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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 00:01

vignetteglamottepicquet-croiseur7732Alors que « Le petit Journal » du 16 janvier publie une interview de Éric Miné, l’auteur du livre "Koh Chang la victoire perdue", il nous a semblé intéressant de republier notre article sur cette bataille navale en cette 72 ème année d’anniversaire : 

 

Le 17 janvier 1941 au cours de la  2 ème guerre mondiale a lieu la "Bataille Navale de Ko Chang". Il est écrit dans les livres d’ histoire thaïe que « Les Thaïs remportèrent la victoire . Le 17 janvier est fêté chaque année pour commémorer les héros navals qui sacrifièrent leurs vies pour protéger leur pays. » .

 

monument


Nous vous proposons une version française :


En 1938 le futur maréchal Phibun Songgram, ancien élève des écoles militaires françaises, devint Premier ministre et instaura un régime autoritaire caractérisé par un nationalisme ouvertement impérialiste. Une doctrine «panthaïe» incarnée par l’idéologue Luang Vichiter Vadhakarn inspirait l’action du nouveau gouvernement qui revendiquait le rattachement à la couronne de tous les territoires habités par des peuples de race ou de langue thaïe, ainsi que les terres sur lesquelles le roi de Siam avait ou aurait jadis exercé des droits de suzeraineté.


Pibul


La cuisante défaite française due aux carences du personnel politique de la IIIe République paraissant alors irrémédiable, avait donné des ailes aux revendications du gouvernement thaï.  Le vieux monde est en train de s’écrouler sous les coups de butoir du nouvel ordre européen, le prédateur japonais est en embuscade. L’imitation des fascismes européens donne des ailes au feld-maréchal. Le cabinet de Bangkok s’était jusque-là montré très prudent dans ses relations avec les puissances coloniales anglaise et française qui exerçaient leur souveraineté aux frontières du royaume mais la montée en puissance de Tokyo et l’effondrement des Occidentaux sous les coups allemands, allaient donner du carburant à l’arrogance des généraux siamois. C’est ainsi que le pacte d’amitié et de non-agression, conclu le 12 juin 1940 entre Paris et Bangkok, fut dénoncé par les Siamois au prétexte que la France n’acceptait pas de reconnaître à la Thaïlande (nouveau nom adopté par le pays) «des frontières naturelles indispensables au peuple thaï en cas d’attaque». La France devait «restituer» à la Thaïlande ses deux protectorats du Laos et du Cambodge. Pas moins ! Le pouvoir pan-thaïe s’efforçait de mobiliser son opinion publique et publiait un «livre blanc» récapitulant les actes hostiles commis par la France et énumérait les territoires que cette dernière avait arrachés à la mère-patrie. Pour appuyer ses revendications, le pouvoir en place à Bangkok se livra à quelques gesticulations militaires : incursions terrestres et aériennes, incidents sur les incidents sur le Mékong, fleuve frontière avec le Laos. Des gesticulations que Pierre Boulle (voir les références bibliographiques) décrit avec humour.

 

La presse franco-indochinoise de l’époque raille Phibun, ce « maréchal d’opérette » qui n’a pas, comme le nôtre, gagné son bâton face à l’ennemi. Mais ce maréchal a une armée équipée par le Japon et l’Italie, peut-être aussi des mercenaires belges, habiles pilotes de chasse dans une aviation moderne, et ouvertement affiché un désir de revanche face aux « traités inégaux » conclus avec les puissances coloniales.


Face à lui, un vieux maréchal qui, aux dires de son médecin, le docteur Ménétrel, n’est « lucide que le matin ». Le destin de l’Indochine française est entre les mains de l’Amiral Decoux. Il a gagné ses étoiles pendant la première guerre et entre les deux. Il remplace comme Gouverneur le général Catroux, favorable à ce qu’on appelait alors « la dissidence ».


Une guerre franco-thaïe a-t-elle un sens sous ces tropiques  Une colonie où la France n’est pas chez elle dit-on à Bangkok, L’Indochine est française dit-on à Saigon. Cette guerre incongrue offre pourtant à la France la seule victoire navale des deux guerres, flotte contre flotte, dont les artisans resteront toujours des pestiférés, aucun navire français ne portant fièrement sur ses flancs le nom de Koh Chang.

