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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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20 août 2014 3 20 /08 /août /2014 23:02

 

101919« Petites histoires » 

Notre propos n’est pas d’écrire l’histoire du séjour d’une semaine que fit le roi Chulalongkorn à Paris à la fin de l’été 1897 -une thèse n’y suffirait pas-  mais, à la lecture d’une partie de la presse de cette époque, d’en relater des événements singuliers, amusants, curieux ou scandaleux. Petite monnaie peut-être, mais la menue monnaie de l’histoire n’est pas à dédaigner.


Cette fin de siècle constitue l’apothéose de la presse française, il existe sur le plan national et sur le plan régional plus encore, une multitude de titres dans la presse d’opinion, avec des tirages à faire frémir de jalousie le peu qui en subsiste aujourd’hui. Le tirage du « Petit journal » passe le million ! Cette presse en outre ne vit pas de publicités, elle en est pratiquement absente. Le premier à avoir introduit ce ver dans le fruit est Emile de Girardin dans « La presse » fondé en 1836 pour diminuer les coûts, mais elle ne dépasse jamais quelques pavés d’un 64ème de pages.


Nous sommes par ailleurs en 1897 et la liberté de la presse a été érigée en principe par la Loi du 29 juillet 1881 « sur la liberté de la presse ». Elle connait toutefois quelques limites, l’article 32 qui stipule « La diffamation commise envers les particuliers par l'un des moyens énoncés en l'article 23 sera punie d'un emprisonnement de cinq jours à six mois et d'une amende de vingt cinq francs à deux mille francs, ou de l'une de ces deux peines seulement » et l’article 36 qui stipule «  L'offense commise publiquement envers les chefs d'États étrangers sera punie d'un emprisonnement de trois mois à un an et d'une amende de cent francs à trois mille francs, ou de l'une de ces deux peines seulement » (1).

Nous verrons toutefois au fil de nos lectures que si certains journaux ont parfois atteint sinon dépassé les bornes à l’occasion de la royale visite, il ne semble pas qu’il y ait jamais eu la moindre sanction ?


Il est enfin un élément important, cette visite n’a pas fait la « une », loin de là, certains journaux et non des moindres l’ont même totalement ignorée (2). Jules Claretie lui-même, le célèbre chroniqueur de tous les potins de la vie parisienne ne lui accorde que quelques mots (3).

 

 

CLARETIE.jpg

 

L’organisation de ce séjour en France à l’occasion du long séjour du roi en Europe, compte tenu de l’état détestable des rapports entre nos deux pays à cette époque, fut un accouchement douloureux, aucune des deux parties ne le souhaitant.

 

Pour « Le matin » la visite a eu lieu à l’instigation présente du Tsar ? Selon le « Daily chronicle », c’est sur l’insistance du gouvernement anglais que le monarque siamois aurait accepté ce séjour ? (4).

 

La visite n’est en tous cas pas du goût de toute la presse, loin s’en faut, citons à nouveau (5) « Questions diplomatiques et coloniales », ou « La Croix  (6) ou encore (7) l’hebdomadaire humoristique « Pêle-mêle ». Le « Courrier français », hebdomadaire qui est ou se prétend « littéraire », accueille le monarque par des vers signés de Raoul Ponchon qui se prétendait en toute absence de modestie « auteur de morceaux satiriques et légers brassant l’actualité » :

Tu le crois d’essence choisie

Parce qu’il nous vient d’Asie

source de toute poésie

Nous ne citons que deux vers, mieux valant en rester là car ils sont mauvais, voyez la suite en note (8).


***

Elle sera en tous cas très rapidement confirmée « pour des motifs sérieux » qui sont évidemment le règlement du lourd contentieux franco-siamois (9).

***

Le roi sera donc accueilli avec les égards dus à son rang, une fois admis le principe de sa visite.


Le président Felix Faure n’a aucun pouvoir constitutionnel mais c’est un homme distingué qui a le goût du faste (ne l’a-t-on pas surnommé « le président soleil » ?)

 

FAURE.jpg

 

qui est parfaitement à son aise en recevant toutes les têtes couronnées de la création. Le faste déployé pour recevoir notre monarque siamois vaut largement celui qui a été déployé pour recevoir le Tsar Nicolas II qui reçut un accueil triomphal l’année précédente.  Alors que le monarque avait prévu de loger à la légation de son pays, on lui attribue, après de fort onéreuses remises en état, l’hôtel du 35 avenue Hoche, à l’angle de la rue Beaujeu (10). La sécurité du roi est assurée par 50 agents de la sureté « des plus corrects » sous la direction du Préfet de police, alors le célèbre Lépine (10).


LEPINE

 

Coût de la visite ? De 60.000 à 80.000 ou 90.000 francs : location et décoration de l’hôtel de l’Avenue Hoche : 20.000 francs, entretien du souverain (tables et voitures), aussi 20.000, le reste pour l’entretien de sa suite : L’hôtel du 35 avenue Hoche appartient à un sieur Sabatier, sœur de la comtesse de Gramont et précédemment habité par l’ambassadeur des Etats-Unis, la république le lui loue pour recevoir ses hôtes les plus distingués, il est actuellement devenu le « Royal Monceau » (12). 


ROYAL

 

Et comme nous sommes à la fin du XIXème, la république n’a pas encore assis complétement sa légitimité, titres et particules sont toujours recherchés, on adjoint donc au monarque comme accompagnateur, il suivra le roi partout, un très distingué officier de cavalerie, il porte beau, peu importe qu’il soit très royaliste, très noble et très antidreyfusard, c’est le général Paul Laurens de Warru.

