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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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4 décembre 2014 4 04 /12 /décembre /2014 00:05

titre du livreD’après la lecture du récit de voyage d’Ivan de Schaeck intitulé « S.A.I. le grand-duc Boris de Russie aux fêtes du Siam pour le couronnement du roi », Plon, 1914. Ivan de Schaeck fait partie de la délégation russe qui accompagne S.A.I. le grand-duc Boris de Russie invité par le roi Rama VI pour les fêtes de son couronnement.


Pour la première fois, nous dit le préfacier E. de Morsier,  « la vieille Europe se faisait représenter par des princes et des ambassadeurs extraordinaires au couronnement d’un roi de Siam.», avec entre autres, le grand-duc Boris,

 

Grand duc et sa suite

 

M. de Margerie, l’envoyé spécial de la République française,


Pierre de Margerie

 

le prince Guillaume de Suède et sa femme née grande duchesse de Russie,

 

prince de suède

le prince Waldemar du Danemark,

 

Prince Valdemar of Denmark 1936

 

le prince de Teck (frère de la reine d’ Angleterre) et sa femme,

 

prince de teck

et aussi des représentants des Etats-Unis, du pape, des cours asiatiques comme le prince Tushimi et la mission japonaise par exemple.

 

princes etrangers se rendant a la revue

 

L’auteur, rajoute-t-il, « qui avait déjà accompagné le grand-duc Boris dix ans auparavant a pu constater de visu les progrès énormes accomplis en si peu de temps par ce petit royaume de dix millions d’âmes qui a su conquérir sa place parmi les nations civilisés en se lançant courageusement dans la voie des réformes. Ces fêtes inoubliables au pays de l’Eléphant blanc furent la brillante consécration du nouvel état de choses.»


Le récit d’Ivan de Schaeck pouvait donc nous donner une idée de ces fêtes fastueuses, et des différentes étapes du couronnement de Rama VI en ce mois de décembre 1911. Une cérémonie, que nous savons importante pour les rois du Siam, pour les asseoir dans leur légitimité.  (Cf. 92. Le processus de légitimation du pouvoir du roi Naraï, in « Les Chroniques royales d’Ayutthaya ».)

 

Ivan de Schaeck  va donc évoquer les charmes des rives de la Ménam, l’accueil de la délégation russe,

 

logement du grand duc

 

l’invitation dès l’arrivée,


arrivée à Bangkok

 

à un déjeuner dans le navire royal,


 

yacvht royal

 

en remarquant « que le peuple entier est en fête. Tous les bateaux, toutes les habitations, si pauvres qu’elles soient, sont enguirlandées de petites lanternes, en vue des illuminations et sont pavoisés de petits drapeaux siamois, portant l’Eléphant blanc, l’emblème du pays sur un fond rouge ».


Il décrira ainsi ce qu’il considère lui-même comme « des merveilleux tableaux exotiques durant les fêtes de couronnement » : les invités en grande tenue et en uniformes brodés, prenant place sous le dais de gala dans les longues pirogues avec des dizaines de rameurs en costumes rouges galonnées d’or ; les pagodes et bâtiments royaux en arrière-plan, les hymnes, la revue des troupes, l’équipage de gala emmenant les invités au grand palais, où des centaines  de gens en blanc s’affairent, l’introduction dans les appartements royaux, l’entretien avec le roi …


Le grand duc se rend à l'audience royale

 

Ivan de Schaeck sait qu’après la succession de son père le 23 octobre, le roi Vagiravudh dut se soumettre à une première cérémonie religieuse, selon les rites prescrits par la tradition religieuse, et qu’il arrive trois jours avant son couronnement en grande pompe « devant les représentants de presque toutes les nations de l’Europe », et que durant une semaine, il y aura une série de cérémonies, de fêtes et de réceptions.


