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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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6 août 2014 3 06 /08 /août /2014 23:03

KlaiBaan Par lui-même.


Il s’agit ici de proposer une lecture linéaire des lettres du roi Chulalongkorn, à travers sa correspondance (59 lettres ou télégrammes) dont une partie a été publiée en 2003 par le Centre d’Etudes Européennes de l’Université de Chulalongkorn, et intitulée « Premier voyage en Europe du roi Chulalongkorn. (1897) ».


Son itinéraire (épistolaire), commence le 14 mai en Italie pour se terminer le 26 octobre à Monte Carlo, période au cours de laquelle, le roi a rencontré le duc de Gênes à Venise,


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le Président du Conseil fédéral de la Confédération suisse à Berne,

 

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les dignitaires de Florence,

 

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le roi

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et la reine d’Italie

 

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et le Pape Léon XIII à Rome,

 

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l’Empereur d’Autriche et les trois archiducs à Vienne,

 

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le gouverneur de Hongrie,

 

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le Tsar Nicolas II,

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la Tsarine de Russie

 

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et la Tsarine mère,


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le roi Christian IX et la reine Louise du Danemark,

 

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l’Empereur d’Allemagne,

 

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la Reine régente de Hollande,


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le roi des Belges (mais aucune correspondance),

 

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le Président français Félix Faure,

 

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la reine régente d’Espagne,

 

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le roi et la reine du Portugal.


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Autant dire que ce voyage européen est d’importance. (Cf. Itinéraire détaillé en note*)

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Passage du Canal de Suez

 

Toutefois, il sera étudié avec les limites d’un tel projet.


En effet, il est à noter une vraie stratégie de communication du roi Chulalongkorn, qui informe explicitement dans son télégramme du 8 juin 1897 le prince Pravit, qu’il laisse toute liberté à la reine de publier tout ou partie de sa correspondance d’Europe, pour « l’instruction de son peuple bien aimé » en lui laissant « le pouvoir de choisir les télégrammes qu’elle trouve publiables au mieux de nos intérêts », tout en distinguant ceux signés Syamindra officiels et ceux personnels et confidentiels, signés Chulalongkorn. On verra également des lettres ou télégrammes adressés soit à « sa chère Lek »  (mais souvent à หญิงน้อย « petite fille »), soit à l’attention de la reine régente.


De plus, l’« Avant-propos », signale bien que le comité éditorial a procédé à deux sélections ; la première en choisissant les documents qu’ils ont jugés les plus pertinents et reflétant le mieux les points de vue du roi ; et la deuxième « pour exclure les correspondances dont le contenu concernait des personnes et des situations trop liées au Siam. » (sic). Encore faut-il ajouter les nombreuses journées marquées comme « incognito », par nos auteurs,  dans différents pays. (Cf.*)


Et la troisième sera celle de notre lecture, qui comme toute lecture est toujours « sélective » et interprétative, privilégiant certains axes, s’arrêtant sur certains points que nous jugeons importants …


Malgré toutes ces « sélections « , ces censures, on peut remarquer que depuis que nous avons commencé « notre Histoire de Thaïlande », c’est la première fois, que nous avons accès à des lettres royales personnelles, qui permettent d’approcher ses goûts en matière d’art, son sens politique, sa manière de se comporter, sa relation aux autres, ses jugements de valeur ; et aussi où s’expriment ses espoirs et ses craintes, ses faiblesses, ses maladies, ses critiques sur les pays et les gens rencontrées (bien que les plus virulentes ont dû être censurées) ; et pour la reine Régente Saowabha Phongsri.


Le présent article étant fort long pour un blog sera publié en deux parties, à savoir :

  • 148.1. De l’Italie (14 mai 1897), la Suisse, l’Autriche –Hongrie (Autriche), à l’Autriche-Hongrie (Hongrie)  (1er juillet 1897.)

 

  • 148.2. De la Russie (Pologne) (2 juillet 1897), la Russie, la Suède-Norvège, le Danemark, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, la France, l’Espagne, le Portugal à Monte Carlo (26 octobre 1897).

                                      ___________________________________

 

 

Le livre commence avec les trois serments que le roi a prêté avant son voyage en Europe,  devant l’Assemblé du haut clergé, en présence de la reine Régente,  le 21 mars 1896, dans la Salle du Trône pour, dit-il, apaiser « l’inquiétude de Krom Muen ».

 

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Embarquement sur le Mahachakri

 

Il s’est engagé à rester fidèle à Bouddha et à son enseignement, à ne pas avoir de rapport sexuel, et à ne pas s’enivrer pour rester digne.

Curieux, non ? Surtout pour le 3 ème serment ayant trait à l’ivresse.


Le 2ème  document est un télégramme de la Légation du Siam à Berlin, reçu le 15 mai et envoyé le 15 avril 1897. Luang Salayudh informe son Altesse Royale de son action diplomatique pour préparer le voyage du roi au Danemark et de son programme du 23 au 26 juillet, et  de ce qui a été organisé (lettres et diner) pour remercier le roi et toutes les autorités militaires de la formation militaire reçue par le fils du roi, le prince Chiraprawat. Luang Salayudh exprime aussi toutes les marques de sympathie, dont celle du roi de Danemark,  qui ont été manifestées pour le prince Chiraprawat.


