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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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29 janvier 2015 4 29 /01 /janvier /2015 00:02

titre.jpgQuelques mois avant la mort du roi Chulalongkorn (Rama V), se déroule à Bangkok en juin 1910, un événement important : une grève générale de trois jours déclenchée par les Chinois. Un événement qui jouera un rôle significatif dans  le développement de ce qu’il est convenu d’appeler, avec parfois sinon souvent, une connotation négative, la politique « nationaliste » et « sinophobe »  de Rama VI (1910-1925).

 

Un bref retour en arrière s’impose même si nous avons surabondamment déjà parlé des Chinois au Siam et en Thaïlande (1).  

    

Nous savons que la présence chinoise a été importante au Siam, surtout dans le commerce, dès l’époque de Sukhothai et d’Ayutthaya. Jusqu’au milieu du XIXème, cette importance est relative sauf à Bangkok où nous trouvons  les commerçants chinois en nombre dont l’installation fut encouragée dans les années suivant la fondation de la ville, à  Phuket et dans une moindre mesure à Koh Samui.

 

Trois événements vont accélérer l’immigration chinoise :

 

1) Le traité de Bowring qui intègre le Siam dans l’économie mondiale et va susciter une demande de main d’œuvre,

 

200px-JohnBowring1826.PNG

 

2) La révolte des Taiping dans le sud de la Chine entre 1850 et 1865 qui a suscité une forte immigration chinoise vers le Siam (2). Ce conflit, l’un des plus meurtriers de l’histoire (20 ou 30 millions de morts), fut considéré par  les Chinois  comme un prélude à la révolution communiste. C’est dire que les réfugiés fuyant massivement  les  massacres étaient déjà très politisés.

 

revolte.jpg

 

3) Le développement ultérieur de l’immigration chinoise sera tout simplement le résultat inéluctable de la politique de Rama V avec la  suppression de l’esclavage et de la corvée. Il fallait des ouvriers pour construire les voies de chemin de fer

 

chemin-de-fer.jpg

 

et creuser les canaux qui étaient encore la voie de communication la plus utilisée au Siam. Ces ouvriers furent essentiellement des Chinois qui arrivaient souvent accompagnés de leur famille, ce qui constitua irrémédiablement l’apparition d’une société chinoise spécifique.

 

Avant d’en arriver au « pourquoi », donnons quelques chiffres, plus ou moins précis et plus ou moins fiables. Nous avons déjà étudié le premier recensement de 1883 qui ne porte que sur Bangkok (3). Les Chinois y représentent 38 % de la population et ils ont leur quartier (comme ils l’avaient déjà à Ayutthaya).

 

quartier-chinois.jpg

 

 

Assujettis à une taxe spéciale en contrepartie de la dispense de corvée, 25 % d’entre eux y échappent, ceux qui sont sous protection d’un consulat étranger, essentiellement le consulat de France. (Ils étaient alors 14 % à bénéficier de cette protection, mais il ne faut pas oublier qu’elle s’étendait à leur famille et à leurs domestiques d’où les 25 %). La France ayant toujours refusé de donner au gouvernement siamois la liste de ses protégés, il est difficile d’en dire plus.

 

Ils occupent près de 72% des activités commerciales avec 2675 « fonds de commerce » (face à 852 commerces siamois et 205 aux autres ethnies) ; et gèrent 90 % des activités que « la morale réprouve » (maisons de jeux, fumeries d’opium).

 

fumerie

 

Une source évalue en 1908 le nombre des Chinois de Bangkok à environ 150.000 sur une population de 500 ou 600.000 habitants. (4) En 1909, il y aurait eu à Bangkok 400.000 habitants dont 100.000 Chinois (5). En 1914, nous avons le chiffre (tiré du recensement de 1905) de 867.461 habitants à Bangkok dont 629.920 siamois et 197.918 chinois soit 22 % (6).

