes du Ramayana « pleins de merveilleux où les dieux se mêlent aux hommes », mais est envoûté : « Ce fut très beau. La splendeur des costumes, des actrices (…) l’imprévu de la musique (…) le charme des danses très raffinées et étudiées (…) tout était pour moi sources de sensations délicates et violentes, d’impressions poétiques et charmantes ».

 

RAMAYANA

Le 18 mars encore, il est, on ne peut plus conquis :

« J’ai vu la chose la plus extraordinaire, le spectacle le plus curieux, qu’on puisse trouver sur tout le globe. C’est la crémation du  fils du roi », et d’évoquer les fêtes qui ont duré quatre jours, les pagodes revêtues d’étoffe de couleur blanc et or ; les trompettes, les coups de canons, le roi jetant des petits citrons dans lesquels il y a une pièce d’argent ou d’or, les généraux empanachés qui se bousculent les mains en avant … et puis ensuite « merveille entre les merveilles », dit-il, le Roi qui avec sa torche, va enclencher une flamme qui va courir pendant près d’un kilomètre pour se diviser et atteindre des centaines de mâts portant des feux d’artifice, avec l’arrivée d’un immense catafalque du prince, au milieu des danses annamites, de la musique et des chants, à la lumière des flambeaux. Le 22 avril, il sera encore sous le même charme lors d’une autre cérémonie funèbre en l’honneur du fils du roi décédé. « Quel luxe ! Quelles richesses partout ! »


Le 5 mai 1895, il relate une invitation du gouvernement siamois à une chasse à l’éléphant de quatre jours à Ayutthaya,

 

 

CHASSE

 

qui a la délicatesse d’envoyer « un fort bateau de rivière avec un aménagement très confortable ». Il ne racontera pas cette chasse, mais le 14 mai confiera qu’il a pris beaucoup de notes et fait des dessins en vue d’un récit détaillé qui paraîtra dans l’écho de la semaine dans deux mois.


Le 21 septembre 1895 il sera encore sensible à une réception royale pour la fête du roi. « Au palais, ce fut féérique ! », de même au souper sur le Maha Chakrit, le yacht royal, où il fut reçu par madame de Richelieu et son mari, le commodore. (Mais le 28 mars 1897, il se dira mal à l’aise devant « cet homme qui, en 1893, commanda le feu contre nos canonnières, et nous tua trois hommes. Ici, je l’ignorai, n’étant accrédité qu’auprès de Khaluang, le préfet de la province. »)


Le 8 décembre 1895, il signale qu’il a commencé « une série de traductions intéressantes qui pourront être réunies en opuscule. C’est sur l’histoire du Siam. » Le 28 décembre, il sera plus explicite :


« Depuis deux mois je travaillais à des recherches sur les décorations et les ordres siamois. Le sujet est fort vaste. Cette quête de renseignements m’a coûté bien des veilles, des courses à droite et à gauche. Il y a six ordres siamois ayant presque tous une origine historique et un passé intéressant. Peu à peu, j’ai étendu le sujet et traité les légendes, les institutions siamoises qui s’y rattachent ; J’ai traduit nombre de documents à l’appui de mon étude. Enfin j’ai dessiné et peint six planches de décorations. » Il poursuit le 8 janvier : « Je travaille toujours beaucoup à mon grand ouvrage, et j’en entreprends un sur la numismatique du Siam. »

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On peut à ce stade être impressionné par l’énergie et la curiosité intellectuelle de Raphaêl Réau qui n’est au Siam que depuis un an.

Certes, n’ayant pas les ouvrages, il est impossible de mesurer la qualité de son travail de recherches, mais enfin il parle et traduit le siamois, s’intéresse aux décorations et aux ordres siamois, leur histoire, étend son sujet aux légendes, aux institutions siamoises qui s’y rattachent ; commence à entreprendre un ouvrage sur la numismatique du Siam …


Par ailleurs, lui le colonisateur, a la franchise de reconnaître que « les magnificences orientales » qu’il évoque, n’ont rien à envier aux belles choses de la France. Il multiplie le superlatifs pour évoquer les cérémonies funèbres royales, la beauté des palais, des pagodes, des danses … Il apprécie un Lakhon, les poèmes du Ramayana, l’imprévu de la musique sous « le charme des danses très raffinées et étudiées », la splendeur des actrices … « Tout était pour moi sources de sensations délicates et violentes, d’impressions poétiques et charmantes ».


