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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 00:01

Dupont Dupond-thumb-300x300-17022L' amiral Dupont, commandant la marine de guerre siamoise ?

 

Notre première rencontre avec l’amiral Dupont : 

 

Le hasard nous fit découvrir un livre de René de Pont-Jest, « Le Fire-fly - Souvenirs des Indes et de la Chine » 1861. Officier de marine, écrivain et journaliste, né en 1830, il était le grand père maternel de Sacha Guitry dont celui-ci a dit  (« Si j'ai bonne mémoire ») : « René de Pont-Jest, ancien officier de marine, romancier, chroniqueur, homme très distingué, esprit fin, fine lame, aimant les femmes, aimant le jeu - type disparu du parisien à guêtres blanches sous pantalons à carreaux ».

 

images


Notre auteur nous conte qu’il flanait alors à Saint-Denis de la Réunion lorsqu’une nuit, il a sauvé la vie d’un européen aux prises avec une demi douzaine de noirs par son intervention musclée. Il s’agit d’un marin anglais, le capitaine John Canon


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dont le navire, « le Fire fly » doit naviguer vers la Chine. Pour le remercier, il propose à notre journaliste de lui servir de cicerone dans ces régions qu’il connait bien, lequel accepte avec enthousisme.

On part sur le « Raimbow » retrouver le « Fire fly » au port de Calcutta. Après d’innombrables péripéties, en particulier une chasse au tigre à Ceylan et une attaque de pirates malais, nos amis se retrouvent en rade de Singapour. Laissons la parole à René de Pont-Jest :

« J’aperçus se dirigent vers le « Fire fly »  une longue pirogue dont l’équipage noir se servait de pagaies mais en les maniant comme des avirons. Un pavillon tricolore flottait à l’arrière enveloppant dans ses éclatants replis un personnage tout chamarré et les épaules couvertes de grosses épaulettes d’or. La brise déferlant complétement le pavillon, je reconnus qu’il était français et que de plus le blanc en était orné d’une étoile. Je fis immédiatement prévenir sir John et je donnai l’ordre de mettre quatre hommes sur le bord croyant à la visite d’un amiral de ma nation... Je me mis à examiner plus attentivement la pirogue. Le pavillon était bien français en effet mais ce n’était pas une étoile qui brillait dans la partie blanche, c’était un éléphant de la plus grotesque tournure... Je reconnaissais parfaitement dans les matelots des marins siamois. L’étranger fut bientôt à bord, il serra cordialement la main de sir John et tous deux se dirigèrent vers moi qui était resté à l’arrière. »

«  - L’amiral Dupont me dit mon gros ami en me présentant l’inconnu. »

« Je saluais respectueusement de la casquette, ne sachant trop quelle contenance prendre et me demandant quelle plaisanterrie me faisait là mon commandant ? »

Les présentations sont faites, René de Pont relève chez l’amiral un accent qui « sent les rives de la Garonne   tout cela lui semble par trop fantaisiste, et pourtant... « L’amiral siamois était pourtant bien le digne et véritable successeur du Chevalier de Forbin !  Seulement, il ne s’était pas dégouté au bout de deux ans, ainsi que le compagnon de Jean Bart. Il y avait déjà à cette époque plus de quinze années qu’il était au service de sa majesté siamoise ».

(Nous sommes en 1860).


Sans titre-1

« Sa vie d’aventure commença sur la rade de Bourbon  dans les premières années du règne de Louis-Philippe. Il était alors tout simplement matelot d’une frégate française d’où, une belle nuit, il s’esquiva à la nage pour échapper à une punition injuste et brutale qui devait lui être infligée le lendemain. Il chercha refuse sur un navire dont le commandant fut frappé de son courage et de son energie. Bientôt, il fut le premier marin du bord. Après dix campagnes dans les mers de Chine, campagnes qu’il employa à s’instruire et à faire par d’incroyables efforts de volonté, du matelot  un officier accompli, il passa au service du roi du Siam, qui recrutait alors sa marine partout où se trouvaient des hommes capables et de bonne volonté. Il eut rapidement un commandement important puis, lorsqu’il voulut se décider à adopter la religion du pays et à prendre plusieurs femmes, il vit la faveur le pousser aux plus hauts emplois et il fit de la marine siamoise la première marine de ces contrées. »

Le soir nous dit notre voyageur, ils sont invités sur le navire amiral « une fort belle frégate de cinquante canons et de quatre cent hommes d’équipage, dont les aménagements étaient fidélement copiés sur ceux d’un navire de guerre européen ».


fregatte.jpg

 

Et notre romancier conclut  « Nous fimes à bord un repas délicieux qui n’eut rien de siamois et, après une charmante soirée sur la frégate, nous quittames fort tard l’amiral Dupont dont le caractère est resté gravé dans ma mémoire comme un de ces types romanesques et merveilleux qu’aiment à créer les plus vagabondes imaginations. Il nous présenta son fils, grotesque bambino de 8 ans, jaune comme du safran, qui me sembla n’avoir que fort peu de sang français dans les veines. Il ne pouvait s’habituer au pantalon. A chaque instant, on le retrouvait à l’avant, nu comme un ver et mangeant à même la gamelle des matelots qui l’adoraient. ».

                                   ----------------------------------------------------------

Nous cherchâmes alors plus de détails sur cet amiral franco-siamois dont l’existence nous intriguait.

Mais il n’y avait rien dans les innombrables sources sur l’histoire des rapports entre la France et le Siam.