En attendant,  Ivan de Schaeck peut le 30 novembre, admirer toutes les maisons et rues de la capitale « décorées et pavoisées avec beaucoup de goût », avec des lanternes, guirlandes, fleurs, oriflammes et drapeaux, en se rendant au déjeuner offert par le roi aux princes étrangers et envoyés spéciaux, et le soir dîner chez le prince Chira (frère du roi et ministre de la guerre)


thailand chirapravati

 

et apprécier les mélodies siamoises au son « des instruments nationaux en bambou, de guitares primitives, de tambourins et de xylophones ».

Le 1er décembre, veille du couronnement, les délégations ont été invitées à déjeuner chez le ministre du Gouvernement local, S. E. Chao Phya Yomaraj, avant de se rendre à une cérémonie à 16h au Wat Phra Keo,

 

Wat Phra Kaew 12-418x440

où les prêtres bouddhistes vont bénir en présence du roi, l’eau qui doit servir à son  bain le lendemain matin. On se doute que cela se fasse avec le faste et la solennité voulus.


Le 2 décembre, jour du couronnement.


Ivan de Schaeck est conscient que le roi, « à la fois chef suprême et religieux de la nation » sera couronné, lors d’une cérémonie qui devra suivre une mise-en-scène  précise, selon les rites traditionnels ancestraux ; et aussi une « étiquette » qui exige, par exemple à ce que toutes les délégations soient rassemblées « à 9h 40, en uniforme de gala, dans le hall de Dusit-Maha-Prasat, à côté du grand Palais ».

Palais du couronnement

 

Là, chacun à sa place, doit attendre une heure « pendant que la cérémonie bouddhiste des ablutions se déroule dans une autre partie du palais ». Puis le roi apparaît, s’assoit sur son trône, et reçoit des coupes d’eau bénites offertes par chacun des représentants des provinces du royaume, dont ils s’aspergent le front. Après cet hommage, le roi se retire pour revêtir ses ornements royaux.

Il revient en cortège, au son  des trompes et des conques, avec en tête « deux bonzes portant une image  du dieu hindou Ganesha, « celui qui triomphe des difficultés »,

 

ฌๆห้

et une image de Bouddha ornée de pierres précieuses », suivi de musiciens en costume antique, de deux colonels portant le drapeau légendaire du singe, et de pages portant « les insignes de la royauté : l’épée, la couronne de la victoire, le sceptre, les pantoufles brodées, un anneau de diamant, ainsi que la grande ombrelle blanche à sept étages, symbole de la dignité suprême. ».


Ensuite le cérémonial va se poursuivre : le Grand prêtre donnant la couronne au roi qui la place lui-même sous la tête ; l’hymne ; les salves de canon ; les hommages reçus de toutes les autorités officielles; la procession jusqu’au balcon pour le salut royal aux troupes et au peuple ; les respects du roi à sa mère ; la procession solennelle du roi sur un palanquin,

 

Palanquin royal

 

accompagné par les gentilshommes, les dignitaires de la cour avec les insignes royaux et emblèmes, un détachement de « boys-scouts », des gardes, etc,  chacun à une place bien définie selon la hiérarchie, pour se diriger au temple du Wat Pra Keo.


Une cérémonie religieuse importante y a lieu, dirigée par le patriarche du royaume, S.A.R. le vénérable prince Vajiranana, où le Roi, débarrassé de ses ornements extérieurs, pénètre, à pied, et s’agenouille devant la fameuse statuette du Bouddha d’émeraude, « en présence d’un corps sacerdotal spécial composé de quatre-vingt prêtres du royaume qui chantent, assis en double rang sur des gradins s’élevant des deux côtés de la salle. Là, le roi se déclare solennellement « Défenseur de la Foi bouddhiste » », et reçoit une adresse des prêtres et leur bénédiction.


(Ivan de Schaeck ne connait pas l’histoire du Bouddha d’émeraude, mais nous dit qu’elle a joué un rôle considérable dans l’histoire du pays. (Cf. notre article 115.2  La représentation romanesque du règne du roi Taksin  (1768-1782), Selon le roman « Le roi des rizières » de Claire Keefe-Fox, dans lequel nous rappelons dans quelles circonstances elle fut « prise » à Vientiane.)