 

L'univers illustré

 

***

 

Nous pouvions attendre de cette visite quelques reportages intéressants sur le Siam, les Siamois et leur monarque. Il y aura en réalité très peu :

 

Une intéressante analyse du Siam et de son monarque dans « Le temps » (13), nous n’en attendions pas moins de ce journal l’un des plus sérieux de cette époque, réputé pour la qualité de ses chroniques internationales. Nous retrouverons de même dans « L’hebdomadaire illustré » une description du pays et de son roi dépourvue de passion (14). Même chose dans « La Croix » qui ne l’aime pourtant pas (15) et encore dans « La Justice », le journal de Clémenceau qui l’aime encore moins (16) et dans « Le XIXème siècle » (17). Cette visite ne laisse pas non plus la presse enfantine insensible : « Le petit Français illustré – journal des écoliers et des écolières » (18) gratifie la jeunesse d’un reportage fort complet et dépourvu de passion sur le Siam et son monarque.

 

***

 

Le roi arrive pourtant précédé, et partira suivi, d’une réputation aussi sulfureuse que sanguinaire :


« L’écho de Bougie – le réveil de Bougie » (19) narre une histoire inventée de toutes pièces, accusation gratuite qui se retrouvera ailleurs (en particulier et en particulier seulement) dans le bimensuel « L’écho du merveilleux » (20) : « Chulalongkorn est un roi jaloux, parait-il. Il y a quelques années, M. S… riche commerçant londonien, s’était rendu à Bangkok pour y fonder un comptoir. Le roi l’accueillit favorablement et même lui permit de visiter son palais. Pour être commerçant, on n’en est pas moins homme, M. S… crut s’apercevoir qu’une jeune Annamite, parmi les femmes du roi, ne se montrait pas insensible à ses marques d’attention. Mais le roi, lui aussi, s’était « aperçu de quelque chose » et fit un signe à un eunuque. Quelques minutes plus tard, M. S… sortait du palais : à la porte, il rencontra un esclave qui lui offrit, sur un plateau, la tête coupée et sanglante de l’imprudente qui venait de lui sourire… Aôh ! improper ! fit l’Anglais, grandement scandalisé. » Imagine-t-on le roi ouvrant les portes de son palais et plus encore de son sérail au premier boutiquier, fut-il anglais, venu !


Mais « L’écho du merveilleux » conclut plus subtilement (en ajoutant une lourde allusion « Mais Chulalongkorn, s’il a conservé cette âme barbare ne la manifeste que « at home ». En voyage, il est même, paraît-il, plutôt galant ».


« Gil Blas » se fait l’écho d’une anecdote tout aussi sanguinaire de celui qu’il appelle irrévérencieusement « boule de Siam » et qui s’est révélée aussi pur mensonge (21) : Lors de son passage à Lisbonne, le roi aurait condamné à mort un valet de chambre pour une infraction dans son service. Le roi Don Carlos

 

DON-CARLOS.jpg

 

intervient alors en faveur du coupable et Chulalongkorn lui aurait répondu « Il n’y a pas de plus grand honneur pour un Siamois que de mourir pour son roi ». Cette anecdote, pure invention d’un journaliste, a été colportée sans vérifications par ses collègues, confirme fort honnêtement « Le Gaulois » (22).  Deux histoires sans fondement, pures inventions mais on a fait mieux depuis.


Il n’était de loin pas aussi sanguinaire, puisque, lors de sa visite en Espagne, il manifesta la curiosité de voir une course de taureaux dont de multiples sources affirment qu’il en fut « impressionné presque jusqu’au dégoût » (23).

 

***

 

Quittons le sanguinaire pour entrer dans le grotesque, avec « L’écho du merveilleux » toujours, nous sommes dans le domaine de l’imagination pure et simple : « l’un des ancêtres du roi donnait le lait de ses femmes aux étrangers malades et stupéfaits de ne pas rencontrer de vaches dans les étables royales.» (24).

 

***

Nos journalistes vont ensuite faire des gorges chaudes de la gastronomie du pays de notre « monarque exotique ».

L’hebdomadaire « Le journal amusant » (25) sous la signature de Willy, le gastronome de service, donne avec humour un amusant aperçu de la cuisine siamoise : « il est clair que ce peuple est encore imparfaitement civilisé, et il sied de ne point trop exiger de lui à cet égard, après tout sauce qui peut ». Nous vous épargnerons la recette sans complaisance et un peu trop réaliste du poisson pourri,

 

poisson pas frqis

 

du kapi composé d’œufs de crevettes putréfiées ou du saucisson de boa (« exiger sur toutes les boates la mention véritable saucisson de lion »).

 

Boa

C’est la raison pour laquelle nous nous sommes contentés de reproduire les illustrations !


Mais cet humour est gratuit car le monarque se révèle être une excellente fourchette, ne citons que deux menus parmi tous ceux qu’il a dégustés (26). Nous nous étions inquiétés de savoir comment ces menus étaient arrosés, il nous fallu lire « le Figaro » pour savoir quels étaient les vins favoris du monarque (27). Si l’on en croit la presse, son maître d’hôtel personnel qui l’accompagne a fait savoir aux cuisiniers de l’Elysée qu’il s’accommodait parfaitement de notre cuisine (28). « La lanterne » nous dit qu’il a un « appétit admirable » et qu’en outre « il adore le bon pain » (29).

***

Les gaffes protocolaires et la réparation : bravo au chef du protocole ! : Nous avons déjà parlé de ce chef du protocole au nom lourd à porter, Armand Mollard, visage sinistre, barbe noire, tête respirant l’hypocondrie (30), véritable « chevalier à la triste figure » mais qui doit remplir de bien délicates fonctions : Lors de la visite du musée du Louvre, le directeur s’était fait accompagner du conservateur du musée de la marine, le vice-amiral Miot, qui avait participé activement à la bataille navale de Paknam comme capitaine de vaisseau en 1893.

 

MIOT

 

Le monarque qui avait bonne mémoire refusa de lui tendre la main, « contraire aux usages » dit la presse française quasiment unanime (31). De toute évidence, une bourde inadmissible des organisateurs, le roi ne pouvait pas perdre ouvertement la face.