Pour un jeune licencié en droit de 22 ans, frais émoulu de l’Ecole des langues orientales en chinois, arrivant dans son premier poste !

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Le 1er janvier 1896, il a même hâte d’aller « diner chez le Roi. Grande garden-party dans les jardins du palais. Cela va être beau. »


Il sera encore pendant cette année marquée par la crémation d’un ancien ministre siamois. (15 janvier 1896) Il décrira la cérémonie enchanté par tant de richesses, de magnificences, avec le cérémoniel aux couleurs chatoyantes, les chants des bonzes, la musique, les danses, les encens, la  solennité royale…


Mais il est débordé parfois et regrette comme au 10 février 1896, de n’avoir pas avancé depuis 15 jours ses travaux sur la numismatique. Mais nous n’en avons pas encore appris sur leurs contenus, comme ceux qu’il a envoyés à M. Devéria, son ancien professeur de l’Ecole des langues orientales, en poste au Quai d’Orsay, qui l’a complimenté. (15 avril 1896). Dans cette même lettre, il informe ses parents du départ du Roi à Java.


Mais il n’en donne pas les raisons diplomatiques et préfère plaisanter : « Le Roi s’en va, à Java. Pourquoi ? A-t-il peur, s’ennuie-t-il, ou est-ce en raison de l’état de son administration, en butte aux innombrables plaintes des Français et des Anglais qui deviennent de plus en plus exigeants, menaçants et envahissants ? » Il poursuit, impressionné par le luxe royal : « Il s’en va à Java, Batavia, Sumatra, sur son yacht grand comme un paquebot, le plus richement décoré au monde, qui compte 600 hommes d’équipage, une musique très appréciée, et huit canons rapides. » (Le 17 mai, il nous informe aussi que le roi a donné un dîner aux représentants diplomatiques à l’occasion de son départ pour Java.)


Le 27 avril, il note que lors d’un dîner, à l’occasion du départ du prince Ongmoi pour le couronnement du tsar en Russie, que celui-ci « est le plus beau des Siamois après son frère le roi », et qu’il ira ensuite en France, « tandis que deux petits princes vont en Europe compléter leur éducation. »

La lettre du 14 juin 1896 est intéressante car il parle des indigènes qui le remercient en lui apportant des volailles, qu’il voit comme le signe « de lever le chapeau-devant un « grand » » et qu’il interprète comme le fait qu’ « ils ont toujours été opprimés, exploités, et que les fonctionnaires et juges estimaient chères  les minutes d’attention pendant lesquelles ils écoutaient une requête. »


Elle évoque aussi, non sans forfanterie, qu’il se voit comme « l’homme du Siam, celui dont on aura besoin pour les événements futurs », un homme providentiel ! C’est avec cette ambition, qu’il « recueille ses notes, utiles pour l’avenir, dont l’importance journalière peut être insignifiante, mais dont l’ensemble prendra un sens. » Mais le temps lui manque, et il regrette de renvoyer à plus tard son « grand travail sur la numismatique ». Toutefois, pour une fois, il marque une pointe de modestie, en reconnaissant que là ses connaissances sont encore trop imparfaites. Mais il continue d’assembler des notes sur « la vie sociale au Siam  et sur la politique siamoise», « des notes qui serviront de base à une oeuvre solide ».


La lettre du 12 juillet 1896 contient une violente critique du Roi. (Cf. en note**** toute la citation)


Il lui reproche de s’amuser à Java (« Ce ne sont que dîners, bals, réceptions. » « avec plus de deux cents femmes de la Cour, et trois cents fonctionnaires. Un luxe inimaginable ») en dépensant les revenus du royaume, mais surtout de prendre « sans se gêner le budget des travaux publics » qui devait servir à « amener de l’eau potable dans la capitale » et diminuer ainsi les souffrances du choléra et de la dysenterie à l’époque des grandes chaleurs.


Par contre, le 23 juillet 1896, il consacre deux pages à une « touchante cérémonie d’ordination d’un jeune bonze », mais il informe  aussi  ses parents que la pagode où ils sont bien reçus, exerce le culte bouddhique réformé, en le comparant à la réforme protestante de Luther. « Certains bouddhistes, inquiets de voir le culte se corrompre, sous l’influence sourde du brahmanisme renaissant, ont prôné, comme Luther au XVème siècle, le retour au culte primitif pat l’étude des textes sacrés –j’allais dire la Bible- , comme pour le calvinisme et le luthéranisme. »


Il décrira les différentes étapes de la cérémonie, sera sensible aux parfums d’encens, aux fleurs, aux chants, sera plus encore touché par le dialogue entre le vieux chef bonze et l’aspirant : « renonce aux vanités du monde, sois humble, sois chaste, soit insensible » ainsi que par la récitation « de tous les préceptes du Patinok (227 articles), qui constituent la règle des bonzes », et qui sont poursuit-il, des « préceptes aussi beaux que ceux de l’Evangile.»