La cérémonie du couronnement s’achèvera vers 14h 30. Elle avait duré 5 heures. Un diner royal aura lieu le soir.


Le 3 décembre. : La procession solennelle dans la ville.


Le lendemain du couronnement, les fêtes vont se poursuivre à l’extérieur du Palais, où le roi recevra alors l’hommage de son peuple. 

le roi se montre à la foule

 

Il effectuera le tour de la ville, assis sur son palanquin royal accompagné par un cortège fastueux, avec les musiciens, l’escorte haute en couleur du feu roi, et les différents corps de l’armée moderne, avec ses gardes à cheval, l’artillerie et l’infanterie ; Il rejoindra l’esplanade où un pavillon a été construit où l’attendent, assis selon une étiquette précise, la reine mère, les princes, les dignitaires et les représentants des délégations étrangères, au milieu du peuple en liesse. Ensuite, après l’hymne national, le ministre du Gouvernera local, adressera au roi les hommages et la reconnaissance de son peuple.

 

le peuple en fête

Le roi répondra et après un hourra à la siamoise du peuple en fête, il remontera sur le palanquin pour se diriger en procession, au temple de Bovoranives, pour honorer une image de bouddha, sous les acclamations de la foule et des écolières juchées sur des petites estrades.


Ensuite, il rejoindra un autre pavillon, où l’attendaient les délégations étrangères. Le roi, exprimera dans un bon anglais, après les formules d’usage de bienvenue, son devoir de protéger et de stimuler le développement du commerce international. Il remontera ensuite en palanquin pour aller honorer le fondateur de la dynastie.


Le soir, un dîner de gala aura lieu et tous purent admirer un spectacle grandiose sur la Ménam, avec les illuminations des bords de rive, et des différentes embarcations, des navires, et les  lanternes romantiques des sampans.


défilé des gondoles historiques

 

Le 4 décembre fut marqué par une cérémonie au débarcadère royal, où tous, à la place assignée à leur rang et leur statut,  sous un grand pavillon rouge, purent voir arriver le roi en grand pompe dans son costume de guerre du pays.

 

le roi en vétéments religieux

Il se rendit ensuite, « à pied, avec la  Reine mère et les princes au débarcadère orné de fleurs et de drapeaux.

 

Reine nmère arrivant au pavillon royal

 

Tous purent assister au défilé des barques, passant deux par deux devant le roi, avec en premier, les quatre premières occupées par les volontaires « tigres » et les boys-scouts


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et en fin de défilé les gondoles historiques, qui rivalisaient « entre elles par l’élégance de leurs formes et la richesse de leur ornementation »,  avec leur proue relevée à la tête de dragon.


Puis, précédé par 34 barques de musiciens, une barque pour les offrandes, huit barques pour sa suite, le roi prit place dans la barque royale, « sur un trône doré, à l’ombre d’un dais en spirale, richement ornementé », avec les insignes de la royauté (parasol, éventail, couronne royale, etc). Il se rendit alors en procession présenter une dévotion au Wat-Chang. On imagine le spectacle grandiose.

 

Le soir, tous les invités de marque furent conviés à un dîner dans la salle somptueuse d’Amarindra, avec la  présence du roi. (Ivan de Schaeck note que cette réception fut à l’égale de celle qui pouvait se donner dans les cours d’Europe.)


Le 5 décembre, en début d’après-midi, il y eut une cérémonie sur l’Esplanade, où dix mille  enfants, garçons et fillettes, présentèrent également leur hommage au roi, « ainsi que les élèves des diverses écoles du gouvernement, les étudiants, les cadets des écoles militaires et navales, les Boys-Scouts », les enseignants. Le ministre de l’Instruction publique lut alors une adresse au roi et celui-ci, touché, prononça une longue allocution. Ensuite tous défilèrent devant le roi et marquèrent leur enthousiasme lorsque le roi se retira.