Ensuite le 1er télégramme du roi à la reine, daté du 1er mai et expédié d’Aden, fait état de sa faible santé à bord du yacht royal, le Maha Chrakri; et de son regret de ne pas disposer de nourriture siamoise et qu’on ne sache pas préparer le poisson frit séché.

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Aden

 

Italie. (1.Italie : 14-18 mai ; 1er-7 juin  (8-7 juin, 27 octobre-2 novembre, incognito).  


Venise.


La 1ère longue lettre du 14 mai 1897 est écrite à bord du Maha Chakri  depuis Venise et est adressée « à sa chère Lek ».

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Le père et sa fille

 

Il va ici aborder de nombreux sujets au fil de sa visite, remarquera que les habitations se superposent ; qu’à l’intérieur les escaliers et couloirs sont étroits. Le roi connait la basilique Saint Marc et le palais des Doges et sait faire la part entre ses admirations et ses critiques, concernant  les peintures, l’architecture, la bibliothèque ;

 

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Il signale la tour que Napoléon avait monté à cheval, les chevaux en bronze qu’il avait pris comme butin de guerre ; admire les trésors de la basilique, qu’il compare au sanctuaire de l’Empreinte du pied de Bouddha ; Il s’étonne de devoir faire la visite de la basilique avec des gens du peuple, et que les gens se découvrent de leur chapeau très rapidement pour se saluer, et de constater qu’on voit partout des « représentations du Christ et de ses apôtres, conformément à la foi des habitants », alors qu’auparavant il partageait une réflexion sur une idée sur l’habillement : « A mon sens les êtres humains s’habillent selon leur perception du monde qui les  entoure. », et de donner des exemples pour les Européens, les Chinois et les Siamois.


Bref, il passe d’une admiration, à un étonnement, d’une constatation à une réflexion, d’une vision des grands hôtels, des nombreuses églises, des canaux  à une comparaison avec ceux de Bangkok ;

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d’un regret de ne pas avoir posé des questions sur les égouts, à la satisfaction envieuse de voir  l’eau courante, l’éclairage au gaz ; pour terminer sur l’appréciation des sérénades et des belles voix des gondoliers, et sur le fait que les Vénitiens se couchent tard, à plus de 23 heures.


C’est donc un roi qui d’entrée décrit ce qu’il voit, ce qui l’étonne, ce qu’il admire, en comparant parfois avec ce qui existe au Siam, sur des sujets aussi divers que  l’architecture, les peintures, l’habillement, la chanson, la « modernité » (l’éclairage, l’eau courante, les égouts), les us et coutumes, avec référence à l’histoire parfois (Napoléon).


Suisse.(2. Suisse : 17-31 mai.)


La 2ème lettre est écrite le 18 mai, suivie de deux télégrammes, l’un  du 22 mai, et deux autres du 25 mai depuis Genève.


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Le roi décrit une de ses journées : une promenade à cheval, la visite d’un parc sur la rive du lac ; la visite d’un musée, où il s’étonne de l’incompétence des conservateurs qui ne peuvent distinguer si les objets viennent de Chine ou du Japon ; sa rencontre avec son fils To ; le retour par le parc pour admirer des beaux sapins « qui n’existent pas à Bangkok » ; l’arrêt à une horlogerie où il apprécie les bons mécanismes ; la visite du président et des membres du Conseil de la ville ; pour terminer sur la joie procurée par la présence de ses enfants.


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Le 22 mai, un court télégramme,  évoque sa promenade du côté du lac Léman jusqu’à Evian pour dire son admiration devant la beauté de ces grands paysages : « quelle beauté ! J’en reste ébloui. »

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Il est sensible au bon accueil des hauts responsables de Genève qui ont apprécié son adhésion à la Croix rouge. ( Il parle aussi de son poids, 77,5 kilos, et de son rhume). Un court télégramme du 25 mai demande au prince Pravit de lui envoyer une bible écrite en thaï afin qu’il puisse l’offrir au musée de Genève qui les collectionne.


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Visite officielle le 25 mai du roi Chulalongkorn au Conseil fédéral de la Confédération suisse. (Avec le programme officiel de la réception à Berne et retour à Genève. p.40)


Un court télégramme du 25 mai envoyé à la reine, évoque la pluie du 23 et celle du lundi, où il est quand même sorti le soir pour visiter une ferme, dans laquelle  il a admiré un grand taureau, qu’il compte bien emmené avec d’autres au Siam. Il exprime également sa satisfaction d’avoir goûté et apprécié pour la première fois du raisin (« De tous les fruits que l’on trouve en Europe, je veux bien reconnaître que seuls les raisins sont meilleurs que chez nous. »)Il annonce son départ pour le lendemain de Genève à Berne et retour dans la journée pour la réception officielle avec les autorités du pays. (il est fier de rajouter : comme celle déjà reçue par l’Empereur d’Allemagne)


Un télégramme envoyé à la reine le 26 mai raconte cette visite officielle.


Le roi fut sensible à la réception « merveilleuse » ; l’accueil « excellent » des délégations diplomatiques présidées par l’ambassadeur de France ; auquel il a retourné sa visite ; les acclamations ... « Ce fut fatiguant, mais je suis fort ravi ».

Suivent 6 courts télégrammes envoyés le 30 au prince Pravit,  au Krom Prab, au prince Krom Bidaya, au patriarche, au prince Varirayan, au prince Rabi, au Chao Braya Abhairaja exprimant l’inquiétude du roi pour ne pas avoir reçu de nouvelles de Bangkok depuis 15 jours. Il veut en connaître la cause. Il a ce mot dans l’un d’eux : « Si la reine était décédée, faites-le moi savoir ».