 

Les sources thaïes et les sources françaises se renvoient la responsabilité des affrontements ayant conduit au déclenchement des hostilités ?

Fabienne MERCIER-BERNADET  (article paru dans la très savante Revue historique des armées, n°223, 2001) insiste sur la responsabilité des Thaïs dans cette guerre d’escarmouche. « Le conflit franco-thaïlandais (juin 1940-mai 1941), une manipulation japonaise ? » titre-t-elle, pour conclure in fine que le point d’interrogation était de trop.

La radio de Bangkok multiplie en tous cas les invectives sur les ondes.

Pierre Boulle se retrouve à Savannakhet et ne fut pas impressionné par les  « gesticulations », petites bombes thaïes qui ne font aucun dégâts pas plus que n’en font les Potez français qui bombardent l’autre rive du Mékong. Les Thaïs invoquent de leur côté un bombardement ravageur de Nakhon Phanom ?

Le site officiel du Ministère de la marine français décrit d’abondance la bataille navale. Je le présume impartial. Celui du Ministère de la marine thaïe aussi, je le présume également impartial ! Chacun accuse l’autre.

Il est apparu en tous cas évident à Decoux que la Marine siamoise allait entrer en action. Pour mettre fin aux « agressions » siamoises, il décide de frapper la Thaïlande au moyen d'une offensive et charge l'amiral Jules Terraux et le capitaine de vaisseau Régis Bérenger de cette mission. Ses ordres étaient simples et brutaux « rechercher et détruire les forces navales des siamois ».


18855


Cette opération contre la marine siamoise aboutira au combat de Koh Chang. L’armée du Laos a reçu ordre de faire diversion en engageant en même temps un fantastique tir d’artillerie sur plus de 100 kilomètres le long du Mékong, et faire le plus de bruit possible avec de vieilles automitrailleuses pour donner aux Siamois l’impression que quatre divisions de panzer vont fondre sur leur pays. Pierre Boulle s’en donna à cœur joie !

Les parties sont au moins d’accord sur les forces en présence.

 

CARTE 001


Côté Siamois


Toute la marine thaïe est là :

Deux garde-côtes cuirassés (un seul disent les thaïs), dix torpilleurs, deux avisos, quatre sous-marins et deux mouilleurs de mine. Ce ne sera pas un jeu d’enfants.

 

Côté français


Les forces navales d’Indochine. Le croiseur Lamotte-Picquet de 8000 t, deux Avisos coloniaux, le Dumont d'Urville et l'Amiral Charner de 1970 t chacun, et deux avisos, le Tahure et le Marne respectivement  650 et 700 tonnes.


la motte piquet


La Marine siamoise à Koh Chang possède une supériorité écrasante sur la division navale française d'Indochine, en tonnage (16.600 tonnes contre 12.500 pour la France) et en hommes (2.300 contre 950).

Ses bâtiments ou tout au moins certains d’entre eux sont récents, japonais ou italiens. La flotte française est âgée, nos marins ne connaissent pas les côtes siamoises mais ils savent que les fonds sont dangereux. L'issue du combat est aléatoire.


L'engagement

Bérenger décide de concentrer ses forces sur Koh Chang.

Le 17 janvier à 5 h 45, l'ordre d'attaque est donné, l'action commencera à 6h15.  Le temps est magnifique, nos bateaux se profilent sur un horizon dégagé, l'ennemi se fond dans la grisaille du petit matin.

 

 

a la passerelle 01


Les Siamois ouvrent le feu à 6 h 14 avec des pièces de 203. Les deux sections d'avisos ripostent immédiatement. Les premiers coups, tirés à 12500 m. par les avisos coloniaux sont longs mais essentiels : Ils détruisirent un poste d'observation situé à terre et relié téléphoniquement à Chantaboun.

Le croiseur Lamotte ouvre le feu avec des pièces de 155 à 6h19, à 10000 m des bâtiments siamois, à 6 h 20, il lance ses torpilles, il ouvre le feu avec des 75 à tir rapide. Quelques minutes plus tard, il concentre tout son feu sur un second torpilleur, le premier ayant été détruit aux premiers coups de 155.


