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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 00:13

Encore le Père Tachard , nous direz-vous ?

Eh oui, ils nous a "inspirés"

 

Le père Guy TACHARD, le mal aimé.


paul-IIIQue le nom de « jésuite » est lourd à porter !

Pascal fut à leur égard d’une désolante mauvaise foi. Tachard est victime des railleries de Voltaire qui, dans son « dictionnaire philosophique », lui prète des propos qu’il n’a jamais tenus, mais Voltaire n’en était pas à un mensonge près !  Dans le roman de Sportés (« Pour la plus grande gloire de Dieu ») il est vilipendé, le talent de Voltaire en moins, avec une trivialité digne de la littérature anticléricale de 1905 ! Tachard le mal aimé ! 

Dès la fondation de l’Ordre de la « Compagnie de Jésus », sa mission est l’expansion de la foi chrétienne dans deux directions, l’éducation et les missions, dans un but unique « haec omnia ad majorem dei gloriam ».... « Tout cela, pour la plus grande gloire de Dieu ».

Les jésuites prononcent les trois vœux classiques de tout religieux régulier, pauvreté, chasteté et obéissance et le quatrième qui leur vaut encore et toujours bien des déboires, celui d’obéissance absolue au Pape.... perinde ac cadaver (comme un cadavre...). Le supérieur général, élu par ses pairs est communément appelé le « Pape noir ». Ce sont les « miliciens du Pape ».

L’ordre est élitiste ? Et alors ? Je ne prétend pas pouvoir adhérer à l’association des anciens d’HEC ! L’église catholique a besoin de curés de campagne pour lesquels point n’est besoin de savoir lire les pères de l’église dans le texte ! Elle a besoin aussi de « clercs », de savants, de philosophes et de théologiens, comme tout corps constitué. L’imbécile vice-président du tribunal révolutionnaire qui a osé dire au grand Lavoisier « la république n’a pas besoin de savants ni de chimistes » n’a pas été condamné à mort pour cela, il l’eut mérité.

L’ordre est soumis à une stricte discipline ? Et alors ? « La discipline faisant la force principale des armées, il importe que tout supérieur obtienne de ses subordonnés une obéissance entière et une soumission de tous les instants... » ? Celle la, on me l’a bien apprise dans le début des années 60 ! " Il n’y a pas de baïonnettes intelligentes " me martelait mon instructeur, et bien, les jésuites, ce sont des baïonnettes intelligentes.

L’ordre est une société secrète ? Il fut interdit par un premier arrêt du parlement de Paris du du 6 août 1761 et un second du 6 août 1762. Que le fonctionnement de l’ordre soit dans une certaine mesure confidentiel, il en est de même dans tout ordre, un ordre professionnel par exemple. Il est suave de constater  que le vaste mouvement d’idées qui conduisit à cette interdiction le fut essentiellement à l’instigation de la franc-maçonnerie qui connait alors son époque faste. Tout ce que la noblesse parlementaire, tout ce que la haute noblesse à laquelle Louis XIV n’a en définitive pas réussi à faire courber l’échine, compte de « lumières » comme ils se baptisaient en toute modestie, est imprégné de philosophie maçonique. Elle les conduira à mener la « révolte des parlements » d’abord, la révolution de 1789 ensuite qui finira par les dépasser, les écraser et les conduire tous sous le couperet de Samson !

Ce que l’on a appelé leur casuistique est à l’origine de la connotation méprisante qu’a pris le mot « jésuite ». Il faut bien dire quelques mots de cette fameuse et totalement incomprise casuistique, qui les a tellement fait critiquer car elle sous tend leur double projet éducatif et missionnaire : La casuistique naît du rapport entre la loi, l'idéal, la théorie, et les cas pratiques individuels et concrets. La loi, l'idéal, les principes sont faits pour être réclamés, reçus, approuvés. Leur application concrète, leur mise en pratique, sont d'un autre ordre, parce que forcément imparfaits, parfois impossibles. Il s'agit donc, dans la pratique, de considérer l'idéal et les principes comme des références, en s'efforçant de s'en rapprocher, mais en mesurant avec réalisme l'écart qui nous en sépare : de procéder donc à partir d'une situation donnée avec ses limites, en avançant pas à pas, au rythme de chacun, dans la direction indiquée.  

Elitistes par définition, ils ne le sont pas au niveau du recrutement qui reste socialement ouvert. Le « général » est élu par ses pairs sans que ses « qualités » familiales pèsent en quoique ce soit...... Depuis le premier « général », Ignace de Loyola, élu en 1541 jusqu’au trentième, Adolfo Nicolas, élu en 2008, on ne trouve trace que de jésuites brillants par leurs mérites et non par leur naissance.