Une longue lettre datée du 1er juin est envoyée depuis Florence à sa « Chère Lek ». (Mais on apprend qu’il a séjourné à Rome auparavant. Cf. en note un problème de dates du séjour ?)


Un roi féru d’art.


A Florence, le roi commence sa lettre ainsi  « Tout au long de mon séjour ici, je ne rencontre que peintres et sculpteurs, tant les oeuvres d’art me réjouissent depuis toujours » (p.56)


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Il veut explicitement rendre compte de ce patrimoine ; il parle de « trésors », de « merveilles », évoque la renaissance, la « longue tradition d’art et de chefs d’œuvres qui remontent à plus de mille ans»,  de grands renommées  qui fait que les rois et les dignitaires viennent y passer commande, tant les « professeurs d’art en perpétuent la création. Il s’arrête sur les prix, donne des exemples. Il relate la façon de travailler de deux d’entre eux, Gelli qui « n’est pas encore une sommité » et du professeur Cordiyani, qui « est un artiste consommé ». Gelli a fait une ébauche de sculpture à partir d’une photo de la famille royale (« sept de notre famille »); malgré le handicap, dit le roi, de ne pas voir les modèles en vrai avec leurs costumes.

 

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Il sourit sur le mauvais caractère de Cordiyani, qui lui aussi refuse de peindre à partir de photos, mais qui a bien voulu le faire pour un portrait de la reine. Le roi a fait quelques séances de pose. Il signale que deux tableaux en buste de lui sont achevés, et qu’il lui envoie six photos qui ont été prises en Suisse. Bref, une longue lettre où le roi partage avec la reine, sa passion de l’art italien, du travail des artistes, des tableaux et sculptures de lui et de la famille royale qu’il a faites réalisés ou qui sont en cours.


Une courte lettre du 3 juin est expédiée de Rome « à l’attention de la Reine régente » ; une lettre ne visant qu’à évoquer l’accueil « chaleureux et sincère » du roi et de la reine d’Italie, un séjour agréable comme dans tous les endroits qu’il a visités. Mais aucun n’est nommé.


Un roi galant mais critique.


Par contre, celle du 7 juin, également expédié de Rome, est fort  longue et montre un roi critique aussi bien envers ses serviteurs qui sont « d’ une ignorance crasse », et « frustes » qu’il en a souvent honte, que pour ses hôtes royaux, dont il donnera quelques traits caricaturaux, avec le roi d’Italie en personne, qu’il n’épargnera pas.  Il est par contre admiratif de la Reine d’Italie, et lui consacrera une  bonne partie de sa lettre.


Il a bien vu que c’est elle « qui dirige les affaires de l’Etat ». Il la décrit comme une femme « ravissante », ajoutant « « je dirais volontiers qu’elle vous ressemble beaucoup » ! Il va ensuite évoquer la beauté de la duchesse d’Aoste,

 

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précisant qu’il n’avait jamais vu de femme aussi belle ; pour montrer –en contraste- que la princesse de Naples est plus jolie en photo, « son corps (étant) celui d’un homme aux bras nerveux et poilus »,

 

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ou bien ensuite la duchesse de Gênes, qui bien que simple, est « empruntée et assez grosse, comme le sont les Allemandes ».

 

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Les hommes ne sont pas épargnés.


Le roi est vu à travers sa moustache, qui n’est pas bien entretenue, avec une rayure sur le côté à cause du tabac, ou sa langue qu’il tord en parlant,  de façon « peu perspicace ».


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Il se moque du prince de Naples, qui « aime lever le nez » et qui sursaute quand on parle fort, et qui est impressionné par lui …


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Il évoque ensuite le plan de table, et les entretiens qu’il a avec la reine ; qu’il présente curieuse, avec une vaste culture, et qui sait le questionner, allant -dit-il étonné- jusqu’à lui demander combien il avait de femmes ; comment il avait rencontré la reine, comment ils vivaient leur amour. Mais une reine sachant aussi parler de l’histoire ancienne du Siam, de droit, de religion, de pali, de temples. (sans donner d’exemples). Il a bien vu que c’est elle –en fait- qui dirige le palais.


Un roi qui aime le luxe et son image.


Ensuite, il s’attarde longuement sur les présents précieux offerts et reçus ; sur l’amabilité de la reine qui a cherché et trouvé deux chiens romains à leur offrir ; sur  ses achats, comme celle semblable à  la parure de reine composée de perles et de diamants, d’une longue chaînette de montre revenue à la mode, de trois perles « dont l’une d’une beauté sublime, à un prix exorbitant », de bracelets, de broches … qu’il va envoyer à la reine.

 

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Il poursuit regrettant n’avoir pas assez de temps de tout raconter, comme « l’histoire du pape drôlement intéressante », préférant lui dire qu’il part se faire photographier et  qu’il a été étonné de voir tous les Romains s’embrasser « à ne plus finir » sur la joue, le faisant six, sept fois « avec un acharnement inouï ».


Un roi impressionné par la reine d’Italie.