 

Quant à l’immigration et l’émigration  des travailleurs chinois (à l’époque, on parlait de « coolies » ce qui signifie tout simplement « manœuvre balais » ou « travailleur non qualifié »)  dans les années précédant la grande grève, on relève :

 

coolie.jpg

 

Pour les arrivées : 43.224 en 1904, 45.993 en 1905, 60.120 en 1906, 88.691 en 1907, 60.508 en 1908. Total : 298.536.

 

Et pour les départs : 26.669 en 1904, 30.087 en 1905, 40.826 en 1906, 53.644 en 1907 et 49.340 en 1908. Total : 200.056 (5).

 

Ce qui fait un solde largement positif.

 

Pourquoi ce choix ?

 

Il semble évident que les Chinois, maîtres du commerce et de l’industrie préféraient employer leurs compatriotes, et les responsables des grands travaux siamois des travailleurs plus « volontaristes » que la main d’œuvre locale éventuellement disponible. Du côté de ces « coolies », il est permis de penser qu’ils préféraient venir travailler au Siam plutôt que de rester en Chine où ils étaient considérés comme une espèce à peine supérieure au crapaud.

 

coolie-2.jpg

 

Il est enfin une raison qui nous paraît fondamentale, même si elle sort du champ du « politiquement correct » : les Chinois sont incontestablement et depuis toujours industrieux ( Ils expédiaient leur soie, déjà, aux belles dames de l’Empire romain), alors que les Siamois, (toutes les observations des premiers visiteurs du pays le mentionnent), ont une tendance certaine à la nonchalance (ce qui ne signifie pas fainéantise). Bernard Formoso a une  expression plus élégante qui oppose « la mentalité de profit » (des Chinois) à la « mentalité de statut » des Thaïs, qui préfèrent incontestablement le statut de paisible fonctionnaire à celui de travailleurs de force. (7) On glose volontiers en s’en indignant le plus souvent sur un dicton qui date probablement de l’époque coloniale répandu sous plusieurs variantes : « Les Laos écoutent pousser le riz, les Thaïs le regardent pousser, les Indochinois le cultivent, mais les Chinois le mangent ».

(Cf. Une anecdote de Jean Lartéguy  in (8))

 

Ces Chinois vivent dans leur communauté.

 

Ils ont leurs écoles où l’enseignement est donné en chinois (9),

 

ecole chinoise

 

et  qui sont ouvertement sous la coupe de la triade « Tong Meng Hui »

 

Thong.jpg

faction politique extrémiste du mouvement révolutionnaire fondé par  Sun Yat-Sen

 

9sun.jpg

 

largement inspiré par la révolte des Taiping (10). Ils ont aussi leurs journaux en chinois ou bilingues,

 

journal.jpg

 

leurs temples,

 

temple.jpg

 

leur calendrier,

 

Calendrier_chinois_chavannes_652.png

leur fête du nouvel an

 

nouelle-annee.jpg

 

et leurs dieux (11),

 

dieux.jpg

et même leurs restaurants (le plus souvent luxueux). (Ils ne mangent pas dans les ร้านอาหาร ranhahan

 

Ranahan-copie-1.jpg

 

mais dans leurs ภัตตาการ phtattakan qui ne sont pas des restaurants siamois.)

Patakan

 

Ils épousent volontiers des femmes siamoises dont la progéniture est partagée entre les deux ethnies ce qui rend les chiffres des recensements plus ou moins aléatoires. Ils sont aussi sous l’aile protectrice des triades qui furent actives au Siam à partir des années 1820. Sociétés secrètes, quoiqu’interdites par le code pénal de 1908 (11), elles ne sont pas par essence mafieuse, mais plutôt à la fois associations structurantes, syndicats, agences pour l’emploi, sociétés d’entraide mutuelle, entreprises mais aussi organisations politiques. « Tong Meng Hui » est omni présente au Siam.