Encore une bévue lors de la visite des Invalides, si nous n'en avons trouvé aucune trace dans la presse française, elle n'a pas échappé aux anglais et probablement pas à la sagacité du roi, une faute de goût à tout le moins : Nul n'a pensé à décrocher au moins temporairement le drapeau siamois arraché par le Lieutenant Pourchot, chef de poste, en 1893. Présentement au Musée des Invalides, il occupait alors, bien visible, l'emplacement 72 :

 

LA-GAFFE.jpg

 

Une autre bévue ? La responsabilité n’en peut incomber qu’au chef du protocole : A l’occasion des généreuses remises de médailles, l’ « ordre de l’éléphant blanc » par le roi, quelques Grands-croix évidemment, au Président et aux ministres en tête et une foule de brevets de chevalier (32), répondit l’attribution au souverain de la prestigieuse Grand-croix de la légion d’honneur,

 

GRAND-CROIX.jpg

 

il y fut sensible. Là n’est pas la gaffe. Mais, à l’instigation probable du Ministre de l’Instruction publique du gouvernement Méline, l’historien Alfred Rambaud,

 

RAMBAUD-copie-1.jpg

 

il fut aussi décoré de la « médaille de l’instruction publique » comme on appelait alors « les palmes », commandeur tout de même mais comme un honnête instituteur après quarante ans de bons et loyaux services, ce n’était peut-être pas indispensable à la gloire du roi ! Faire du monarque un commandeur de l’ordre des palmes académiques peut paraître un peu dérisoire.

 

PALMES

 

Mais ce Mollard fait tout de même parfois son travail de façon efficace, bravo Mollard : à l’occasion de l’un des déplacements de notre roi, toujours accompagné, bien sûr, de son très distingué poisson pilote, le général de Warru, deux élus locaux de la ville de Paris, ne citons pas leur nom par charité chrétienne ou bouddhiste, se sont plaints de ne pas avoir été invités, c’est tout simplement parce qu’ils n’étaient pas présentables, Mollard, le chef du protocole a fait son travail nous rappelle le « Journal des débats politiques et littéraires » (33).


Au sujet de la siamoise décoration, une anecdote circulait alors, colportée à l’occasion de généreuses distributions par le monarque de la décoration de l’ « Ordre de l’éléphant blanc »


ELEPHANT-copie-1.jpg

 

selon laquelle elle permettait à son titulaire de faire dix millions de dettes sur tout le territoire du Siam. Vous devinez la joie des récipiendaires ! Renseignements pris toutefois par le très sérieux « Le temps » elle ne donne droit qu’à quelques rations de riz et « à certaines privautés où le féminin joue le premier rôle » (34).

 

***

Les rires et les facéties royales :


Qui aurait pu attendre de l’humour du très austère « Argus – Journal international des assurances » (35) ? Ce n’est pas le roi qui en fait les frais mais lui qui va s’offrir une pinte de rire : à l’occasion d’une visite à la Bibliothèque nationale qui possède de « précieux manuscrits siamois », le conservateur lui soumet un précieux manuscrit dont nul jusqu’à présent n’avait compris la teneur. Le roi le lit et éclate de rire, c’était un contrat d’assurances ! L’ « incident » est relaté à de multiples reprises dans tous les quotidiens (36).

 

Autre crise d’hilarité de « sa majesté jaune » à l’occasion de la visite du Musée Guimet ;

 

GUIMET

 

devant les statues de divinités, elle rit de bon cœur et s’entretient en siamois avec son plénipotentiaire. Monsieur Guimet et le conservateur sont inquiets, quelle bourde ont-ils commis ? On leur explique alors courtoisement que cette hilarité (qui avait une autre raison) est simplement le signe de son intense satisfaction ! (37). Ce qui semblerait avoir suscité la royale hilarité semblerait provenir de l’exposition de quelques instruments de tortures et de supplices chinois

TORTURE.jpg

 

dont le roi, amusé, se fit expliquer le fonctionnement. Il semblerait qu’actuellement ces objets ne soient plus exposés dans la partie des collections accessibles au public ?


Facétieuse aussi, notre majesté exotique, l’anecdote est souvent rapportée : Il est toujours suivi d’un secrétaire particulier qui porte avec lui un grand livre qui ne porte que des dessins de petits cochons. En présence d’une tête couronnée et de nulle autre, il sourit et demande « veuillez fermer les yeux et me dessiner un cochon ».

 

COCHON

 

Tous s’y prêtent de bonne grâce, le président Félix Faure après le Tsar, la reine Victoria, le Kayser et même le président du Conseil fédéral suisse, le très oublié Adolf Deucher !

 

DEUCHER

 

Qu’est devenu cet album s’il a existé ? (38).

 

***

 

L’accueil de la foule a-t-il été enthousiaste ou goguenard ?


Probablement les deux à la fois. « La lanterne » se gausse de « la badauderie hébétée » qui caractérise la foule (38 bis). Mais selon « Le Gaulois » qui ne l’aime portant pas, le roi a produit sur les foules une impression sympathique avec « un fin sourire, des yeux vifs et brillants, une physionomie ouverte et pleine de franchise » (39). 


La presse fut en général beaucoup plus souvent taquine et goguenarde que le public à l’égard de « sa Majesté exotique ». Le roi pour son malheur ne s’appelle pas encore « Rama V » (40) mais Chulalongkorn, les deux dernières syllabes de son nom sont lourdes à porter et vont faire l’objet de jeux de mots faciles ! La « Revue comique normande », sous la signature de « Bibi » nous conte quelques lignes de « Siamoiseries » qui valent d’être citées (41) : « Le Roi de Siam, depuis deux jours, est, chez nous, le sujet de toute conversation. C’est la première fois qu’un monarque est sujet en même temps que roi.  Une amusante confusion de M. Marais a égayé les présentations d’hier. Quand on a présenté le roi de Siam au maire du Havre, le pharmacien s’est révélé et a ordonné à Chulalongkorn un remède contre la jaunisse. Avec tant de femmes il n’est pas surprenant que Chulalongkorn ait éprouvé quelques déboires conjugaux. Il y a longtemps, en effet, que lui a échu la longue corne. ». Théodule Marais, Maire du Havre qui était à l’accueil, était effectivement pharmacien.