Le 8 juin, il écrit de Florence de l’hôtel Continental, pour informer sa « chère Lek », que la Reine lui a offert son propre bracelet d’onyx entouré de diamants tout en l’interrogeant encore sur leur amour, évoquant le télégramme qu’elle lui avait envoyé, attendant avec impatience sa réponse, voulant apaiser les soucis de la reine (le roi devait être malade, car il lui dit aller mieux). Il finit sa lettre en signalant qu’il va envoyer sur Bangkok, une autre statue en pierre de lui, plus grande que la précédente, qui lui  « ressemble à merveille ».


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Mais un roi, qui jusque-là, n’a exprimé aucune idée politique, ni exposé le but de son voyage européen. La lettre du 13 juin 1897 postée depuis l’hôtel de la paix à Florence et adressée à sa « chère Lek » ne sera pas de la même facture et exprimera –enfin- un « souci » politique. (C’est son mot).


« Les soucis à ce sujet m’ont enlevé tout plaisir et agrément à ce voyage ».

Quel est ce sujet, ce « souci politique » ?


Il le dit d’entrée : « Mon seul souci concerne l’Angleterre et la France, qui, toutes deux se préparent à régner en maître sur notre sol ».


On ne peut qu’être étonné d’apprendre que le roi n’ait évoqué que ces « plaisirs et agréments» -pour employer  ses termes- auparavant.

Voyons comment le roi présente la situation. Il distingue tout d’abord l’Angleterre de la France.


Il exprime pour l’Angleterre l’espoir de signer un accord prochainement sur « la question territoriale » ; les experts juridiques y réfléchissant (sic). (Tout en disant que cela risque de traîner en longueur), et en évoquant la question du chemin de fer en suspens. ( Le traité de Bangkok ne sera signé que le 10 mars 1909. Cf. notre article 135)


Il n’épargnera pas la France qui « constitue une pierre d’achoppement plus redoutable ». Il évoque le cas de deux prisonniers (pas de nom donné) sur lesquels un accord a été conclu, mais il craint que les Français vont outrepasser l’accord, mais surtout que « la question de l’immatriculation des sujets sous contrôle français ne ressurgisse. »


(On se demande pourquoi, elle ne ressurgirait pas, tant vous vous en souvenez, le jeune « diplomate Réau » à Bangkok, disait dans une lettre du 9 janvier 1897 que « les Siamois continuent leur politique de provocations incessantes. La question de la protection des Cambodgiens, qui n’a pas encore été résolue, est toujours à l’ordre du jour et les Siamois, sans en attendre la solution, nous prennent des gens que nous considérons nôtres, les jugent et les gardent en prison malgré toutes nos protestations » Il signale que le consulat envoie souvent 20 lettres par jour aux cours de justice siamoise. (Cf. notre article. 145. La vision du Siam de Raphaël Réau, jeune diplomate français de 1894 à 1900.)


Le roi ne voit aucune issue et accuse la France de souffler le chaud et le froid, de trainer en longueur et de revenir sur des accords conclus comme celle de la ville que la France aurait promis de rendre. (Quel accord ?) Pire, qu’elle ment (-ce qui typiquement français- rajoute-t-il).


Le roi craint qu’on lui force la main sur la question des protégés français, pour que son voyage à Paris se fasse dans de bonnes conditions et il considère cela comme « ignoble ». Il ne voit d‘issue que par l’entremise du Tsar de Russie.


Le roi semble « perdu » et sollicite conseils de la reine et du Conseil siamois, et termine sa lettre sur les itinéraires possibles en fonction de la situation.


La reine lui enverra une réponse par télégramme en lui confirmant sa bonne analyse, à savoir : l’usage de la position dominante de la France pour les brimer ; sur le fait que « les Français sont perfides et vilains »  et qu’il serait bien de solliciter le Tsar de Russie pur trouver des solutions à ce conflit.

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Et le 16 juin, on reviendra sur une lettre de remerciement adressé au roi Umberto de Florence, pour l’accueil chaleureux reçu et l’excellent souvenir qu’il gardera ainsi que ses frères et son fils. Et une autre du 17 juin de Naples, faisant ici référence à la réponse du roi d’Italie ayant  exprimé ses sentiments cordiaux pour la reine et lui-même.


Ensuite une longue lettre du 18 juin est consacrée à l’audience papale.


Le roi et la tolérance religieuse.


Le roi raconte donc à sa « chère Lek », la réception comme celle « organisée en l’honneur de l’Empereur d’Allemagne ». Il est « fasciné » par le nombre de fidèles de toutes nationalités, « convaincus » de la sainteté du Pape  qui opère des miracles, comme « Chao Braya Dibakarawongse croyait aux miracles associés à la grande pagode de Nagorn Padhom ». (Nakhon Pathom) Il va décrire la salle de réception papale, la disposition des sièges, étonné que son siège soit aussi haut que celui du Pape, et par le fait que celui-ci lui tendit la main.


(On voit ici un roi toujours très attentif au rituel et au protocole. Il signalera également qu’il ne s’était pas mis à genoux ni à son arrivée, ni à son départ, comme les dignitaires et les nobles présents. Il notera  aussi que « le protocole s’est déroulé sans accroc.»)


Le roi  remerciera le pape pour l’honneur qui lui ait fait, et évoquera les deux cents ans d’amitié, « quoique parfois interrompus », mais « ravivés par le biais des amitiés entre (son) père et le pape d’alors » et aujourd’hui par l’hommage qu’il peut rendre en personne. Ensuite il confiera tout le bien qu’il en pense et assurera celui-ci que les catholiques en son royaume recevaient le même soutien et la même protection que les bouddhistes. Le Pape l’embrassa alors et tapota ses cuisses.


