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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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30 juillet 2014 3 30 /07 /juillet /2014 23:01

thai01151Au début du XIXème siècle, le Siam s’ouvrait au commerce international, à un début d’économie marchande, de salariat, de propriété privée, d’échanges monétaires, à d’autres conceptions de relation au monde, de domination qui  « bousculaient » les modèles traditionnels. (Cf. nos articles sur les traités de Burney en 1826, de Bowring en 1855, français de 1856.) Même sur le plan religieux, le roi Mongkut, alors encore moine, avait lancé une grande réforme dans les années 1840 qui avait donné naissance à l’ordre Thammayut pour restaurer la discipline et l’orthodoxie religieuses. Il avait pour ses fils recruté des précepteurs étrangers, pour compléter leur  formation monastique classique, avec des matières nouvelles, comme l’anglais, l’arithmétique moderne et les sciences.


 ADVISOR

Le roi Chulalongkorn engagea son pays dans un processus d’unification de l’Etat et dans un programme de réformes qui vont bouleverser l’ordre traditionnel ancien.*  Il va ainsi mettre en œuvre une nouvelle  administration centrale du pays, avec une administration fiscale, policière, un nouveau système judiciaire avec un nouveau code pénal,

 

code pénal

 

abolir l’esclavage, la corvée royale, etc. (Cf. Nos articles précédents)

 

La construction de ce nouvel appareil d’État nécessitait de promouvoir une nouvelle instruction pour les Princes et les élites et de former des fonctionnaires pour gérer ces nouvelles tâches.

 

Auparavant, l’école était essentiellement assurée dans les écoles des temples.

 

ecole1

 

L’enfant devait servir son maître, accomplir des tâches quotidiennes pour l’aider, et recevait des rudiments de lecture et d’écriture, parfois de mathématiques, en plus de sa formation religieuse de base.  L’enseignement reçu était peu formalisé, sans cursus défini, et  dépendait des occupations du moine instructeur et des travaux des champs.

 

ecole2

 

Le niveau était faible. Mgr. Pallegoix, dans sa « Description du royaume Thaï ou Siam » constatait :


 « Les parents envoyaient leurs fils au monastère pour y apprendre à lire. Là, ils étaient au service des bonzes qui, en retour, leurs partageaient la nourriture qu’ils avaient mendiée et chaque jour, ils leur donnaient une ou deux leçons. Les jeunes passaient le reste de leur temps à se promener ou à jouer entre eux. Peu, disait-il, « savaient lire et écrire; la plupart en étaient encore au ba, be, bi, bo, bu ».

 ba be bi bo bu

« Si les enfants du peuple n’étaient pas bien formés, ceux des nobles ne l’étaient pas davantage; comme l’indique le manifeste officiel de l’école de l’année 1871 : « Les enfants dont les parents sont au service du souverain, viennent tous de familles nobles. Dans l’avenir, ces enfants deviendront fonctionnaires, mais la plupart ne savent ni vraiment la langue thaïe ni les règlements ni les coutumes de la Cour. Bien que certains les sachent, ils font beaucoup de fautes dans l’emploi de l’alphabet et la mise des signes tonaux. » (Cité par Kantaphong Chitkla*)

 

Création de l’école royale.


C’est donc dans ce contexte  de fondation  d’un État « moderne » qu’il fallut assurer un nouveau mode d’éducation, promouvoir des nouveaux savoirs qui allaient bouleverser l’éducation traditionnelle siamoise.

 

En 1871, le roi  créé deux écoles royales dans l’enceinte du palais, avec  une école de pages et une école de langue thaï. Un ordre royal sera adressé aux Mom Chao, aux Mom Rajawong et aux fonctionnaires de tous grades qui veulent que leurs enfants deviennent Pages royaux et Gardes royaux. Il annonçait la création d’une école dans le Grand Palais,


KINGS COLLEGE

 

« où les scribes royaux enseigneront le thaï, l’arithmétique et les règlements de l’administration. Ils seront raisonnablement payés par Sa Majesté qui leur recommande d’enseigner d’une manière polie et de ne pas donner de coup de bâton aux élèves. Quant à ces derniers, Sa Majesté leur fournira des vêtements et un petit salaire journalier.” (Cité par Kantaphong Chitkla*)

 

Un an plus tard, l’école de langue anglaise est fondée. Des enseignants étrangers y assureront des cours de type occidentaux, des manuels scolaires seront élaborés. Le roi y enverra ses petits frères, les dignitaires et les pages pour apprendre l’anglais.