MARAIS

 

Il sera suivi d’un article d’une irrévérence totale et pire encore de « Gil Blas » qui se lance dans un calembour de fort mauvais goût concernant son père (42) sous forme de fable : le roi raconte à son retour à l’un de ses confidents ses impressions sur les « petites femmes de Paris » et ses mésaventures avec l’une d’elle qui le harcelait de pressantes demandes de « galettes » auxquelles il s’opposait. Cette créature  aurait alors répondu « rien à attendre d’un micheton dont le père s’appelait M.. K.. ». Gil Blas nous habitue à plus de finesse et à moins de grossièretés même quand il navigue dans le graveleux.


***

« On dit que le roi Chulalongkorn est parti de Paris très mécontent, nos journaux l’auraient assez durement traité et la foule s’est le plus souvent montrée gouailleuse sur son passage » nous dit « Le radical » (43), on peut le comprendre !

***

Le roi arrive en tous cas avec une réputation beaucoup plus sympathique pour les Français que celle, imméritée, de despote sanguinaire. « Gil Blas » salue ainsi son arrivée « Chulalongkorn n’est pas si loin de nos mœurs que pourrait le faire croire son costume. En quittant Varsovie, sa majesté a tenu à laisser aux danseuses de l’Opéra de la ville un souvenir de son passage parmi elles. Il leur a envoyé des bagues et des bracelets. Le roi de Siam est déjà parisien » (44).

Nous trouverons de nombreuses allusions aux royales distractions, moins lorsqu’il revint à Paris en voyage privé quelques semaines après le voyage officiel.

A l’occasion de la mort du monarque en 1910, le mensuel « Touche à tout » (qui portait bien son nom), publie les lignes suivantes sous la signature d’André Avèze « Chulalongkorn était surtout connu à Paris par le sémillant essaim de danseuses qu’il avait amenées en France lors de son dernier voyage en France et qui eurent sur la scène du Pré-Catelan le plus vif succès » (45).

« L’aurore » est plus discrète (46) : du 1ernovembre sous le titre « Ce bon Chouchou » (c’est ainsi que Félix Faure aurait appelé le monarque dans l’intimité !) en concluant « Joyeux, le Siamois ! » 

« La gazette du village – journal républicain politique et agricole » (47) annonce après le départ du roi son prochain retour à titre privé aux fins que l’on devine.

« Auto-Vélo », malgré son nom, est un journal illustré, humoristique et hebdomadaire, nous livre un secret de Polichinelle tout en étant plus désagréable qu’irrévérencieux (48). L’allusion aux lapins, nous n’allons pas tarder à y revenir, ce ne sont pas ceux que  vous pensez !

Dans « La lanterne » (49), encore une fine allusion, pourquoi ne pas appeler le monarque « le lapin du Siam » ?   Il a en tous cas longuement rencontré Léopold II le 11 octobre lors de son retour incognito à Paris nous révèle « Le temps » (50).


Dans ses souvenirs, Ernest Reynaud, qui fut à la fois poète et commissaire de police (51) nous rappelle qu’il « semble résulter de ses souvenirs » que le Roi Léopold II de Belgique était en voyage « incognito » à Paris lors de la venue de Chulalongkorn. « Gil Blas » annonce la prochaine visite à Longchamps de « Léopold le barbu et Chulalongkorn le siamois », une paire de roi (comme au poker) (52) !


PAIRE DE ROIS

 

Le 19 septembre, Le journal « Auto Velo » (53) envoie son « journaliste d’investigation » interviewer le roi, interview de pure fantaisie évidemment, il signe « l’un des frères siamois » (bien sûr), ne le citons pas puisque c’est l’estimable Mollard, le chef du protocole qui en fait les frais et contentons nous de reproduire la couverture,

 

Velo 2

 

encore une allusion qui était probablement parlante aux lecteurs de l’époque au « manège Humber ». Le ministre nous a bien semblé être Yves Guyot, ministre des travaux publics quelques années auparavant ?

 

GUYOT

 

Mais que viennent donc faire le roi Léopold « le roi barbu », les lapins, un ministre  et le manège Humber dans cette galère ?

 

Pour le manège Humber, c’est clair : Emilienne d’Alençon est passionnée de vélocipède. 

 

FEMMES-EN-VELO.jpg

 

Humber  est un réputé fabricant de cycles de l’époque, tout comme Mouter, et il gère un manège (rue du 4 septembre) où se retrouvent souvent les élégants et élégantes vélocipédistes, dont Emilienne d’Alençon, et où il organise expositions et spectacles. Et le ministre ? Quelques années auparavant, à l’occasion d’une exposition de cycles auquel participait tout ce que Paris compte de distingué, le ministre manifesta au grand scandale des assistants, de façon un peu trop voyante son affection pour la belle Emilienne (53 bis). Lorsqu’on cherche Emilienne quand elle n’est pas à l’horizontale,

 

emilienne-HORIZONTALE.jpg

 

on va au manège Humber. Et pourquoi Emilienne d’Alençon ?

La réponse en ce qui concerne Emilienne (et Léopold), c’est évidemment le « Gil Blas » qui va nous donner, du moins à demi mots, la clef de cette énigme. A la fois échotier, souvent grivois mais rarement grossier ou vulgaire, c’est une source inépuisable sur les ragots de cette fin du XIXème.

« Nous apprenons que le 11 il a eu « un entretien prolongé » avec une Anglaise blonde que l’un de ses principaux managers se propose de faire débuter très prochainement avec un  titre de comtesse » (54).