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Curieusement ensuite le roi se félicitera et s’accordera «  intelligence et compassion envers ses sujets sans distinction de race ou de confession », « la bonté de faire prospérer le royaume à l’aide du savoir et la connaissance » !


Ensuite le Pape lui conseillera d’envoyer un émissaire attaché au Vatican, afin de régler au plus vite des difficultés qui pourraient surgir.  Le roi estima que c’était une bonne idée mais qu’il allait y réfléchir considérant la dépense nécessaire pour un tel poste, sachant que son pays n’était pas aussi riche que les pays européens. Toutefois, il lui demanda l’autorisation à ce que son ministre puisse correspondre directement avec son homologue.


Le roi lui signala qu’il  avait parfois des difficultés avec  certains prêtres, qui n’avaient pas une bonne origine sociale et qui se comportaient mal. Le Pape tint à répliquer que ses consignes étaient pourtant claires et qu’il s’attachait à ce que les prêtres et laïcs soient respectueux des rois dans les pays desquels ils prêchaient leur foi. Il montera ensuite sa satisfaction que le pape accordât audience à son frère et à son fils, évoquera les présents et terminera par un portrait positif du vieux pape Léon XIII, qui suscite beaucoup « d’admiration et de confiance », et il ira rendre visite au cardinalRampola, avant de quitter le Vatican.


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A la fin de sa lettre, le roi précisera : « Je vous prie donc de rapporter mes propos aux membres du Conseil d’état et aux ministres, car ces pourparlers concernent également les affaires d’état. »


Ensuite suit une lettre du 21 juin du prince Maha Vajiravudh(Son fils et futur Rama VI) envoyée de Londres au roi, dans laquelle il signale les mondanités accomplies, les nombreuses personnes royales et nobles qu’il a rencontrées, la lettre du roi Chulalongkorn qu’il a transmis à la Reine, le grand dîner royal, le défilé. On apprend que de nombreux fils du roi y font leurs études (combien ?), et que le prince Maha Vajiravudh a hâte d’aller à Saint Pétersbourg avec son père.

 

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Autriche –Hongrie (Autriche). (20-24 juin)


Le 23 juin, le roi envoie une lettre à « sa chère Lek », du Palais Hofburg à Vienne,

 

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et un télégramme à la Reine régente ; permettant de distinguer un courrier intime d’un message officiel. 


Il commence sa lettre en évoquant des affaires d’état qui se sont présentés, mais dont il ne nous dira rien. Par contre, signalant la visite de son fils Chira chez la reine du Danemark séjournant chez le duc de Cumberland, son beau-fils,

 

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il s’attardera sur les liens de parenté entre le roi du Danemark, le prince de Hanovre,


 

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la reine Victoria, le Tsar Nicolas, pour n’évoquer que les plus célèbres. (De fait, les rois et les reines d’Europe ont tous des liens de parenté.) Il prolongera par un portrait, ou plutôt par quelques traits marquants (sympathie, qualités, défaut majeur, satire, sentiment ressenti …) de la reine du Danemark et du Duc et de la Duchesse de Cumberland, évoquant aussi leur fille aînée et leur grand fils.

 

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On apprend au passage qu’il a reçu la 15e et la 16ème lettre de la reine, et un télégramme de Braya Surya sur les affaires de France. (Mais là encore, on n’ apprendra rien des négociations en cours). Plus loin, il évoquera un télégramme de Braya Wisudh au sujet de son fils qui avait assisté au jubilé de la Reine à Londres.


Ensuite, après s’être plaint de son interprète Luang Salayudh, il racontera sa rencontre avec l’Empereur (et les trois Archiducs), le décrira, mais surtout montrera la difficulté de communiquer ; l’Empereur ne parlant pas anglais, leur interprète étant défaillant, et le sien pire que le leur. « Il fallut donc faire une croix sur l’idée de renouer convenablement nos amitiés avec l’Empereur. »

 

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Il poursuivra en s’étonnant de « l’importance démesurée (accordé) au protocole ; Tout devait se dérouler scrupuleusement à la minute prévue dans le programme, jamais avant ni après » avec des officiers du protocole qui y veillaient, avec arrogance et montre en main. Il donne ensuite les horaires de l’Empereur (qui se lève à 4h et se couche à 22h par exemple!) et rapporte avec humour qu’on lui demandât à quelle heure il voulait prendre son petit déjeuner, espérant qu’il ne le souhaitât pas avant 4h. Il termine sur des babioles qu’il a achetées, sur sa santé, et son tour de taille qui a grandi depuis Genève.


Mais un court télégramme daté du même jour  (le 23 juin) est adressé cette fois-ci « à la Reine régente », pour bien signifier que celui-ci est destiné à être communiquer « officiellement », dans lequel il revient sur deux événements :


-  son accueil, à la gare,  par l’Empereur d’Autriche et des Archiducs Otto, Eugène, et Ludwig Viktor, avec la revue des gardes, le trajet  avec l’Empereur acclamé par la foule jusqu’au Palais ;

- et la participation du prince héritier à la réception du jubilé de la Reine Victoria qui de plus « a fait preuve de beaucoup de gentillesse » ; et lui a fait l’honneur de le placer à la troisième place près d’elle, et à côté de l’impératrice Frederica ; Il eut l’honneur également d’être près du Duc d’York lors du cortège à cheval du 22 juin.