Nota. Si nous nous arrêtons un instant sur les quatre dernières lettres, nous voyons un Raphaël Réau sensible à l’exploitation des indigènes (Indigène ? Le mot était commun à l’époque), indigné par l’arrogance et la corruption des juges et des fonctionnaires, poursuivant ses travaux sur le Siam, malgré le lourd travail du Consulat, scandalisé par l’attitude du Roi  dépensant sans compter dans des fêtes somptueuses à Java, les revenus du royaume, et le budget des travaux publics  qui devait servir à  amener de l’eau potable dans la capitale, diminuant ainsi les effets du choléra ; et respectueux du message bouddhiste.


Le 11 août 1896, Réau annonce l’arrivée du roi de Java pour le 12 août, comptant sur son arbitrage pour contrer la faction anglaise menée par M. Rollin-Jacquemin qui a pris le dessus sur le premier ministre Dewawongse, pour miner la juridiction française par des emprisonnements de protégés.

 

Toutefois, il dresse néanmoins un portrait politique peu flatteur du Roi, tout en soulignant son pouvoir absolu.


« Nous aussi, nous attendons avec anxiété  son retour. Car bien qu’il prenne une maigre part aux affaires, bien qu’il règne sans gouverner, bien que tous ses soucis soient de trouver quelque jolie jeune fille et d’imaginer un divertissement de nuit, il n’en est pas moins le Roy, avec un y, c’est-à-dire le premier, celui qui peut défaire ce que ses ministres ont fait. »


Le 15 décembre 1896, il évoque une traduction d’une comédie siamoise qu’il va envoyer à l’Ecole des Langues orientales, « comme preuve de (son) travail et de (ses) recherches linguistiques ». Il donne le sujet et une idée du ton : c’est du lyrique, et, malgré cela, du fort trivial. Il s’agit d’un jeune bonze qui s’éprend d’une jeune fille qu’il voit se baigner et qu’il enlève. La donnée est simple, mais brodez cela d’apparitions, de fantômes, parlez de l’aube, de la forêt immense, de crépuscules … vous avez l’affaire ».


Le 20 septembre 1896, on apprend que la ville est en fête pour trois jours. Il est reçu en audience royale et le lendemain soir, il est une fois de plus enchanté par les illuminations du Palais, la musique de la Garde, et la visite du wat Phra Keo qu’il effectue « au milieu de ces splendeurs de contes de mille et une nuits », remplissant « l’âme de poésie profonde des choses bouddhiques ». Il note « un gigantesque halo (couronne au milieu du ciel, bon présage pour le Roi, comme disent les Siamois). »


Le 26 septembre 1896, Réau évoque un Grand Conseil des ministres rapporté par leurs espions, où des princes exaltés animés par le prince Narès (gouverneur de Bangkok) envisage des mesures expéditives contre les Français jugés dangereux et définitives contre  Hardoin  (alors consul de France, Defrance étant le ministre résident). Réau fait alors un commentaire désobligeant sur l’évolution du Siam actuel :« Pauvre Siam ! Malgré les nouvelles lois qu’il s‘est données en les copiant dans les codes anglais, que de faits y révèlent encore le

long passé de barbarie qui précède ! La peau de l’âne perce toujours ! »


Le 27 septembre 1896, Réau avoue –ayant peu de temps libre- qu’il préfère parfois continuer ses traductions siamoises, plutôt qu’aller à la messe. Il vient de commencer la traduction des ambassades siamoises qu’il juge « très intéressantes et très amusantes ».


Le 26 décembre 1896, Réau est toujours aussi studieux en songeant à son congé en France, qu’il compte bien utiliser en allant à la Bibliothèque Nationale « où je pourrai –dit-il- grâce à des compilations, mettre debout mes notes nombreuses sur l’histoire du Siam. Puis au Ministère, qu’il faut assiéger quand on le peut, et dont je voudrais obtenir l’impression de manuels pour l’étude de la langue siamoise. »


Le 11 janvier 1897 note avoir assisté à une cérémonie funèbre « dans la pagode-chapelle du roi –un bijou- à un service en l’honneur de sa mère adoptive morte il y a quelque temps, après la mort du petit Roi que je vous ai décrite. Prêche en bali, panégyrique, litanies, psalmodies, sur un air infiniment triste. Rien n’y manque, toute la lyre funèbre. » et plus tard à une fête de nuit « chez le Phya Tever, grand seigneur riche, grand chambellan du Roi. Ce sera très beau –théâtre, concert, etc … ».