« Le programme de la journée se termina le soir, par une représentation de gala au Théâtre royal. » Il y eut en « première partie un ballet allégorique intitulé Parasu-Rama et Mekhala et à minuit, après l’entracte, un épisode du Ramayana qui dura jusqu’à trois heures du matin. Mais vers deux heures le roi se retira, et fut suivi ensuite par une bonne partie des spectateurs européens. (Ivan de Schaeck nous donnera sommairement le sujet de l’épisode joué du Ramayana.)


« Au programme du 6 décembre figure la cérémonie de la bénédiction des drapeaux et étendards et un banquet militaire au Grand Palais, et finalement un bal donné par le ministre du Gouvernement local », en présence du roi, entouré des princes et princesses,  la colonie européenne … Ivan de Schaeck a remarqué que les Siamois portent la tenue officielle (culotte courte, habit noir et escarpins),


garde du corps siamois

 

que les dames siamoises ne dansent pas, mais qu’elles sont ravissantes ; certaines ont abandonné la coupe en brosse, et laissent leurs cheveux tombés sur leurs épaules. A minuit, « le bal fut interrompu par un souper servi dans le jardin brillamment illuminé ».


Le 7 décembre, dans  l’après-midi,  fut l’occasion d’assister sur l’esplanade à « un brillant spectacle militaire que Bangkok ait jamais vu », avec 30 000 soldats.


 

revue des troupes

 

(L’occasion pour Ivan de Schaeck de rappeler que ces dernières années, l’armée siamoise a été réorganisée, avec un service obligatoire de deux ans ; que les neuf dixièmes des officiers sortent du Collège militaire Royal et que beaucoup sont envoyés ensuite en Europe pour suivre une formation complémentaire.)


revue des troupes 02


On put alors voir une parade de deux heures, comme en Europe, dit-il,  avec les différents corps d’armée, avec leurs escadrons, « bien équipés et disciplinés » qui défilent devant le roi. « A l’issue de la revue, le Roi conféra le bâton de feld-maréchal au prince Chira, et le titre de généralissime au prince Chakrabon, commandant général des troupes de la circonscription de Bangkok. » La journée s’acheva par une superbe retraite aux flambeaux dans la cour du ministère de la guerre.


C’en était fini des fêtes de couronnement dans la capitale.


Le 8 décembre tous les princes étrangers et leur suite furent conviés à une excursion, par train spécial, dans les ruines d’Ayutthaya, et à la visite du palais du Bang Pa In (le Versailles chinois, précise Ivan de Schaeck).


Bang-Pq.jpg

(Ivan de Schaeck va décrire les ruines et rappeler à sa façon la fin d’Ayutthaya détruite par les Birmans, chassés, sans le nommer, par un aventurier chinois, et qui eut comme successeur, après sa mort, un de ses généraux, originaire du Cambodge. (sic)).


Ivan de Schaeck sera surpris par la nouvelle Ayutthaya, située près des ruines, une citée flottante aux nombreux canaux, avec ses 35 000 habitants, ses maisons flottantes, ses milliers de bateliers … il décrira quelques scènes pittoresques, comme le feront bien d’autres visiteurs qui se succèderont au fil des années. Il sera admiratif  par la visite de Bang-Pa-In, avec ses palais, ses pagodes, ses villas, son parc … l’évocation de fêtes vénitiennes qui s’y sont données. L’excursion se termina par un lunch servi dans le palais d’été du roi. De retour à Bangkok, un dîner et une fête furent offerts par le prince Devavongse, le ministre de la Marine, (prince de Nakon Sawan, frère du roi) au ministère des Affaires étrangères, en présence du roi. Les invités purent de nouveau contempler depuis la terrasse « le spectacle féérique des gondoles historiques illuminées devant l’embarcadère royal. », avec des feux d’artifice de toutes les couleurs.