 

La coexistence entre les deux communautés reste toutefois pacifique, la xénophobie est un phénomène étranger à l’esprit siamois. Il fallut qu’intervienne les événements de 1910  pour que les Chinois servent de repoussoir de référence dans le cadre de ce qu’il est convenu d’appeler la politique « nationaliste » de Rama VI.

 

repoussoir.jpg

 

La grande grève de 1910

 

Ce fut assurément un événement traumatisant pour la société siamoise et son monarque, malheureusement, les sources sur ce mouvement sont rarissimes. Il fut en particulier pratiquement totalement ignoré de la presse occidentale (12). L’excellent ouvrage de Walter Vella (13) lui consacre un chapitre mais il occulte malheureusement le rôle possible mais souterrain des autorités consulaires françaises.

 

Dans les dernières années de la Chine impériale, celle-ci bouillonne ; Sun Yat-Sen est l’un des animateurs de « Tong Meng Hui », « la société de loyauté unie » qui est ouvertement anti monarchiste, républicaine et xénophobe (il faut abattre la dynastie mandchoue) et à la fois nationaliste et socialiste. (La conjonction de ces deux adjectifs n’avait pas alors la connotation négative qu’elle prit quelques dizaines d’années plus tard). Sun Yat-Sen sera expulsé et exportera sa « bonne » parole.

 

Nous le retrouverons en Malaisie et à Singapour où la colonie chinoise règne en maitresse (14), il en sera expulsé. Il aurait également eu des relations « contre nature » avec la France en Indochine où il serait allé chercher un appui financier (15). Il en sera évidemment encore expulsé. Il vient ensuite au Siam en octobre 1908 où il prononce un discours au club chinois de Bangkok le 1er décembre et appelle quelques centaines de spectateurs, la fine fleur de la communauté chinoise, au renversement de la monarchie.

 

Il sera immédiatement expulsé après l’avoir été de Singapour et de Hanoï si l’on en croit le site Chinois qui lui est consacré (16).

 

La grève des Chinois éclate en juin 1910, à la fin du règne du roi Chulalongkorn.

 

Elle est suscitée (c’est au moins le motif avoué) par le mécontentement des Chinois à l’encontre de la modification de la taxe de capitation, un privilège auquel le gouvernement Siamois mit fin par décret du 26 mars 1909 : désormais, les Chinois seront soumis à la taxe de capitation de 6 ticals à Bangkok et les provinces limitrophes et de 4 ticals dans les provinces excentrées. Cette modification entraîne pour eux une augmentation de 3 à 400 %.

 

Les dispositions fiscales prises par le roi Chulalongkorn étaient toutefois la conséquence directe de la loi chinoise sur la nationalité prévoyant la possibilité pour les Chinois de l’étranger de demander la nationalité chinoise, si leur père était chinois. Ce faisant, le gouvernement chinois empiétait ouvertement sur la souveraineté des autres pays, notamment du Siam, qui vota à son tour une loi stipulant que toute personne née au Siam était citoyen siamois.

 

droit-du-sol.jpg

 

***

 

Le 26 mai 1910, des Chinois protégés français distribuent des tracts dans tout Bangkok en appelant leurs compatriotes à fermer leurs échoppes et leurs magasins et les coolies à cesser le travail pour  protester contre cette modification fiscale (17) :

 

« En ce moment les Chinois éprouvent de grandes difficultés pour payer le «  phukpi » (taxe spéciale sur les Chinois) dont le tarif augmente tous les ans. Ils sont venus de la Chine pour fuir la misère et trouver une vie meilleure à Bangkok mais ils y trouvent au contraire une vie plus misérable. Nous devons tous être disposés à fermer nos échoppes et nos boutiques ».

 

Le gouvernement pensa alors initialement que ce mouvement pouvait avoir été suscité par le gouvernement chinois pour l’inciter à accepter la création d’un consulat chinois, ce que le Siam estimait inutile.