Quelques minutes plus tard encore nos avisos se rapprochent de l’ennemi, concentrent leur feu sur les torpilleurs. Deux se retrouvent la quille en l'air, le troisième explose. Nos marins voient une colonne de fumée de trois ou quatre cents mètres. Il ne reste plus rien sur rade. La première phase de l'engagement est terminée. Le croiseur Lamotte reprend la direction du mouillage. Béranger demande aux avisos de porter le coup de grâce aux torpilleurs,

A 6 h 38, il aperçoit à 4000 m un garde-côtes faisant route au nord-est et l’attaque engage immédiatement au 155. C'est le fameux Dombhuri. Il navigue en zigzag entre les îles pour tenter de dérégler le tir des français. Ses tirs sont lents mais précis.

 

Le croiseur Lamotte évolue difficilement, ses hélices brassent la vase. Il ne peut plus se hasarder sur des fonds inconnus. Bérenger décide donc de revenir à l'ouest. Le Dombhuri est en flammes, il cherche à se cacher derrière les îlots mais à chaque apparition, le croiseur reprend le feu.

 

agonie du Dom

A 7 h 50, le CV Bérenger ordonne le repli ne pouvant poursuivre le Dombhuri dans les eaux peu profondes où il s'est réfugié et on craint une riposte aérienne qui n'aura pourtant pas lieu

A 8 h 58, toutefois un biplan Vought Corsair lâche deux bombes sur le croiseur. A 9 h, une bombe manque l'Amiral Charner. Jusqu'à 9 h 40, quelques avions apparaissent, cherchent à profiter du soleil mais sont accueillis par la défense anti aérienne et les oblige à prendre la fuite.


Bilan


Le bilan en trois heures de combat est dramatique du côté siamois.

 

Deux torpilleurs coulés, l'un d'eux, légèrement atteint, a pu prendre la fuite. Le Dombhuri a coulé en feu. 40 % du tonnage de leur flotte de combat. Les pertes en hommes sont effroyables, 82 survivants seulement sur les quatre bâtiments ; un tiers de la flotte de guerre siamoise hors de combat pour longtemps.

Côté français, on ne déplore aucune perte, ni en hommes ni en matériel. Pour les Thaïs, les pertes en hommes ont été minimes, 36 morts, les Français cachent à la fois la mort de leurs hommes et les très importants dégâts que leur artillerie aurait porté à au moins deux bâtiments français. C’est en tous cas ce que martèle Radio Bangkok face à radio Saigon.


Trois raisons ont contribué à la victoire de Koh-Chang :


• Un stratège de génie, le CV Bérenger : Lorsque les spécialistes (dont je ne suis pas) examinent les choix du commandant, ils admirent sa lucidité et son bon sens dans la simplicité, difficile dans le feu du combat.

• Nos équipages sont enthousiastes et surentraînés. La marine n'a pas subi comme nos troupes de terre et d'air, la déroute du printemps 1940. Leur esprit de combativité est intact.

• Un hasard bénéfique les premiers obus détruisent le poste de guet terrestre relié téléphoniquement à la base ennemie, retardant de ce fait l'intervention de l'aviation siamoise qui eut été gênante en plein combat naval. Par ailleurs, autre coup du sort heureux du croiseur Lamotte qui tua le Commandant du Dombhuri et ses seconds dés les débuts de l'engagement.


Le retour à Saigon-Cholon est triomphal.


L’hebdomadaire « Indochine » tire le 1er février un numéro spécial. Question posée à un marin, « succès facile ? » « Succès total mais non pas succès facile, les Siamois se sont bien battus, ils ont bien manœuvrés, ils se sont bien servi de leur matériel. Ajoutez que leurs torpilleurs étaient modernes et rapides ». Le journal y ajoute de multiples photographies des bâtiments en flamme et ironise sur les « mensonges de Radio Bangkok »

Ne retenons de cette bataille gagnée mais inutile que l’ordre du jour de Béranger à ses troupes le lendemain pour les féliciter et louer aussi le courage des marins siamois.

 

koh chang 008 copy


Les Siamois font de même. Des deux côtés on distribue les médailles à la pelle. On reste chevaleresque d’un côté comme de l’autre.

 

DECORATIONS 004


La situation politique ne permettra pas au Gouvernement de l'État français de tirer le moindre profit de ce brillant fait d'armes, mais c'est une toute autre histoire de gagner une bataille et de perdre une paix. C’est terminé, un armistice est signé, le Japon tire les ficelles, nous cédons aux Siamois à peu près tout ce qu’ils voulaient. Des croix de guerre sont aussi distribuées à la pelle à l’armée du Laos.