Ensuite Ivan de Schaeck évoquera les deux derniers jours à Bangkok de la délégation russe, avec au programme : Une visite des joyaux de la couronne, un déjeuner chez le ministre de la marine ; et l’après-midi, la parade du corps des volontaires, les wild tigers.


(Ivan de Schaeck donne alors quelques informations  sur ces « wild tigers »,  fondés par le roi et ouvert à chaque siamois de bonne réputation, après un serment de fidélité au Roi. Il décrira leurs uniformes particuliers ; nous apprendra qu’ils sont composés de quatre compagnies, dont une d’élite commandée par le roi. Il s’étonnera que le général prince Chakrabon,

 

Chakra.jpg

 

et l’amiral prince de Nakon Sawan n’y sont que sous-officiers ; les grades n’étant accordés que par le roi. D’ailleurs, il ajoutera que « cette organisation a certainement des côtés bizarres. »


« La série faite de ce pompeux couronnement » se terminera le lendemain pour la délégation russe, par « une garden-party, très réussie, à la légation, et une remarquable fête vénitienne au club des « Tigres »  suivie de feux d’artifices ».


Le 11 décembre, le grand-duc Boris, après une audience privée avec le roi, pour le remercier de son chaleureux accueil, quitta Bangkok à bord de son navire, l’Aurora.

 

AURORA

 

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Ivan de Schaeck venait de nous livrer un des rares témoignages écrit en français, sur les différentes cérémonies et fêtes qui avaient eu lieu à l’occasion du couronnement du roi Rama VI du 2 décembre 1911.


Certes manquait l’essentiel, à savoir la signification profonde de chaque cérémonie, bien que l’on pouvait se rendre compte  que tout concourait à  légitimer le roi, comme « le défenseur de la foi bouddhiste » et de la Nation, ne serait-ce que par la grande cérémonie, dirigée par le patriarche du royaume, S.A.R. le vénérable prince Vajiranana, où le Roi, débarrassé de ses ornements extérieurs, pénètre, à pied, et s’agenouille devant la statuette du Bouddha d’émeraude et ensuite se déclare solennellement « Défenseur de la Foi bouddhiste ».


Un couronnement qui se poursuivait le lendemain, le 3 décembre, avec la procession solennelle dans la ville, où le roi va recevoir l’hommage et la reconnaissance de son peuple en liesse.


Une cérémonie religieuse certes, mais aussi populaire et festive.

Ainsi le 4 décembre, les délégations étrangères, les dignitaires, le peuple pouvaient, avec le roi en grande pompe, assister sur la Menam au défilé grandiose des barques royales : costumes, couleurs, musique, faste … ou encore le 5 décembre rendre hommage au roi avec 10 000 élèves et étudiants, le 6, honorer les drapeaux et étendards et surtout le 7 décembre admirer le spectacle de 30 000 militaires paradant.


Mais si le roi se plaçait dans la lignée des rois d’Ayutthaya et de la dynastie Chakri, et suivait les rites traditionnels ancestraux, s’il était toujours le défenseur du bouddhisme, il innovait aussi en montrant sa légitimité aux autres rois du monde et surtout de l’Europe, via leurs délégations; avec son talent de réformateur, sa nouvelle armée, ses scolaires le saluant, ses wild tigers, sa popularité


le peuple en fête

 

son prestige au milieu des palais, et des fêtes somptueuses, avec bal, théâtre, feux d’artifices, illuminations dans la ville …


 

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Le grand-duc Boris de Russie ?


Grand Duc

 

Le grand-duc Boris  est le cousin germain du Tsar Nicolas II. Né à Saint Pétersbourg le 12 novembre 1877, il est le second fils du grand duc Wladimir, lui-même second fils de l’empereur Alexandre II (père du tsar Nicolas) et de la grande duchesse Maria Pavlowna née duchesse de Mecklembourg.