 

En 1875, le roi édictera un décret appelant à l’extension de l’éducation primaire dans tous les monastères royaux.

 

En 1879, Rama V  autorisera au palais Nandha Uthayan, l’ouverture d’une école connue sous le nom d’école Suan Anandha. La plupart des élèves seront des membres de la famille royale et des dignitaires du royaume. Les cours donnés consistaient en langues thaïe et anglaise, ainsi qu’en sciences occidentales.


 ANANDA SCHOOL

 

En 1881, la nouvelle école Suankulap jouera un grand rôle en enseignant selon un curriculum moderne avec les sciences, l’arithmétique. Le discours du souverain du 23 mars 1884 à cette école présentait de façon claire la nécessité de l’éducation moderne comme un des moyens de modernisation du pays.

 suakulap

 

« Aujourd’hui, les sciences sont considérées comme une chose éminente que tout le monde, du roi au peuple, devrait obtenir parce qu’elles sont l’occasion d’un succès dans tous les domaines. ... C’est pour cela que j’ai l’intention de contribuer au développement de l’éducation dans tout le royaume. » (Cité par Kantaphong Chitkla*)

 

En 1884, l’école de Wat Mahannaparam de Bangkok sera la première école de roturiers.

 wat-mahannaparam-worawiharn-bangkok-thailand

 

En 1884 également, le roi Rama V envisagera avec l’aide de son demi-frère, le patriarche Wachirarayanwarorot, et son réseau des monastères  d’introduire l’instruction primaire en dehors de Bangkok, mais cela  ne fut effectif qu’à la fin du siècle. (Avec la lecture, l’écriture, les connaissances professionnelles de base et les principes moraux.)

 Morale à l'école

 

Mais c’est en 1887 que fut créé le ministère de l’éducation (กรมศ กษาธ การ), confié au Prince Damrong (1862-1943) qui était aussi le commandant en chef de l’Armée. (L’Académie militaire royale sera aussi créée également en 1887 avec des méthodes plus « occidentales ».)

 MINISTERE DE L'EDUCATION

 

A ce stade, la maîtrise de Kantaphong Chitkla*, consacrée à « La place des écoles catholiques dans la réforme éducative sous le règne de Rama V au Siam (1868-1910) » va nous être d’un grand secours, pour nous donner de nombreux éléments composant cette réforme et surtout pour mesurer les difficultés de sa mise en œuvre et les limites de sa portée sur l’ensemble du pays.


 ecole missionqirees

Ainsi Kantaphong Chitkla nous apprend qu’il y eut deux projets nationaux pour promouvoir un cursus national. D’abord anglais en 1898, puis en 1902 avec un modèle inspiré par le système éducatif japonais par Phraya Visutthisuriyasak. (Ce projet traitait l’enseignement général et l’enseignement technique).

 

Mais les difficultés ne manquèrent pas pour les mettre en œuvre.

 

Certes des programmes avaient été élaborés ; Kantaphong Chitkla signale qu’en « 1895, le programme global a officiellement été appliqué avec la division de l’enseignement en trois niveaux principaux : le premier cycle de trois années d’études « Prayoke I » , le deuxième cycle de trois années d’études « Prayoke II » et le troisième cycle de quatre années d’études « Prayoke III ». Ces programmes étaient une adaptation des programmes anglais, dont la terminologie elle-même avait été conservée. »


MANUEL

 

En 1905, un nouveau système avait été mis en place calqué sur le modèle japonais. Le « National system of education » se divisait en deux sections principales : l’enseignement général et l’enseignement technique. La première section avait pour but la promotion d’hommes cultivés et la formation du personnel pour l’administration. La deuxième section prévoyait que les diplômés au niveau intermédiaire continuaient leurs études pour des métiers artisanaux ou mécaniques. »*


Mais le budget était insuffisant et les maîtres formés peu nombreux.

 

Le conflit franco-siamois après le traité de 1893 impliqua de budgétiser davantage les ministères de la guerre et de l’intérieur au détriment de celui de l’instruction publique. « Entre 1892 et 1898, nous dit Kantaphong Chitkla, le budget annuel du ministère de l’Instruction publique a été tellement réduit que beaucoup d’écoles ont été fermées. »

 

Ainsi par exemple, pour le budget de 1908-1909, sur un total de 66 594 611 ticals, 1 527 270 étaient consacrés à l’instruction et au culte (soit 2,3%), alors que la liste civile obtenait 7 500 000, l’intérieur 11 189 759, et la guerre 14 270 854.