Le 23 mars 1897, il confie qu’il est désormais blasé par les descriptions du luxe auquel il était auparavant sensible. Il le ressent à l’occasion d’une cérémonie au Palais, dans la grande salle du trône, où  le Roi, avant de partir en Europe, a remis le royaume à la reine.


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Il annonce également dans cette lettre que le vendredi suivant, il sera de l’inauguration de la ligne ferrée de Bangkok à Ayuthia et sera invité au lunch du Roi à Bang-Pa-In. Le 22-23 avril 1897, Réau informe ses parents que le Roi est arrivé à Colombo sur son yacht qui a eu un accident d’hélice et qu’il craint –comme certains journaux français- que le Roi « va tout  simplement se mettre sous protectorat anglais ». Le 18 juin 1897, estime que le Roi doit être à Paris et n’apprécie pas qu’on va « lui faire une splendide et stupide réception, à lui qui refuse de nous rendre nos Cambodgiens. »


Retour imprévu et prématuré en France (juillet 1897- février 1898).

 


Le 19 avril 1898, nous l’avions dit, Réau -depuis son retour- « avoue ne plus voir les choses sous le même aspect, les beautés curieuses de Bangkok me laisse froid, et suis enveloppé d’une couche d’indifférence et d’apathie pour tout ce qui n’est pas mon bien-être immédiat. » Il multiplie les confidences sur les difficultés de sa mission et (ses) « désespérances de la cause française au Siam ». Le 28 juin 1898, il annonce qu’il est pour la première fois interprète diplomatique et « que c’est chose peu facile de rendre clairement la pensée d’un diplomate comme le prince Dewawongse, Chinois métis, à l’esprit souple et retors, car sa pensée est comme un serpent qui se mord la queue et qu’on ne sait où prendre. »


Mais s’il continue de raconter son travail au consulat, il ne peut cacher son découragement comme dans la lettre du 5 septembre 1898 : « J’ai perdu cette force d’antan, mes emportements, et mes révoltes. Je deviens d’une belle indifférence et ne me fais plus, comme autrefois, de la bile pour tous les désagréments de notre situation ». Mais le 29 septembre 1898, il se dit heureux et en bonne santé et nous apprend qu’il « traduit des pièces de théâtre siamois », pour de nouveau le 16 octobre 1898, confesser qu’il « est bien bête de se faire du tintoin », tout en admettant que les événements comme ceux d’Egypte, et de Chine l’énervent et l’irritent. Notre Raphaêl est quelque peu cyclotimique.


Les conflits ne cessant pas, il continuera de temps à autre à exprimer sa lassitude. (comme dans la lettre du mars 1898 : « je suis las de combattre, de protester, de réclamer, ce que nous avons toujours fait depuis les quatre ans que nous sommes ici. »)


De fait, dans la même lettre du 16 octobre 1898, il n’exprime plus comme auparavant son intérêt pour la culture siamoise ; il se replie sur soi, se reproche presque son égoïsme : « Je fais mon travail, j’étudie chez moi, pour moi, histoire, droit ou philosophie, je lis des revues, en un mot, j’enrichis ma vie. » Voilà bien longtemps qu’il n’a plus parlé de ses notes siamoises. Encore le 1er décembre 1698, il dit lire et travailler beaucoup chez lui, sans qu’il nous en donne les sujets. Le 28 décembre 1898, le Consulat fermé pour quatre jours, il dit bien faire le bilan de son année écoulée, mais que pour indiquer les 132 « affaires » pendantes avec les Siamois.


Il faut attendre le 15 mars 1899 pour apprendre qu’il « prépare un travail sur les lois agraires régissant la propriété foncière au Siam, et (qu’il a ) pour cela accumulé des documents locaux qu’(il va) traduire. »

 (La dernière référence à des travaux sur le Siam datait du 26 décembre 1896 ! »


Cérémonies, fêtes, et réceptions.