Le lendemain le 24 juin, il envoie une autre lettre à « sa chère Lek », consacrée à sa souffrance, et son programme bien chargé du 23.


En effet, il commence en décrivant sa souffrance dû à une sciatique, avec une toux qui l’a empêché de dormir, et qui lui a même fait croire à sa dernière heure.


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Et il a  dû, malgré tout, participer aux réceptions données en son honneur ; avec l’audience de 10 h avec l’Empereur, manifestant son affection, et tenant des propos élogieux. Le roi ensuite, sachant que l’Empereur apprécierait, fit la visite de la crypte de « son fils, l’archiduc et prince héritier Rudolf »,  et de la chapelle royale.

 

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Il la décrivit avec sa centaine de cercueils et ses morts illustres : l’impératrice Teresa,  les dépouilles du fils et de l’épouse de l’empereur Napoléon 1er, le prince Rudolf et l’empereur Maximilien assassiné,

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et son père.

Il tient à dire qu’il se mit à genoux, tête inclinée, comme le voulait la coutume.


Il poursuivit par un déjeuner à 1h et une visite ensuite « chez les archiducs en commençant par l’archiduchesse Marie-Thérèse, sur laquelle il remarque le même collier de gros diamants qu’elle portait à Bangkok.

(On peut remarquer que le roi Chulalongkorn s’inscrit désormais dans le cercle intime des têtes couronnées. Plus loin, évoquant l’archiduc Otto, il signale qu’il est le petit frère du prince Alfred Montinivo, venu au Siam en 1894 ; au diner, l’Empereur lui affirme qu’il fait partie de la famille désormais.)


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Il effectua ensuite une visite au musée d’histoire naturelle, après une courte sieste d’une heure, il dut se lever  à 16 h pour « recevoir un autre prince d’Europe, Henri de Lichtenstein


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accompagné de deux archiducs venant le remercier de leurs décorations. Puis vint le diner où il remarque le « faste et l’art de la table magnifique », suivi d’un spectacle qui se nomme dit-il un ballet.


Le roi va nous en proposer sa vision. Il en évalue le coût, le nombre de danseurs, tient à préciser qu’il y a « aussi bien des filles que des garçons », en donne le sujet aux couleurs thaïes,  remarquant que « L’image que les Occidentaux ont de nous est aussi caricaturale que celle que nous avons d’eux comme en témoigne l’œuvre épique Bra Abhaimani. » Ensuite avec humour, il nous dit qu’il a bien vu que les  spectateurs viennent certes pour la qualité de la musique, mais aussi pour la beauté des filles et pour « se regarder les uns les autres.», pour terminer par un souper à 23 h, et ce constat : « Mes journées sont toujours aussi agitées. »


Un télégramme du 25 adressée à la reine régente confirme que sa journée du 24 fut aussi bien occupée avec visites de musée d’art, celle de l’école d’équitation espagnole, dîner, promenade avec l’Empereur dans un  parc et un zoo, pour terminer sur la visite d’une manufacture et un rendez-vous avec l’archiduc Ludwig Victor.

 

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Après  l’Autriche, la Hongrie (Budapest).( 4. Autriche-Hongrie (Hongrie) : 26 juin-1er juillet.)


Tout d’abord, trois lettres du 26 juin, adressée à sa chère Lek, à la reine  régente,  et au prince Damrong, depuis Budapest.


La première donne une « explication des choses envoyées », comme il dit, concernant 17 photos prises avec l’Empereur pendant la visite du château de Schönbrunn ;

 

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et d’autres photos (visite, une décoration, à Florence) ; un journal avec sa photo, la lettre de son fils To racontant le jubilé de la reine Victoria.

 

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La seconde est plus officielle puisqu’ elle est adressée à la reine Régente. Elle évoque un cadeau de l’empereur : un cheval « un pur-sang espagnol de l’écurie impérial », « cheval de grande valeur », et très succinctement, puis son arrivée et l’accueil à la gare de Budapest par le Président, les ministres, les chefs des armées.

Et un court télégramme au prince Damrong au sujet d’animaux qu’il doit expédier en deux fois à l’Empereur aux bons soins du consul d’Autriche de Singapour (éléphants, paons sont nommés).


Nous avons ensuite deux télégrammes de la reine.

 Le 1er, expédié de Bangkok le 26 juin, qui accuse réception des télégrammes royaux du 23 et du 24 juin. La reine y exprime ses remerciements à l’Empereur et à l’Impératrice pour l’accueil reçu pour le roi ; et sa satisfaction envers le comportement de son fils au jubilé de la reine Victoria et de l’honneur reçu. Elle informe le roi qu’elle a également marqué l’événement à Bangkok, en décorant tous les navires siamois par des drapeaux anglais, et en se faisant représenter par Krom Muen Prab à la réception de l'ambassade, avec des membres de la famille royale.

(Le rappel plusieurs fois du  jubilé de la reine Victoria indique bien l’importance que le roi et la reine accordent à leur relation avec l’Empire britannique)

Le 2èmetélégramme envoyé de Bangkok le 29 juin, annonce qu’elle a bien reçu les télégrammes des 25, 26 et 27 juin. La reine revient sur l’amitié et la gentillesse qu’a exprimées l’Empereur et complimente le roi sur son art de se faire des nouveaux amis. Elle montre qu’elle suit les instructions royales et qu’elle a déjà confié à Braya Devej, le soin de s’occuper du cheval quand il sera arrivé. Elle informe aussi le roi qu’elle est préoccupée par deux de ses enfants souffrants (Asadang et Prajaddhipok), qui lui prennent tout son temps et  qu’il lui manque beaucoup.