 

Les distributeurs de tracts sont en tous cas deux protégés français, commerçants riches et importants,  Tan Seng et Tai Seng. Le ministre plénipotentiaire de la France, Lefèvre, s’empresse d’informer le gouvernement siamois de sa « parfaite innocence ».

 

La grève débute le 1er juin : échoppes, magasins et services divers appartenant aux Chinois sont fermés. Les policiers siamois tentent (sans violences apparemment) de pousser les Chinois à reprendre leur travail. Certains appartiennent à des protégés français qui s’y opposent. Ils sont arrêtés et relâchés ensuite à la demande du consul. L’ambassadeur du Siam à Paris proteste alors auprès du ministère des affaires étrangères en indiquant que son gouvernement a fait arrêter les deux distributeurs de tracts ainsi que 68 de leurs sbires qui seront en définitive expulsés du Siam, indiquant que dans aucun pays au monde les Chinois n’étaient aussi bien traités qu’au Siam et qu’il n’y avait aucune raison pour qu’ils payent  moins d’impôts que les Siamois.

 

Si cette grève fut précédée d’autres mouvements plus ou moins sporadiques, celle du 1er au 3  juin 1910 concerna  tous les Chinois, travailleurs, coolies du port, pécheurs, employés, entrepreneurs, commerçants dans tous les secteurs d’activités et tous les types de commerce, à Bangkok et dans toutes les grandes villes du pays (mais les renseignements sur ce qui s’est passé hors Bangkok sont introuvables).

 

Ce mouvement qui dura trois jours marquera la puissance de l’immigration chinoise au Siam et sa capacité à s’organiser collectivement et en force.

 

(Lors de la tentative du coup d’état de 1912, une connexion aurait été démontrée entre « Tongmenghui » de Bangkok et les comploteurs siamois partiellement républicains (18).

 

coup-d-etat.jpg

 

La question d’une intervention occulte de la France (toute l’élite de la communauté chinoise s’était placée sous protection française) n’est pas à exclure (19).)

 

Tous les commerces sont fermés,les travailleurs ne travaillent plus, les bateaux ne sont plus ni chargés ni déchargés au port, les rares commerces siamois ne peuvent assurer la demande de la clientèle mais en profitent pour augmenter les prix. Pour faire face à la situation , le roi Chulalongkorn demanda à ses fonctionnaires de haut rang d’envoyer leurs serviteurs pour vendre des marchandises à des prix raisonnables dans le but de calmer  la paralysie de sa capitale.

 

Toutes les forces de police, de gendarmerie et les militaires disponibles patrouillent la ville sans violence, les Chinois sont assis et fument devant leur boutique fermées ou leur lieu de travail et refusent toute autre activité. La nuit venue, ils s’enferment dans leurs échoppes et les rues sont désertes. Il y eut 400 arrestations suivies d’expulsion. Le quatrième jour, sous la menace armée des forces de l’ordre, le mouvement cessa. Bangkok était resté 3 jours dans le chaos. Il n’y eut pas la moindre violence, les seules rares sont attribuées (à tort ou à raison) à des provocateurs (20).

 

Il semblerait que le gouvernement siamois n’ait pas cru un instant que les causes de cette grève provenaient du mécontentement des  Chinois face à ce nouveau tarif, la plupart des grévistes avaient d’excellentes conditions de vie. Et il est permis de s’interroger sur les origines réelles de ce mouvement qui est moins une « grève » qu’une manifestation ethnique. Un motif fiscal apparent ? Il est évident que le Siam pouvait difficilement admettre que des franges entières de sa population, les plus riches, bénéficient de privilèges fiscaux exorbitants.

 

Un chef d’orchestre invisible ? Il est tout aussi évident que ce mouvement qui a concerné l’ensemble des Chinois de Bangkok n’a pas pu être unanime sans manœuvres souterraines ou pressions insidieuses ? Les triades étaient les mieux placées pour inspirer la discipline sinon la terreur ?