 

alexandre de rhodesbA une époque où il était plus facile d’obtenir un chapeau de cardinal ou une juteuse prébende si l’on était prince du sang ou de noblesse immémoriale, nous trouvons en leur sein, pour ne citer que quelques uns parmi leurs héros, le Père Athanase Kircher le « Maître des cent savoirs », génie encyclopédique comparable à Leonard de Vinci, auquel Champolion doit beaucoup dans le déchiffrement des hiéroglyphes, issu d’une modeste famille allemande venue se réfugier à Avignon sous la protection du Pape.

Alexandre de Rhodes, évangélisateur du Vietnam et génial créateur de la romanisation de la langue qui est toujours en vigueur, est issu d’une modeste famille de juifs aragonais convertie de gré ou de force au catholicisme, venue se placer sous la protection du Pape à Avignon pour fuir les persécutions d’Isabelle la catholique... Un « juif du pape ». La liste de leurs hommes de talent ou de génie, de mathématiciens, de philosophes, de géographes, de musiciens,  est interminable, jusqu’au Père Theilhard de Chardin ou à cet anonyme génie de la poésie et de la musique que chantait Juliette Gréco !

 

Tachard donc.

Tachard est lui même, né en 1651, issu d’une modeste famille de la région d’Angoulême, son village natal, Marthon, ne l’honore pas même du nom d’une ruelle. Elève au collège d’abord puis enseignant, mathématicien, astronome et géographe de talent, savant linguiste, rédacteur d’un dictionnaire latin-français avant de devenir missionnaire, ambassadeur et mémorialiste. C’est un voyageur, en 1680, il est aux Antilles avec d’Estrée. Celui – la ? Voilà bien l’archétype du total incompétent dont le grand nom (il est de la famille de l’une des maitresses d’Henry IV) le conduira à être amiral puis maréchal de France.

 

Les écrits

 

Le « Voyage de Siam des pères jésuites envoyés par le roi aux Indes et à la Chine avec leurs observations astronomiques et leurs remarques de physique, de géographie et d’histoire » est une remarquable synthèse de ce qu’il a appris de son voyage (observations géographiques et astronomiques), de son séjour, depuis les mœurs, la religion, le gouvernement, les moeurs, jusqu’à des recettes de cuisine. SI le style n’a pas l’élégance de celui de Choisy ou de Forbin, le livre est en tous cas, de tous les mémoires relatifs à cette expédition, le seul qui soit œuvre d’historien, de sociologue et de géographe. Il est pourvu d'un esprit scientifique et d'un goût de l'investigation dont Choisy et Forbin sont largement dépourvus.


dico-franco-latin-tachardLe rêve louis-quatorzien est à l'origine de l'importante littérature consacrée au Siam dans les années 1660-1690. Chaumont et l'abbé de Choisy, Forbin, et trois pères jésuites, Guy Tachard, Joachim Bouvet et Jean-François Gerbillon, vont laisser une relation de leur voyage. Toutes ont en commun de consacrer quelques pages à l'escale du Cap et d'offrir un portrait répugnant des « nègres » des lieux : les fameux Hottentots. Tous vont, à l'exception de Tachard, tenir les Hottentots pour les plus infames sauvages qui puissent être sur le globe et les juger résolument inconvertibles. Choisy, le plus charitable à leur égard: « Ils paraissent bonnes gens, ont la taille belle, l'air dégagé, assez maigres, de belles jambes, les dents blanches, les yeux vifs et pleins d'esprit, le teint basané, toujours de bonne humeur, mais fort malpropres et puants ». Forbin ne l’est pas « Ils sont Cafres, un peu moins noirs que ceux de Guinée, bien faits de corps, très dispos, mais c'est aussi, le peuple le plus grossier et le plus abruti qu'il y ait dans le monde ». 


Une seule voix discordante, c'est celle de Tachard. Il est le premier à les avoir réhabilités.  Le second livre du Voyage de Siam, intitulé « Voyage du Cap de Bonne-Espérance à l'île de Java » est quasi exclusivement consacré au Cap et comporte un portrait circonstancié des Hottentots. « Ces peuples ignorent la création du monde, la rédemption des hommes et le Mystére de la tres-sainte Trinité. Ils adorent pourtant un Dieu, mais la connoissance qu'ils en ont est fort confuse. Ils égorgent en son honneur des vaches et des brebis, dont ils luy offrent la chair et le lait en sacrifice, pour marquer leur reconnoissance envers cette divinité, qui leur accorde, à ce qu'ils croyent, tantôt la pluye, tantôt le beau tems, selon leurs besoins. Ils n'attendent point d'autre vie après celle-cy. Avec tout cela ils ne laissent pas d'avoir quelques bonnes qualitez qui doivent nous empêcher de les mépriser. Car ils ont plus de charité & de fidélité, les uns envers les autres, qu'il ne s'en trouve ordinairement parmy les Chrêtiens. »