Existe-t-il à Paris une « demi mondaine » avide de titres de noblesse ? Elles le sont toutes mais la réponse est assurée, la plus vorace, qui ne compte parmi ses amants que comtes, marquis, ducs et princes du Gotha (pourvu qu’ils soient riches), c’est Emilienne « d’Alençon » (55) qui a tenté en vain de se faire épouser par le jeune héritier du duché d’Uzès, le plus vieux duché de France (« déniaiseuse de duc ») et l’autre héritier, toujours en vain, d’une des familles de la plus vieille noblesse française, propriétaire du titre de « comte de Pontivy ».


EMILIENNE.jpg

 

Existe-t-il une de ces « demi-mondaines » qui ait un « manager » susceptible de transformer une gourgandine en comtesse ? Il n’y en a qu’une parmi ces « travailleuses horizontales », c’est encore Emilienne « d’Alençon ». Quel est le « manager » ayant ces compétences ? Il n’y a qu’un à cette époque, c’est Léopold II (56) avec lequel le roi Chulalongkorn entretient des rapports amicaux.

 

Leopold

 

Emilienne n’est évidemment pas anglaise (il eut été toute de même délicat au journal d’être plus précis), elle est brune ou blonde ou rousse en fonction du goût du jour, mais elle est bien « sponsorisée » par Léopold. Le « Gil Blas » ne le qualifie pas de « Mercure » c’est-à-dire de proxénète mais c’est tout comme, il en a l’étoffe. Coïncidence ? Cette charmante personne a été lancée par « Gil Blas ». Et les lapins ? Avant d’être « Emilienne d’Alençon », cette ravissante personne s’appelait Emilie André et débuta sa carrière, avant de choisir son nom de guerre, comme dresseuses de lapins au « Cirque d’été »,


CIRQUE-D-ete.JPG

 

de là à penser que pour d’évidentes raisons de courtoisie, le journal l’ait faite anglaise, il n’y a évidemment qu’un pas.


« Il est jaune et il tient à la vie », que c’est joliment dit ! (57).

 

***


Les occupations du monarque ne se sont toutefois pas limitées à la gaudriole, pourquoi d’ailleurs s’en serait-il privé puisque, nous le savons, le délit d’adultère n’existe pas dans son pays où il n’existait d’ailleurs toujours pas de code pénal (58).


Quelques-unes de ses visites, toujours accompagnées du général Paul Laurent de Warru, son poisson pilote, méritent un bref rappel.

 

Lors de son arrivée, le monarque visite au Havre les ateliers du Creusot. Ceux-ci fabriquaient comme on le sait des canons et comme on ne le sait pas les fameuses « voiturettes » d’Amédé Bollée. Le roi se désintéresse des canons et des mitrailleuses de la famille Schneider pour rester plongé dans la plus profonde extase devant les voiturettes. Un peu de mauvais esprit de notre journaliste anonyme de « Gil Blas » : « On dit aussi que, très rusé, le petit roi de Siam a employé ce stratagème pour pouvoir acheter tout à son aise des canons aux Anglais. Ce que c’est tout de même que les mauvaises langues ! ». En réalité, le roi aurait envisagé d’acheter une voiturette pour chacune de ses 500 femmes (59). 

 

450px-Leon Bollee Voiturette 1897


Une visite aux Invalides, à la tombe de Napoléon

 

Invalides

 

et à son musée a fort ému le roi qui a eu des mots poignants à l’égard des vieux pensionnaires (il y avait encore des invalides aux Invalides) avant la montée sur la tour Eiffel


Tour eiffel

 

où le roi prit le thé et fait l’acquisition de multiples bimbelots (des tours Eiffel-sonnette !) pour la plus grande joie des marchands. Ce fut ensuite un départ pour les courses de Longchamp où le roi perdit au pari mutuel (60) et où il est probable qu’il retrouva son ami Léopold. La présence concomitante du roi des belges et de celui du Siam est d’ailleurs confirmée par d’autres sources (61). Le roi fut aussi passionné par la visite du fort de Vincennes et de son musée (62), celle de la manufacture de Sèvres et, bien sûr, du château de Versailles (63).


Il apprécia fort les spectacles à l’Opéra dans la loge présidentielle, Dom Juan (de Mozart, bien sûr) et Lakmé (l’opéra exotique de Léo Delibes) en particulier. Il est incontestablement amateur de bel canto mais « comment ne pas être mélomane quand on porte un nom aussi harmonieux ? » (64). Il ne manquera pas de décorer tout spécialement Edouard Mangin, chef d’orchestre de l’Opéra de son ordre de l’éléphant blanc avant son départ (65).

 

MANGNIN.jpg

 

La visite du « Bon marché » l’aurait aussi fort impressionné, il y a en tous cas acheté quelques centaines de paires de bas de soie pour son sérail (66).

 

BON-MARCHE.jpg

 

Sa visite à l’hôtel des monnaies (une inscription célébrant la visite royale y serait toujours présente) mérite une mention particulière (67) :

monaie de paris

 

Le roi fut particulièrement impressionné par la qualité du travail des graveurs français et leur incontestable supériorité. Il demanda au directeur de faire frapper une médaille à son effigie, le délai était court mais elles arrivèrent à Bangkok au début de l’année 1898 (68).

 

***

 

Cette visite a-t-elle vraiment été professionnelle ? Le roi, indépendamment de ses contacts quotidiens avec Félix Faure (mais celui-ci n’a strictement aucun pouvoir constitutionnel sauf celui d’inaugurer les chrysanthèmes), a effectivement rencontré quelquefois le ministre des affaires étrangères Gabriel Hanotaux (qui n’est pas un ami des Anglais!), et moins souvent le président du conseil, Jules Méline. 