Le 23 septembre 1898 Réau évoque encore une réception au Palais pour l’anniversaire du Roi. « Il s’est souvenu –dit-il- qu’il m’avait rencontré dans l’ascenseur de la tour Effel ! » Est-ce pour cela que cette fois-ci Réau ajoute : « Bien séduisant ce Roi ! Le palais, enrichi de cadeaux de toutes les cours d’Europe, resplendit d’un nouvel éclat. » Mais le 12 novembre 1898 appréhende les fêtes du Roi (28 ème anniversaire de son règne) et ne les voit plus que comme des corvées (fêtes du Roi, bals, dîners, pendant trois jours. Corvées ! »). Il en donnera quand même quelques traits dans  sa lettre du 18 novembre. Il faut attendre la lettre du 8 février 1899, pour que Réau annonce qu’il n’a pas pu aller –malade- avec  toute la Légation à la chasse aux éléphants, mais qu’il garde de sa première chasse « des impressions exquises ».


Le 2 avril 1899, à l’occasion de la visite de Paul Doumer, gouverneur général de l’Indochine, Réau reconnaît que « le peuple siamois est bien celui qui a poussé le plus loin l’art des fêtes pittoresques ». Le 9 avril, il nous dit qu’un programme a été « débattu et fixé ; pas une heure du Gouverneur général n’est perdue. Dîners, déjeuners, lunchs, réceptions, garden parties, visite à Ayuthia, etc, etc … », (…) et pendant que nous nous congratulons réciproquement, nous continuerons à nous envoyer des notes de reproches, des lettres aigres-douces. Beautés de la diplomatie ! » Le 19 avril 1899, restera sur la visite du gouverneur, mais « sans, dit-il, « vous décrire les magnificences auxquelles j’ai assisté depuis quelques jours ! », et s’étonnera une fois de plus de la duplicité siamoise qui « depuis quatre ans et demi manifeste sans pudeur leur haine contre nous, (et) d’entendre ces mêmes Siamois, princes et hauts fonctionnaires  se réjouir de la nouvelle ère amicale qui s’ouvre, d’ouïr deux fois par jour l’hymne siamois et la Marseillaise, de voir, comme hier au grand théâtre du Roi, dans une superbe apothéose deux anges tenant, l’un notre drapeau, et l’autre celui du Siam. Je pense « comédie » ».


Le 15 juillet 1899, il manifeste encore son ennui et qu’il n’a plus le coeur à l’ouvrage. « J’entreprends mille choses, et les abandonne immédiatement. Ma vie en dehors des heures de bureau se passe tout entière chez moi à rêver, lire et bavarder, car je reçois beaucoup d’amis. »

Le 22 septembre1899 évoque encore l’anniversaire du Roi. Mais la magie n’opère plus : « c’est toujours pour moi une corvée fatigante que de me revêtir de ma carapace officielle et d’aller en voiture, par la chaleur de midi, suer pour la grande gloire du monarque siamois. »


Mais Réau est conscient qu’il passe par des phases différentes selon la situation du moment, et le 13 novembre, coïncidant avec les fêtes du roi, il y va de « l’antienne gaie, et vous avez qu’après viendra l’antienne triste. En attendant, il apprécie sa vie, « vie exquise de travail et de plaisirs mondains, de dîners, d’échanges de courtoisie (…) Vie pleine d’imprévus, de pittoresque, où l’être s’agrandit malgré lui, où l’on devient meilleur, à voir et comprendre beaucoup de choses. »


Le 22 décembre encore une fête royale en l’honneur du prince Henri de Bruges, avec bals, garden party, dîners… et fête à Bang-Pa-In, « résidence royale exquise ».


Le 31 janvier 1900, il remarque une fois de plus que lors des fêtes du nouvel an chinois, « tout s’arrête » pendant 4 jours. « Comme  ils sont tout au Siam, dit-il. Vous imaginez la gêne que cela cause aux étrangers : les banques sont fermées, comme les usines à riz, les  steamers, les maisons de commerce. »

 

Le 27 février 1900 sera la dernière lettre évoquant les « affaires » du Siam. Nous ne verrons plus aucune référence à ses travaux ou réflexions sur le Siam et les Siamois, si ce n’est celle à l’état sanitaire de Bangkok, très inquiétant avec une épidémie de choléra qui a fait de nombreuses victimes. (Lettre du 14 avril 1900)

Il quittera le Siam en mai, s’embarquera le 11 mai à Singapour pour arriver le 6 juin 1900 à Marseille.

Après une riche carrière diplomatique, il reviendra à Bangkok, en mars 1928 comme ministre de France, pour y décéder peu après le 28 mars 1928.

 

 

 

 

 

 

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