L’ambassade

audience-des-ambassadeurs-dSeignelay et le père de la Chaise (celui qui a laissé son au cimetière et que Madame de Maintenon qui le haïssait appelait tantôt « chaise percée » tantôt « chaise de commodité ») réussirent à convaincre le Roi que la grandeur de la France, le bien du commerce et l'intérêt de la religion exigeaient l’investissement d’une expédition. La décision est prise à l'automne 1684. Le chevalier de Chaumont, major de la marine, fut désigné comme ambassadeur et Choisy « ambassadeur en second ». Chaumont était un médiocre empêtré de protocole... En outre, protestant converti de fraiche date, il a le fanatisme propre à beaucoup de convertis... mais, noblesse oblige, il est héritier d’un beau nom. Louis XIV n’a pas une intelligence supérieure mais un extrême bon sens, en particulier dans le choix de ses collaborateurs. Guy Tachard sera donc le principal acteur, toujours en coulisses. L'abbé de Choisy le dit dans ses mémoires, Chaumont et moi nous sommes des personnages de théâtre ; le père Tachard a en mains le secret de la négociation. Les instructions secrètes de Louis XIV et probablement du Pape. A son tour, le « grec » en fera son ambassadeur auprès de Louix XIV. Homme de l’ombre doté de pouvoirs mystérieux et occultes, Tachard détenait l’autorité officieuse à l’ambassade. C’est lui qui remit les lettres d’accréditation et de créance du Pape et de Louis XIV à Phra Naraï. Il négocia avec Phaulkon le traité religieux. La diplomatie était également sa matière. La Loubère se sentit alors complètement dépossédé de ses titres et de ses missions. De là, naquit un profond ressentiment envers Tachard et les deux hommes se querellaient constamment.


harangue-kosipanIl retourne au Siam en 1687 avec l’ambassade Céberet – La Loubère, et suscite d’emblée la méfiance des ambassadeurs par ses mystères. Il semble que le jésuite s’octroie volontiers des missions diplomatiques que personne ne songe à lui confier, et se charge de négociations obscures contre l’avis même de Versailles ? Cette expédition n’est qu’une suite de malentendus et de frictions entre les ambassadeurs en titre et le père Tachard, investi de secrètes instructions, repart du Siam avec le titre d’ambassadeur extraordinaire du roi de Siam, titre dont il se montre fort imbu.

En 1690, après la révolution de Siam, Tachard accomplit son troisième voyage, - sans aucune mission officielle - mais reste aux portes du Siam, attendant vainement depuis Pondichéry l’autorisation de Pretatcha pour débarquer – autorisation que ce dernier n’a aucune envie de lui concédée.- Cette attente est de toute façon déçue suite à la prise de Pondichéry par les Hollandais et Tachard se voit contraint de revenir d’urgence en France. Ce n’est qu’en janvier 1699, lors de son 4ème voyage, qu’il peut revoir Ayutthaya et Bangkok, mais le charme est rompu ; peu de choses subsistent des splendeurs qu’il avait connues quatorze ans auparavant. Il peut tout de même rencontrer lors de ce séjour Mme Constance, toujours détenue en captivité. L’ambassade qu’il accomplit alors n’est guère qu’un échange de vœux pieux et de compliments convenus. Les relations entre la France et le Siam sont bel et bien rompues pour cent cinquante ans. Son 5ème voyage en Asie est également le dernier. Il meurt à Chandernagor en 1712.


pondicheryvue-generaleDouble échec de  cette mission ? Peut-on y trouver des raisons plausibles ?

La partie diplomatique échoue essentiellement parce que les Français n’ont pas vu venir ce que l’on a appelé pompeusement « la révolution de 1688 » qui n’était qu’une révolution de palais ou un putsch (le premier de l’histoire de la Thaïlande » ?) et aussi de par l’incompétence cumulée de Chaumont et de Desfarges. Roublardise du grec contre casuistique du jésuite ?  Le génie de Tachard n’a pas suffi.

La partie religieuse échoue aussi ...... Des causes internes évidemment, les permanentes querelles entre les jésuites et les pères des missions étrangères, difficultés des missionnaires à manier la langue (Il a manqué au Siam un Alexandre de Rhodes, malheureusement, le père Tachard n’a pas appris le siamois et le premier dictionnaire siamois-latin-français, fruit de 20 ans de travail de Monseigneur Pallegoix ne sera publié qu’en 1854).


chandernagor3Mais la raison fondamentale de la résistance au message chrétien tout autant que l’échec de la mission diplomatique, tient tout simplement à une méconnaissance des ressorts fondamentaux de la société siamoise. La trop grande imbrication du politique et du spirituel fait que les Siamois ne peuvent faire autrement que de considérer les missionnaires comme les agents de l’étranger. La bienveillance des Siamois à l’égard de la religion n’est pas le signe précurseur de la conversion du roi. Les Siamois (encore et toujours....) tolèrent l’autre s’il conserve ses différences mais refuse toute annexion culturelle qui saperait les fondements même de la société. L’usage de la langue siamoise fut alors très rapidement interdit dans les livres religieux chrétiens.

Il y a beaucoup de leçons à tirer des événements de 1688 pour comprendre la société thaïe contemporaine !

 

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Personnages - héros connus et inconnus
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