Un autre télégramme du roi est adressé au prince Devawongse, montre un roi attentif à la reine, et qui demande au prince d’aider la reine, inquiète pour son enfant,  « à résoudre les problèmes administratifs sans grande importance» afin de ne pas les accumuler jusqu’à son retour.

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La lettre du 29 juin de Budapest adressée à « sa chère Lek » est capitale pour comprendre le regard que le roi porte sur lui-même et sur les autres, et par là même définit ce qui est essentiel pour lui ; il parle de « vérité vitale », rien de moins, qu’il veut apprendre à tous ses enfants.


Ainsi le roi Chulalongkorn se juge, répond aux jugements sur lui, juge les princes occidentaux et les grands commis de l’Etat et définit ce qui est important.


Le roi a une bonne idée de lui-même.


Il se présente comme un grand travailleur depuis sa petite enfance et mal à l’aise dans l’amusement. Il sait que cela est vu comme de l’orgueil, bien que certains ne voient là que de la fierté (encore hier soir, dit-il).

Ensuite il rapporte les propos du chef de la garde du corps royal qui a été impressionné par son expérience semblable aux hommes des autres cours d’Europe, voire son aisance, son calme,  son « allure de douceur et d’amabilité », « une grâce qui inspirait du respect ». Il en donne la raison : « je ne me montrais surpris de rien ». A l’inverse dit-il, des officiers de sa suite, « ces officiers qui semblaient ne s’intéresser à rien », bruyant, « tout agité » « comme des enfants. Il admet toutefois avoir été critiqué une fois, pour ne pas avoir été présent à une invitation de  l’Académie.


Ensuite, il critique les Siamois de sa suite qui n’appréciaient pas  les cérémonies, « à l’exception d’un seul Brya Bijai (phraya Bijai ?) qui est vraiment très bien : « quelqu’un d’intelligent aussi bien de bonne mémoire », qui sera excellent quand il pourra enfin parler anglais. Un autre a droit aussi à la distinction royale : Braya Sarit  (Prah Sarit ?) « sans égal pour sa persévérance », mais qui se conduit comme un roturier, « c’est--dire, dit le roi, incapable de prendre des notes quand il s’agit d’un travail de niveau fort élevé. »


Curieuse définition du roturier ! En fait, le roi Chulalongkorn indiquera d’autres différences. Tout en reconnaissant que Braya Sarit lui est supérieur « en culture et construction », il n’entend rien, dit-il,  aux affaires de la cour, aux grandes comme aux petites. Le roi ne donnera  pas d’exemples, mais indiquera qu’ils sont aux antipodes. Braya Sarit ne voit pas ce qui est important : « il trouve bien médiocre quelqu’un de bien élevé et trouve sans importance une chose bien importante ». Le roi va poursuivre : « il traite l’insignifiant comme très signifiant (…) tandis que ce qui mérite attention, il ne le voit pas du tout. » Mais là encore le roi ne donnera pas d’exemples. Le  roi est contrarié car ils ne voient pas les mêmes choses, et il doit rédiger hâtivement les comptes rendus, car Braya Sarit a bien souvent vu comme principal ce que le roi juge comme un détail.


Il dit partager l’avis du prince Damrong qui estime que  Braya Sarit ne sera jamais au niveau des Occidentaux à ce poste. Et il estime qu’il ne peut « lui demander d’agir à sa place pour ce qui exige de la tête », regrettant de ne pas avoir « de gens qui soient capables de travailler ».


Mais le roi va ensuite va critiquer les princes occidentaux qui « n’ont rien de merveilleux », et qui ne sont pas au niveau des princes siamois. Il craint que les princes veuillent les imiter plus tard, et il veut apprendre à ses enfants à s’en défier. Il a ce mot fort : « apprendre à mes enfants cette vérité vitale ».


Nous avons cité d’abondance cette lettre car elle montre un roi sûr de lui-même dans sa fonction de représentation royale (il est à sa place parmi les autres rois d’Europe), et dans ses capacités intellectuelles (il sait ce qui est important contrairement aux roturiers), mais un roi lucide qui sait qu’il est limité dans d’autres domaines (« culture et construction », dit-il). Un roi qui se présente comme travailleur fuyant l’amusement.


Un roi qui n’a aucun complexe vis à vis des princes occidentaux, qui ne sont pas « si merveilleux » et qui ne sont pas à la hauteur des princes siamois, mais un roi qui sait reconnaître que les grands commis de l’état siamois ne sont pas au niveau de ceux de l’Europe. Un roi qui craint malgré tout que ses fils ne veuillent imiter l’Occident et se donne pour mission de les en dissuader, en leur enseignant cette « vérité vitale ».


 (N’oublions pas que la plupart feront leurs études en Europe)

                                                __________________

 

Certes il ne nous donnera pas d’exemples ici de ce qui relève de la « dignité et de l’intérêt royaux », mais sa longue lettre du 29 juin, toujours envoyée de Budapest à « sa chère Lek » nous en donnera un aperçu.