 

Kantaphong Chitkla donne d’autres exemples de cette pénurie. Ainsi en juin 1892, on dut fermer l’imprimerie du ministère, supprimer certains postes dans le Bureau de Manuels scolaires, annuler l’engagement de Edwin Mc Farland pour la rédaction des manuels scolaires.

 

MACFAR

 

Par la suite, les écoles privées ne furent plus subventionnées. On dut même en 1895 supprimer la bibliothèque et ensuite fermer certaines écoles de pagodes.  Et en 1907, les charges scolaires furent à la charge des parents.

 

Absence de maîtres.


La mise en place de l’éducation nationale nécessitait la formation de maîtres. Elle fut dérisoire pendant le règne du roi Chulaongkorn, si l’on songe que la première Ecole Normale fut ouverte le 12 octobre 1892 ; qu’elle ne forma que Nai Nokyoong, les autres élèves ayant quitté l’établissement. (Les premiers élèves comprenaient Nai Nokyoong (futur Phraya Surintharaja), Nai Boonrod (futur Phraya Bhirompakdi) et Nai Soo). L’année suivante, l’école  accueillit trois élèves !  Et en  1911, cette école n’avait réussi à ne former que 359 maîtres. (Kantaphong Chitkla)

 

Un rapport de l’inspection des affaires religieuses et éducatives entre 1898 et 1899, confirmait cette pénurie et indiquait même que certaines écoles furent obligées de cesser leurs activités par manque de maîtres.

 

Ces fermetures encouragèrent de nombreuses familles aisées à recourir aux écoles des missionnaires.**** En effet, il ne faut pas oublier l’importance des écoles religieuses en faveur de l’éducation, et le rôle joué par les missionnaires (français, anglais et américains).

 

ecole chretienne

Ainsi par exemple,  « D’après l’état de la Mission française du Siam 1909-1910, la mission comptait 23 000 chrétiens, 50 églises, 21 prêtres indigènes, 1 séminaire avec 47 séminaristes, 3 collèges ou écoles supérieures avec 861 élèves et 41 professeurs, 32 écoles de garçons avec 1 234 élèves, 30 écoles de filles avec 1 356 élèves, 6 écoles mixtes avec 54 garçons et 48 filles, enfin 17 orphelinats avec 136 orphelins et 311 orphelines. » (cité par Kantaphong Chitkla). Soit 68 écoles et 2 692 élèves.

 

Les difficultés furent plus importantes pour les écoles publiques.

 

Déjà en 1875 le projet de la création de la première école publique de Thaïlande du Wat Mahannaparam avait échoué nous apprend Kantaphong Chitkl, malgré la déclaration royale du 6 juillet 1875, concernant l’enseignement du thaï et de l’arithmétique dans toutes les écoles des pagodes.

« Sa Majesté a nommé des patriarches et des bonzes, qui tous reçoivent un salaire à titre honorifique, comme maîtres pour enseigner les novices et les enfants à leur service. »

 

Certes en  1884, le roi Rama V avait voulu avec l’aide de son demi-frère, le patriarche Wachirarayanwarorot, introduire l’instruction primaire en dehors de Bangkok dans les monastères, mais on était encore dans les déclarations royales, si l’on en juge par le  discours du 23 mars 1884 du roi à l’école de Pratamnuk Suan Kularb :

 

« Même si cette école est établie pour les enfants de bonne famille, je n’oublie jamais les enfants des petits cadres et du peuple. L’enseignement des écoles prochainement établies sera comme celui de cette école. ... Il est  maintenant en train d’être développé et il sera accessible au peuple bien plus qu’avant. De mes enfants aux enfants du peuple, tous ont le même droit à l’éducation. Je voudrais dire que l’éducation est une affaire importante que je dois réaliser. »

 

Les monastères en dehors de Bangkok étaient assez autonomes et le peuple craignait que les nouvelles écoles allaient servir pour recruter des soldats. Rama V dut publier le 1er mai 1885 un manifeste officiel précisant le vrai but de l’école :

 

« Sa Majesté sait que son peuple craint que les écoles soient utilisées pour fournir des soldats. Le pays a déjà ce qu’il faut pour la formation militaire et la création de nouvelles écoles pour la formation militaire est inutile. Sa Majesté a tous les pouvoirs pour recruter directement des jeunes pour l’armée. Pourquoi se donnerait-elle la peine de les recruter en fondant ces écoles. ... Il est inutile d’accepter ces rumeurs. Si vous voulez des jeunes instruits, emmenez vos enfants à l’école du quartier. Ils ne seront pas recrutés pour le service militaire! »