 

Avec le président

 

Et encore, une fois ces visites protocolaires effectuées, doit-il se « reposer de ses émotions » en restant dans l’hôtel de la légation de Siam (qui se trouve alors rue Pierre Charron) « dans le doux laisser- vivre du repos », laissant deux personnages de sa suite préparer le programme de son  séjour (69).

 

***

Ses rencontres avec le roi de Serbie, Alexandre et le Prince Roland Bonaparte n’ont probablement rien eu de politique (70).

 

ROLAND.jpg

 

***

 

Le 17 septembre, il quitte la France depuis le Havre pour l’Angleterre où il se rend en voyage privé. N’oublions pas qu’il avait d’ores et déjà signé avec les Anglais deux traités secrets, le 31 mai 1896 et le 6 avril 1897.


Quel fut le résultat de cette semaine de travail ? Les problèmes principaux entre la France et le Siam (Régime douanier de les provinces cambodgiennes devenus françaises et dans la zone neutre des 25 kilomètres de la rive droite du Mékong, situation  des protégés, occupation de Chantaboun)

 

Chantaboun

 

ont-ils été réglés ? La réponse est évidemment négative (71).

 

***

 

Il ne quitte pas le pays sans distribuer de somptueux cadeaux (orfèvrerie siamoise en or ou en argent au Président et à ses ministres), de somptueuses gratifications au personnel, des décorations à la pelle et 10.000 francs aux pauvres de Paris (C’est encore Mollard qui va être chargé de la distribution) en rêvant probablement à son futur retour incognito dans la capitale sur lequel la presse (instructions venues d’en haut lieu ?) se montrera remarquablement discrète (72).

  

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NOTES

 

(1) L’article 36 a été abrogé en 2004 après que la Cour de cassation eut considéré pour des raisons assez fuligineuses qu’il n’était pas conforme à la législation européenne. Le délit de diffamation subsiste, avec des peines amoindries. Mais à cette époque, une personne qui se respecte ne traîne pas un journaliste devant les tribunaux, la raison première étant qu’il est interdit de relater ces procès dans la presse, il lui envoie ses témoins. C’est la raison pour laquelle les articles ne sont pas toujours signés, on peut être bon journaliste et mauvais escrimeur, c’est alors le rédacteur en chef qui devient responsable et qui est choisi le plus souvent en raison de ses qualités sur le terrain et non de ses compétences journalistiques ! (voir « Le duel moderne » de Letainturier-Fradin, 1901) ou encore  « Les lois du duel » de Bruneau de Laborie.


(2) citons, liste non limitative, « Le constitutionnel », « L’écho de Paris »,  « l’intransigeant », « Le petit journal », « L’univers » ou enfin « Le siècle », tous, quelque soit leur tendance, journaux d’opinion de qualité. Ne citons pas les deux pourfendeurs de la république, « L’humanité » et « L’action française », ils n’existaient pas encore.


(3) « La vie à Paris » en 17 volumes (17 épais volumes de ragots !), année 1897 : « Ce roi Chulalongkorn qui a été, un moment, la curiosité de Paris »… « L’asiatique à la tenue anglaise ».


(4) Information du journal « Questions diplomatiques et coloniales » numéro d’août-décembre 1897, reprises dans de nombreux quotidiens.


(5) « Questions diplomatiques et coloniales », numéro ci-dessus : « Le roi de Siam en France. — La visite du roi Chulalongkorn en France est, paraît-il, chose décidée depuis le mercredi 21 juillet. S’il faut en croire le « Daily chronicle », c’est le gouvernement anglais qui a décidé Sa Majesté Siamoise à s’arrêter à Paris. Il faut avouer que nos bons amis les Anglais ne nous ont jamais rendu un plus mauvais service. La seule conduite un peu digne qui convînt à notre Ministère des affaires étrangères était une froide réserve qui nous eût évité l’embarras de recevoir un potentat asiatique qui ne peut être que notre ennemi. » Le journal est évidemment un ferme soutien du parti colonial.


(6) « Ce monarque se joue de nous chaque jour et fait fi des traités … » écrit « La Croix », numéro du 11 septembre.


(7) le 4 décembre 1896, « Pèle-mèle », dès avant l’arrivée du monarque, écrit dans un article assez sanglant signé Georges Marx (probablement le même qui fut rédacteur en chef de « Saigon républicain » ?) « Le roi Chulalongkorn, s’est légèrement teinté de quelque civilisation, depuis qu’il a visité l’Europe… »  Et termine « Prince, venez si vous le voulez, les portes du Palais Bourbon vous sont ouvertes mais si j’ai un conseil à vous donner, rentrez chez Papa Chulalongkorn … »


(8) Le « Courrier français », numéro du 25 avril :

…Tu le crois d’essence choisie

Parce qu’il nous vient d’Asie source de toute poésie

C’est un singe de chez Corvi

Et la prime fois qu’on le vit

Nous fûmes tous du même avis

Non ma chère

Même en icone

Nous ne voulons pas de ce nain jaune

Issu d’on ne sait quelle faune ….


NAIN.jpg

 

N.B. Corvi était un cirque de Paris célèbre pour ses singes savants.

 

corvi

 

(9) En particulier dans « Gil Blas », numéro des 15 et 17 aout et dans pratiquement toute la presse quotidienne.


(10) Ce magnifique bâtiment (ancien hôtel des comtes de Gramont) appartient à un sieur Sabatier, frère la comtesse de Gramont et précédemment habité par l’ambassadeur des Etats-Unis. La république le lui loue pour recevoir ses hôtes les plus distingués. 


(11) « L’hebdomadaire », numéro du 24 octobre 1897.


 

(12) voir « Gil Blas » du 13 octobre, « Le petit Parisien » du 10 octobre, « La justice » du 8 septembre et « le XIXème siècle » du 31 août. La presse qui se plaint souvent du coût de ces réceptions oublie ou feint d’oublier que le Siam a versé à la France en exécution de traité de 1893 une indemnité de 3 millions de francs dont il est strictement impossible de savoir ce qu’elle est devenue après son arrivée à la Caisse des dépôts ? Les victimes des exactions ou des prétendues exactions siamoise ne semblent pas en avoir profité ?