On peut voir à Trat le monument « aux mort siamois du 17 janvier 1941 pour la défense de la Patrie ».

 

trat information02

 

Une pensée pour ces marins thaïs morts courageusement pour rien. Le 19 janvier 1941, radio Saigon salue le courage de ces marins au cours d’une bataille épuisante... Une cérémonie à leur mémoire a lieu tous les 17 janvier à Trat.

On pouvait voir à Saigon cette plaque actuellement au musée du fort Montbarrey à Brest.

 

Plaque Koh Chang


Vous pouvez, si cela vous amuse, trouver un « wargaming » appelé Wargaming Koh Chang, je ne vous dit pas où, car je trouve cela du dernier mauvais goût. Origine américaine évidemment.

 

 

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Sources françaises


http://www.netmarine.net/bat/croiseur/lamotte/kohchang/, (site officieux du Ministère de la marine)

http://patrianostra.forum-actif.eu/t1909-le-comment-de-la-guerre-franco-thailandaise#23390 (site officieux de la légion étrangère)

Pierre Boulle, « Aux sources de la rivière Kwaï », Julliard, 1966, ISBN 2 266 00968 0.  

Fabienne MERCIER-BERNADET Revue historique des armées, n°223, 2001) « Le conflit franco-thaïlandais (juin 1940-mai 1941), une manipulation japonaise ? »

« Maréchal » numéro 201, 2001, « une guerre oubliée : le conflit franco-thaïlandais », une revue « maréchaliste » contenant des articles de fond souvent fort sérieux.

Sources thaïes

http://www.navy.mi.th/navalmuseum/002_history/html/his_b23_gauchang_thai.htm (site apparemment officiel de la marine thaïe)

th.wikipedia.org/wikiการรบที่เกาะช้าง

http://www.btinternet.com/~david.manley/naval/genquar/kohchang.htm

http://www.bloggang.com/mainblog.php?id=skyman&month=26-01-2007&group=2&blog=1 

 

 vignetteglamottepicquet-croiseur7739

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Les relations franco-thaies
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commentaires

jdecoux@numericable.fr 22/08/2015 09:26

Koh Chang est la seule victoire navale de notre Marine Nationale au cours des deux guerres mondiales. Pourtant cet événement historique n'a jamais été commémoré parce que décidé par le Gouverneur Général de l'Indochine, l'Amiral Jean DECOUX qui était au service du Gouvernement légal, en tant qu'officier général, dirigé par le Maréchal PETAIN... Mais l'Histoire de France finit toujours par dire la vérité et reconnaître le héroïsme de nos hommes ! Jacques DECOUX petit-neveu de l'Amiral.

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 22/08/2015 12:00

Votre arrière Grand Oncle, Monsieur, fut un grand homme en une époque qui n'en compta guère et dont l'histoire n'est écrite que de façon "politiquement correcte"

Jacky 18/01/2013 10:53


Ha! cette guerre franco-thai...  En tant qu'ancien légionnaire, et aimant l'histoire, je peux dire que l'on parle assez peu de ce conflit dans l'histoire de la Légion  et du 5°
Etranger. Il n'y pourtant pas à rougir du comportement de nos anciens compte-tenu de la situation en Indochine à l'époque.


Mon neveu , thailandais et aussi ancien légionnaire, n'avait jamais entendu parler de ces combats. C'est moi qui lui ai appris cette histoire.


De même ma compagne à qui j'ai acheté l'année dernière un petir livre thai ( probablement assez romancé ) pour qu'elle apprenne un peu notre histoire commune. Elle m'a fait remarquer " qu'on
était bien méchant " à l'époque


Merci, je lis toujours avec plaisir vos articles.

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 19/01/2013 01:51



Il semble (mais de mémoire) que Pierre
Boulle parle bien et longuement  des batailles sur terre et du rôle du 5ème étranger contre les Siamois ?


Un article est programmé sur les trois
bataillons thaïs pendant la guerre d’Indochine.


Nous avions interrogé (en vain) plusieurs
sites officiels ou officieux de la Légion pour savoir s’il y avait des thaïs dans ses rangs. Vous répondez à la question, merci.