 

« Toutefois entre 1884 et 1886, le gouvernement avait achevé d’établir une vingtaine d’écoles publiques à Bangkok et une dizaine d’écoles dans les provinces du Centre. » Avec la création du département de l’éducation dirigé par le prince Damrong, on aurait pu espérer un plus grand développement des écoles publiques en Province, nous dit Kantaphong Chitkla, surtout quand après le 7 janvier 1891, il lança son projet dans toutes les grandes provinces, comme par exemple Chanthaburi, Phetchaburi et Songkhla. Mais celui-ci restera un échec, car le prince Damrong fut envoyé en mission en Russie au mois de juillet.

 nor,al college

 

Bref le développement de l’instruction primaire stagnait. Le roi redemanda donc  à son demi-frère, le prince-bonze Wachirayana, le Patriarche du clergé bouddhique, de redynamiser l’instruction des écoles publiques dans les provinces proches de Bangkok.


« Les cours enseignés comprenaient le thaï suivant les six manuels de Mulabot, l’arithmétique, l’artisanat, la mécanique et les canons bouddhiques. Les élèves prenaient aussi la lecture personnelle. La distribution de ces manuels était gratuite pour la première fois. Les bonzes et les novices avaient la possibilité de recevoir une formation pédagogique. L’examen annuel était organisé après la saison des pluies. ».

 

Dans un décret royal du 11 novembre 1898, le souverain définissait sa politique d’instruction pour les Siamois dans les provinces :


«  Pour tous, la prospérité est basée à la fois sur la bonne conduite et le moyen de gagner sa vie d’une manière honnête. Afin de se conduire selon cette vérité, il faut être bien instruit depuis l’enfance et faire le bien.

Notre population est bouddhiste. Nous écoutons l’enseignement de Bouddha que prêchent les bonzes dans les pagodes, nos garçons y fréquentent les écoles. ... Sa Majesté a le désir de soutenir les bonzes en leur donnant les moyens pour prêcher les canons bouddhiques et enseigner les jeunes mieux qu’avant. ... Sa Majesté a recommandé à Krom Muen Wachirayana de développer la formation spirituelle et intellectuelle de nos jeunes »

 

Morale 03

 

 

Cette impulsion connut un certain succès puisque si en 1886, il n’existait que trente-quatre écoles, on en dénombrera 338 dans les provinces en 1901, avec 11 630 élèves et 408 maîtres bonzes. Néanmoins cela restait faible pour une population de 6 320 000, ainsi répartie : 2 000 000 Siamois, 2 000 000 Chinois, 400 000 Cambodgiens, 900 000 Pégouans, Birmans et Malais, 20 000 Annamites et 1 000 000 Laotiens. (Chiffres de Kantaphong Chitkla) De plus, le nombre des écoles n’indique pas la valeur des enseignements donnés.

 

La barrière de la langue.

 

La résistance était grande selon les régions et les villages. Outre la crainte de voir leurs enfants enrôler dans l’armée, les parents ne comprenaient pas l’intérêt de cette nouvelle éducation, ni la nécessité de parler le thaï.


Le thaï avait été effectivement choisi pour des raisons pratiques mais aussi de  nationalisme linguistique.


Audrey Gutty note justement que** :

« Cette décision marquait une rupture avec le passé caractérisé par une pluralité de royaumes mais également de langues.L’utilisation d’une langue véhiculaire fut décidée pour des raisons pratiques mais également pour forger un nationalisme linguistique. Elle impliqua pour les élèves de s’accoutumer à un nouvel alphabet, différent de celui utilisé dans leur vie quotidienne, à une nouvelle langue, mais également à « un rapport au monde assez différent » de celui dans lequel ils baignaient depuis leur enfance (Keyes, 1991b, p.9). »


On se doute par exemple que « Dans les régions à majorité musulmane, comme l’ancien sultanat de Pattani tout juste intégré dans l’Etat siamois, l’élite malaise avait bien compris l’intérêt politique de ces nouvelles écoles et se sentait gravement menacée tandis que le système traditionnel qui lui assurait un statut était radicalement remis en cause par le système éducatif moderne (Dulyakasem, 1991) ». (Audrey Gutty**)

 

                                               -------------------------

 

Bref, on peut comprendre que la fondation de l’éducation nationale au Siam par le roi Chulalongkorn fut une révolution et dut traverser bien des obstacles politiques, économiques et sociaux.