(13) « Le temps » du 10 septembre.


(14) « L’hebdomadaire illustré » du 26 septembre.


(15) « La Croix » du 12 septembre.


(16) « La Justice », numéros des 1eraoût, 5 septembre et 12 septembre.


(17) « Le XIXème siècle » du 12 septembre. 

 

(18) « Le petit Français illustré – journal des écoliers et des écolières »  numéro du 30 octobre 1897. La qualité de la presse enfantine à cette époque fait rêver.


(19) « L’ écho de Bougie – le réveil de Bougie » du 2 juin 1897.


(20) « L’écho du merveilleux » du 1erjuillet.


(21) « Gil Blas » numéro du 23 octobre.


(22) « Le Gaulois » du 11 novembre.


(23) Notamment « La nouvelle revue » de novembre-décembre 1897 ou « Gil Blas » du 1ernovembre.


(24) «  L’écho du merveilleux » numéro du 26 septembre.


(25) « Le journal amusant » du 16 avril 1898.  


(26) A l’occasion de la visite du Fort de Vincennes : « Gil Blas » du 14 septembre, « Le XIXème » du 15 septembre) et « Le petit parisien » des 13 et 14 septembre,

Huitres

Bisque d’écrevisses

Rissoles béarnaises

Terrine de laitances de carpes

Quartier de pré-salé aux courgettes

Suprême de poussin à la royale

Perdreaux braisés bordelaise

Jambon à la danoise

Mousses au citron

Punch à la romaine

Dindonneaux rôtis aux truffes

Nids d’œufs de gibier

Salade de concombres à la russe

Artichauts en velouté,

Pointes d’asperges maître d’hôtel

Fromage suisse glacé,

Palmiers au sucre

Et lors de la descente de la Tour Eiffel, menu plus modeste mais également appétissant, préparé par un traiteur parisien et servi à la légation :

Melon glacé,

Filet de soles aux huitres, Tournedos aux pommes-pont-neuf,

Poulet sauté portugaise,

Riz à la siamoise,

Faisan rôti aux croustades,

Salade de queux d’écrevisses,

Pudding au sabayon,

Café

(27) « Le Figaro » du 14 septembre : un grand luxe de vins, vins de Sicile, de l’Italie, du Rhin, champagne au rôti et l’on termine par du Bordeaux ».


(28) « Le XIXème siècle » du 13 septembre.


(29) « La lanterne » du 13 septembre.


(30) Notre article 29 : « Jean Jaurès et le Roi Chulalongkorn ».


(31) Par exemple « La presse » du 19 septembre, un seul rappel, le Maréchal Pétain fut condamné à mort pour avoir (notamment) serré la main d’Hitler son vainqueur.


 Pétain-et-Hitler2

(32) D’après les statuts de l’ordre, réformé en 1869, le contingent annuel de Grands-croix, Grands-officiers, Commandeurs et Officiers est strictement limité mais celui de Chevalier ne l’est pas !


(33) « Journal des débats politiques et littéraires » du 13 septembre.


(34) « Le temps » du 22 septembre. Le journal ajoute, car il lui arrive de manier l’humour « les privilèges attachés aux décorations sont en général moins singuliers, et  nous ne voyons guères que  « l’ordre de Kaméhaméha » aux îles Hawaï qui se rapproche des ordres siamois puisqu’il permet à son titulaire de s’enivrer deux fois par jour » (ce qui reste à démontrer !).

 

OrdredeKamehameha

 

(35) « Argus – Journal international des assurances », numéro du 19 septembre 1897. 


(36) En particulier dans « La lanterne » : « Plaisantes méprises de savants », numéro du 20 septembre.


(37) « L’hebdomadaire » du 24 octobre 1897 et « La Croix » du 13 octobre.


(38) L’anecdote se retrouve partout en général sous le titre « Les petits cochons du roi » et en particulier dans « Le XIXème siècle » du 11 juillet. 

 

 

(38 bis) « La lanterne » du 17 septembre.


(39) « Le Gaulois » du numéro du 12 septembre.


(40) La titulature des rois de la dynastie sous le nom de Rama fut inaugurée par son successeur.

(41) « Revue comique normande » du 18 septembre.  Les calembours, on apprécie ou on n’apprécie pas : « Le calembour est la fiente de l’esprit qui vole » a dit ou aurait dit Victor Hugo ?


(42) « Gil Blas » du 25 septembre.


(43) « Le radical » du 30 novembre 1897.


(44) « Gil Blas » du 4 septembre.


(45) « Touche à tout » de décembre 1910. La presse de 1897 ne fait aucune allusion à une visite en ce haut lieu de la gastronome française au milieu du Bois de Boulogne. Sans doute, le roi y laissa des souvenirs lors de son voyage de 1907 ? 

 

PRE-CATELAN.jpg

 

(46) « L’aurore » du 1ernovembre.


(47) « La gazette du village – journal républicain politique et agricole » est un énorme hebdomadaire (700 pages chaque numéro) dont le titre se suffit à lui-même. Il manie le 3 octobre 1897 une ironie un peu lourde, hostile à cette visite, à l’encontre de la presse « réactionnaire » : « Les parisiens ont pu admirer tout à leur aise la physionomie intelligente et cuivrée du roi de Siam »  appuyée de lourdes allusions aux distractions royales « Chulkalongkorn s’y trouve si bien d’ailleurs qu’il y reviendra très prochainement … en simple touriste, afin, dit-il, de faire plus amples connaissance avec Paris dont il a admiré les merveilles ».