 

Le mouvement se situe moins de quatre mois avant la mort du roi,  à une époque où la maladie pulmonaire qui devait l’emporter était probablement connue au moins des initiés, laissant entrevoir la possibilité d’une succession qui aurait pu être chaotique même si elle ne l’a pas été. Cela aurait pu favoriser la révolution républicaine des amis de  Sun Yat-Sen. On conçoit que la présence parmi les organisateurs du mouvement de riches protégés de la France ait pu conduire les Siamois à se poser des questions (20) (21).

***

Cet événement eut évidemment des répercussions économiques, politiques et sociales sur le Siam. Il révéla au roi Rama VI la puissance de ce qui était véritablement une « cinquième colonne » et n’est évidemment pas étranger à son  « nationalisme », évident réflexe d’autodéfense, nationalisme assurément plus proche de celui des soldats de Valmy

 

valmy

 

que celui de Sun Yat-Sen.

 

Sun.jpg

 

Ce sera l’objet de notre prochain article.

 

 

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Notes 

(1) En particulier et en particulier seulement dans nos articles : A 45 « Les Chinois de Thaïlande sont-ils intégrés », A 67 «  L'influence de la communauté chinoise en Thaïlande », A 162 «  De l'usage des étrangers dans un processus de construction nationale en Thaïlande » , 115-1 « La représentation romanesque du roi Thaksin ».

(2) Voir l’article de Volker Grabowsky in Journal of the Siam society « The Thai census of 1904 » volume 84 de 1996.

(3) Notre article 152 « Le premier recensement effectué au Siam en 1883 ».

(4) « TWENTIETH CENTURY IMPRESSIONS OF SIAM » 1908, qui ne donne malheureusement pas de chiffres plus précis.

(5) « Almanach de Gotha », partie administrative de 1910.

(6) « Bangkok siam directory » 1914.

(7) «  Identités en regard. Destins chinois en milieu bouddhiste thaï » 2002.

 

identites.jpg

 (8) In « Les tambours de bronze » 1965.

Les Siamois ont leur philosophie qui vaut bien et largement celle des Chinois non exempte de cupidité. Jean Lartéguy (8) narre une anecdote qui suscite notre sympathie : Lorsque les français eurent colonisés le Laos, l’administration coloniale envoya des processions chenillères de jeunes ingénieurs issus de nos écoles d’agriculture pour expliquer à ces primitifs nouvellement colonisés auxquels nous apportions les bienfaits de la civilisation occidentale la façon dont ils pourraient tirer de leur hectare de rizière non plus 20 quintaux à l’hectare mais 40.

 

 

Larteguy

 

L’année suivante ces énarques avant la lettre constatèrent que ces paysans ne cultivaient plus que la moitié de leur hectare et avaient vendu l’autre moitié : « A quoi bon, grâce à vous, je tire de mon demi hectare 20 quintaux de riz qui suffisent à mes besoins et à ceux de ma famille ». Ce n’est pas une leçon de sciences économiques, c’est une leçon de vie. Le slogan « travailler plus pour gagner plus » pourrait être chinois, il n’est assurément pas siamois.

(9) …et ce depuis Rama Ier.

(10) « A Control over Chinese Schools by the Thai State from the Period of  constitutional Monarchy to Prime Minister Phibul Songkram’s Administration (1932 – 1944) »  par Penpisut Intarapirom in Silpakorn University International Journal,  volume 7 de 2007.

(11) Voir notre article A 165 « Les Dieux chinois sont toujours à Phuket ». De nombreux quotidiens thaïs portent toujours trois dates, celle du calendrier thaï, celle du calendrier musulman et celle du calendrier chinois.

(12) Voir notre article 143 « Le code pénal siamois de 1908 ».