Nous avons alors consulté des sources moins romanesques :

•  Le Prince Damrong  tout d’abord, historien de talent, considéré comme le « père de l’histoire siamoise ».

 

220px-Prince Damrong Rajanubhab

Sa description de la marine de guerre siamoise est précise et exhaustive. Ecrite en 1931, elle reste une référence pour tous ceux qui s’intéressent à l’histoire la marine de guerre siamoise. Quel est donc l’état de la marine de guerre siamoise en 1860 ? Il en décrit jusqu’à la plus modeste barcasse armée du plus modeste tromblon.

 

canon


Nous sommes en 1860, sous le quatrième règne. Le Prince Damrong, le « père de l’histoire siamoise », distingue la marine de guerre fluviale de celle de la mer.

Le première comprend 8 embarcations d’une quarantaine de mètres chacune, aucune n’est motorisée. Ce sont tout simplement les galères royales.

La marine motorisée commence son histoire sous le troisième règne en 1848 avec une maquette prototype de 8 mètres de long propulsée par un moteur à vapeur d’une puissance de 2 chevaux mais plus sérieusement sous le quatrième.

Un premier navire à vapeur est construit sous maitrise d’oeuvre anglaise à Bangkok en 1855. De 23 mètres de long, il est propulsé par des roues à aube latérales. Six autres navires furent construits sous le même règne,

 

bateau à aube


en 1858, un bateau à hélices d’une soixantaine de mètres de long, armé de 4 canons,

en 1858 encore un autre de 36 mètres armé de 7 canons,

en 1859 un navire de 55 mètres de long armé de 9 canons,

en 1861 deux autres de 60 mètres de long armés de deux canons,

et le dernier en 1863, 42 mètres de long et 6 canons ... et quels canons !

Toutes ces embarcations sont naturellement en bois.

A titre de comparaison, les navires de guerre du temps de l’amiral de Forbin (de l’ambassade dite de Louis XIV) portaient une centaine de pièces de canons capables d’envoyer à plus de 3 kilomètres des boulets de 36 livres !


035 Marin2


Mais le Prince Damrong ne nous dit rien sur le commandant de cette puissante flotille. Pas un mot sur l’amiral Dupont alors qu’il mentionne la présence ultérieure de l’amiral danois « de Richelieu » (Cf. notre prochain article sur ce personnage). Pas un mot non plus sur cette « frégate de 50 canons » qui n’a pourtant pas pu échapper à sa perspicacité d’historien émérite ?

 

•  Alors chez Raoul de Balincourt :

1289651172 les-flottes-de-combat-en-1914

 

Le - toujours d’actualité -  encyclopédique « Annuaire des flottes de combat » du commandant de Balincourt (la première édition date de 1897), en 1914 encore, compare avec ironie les quelques navires de la marine de guerre siamoise à des yachts ou des thoniers, le plus redoutable étant le Mahachakri qui servait surtout au Roi Rama V à effectuer ses voyages en Europe.

 

mahachakkri 2

 

Une « frégate de 50 canons » n’aurait pas non plus échappé à ce brillant officier, attentif et scrupuleux observateur des flotilles de guerre de tous les pays du monde et en particulier de celles des pays qu’il surveillait plus spécialement compte tenu de contentieux passés ou potentiels : « Nos démélées avec le Siam et sa proximité de la Cochinchine nous obligent à nous occuper de sa marine d’une manière sérieuse ». Mais là encore, rien sur notre amiral.


L’almanach de Gotha, alors ? :

gotha

Il n’est pas seulement l’inventaire de ce que le monde compte de familles impériales, royales, princières ou ducales, il contient une troisième partie purement administrative, source de renseignements très précieux sur l’administration des pays considérés comme dignes d’intérêt. Dans l’édition de 1878 dans laquelle apparaît le Siam, il nous apprend que  la marine de guerre siamoise ne posséde que 8 navires avec 34 canons (en tout) et en tous cas aucune frégate. Le compte des pièces de cette peu redoutable artillerie marine correspond exactement à celui du Commandant de Balincourt, mais notre amiral n’est toujours pas là.

 

Il fallait se rendre à l’évidence : « la plus vagabonde des imaginations » avait écrit l’histoire ! Notre amiral Dupont n’existait pas.  

Mais c’est une belle histoire et le grand’père de Sacha Guitry, un peu oublié aujourd’hui, a dû faire réver bien des adolescents à la lecture de ces aventures tropicales.

1160-30Pardonnons à René de Pont cette supercherie romanesque, qui nous a narré l’histoire de ce  « super  – Dupont » et de cette frégate-sardine qui bouchait le port de Singapour ! L’esprit du grand père valait largement celui du petit fils !


Nous avons quand même failli tomber dans le panneau.

 

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Sources : 

Commandant Raoul de Balincourt, Annuaire des flottes de combat 1914

Prince Damrong, Histoire des bateaux de guerre siamois, 1931, Traduction française de Jean-Claude Brodbeck avec de précieuses notes in « Arts asiatiques – 1978, tome 34 ». Saluons au passage ce diplomate-traducteur qui a le mérite, une fois n’est pas coutume, de respecter la transcription officielle de l’académie royale pour les noms thaïs.

Almanach de Gotha années 1870 à 1878.

Sacha Guitry, Si j’ai bonne mémoire, 1934.

(Ouvrages numérisés par la Bibliothèque nationale)

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Personnages - héros connus et inconnus
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commentaires

alain udon 13/12/2011 04:09


que de recherches pour cet article qui nous fait découvrir la Thaïlande  inconnue


 


alain