 

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Il alimente de façon surabondante la chronique mondaine de la presse française par ses excentricités, le faste des fêtes et réceptions qu’il donnait et la multiplication de ses aventures féminines, navigant entre La Riviera, Paris, Monaco, Biarritz, Nice et Contrexéville où la grande duchesse sa mère, après la mort de son mari en 1909, allait prendre les eaux et vivait de façon pratiquement permanente. Mais, colonel d’un  régiment de la garde impériale, il combattit héroïquement durant la guerre russo- japonaise de 1904-1905 et celle de 1914 à la tête de ses cavaliers. Il échappe par miracle au massacre de tous les membres de la famille impériale ordonné par Lénine :


 

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Le commandant du groupe de bolchéviques qui avait été chargé de l’assassiner, lui et ses frères, aurait vécu réfugié à Paris où il vivait de la vente de sa peinture. Le grand duc lui aurait acheté plusieurs de ses toiles, il le reconnut et eut à cœur de lui manifester sa reconnaissance en le laissant fuir  vers la Crimée rejoindre les armées blanches.

 

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Il fut refoulé de France, d’Espagne, d’Angleterre et d’Italie par des gouvernements qui ne voulaient pas disconvenir aux bolchéviques puisqu’il était l’héritier le plus représentatif et le plus dangereux du trône des Romanov.


 

 

 

Ayant officiellement renoncé à ses droits dynastiques, ce qui ne dut pas être un grand sacrifice, il vécut ensuite en France continuant à alimenter la chronique mondaine. Sa mère avait caché dans son palais de Saint Pétersbourg un phénoménal trésor de bijoux que les bolchéviques ne purent jamais trouver. La grande duchesse confia le secret de leur cachette à un diplomate anglais qui réussit à les lui ramener au bénéfice de son statut.

 

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Elle les partagea entre ses enfants, l’aîné eut les diamants, Boris les émeraudes. Cela permis au grand duc de vivre avec faste et plus encore jusqu’à sa mort à Paris, le 9 novembre 1943, laissant très probablement une descendance illégitime franco-russe. Il est inhumé aux côtés de sa mère,

 

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elle-même morte en 1920, dans la chapelle orthodoxe de Contrexéville.

 

                        Chapelle.jpg


C’est probablement pour calmer ses « ardeurs juvéniles » que ses parents l’expédièrent faire le tour du monde en 1902 : Egypte, Inde, Ceylan, Siam,  Indochine française, Japon, Etats-Unis puis Europe. Ce voyage fit l’objet d’une très agréable description de la plume de son « secrétaire » Yvan de Schaek, publié à Paris en 1910 seulement (« Visions de route, promenade autour du monde avec son Altesse Impériale le grand duc Boris de Russie »).

 

6-mois.jpg

 

Quoique civil, le même de Schaeck eut le périlleux privilège d’accompagner le grand duc lors de la guerre de 1904-1905 ce qui nous valut « Visions de guerre, six mois en Mandchourie avec son Altesse Impériale le grand duc Boris de Russie » publié à Paris en 1906, une sereine vision de la guerre russo-japonaise.

 

6 mois en mandchourie

 

Ces deux ouvrages, tout comme celui que nous venons d’analyser, reçurent de la critique littéraire française un accueil chaleureux et ont d’ailleurs fait l’objet de plusieurs réimpressions.


***


Nous savons malheureusement peu de chose sur Yvan de Schaek qui est le secrétaire et probablement la « plume » du grand duc. Issu d’une famille probablement austro-suisse, il est né le 30 mars 1885 à Genève et serait mort à Paris en 1926. Nous ne savons pas dans quelles conditions il est entré au service du grand duc où il resta pendant 17 ans ? Il réussit lui aussi à fuir la terreur bolchévique et se retrouve à Paris où il publie en 1920 dans « La Nouvelle revue » une série de 12 articles écrits d’une plume alerte, avec beaucoup de recul et beaucoup d’humour sous le titre « La tourmente bolchévique ». Il ne confirme pas mais n'infirme pas la version du grand duc échappant à la mort par la grâce de l’artiste peintre.

 

 

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