(13) Voir toutefois :  « Sun Yat-Sen, Nanyang and the 1911 Revolution » par Wasana Wongsurawat - « Thailand and the Xinhai revolution » 2011, pages 130 s -« Luang Wichit Wathakan and the Creation of a Thai Identity » à Singapour 1993 - un article du quotidien « The straits times »  de Singapour du 11 juin 1910 et enfin, seule source française, un article du « Bulletin de l’Asie du sud-est » pour l’année 1910 p. 324 « Une grève des Chinois à Bangkok ».

Les renseignements plus précis provenant de sources administratives siamoises qui nous sont difficiles sinon impossibles d’accès nous ont été donnés par notre ami doctorant Rippawat Chiaphong auquel nous exprimons notre profonde gratitude.

(14) « Chayo ! King Vajiravudh and the development of thai nationalism » à Hawaï; 1978.

(15) «  Chinese family business networks in the making of a Malay state : Kedah and the region c. 1882-1941 » par  X.A. Wu, 1999.

(16) « The French Connection That Failed: France and Sun Yat-Sen, 1900–1908 » par  J. Kim Munholland in « The journal of the asian studies » volume 32 de novembre 1972.

(17) « National Dr Sun Yat Sen memorial hall » http://www.yatsen.gov.tw/en/

 

 

Memorial

 

(18) Si l’on en croit Pierre Rousset, le mouvement communiste qui démarra quelques années plus tard en Thaïlande fut essentiellement le fait de Chinois et de Sino-thaïs. Trotskyste « historique », fondateur avec Alain Krivine de la « Ligue communiste révolutionnaire » devenu le « Nouveau parti anticapitaliste » il a donné dans sa préface aux souvenirs de Jean-Michel Krivine - frère d’Alain (« Carnets de mission dans les maquis thaïs – 1978 »Editions Les Indes savantes) une histoire du parti communiste thaï des débuts jusqu’à sa chute catastrophique.

(19) Rappelons que les protégés français n’étaient pas soumis à la juridiction siamoise mais à celle de nos consuls. La distribution se faisait donc sans risques pour eux. Comment les Chinois devenaient-il protégés français ? La protection était de droit pour ceux qui étaient ressortissants de nos concessions, nous en avions 5. Par ailleurs les ressortissants de pays n’ayant pas de représentation diplomatique au Siam pouvaient se placer sous la protection consulaire d’un pays ami, en l’occurrence la France essentiellement (les Chinois qui se sont placés sous protection anglaise ou allemande se comptent sur les doigts de la main) . Pour la même raison par exemple, l’Allemagne protégeait les Turcs et les Suisses germanophones.

 (20) A la même époque, triste époque pour le mouvement ouvrier français, les grèves se terminaient le plus souvent dans le sang.

 

grève sanglante

 

(21) On peut sans arrière pensée affirmer que les Ambassades de France ou d’ailleurs, et de tous temps, servaient aussi d’officines pour des manœuvres souterraines. Ne citons que l’exemple de cet ambassadeur de France, le sieur  X qui avant de servir dans des pays d’Asie avait sévi en Afrique dans le dernier quart du siècle dernier et qui reçut ce beau compliment (si l’on peut dire) de la revue « Jeune Afrique » : « Là où X passe, les chefs d’état trépassent ». Simple coïncidence évidemment.

 

 

BANGKOK

 

(22) Les précisions relatives à la position du gouvernement siamois résultent essentiellement des précisions que nous a données notre ami Rippawat Chiaphong au vu de documents officiels siamois (rapports internes) qu‘il a pu consulter.

 Encore merci.

      ***

Chinois

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Alain 29/01/2015 02:48

Merci pour ces articles, qui nous éclairent sur la communauté chinoise, communauté dont le caractère est omniprésent dans notre quotidien thaïlandais et qui veux s'identifier visuellement.
Il est incontournable de bien connaître leur histoire, merci de nous y aider. Articles complets,
édifiants.

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 29/01/2015 03:16

... Merci de votre commentaire, nous essayons à tout le moins d'être complets et obectifs .....