 

(48) « Auto-Vélo » du 6 septembre : « …le Roi était féru de nos gentilles parisiennes cyclistes, il aurait l’intention de revenir bientôt à Paris pour faire la bombe avec nos plus jolies pédaleuses voire même avec celles qui ne sont jamais monté en machine. S’il revient parmi nous, ce potentat à tête de citrouille ornée de moustaches, oh ! Chères belles petites, faites lui bien porte son nom, faites lui porter des longues cornes à cette boule de siam anglicanisée. Qu’il puisse raconter avec mélancolie à ses douze-cent femmes soumises le nombre de lapins que vous lui aurez posé, ne la ratez pas, mes mignonnes ! ». L’illustration est de la même farine :

 

 

Velo

Quant à la publicité sur les bienfaits du sport cycliste combiné à la « tréphosine » (quelle était cette poudre de perlimpinpin ?), elle est du même goût plus ou moins douteux.

 

Therposine

 

(49) « La lanterne », numéro du 21 décembre.


(50) « Le temps » du 12 octobre.


(51) « Souvenirs de police au temps de Félix Faure », Paris 1925. Mais il se contente de réserver ses quolibets au Shah de Perse, venu quelques années plutôt, qui, paraît-il, mangeait quoique bon musulman comme un porc. Dans les mémoires d’Anna Leonowens, celle-ci affirme avec impudence qu’elle a appris au jeune prince à se tenir correctement à table.


(52) « Gil Blas » du 10 octobre.


(53) « Auto Velo » du 19 septembre.


(53 bis) Le vélocipède a aussi son journal de ragots, « Le véloce – sport et bicyclette », voir le numéro du 29 septembre 1892, lui rappelant qu’au lieu d’inaugurer il ferait bien de « s’inaugurer une conduite ».


(54) « Gil Blas » du 12 septembre.


(55) Ce nom de guerre valut à un journaliste anglais l’une des plus belles gaffes de l’histoire du journalisme : à l’occasion de la mort tragique de la Duchesse d’Alençon (la vraie) dans l’incendie du bazar de la charité,


INCENDIE.jpg

 

quelques mois auparavant, ce crétin ne trouve rien de mieux que d’illustrer son article avec une photo … de Mademoiselle André ! Le Duc prit fort mal la chose.


(56) Léopold II fut assurément le plus mauvais de tous les monarques qui régnèrent sur la Belgique. Ne nous attardons pas sur son rôle au Congo, qui fut infâme mais qui lui permit de financer ses fredaines. Mal marié à une princesse autrichienne, il mena très vite une vie de « bâton de chaise » avec une préférence marquée pour les amours vénales avec des créatures de luxe. Il finit par vivre avec une prostituée de ruisseau qu’il titra baronne.

 

La_baronne_Vaughan.jpg

 

Cléo de Mérode (une vraie Mérode par contre)

 

CLEO

 

qui fut également « sponsorisée » par Léopold, avait quitté l’Europe en 1896, partie tordre un Américain. Liliane de Pougy était « en mains »,

 

LILIANE

 

la seule anglaise parmi ces hétaïres était

Cora Pearl mais elle était morte depuis deux ou trois ans

 

CoraPearl

 

et la belle Otero

 

OTERO

 

ne fait pas partie des conquêtes (vénales) attribuées à notre roi barbu.


(57) « Le rappel » du 24 septembre.


(58) Voir notre article 143 « le code pénal de 1908 ».


(59) « Gil Blas » du 24 septembre.


(60) « Le XIXème siècle » du 14 septembre.


(61) « Journal des débats politiques et littéraires » du 11 octobre.


(62) « Journal des débats politiques et littéraires » du 14 septembre.


(63) « Journal des débats politiques et littéraires » du 17 septembre, « le XIXème siècle »  du 17 septembre et « Le petit Parisien » du même jour.


(64) « Le ménestrel » du 17 octobre. Ce mensuel était consacré à la musique et au théâtre.

(65) « Le ménestrel » du 25 octobre.


(66) « Le Gaulois » du 12 octobre.


(67) « Journal des débats politiques et littéraires » du 13 novembre et « Le petit Parisien » du 1eroctobre.


(68) La médaille a été terminée le 13 novembre et remise à l’Ambassadeur du Siam le même jour (« Figaro » du 13 novembre). Elle a été gravée par Henry Patey, l’un des plus illustres graveurs français. C’est aujourd’hui une pièce de grande valeur, le modèle en argent se trouve sur des sites de vente aux enchères entre 5.000 dollars et 15.000 dollars selon l’état, un peu moins pour le modèle en bronze. Le modèle en or fut réservé aux seuls souverains et chefs d’état que le monarque avait visités et ne circule apparemment sur le marché numismatique ?

 

 

argent 5000argent verso

 

(69) « Journal des débats politiques et littéraires » du 14 octobre.


(70) Ni l’un ni l’autre non plus ne s’intéressent à la gaudriole : le Prince, descendant de Lucien, n’est pas successible,

 

ROLAND bo

 

c’est tout simplement un immense savant qui a consacré sa fortune non pas au beau sexe mais à la constitution patiente de ce qui est probablement le plus bel herbier du monde. Alexandre, dégouté par la vie de son père, menait une vie monastique.


ALEXANDRE

 

« Le petit journal illustré » du 16 novembre  décrit ainsi le roi Milan : « Constamment il abandonnait son palais, son trône, sa femme, cette admirable reine Nathalie, dont les vertus et la résignation firent l'admiration de toute l'Europe ; et il accourait à Paris vivre de la vie qu'il rêvait. Les restaurants de nuit, les tripots étaient les endroits où on le rencontrait d'ordinaire en joyeuse compagnie, et sa liste civile ne suffisait pas à payer toutes les folies de cette majesté cascadeuse ».


 Milan Ier, Roi de Serbie

(71) « La Croix » du 29 septembre ou « Le matin » du 22 septembre.


(72) Jolie formule dans « Le rappel » du 24 septembre « incognito galant dans la capitale de tous les plaisirs ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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