 

Le roi a engagé un processus historique d’éducation de l’élite et du peuple qui aurait nécessité plus de moyens financiers et humains. Avec un budget limité (2,3% en 1908), si peu de maîtres formés, le poids des traditions dans les pagodes, la barrière de la langue thaïe pour beaucoup, on comprend que le temps fut nécessaire. Dans une note***, Louis Gabaude signale que dans les pagodes rurales du Nord et du Nord-Est « les bonzes ont continué à enseigner les écritures locales à leurs novices jusque dans les années 1960 et parfois au-delà ». C’est vous dire.

 

Le roi Chulalongkorn avait donné l’impulsion, l’exemple royal,  initié cette nouvelle éducation basé sur le modèle occidental, créé l’institution de l’éducation nationale, rappelé la nécessité de se former à ces nouveaux savoirs, tant pour les élites que pour le peuple. Il promut l’éducation primaire en associant les moines des pagodes à ce vaste chantier de l’instruction publique.


Il avait également envoyé ses fils étudier en Europe (surtout en Angleterre), donnant ainsi  prestige à ces formations européennes. (Par exemple les princes Vajiravudh (Rama VI), Prachadhipok (Rama VII), Songkhlanakharindhra (le père de Rama VIII et de Rama IX), Aphakornkiattiwong (le père de la marine) et Rapheephathanasak (le père de la justice). Il a également envoyé d’autres jeunes gens, notamment des fils de fonctionnaires. »*

 

Le roi affirma sa responsabilité dans l’éducation de ses sujets. Il posa le principe d’une gestion centralisée des écoles modernes au Siam, avec le thaï comme langue d’instruction, un curriculum standardisé, des manuels scolaires fournis par l’Etat, et un système d’examen national, selon un calendrier précis. Cet enseignement permit à certains roturiers  d’accéder à des postes dans l’administration naissante. (Idées prises dans Audrey Gutty**)

 

 L’enseignement primaire fut déclaré obligatoire en 1921 par le fils de Chulalongkorn, le roi Vajiravudh (1910-1925). Il ne fut vraiment effectif dans l’ensemble du pays que dans les années 60.***

 

 

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*Kantaphong Chitkla, « La place des écoles catholiques dans la réforme éducative sous le règne de Rama V au Siam (1868-1910) », Mémoire d’études Françaises, Diplôme de Maîtrise, Département de Français,  Ecole des Études Supérieures, Université Silpakorn, 2007

 

**Audrey Gutty, thèse de  doctorat, « Paradigme politique et évolution des institutions éducatives, le cas d’une société non-occidentale : La Thaïlande », Université Lumière Lyon 2, 2011.


 AUDREY

 

***Note 56, p.47, « Approche du bouddhisme thaï », in « Thaïlande contemporaine », IRASEC, 2011.

 

**** Les écoles de missionnaires.


« A cette époque, il y avait les écoles des missionnaires français et celles des missionnaires américains. La mission catholique était administrée par Mgr. Dupond (1865-1872), par Mgr. Jean-Louis Vey (1875-1909) et par Mgr. Perros (1909-1947). Mgr. Vey souhaitait que la mission catholique participe à la réforme du pays.

 

mgr-louis-vey-18401909

 

Il a fait ouvrir 49 écoles catholiques, le Collège de l’Assomption pour les garçons et plusieurs couvents pour les filles. Les non-chrétiens pouvaient aussi y faire leurs études.

L’instruction au lycée était donnée en trois langues : anglais, français et thaï. A cette époque, il y avait aussi un séminaire pour former un clergé indigène. Si la mission principale était l’évangélisation, l’aide aux pauvres et aux orphelins n’était pas négligée.

Quant aux missionnaires américains, ce sont les presbytériens qui ont joué un rôle important. En menant leur mission, ils apportaient aux autochtones la médecine et l’éducation. En 1889, “Christian High School” de M. John A. Eakin a été réunie avec l’école de la mission fondée sous le règne précédent (Rama III) par Mrs. Mattoon. Elle est devenue “Bangkok Christian High School”. Une autre école a été fondée à Petchaburi, de même qu’une école pour les filles connue sous le nom “Wanglang”. Ensuite, ces missionnaires ont fondé leurs écoles à Chiangmai, à Lampang, à Nan, à Prae, à Phitsanulok et à Nakhorn Srithammarat. » (in Kantaphong Chitkla*)

 

       

 Morale 02

 

 

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