Il commence en évoquant une visite le 24 juin  à Vienne où il a vu (où ?)  des habits impériaux qui datent de Charlemagne,

 

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et des sceptres et épées de l’Empereur ornés de pierres précieuses (« pas aussi magnifiques que les nôtres », ajoute-t-il), ainsi que des bijoux de la reine « exquis » avec ses parures de  diamants, d’émeraudes, de perles … Puis il est revenu sur les chevaux espagnols, le don de l’un d’eux, pour ensuite énumérer son programme chargé : visite des musées d’armes et de peintures ; dîner avec l’Empereur ; visite du zoo, « impeccablement organisé » ; une  coutume avec jeté de fleurs par de belles femmes de bonne famille, dont certaines lui ont fait la cour ; pièce de théâtre ; au retour, achat d’une broderie. Pour continuer le 25 avec achat dans une boutique d’objets de cristal ; visite de l’Empereur après le déjeuner ; causerie (content de confier que l’Empereur l’a trouvé élégant et qu’il l‘appréciait) ; longue promenade avec l’archiduc Ludwig pour dîner à Kahlenberg.


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Le 26  juin : Après l’évocation de la visite de l’Empereur dans sa chambre, le roi Chulalongkorn  fait ensuite une violente critique des dignitaires.  


Ils sont « sans gêne », « boivent, s’amusent avec les femmes ou tuent pour leur plaisir ». « Personne parmi eux capables d’accomplir quoi que ce soit », ils ne savent rien faire que de se montrer dignitaires, ne possédant rien qui nous permettent de les prendre comme modèles » ; ajoutant « Personne n’est très capable non plus parmi les militaires »… pour continuer sans transition qu’il avait oublié de parler d’ouvrages de maroquinerie, et qu’il n’y  avait rien pour les dames si ce n’est des paravents et des cadres à photos !

Par contre, si le roi est donc sensible et sait apprécier, décrire, acheter les bijoux, les pierres précieuses, les objets de luxe, il va terminer sa lettre en avouant que ce qui lui a plu est la visite de la ferme de l’Etat, et non « les amusements avec alcool et femmes » ! Peut-on le croire ?


Néanmoins, il va décrire ce qu’il a vu ; comment on reproduit les chevaux, vaches, cochons, moutons ; etc «  en vue du commerce et des finances de l’Etat ; et signaler que la ferme conseille les habitants sur la culture, par « charité et gloire impériale », au lieu de penser plutôt à la prospérité de l’Etat et du peuple !


La lettre est suivie d’un télégramme du 30 juin adressé au prince Damrong, qui cette fois concerne une affaire d’importance au Siam : « J’ai appris  que nous avons attaqué un village à l’intérieur du territoire français et qu’un prêtre a été tué. »


Le roi va déléguer ici ses pouvoirs au Prince Damrong, à Phrom Buri et au prince Devawongse pour qu’ils établissent  la défense du Siam : « Etablissez soigneusement les communiqués pour notre défense ».

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Notre lecture de la correspondance du roi Chulalongkorn va se poursuivre dans l’article suivant 148.2, vers la Pologne (2 juillet 1897), la Russie, la Suède-Norvège, le Danemark, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, les Pays-Bas, la Belgique, la France, puis l’Espagne, le Portugal à Monte Carlo (26 octobre 1897).

 

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*In « Premier voyage en Europe du roi Chulalongkorn » (1897) », page LIII.

1.Italie : 14-18 mai ; 1er-7 juin  (8-7 juin, 27 octobre-2 novembre, incognito). 2. Suisse : 17-31 mai. 3. Autriche –Hongrie (Autriche) : 20-24 juin. 4. Autriche-Hongrie (Hongrie) : 26 juin-1er juillet. 5. Russie (Pologne) : 2-4 juillet. 6. Russie : 5-11 juillet. 7. Suède-Norvège : 15-19 juillet. 8. Danemark : 23-26 juillet, (19-22 juillet, incognito). 9. Grande-Bretagne : 30 juillet-21 août, (17 septembre-2 octobre, incognito). 10. Allemagne : 22 août-6 septembre, (4-9 octobre, incognito). 11. Pays-Bas : 7-9 septembre. 12. Belgique : 9-11 septembre (21 août, 2-4 octobre, incognito). 13. France : 11-17 septembre, (10-14, 26 octobre, incognito). 14. Espagne : 15-20 octobre. 15. Portugal : 21-23 octobre. 16. Monte Carlo 26 octobre.


 

Note.


Cette correspondance n’est pas inédite. Camille Notton, notre très érudit vice-consul à Chiangmaï en a eu connaissance et n’en a malheureusement traduit que quelques lettres publiées dans le journal de la Siam society, dès après la mort du monarque (numéro III de 1910). Une publication de cette correspondance a été effectuée sous la direction de David Wyatt en 1954, un énorme volume de plus de 1.000 pages comprenant 398 lettres, télégrammes ou billets.


 

titre

 

Nous en avons extrait quelques unes des photographies qui illustrent cet article. Nous pouvons regretter que Wyatt n’en ai pas assuré la traduction; celle effectuée par l’Université Chulalongkorn n’étant que partielle. L’explication donnée dans l’avant-propos nous semble peu convaincante. Toutes ces lettres sont d’une extrême densité mais écrites, il est vrai, dans un langage recherché qui n’est pas toujours facile.

La publication de Wyatt est, à notre connaissance, la seule qui soit exhaustive.

 

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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