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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 23:05

Sans titre-1La stèle de Ramakhamhèng ศิลาจารึกพ่อขุนรามคำแหง (fin du XIIème ou début du XIIIème ?)

L’histoire du Siam commence quelques dizaines d’années avant le règne Ramakhamhèng. Simple hasard, Ramakhamhèng est contemporain de Philippe le Bel, créateur de l’Etat français « moderne ». La stèle sur laquelle Ramakhamhèng fit graver (en 1292 ?) ses exploits et chanter ses louanges est devenue un monument de l’histoire nationale. L’histoire de sa découverte par le Roi Rama IV n’est plus à conter.Son inscription au patrimoine mondial de l’humanité en octobre 2003 fut un événement national. Elle est l’un des joyaux du musée national de Bangkok. Un très beau moulage est à l’honneur dans le parc de Sukhothaï.


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1/ Description.


Materiellement, elle est une magnifique stèle quadrangulaire de grès schisteux terminée en un élégant petit pyramidion, de 111 cm de haut sur 35 de large. Quatre faces sont gravées, les deux premières sur 35 lignes numérotées et les deux autres sur 25.

Evitons les caractères originaux, elle est très partiellement dégradée et surtout l’écriture a subi des changements stylistiques depuis son invention, nous aurions autant de difficultés à les lire qu’à lire un manuscrit français de la même époque, faute d’avoir suivi des études de paléographie.


 01

 

On en trouve un peu partout (sites Internet thaïs évidemment) une transcription en caractère actuels, elle apparaît sous forme d’un langage archaïque mais parfaitement traduisible.


Ne citons que les premières phrases de la première face :


1) Mon père se nommait  Sri Indra Ditiya et ma mère, la princesse Suang, mes frères se nommaient Ban et Muang.

2) Nous étions cinq enfants nés des mêmes père et mère, trois garçons et deux filles.

3) Le frère cadet m’est resté, l’aîné de mes frères mourut quand il était encore enfant. Quand j’eus atteint l’âge de 19

4)  ans, Chon, mandarin de troisième rang, le seigneur du pays de Chot, vint attaquer la ville de Tak.

5) Mon père allant le combattre s’avança par la rive gauche, le mandarin accourut par la rive droite.

6) Il dispersa les troupes de mon père et les poursuivit en se moquant. Mon père était en déroute.

 7) Moi, je ne pris pas la fuite. Monté sur  un éléphant, j’ai percé la foule et commencé l’attaque même avant mon père.  

8) Ayant poussé mon éléphant vers le mandarin de troisème rang, je combattis son éléphant que l’on avait surnommé  Mat Muang.

9) Le mandarin de troisième rang prit la fuite. Mon père pour le fait

10) d’avoir combattu l’éléphant du mandarin de troisième rang me fit surnommer « Phra Ramakhamhèng ».

11) Tant que vécut mon père,  je pris soin de lui. Je pris également soin de ma mère.

12) Quand je pouvais prendre des chevreuils ou des poissons, je les portais à mon père.

13) Quand je trouvais de l’arek, doux ou aigre, bon à manger, j’allais l’offrir à mon père.

14 ) Quand, battant les marais, je rapportais des défenses d’éléphants, je les offrais à mon père.

15) Faisant la guerre aux villes et aux villages, j’enlevais des éléphants, des défenses d’éléphants, des garçons, des filles, de l’or, j’en faisais une part pour mon père.

16) Quand mon père mourut, resta mon frère aîné. Pleurant mon père, je continuais à manifester à mon frère la sollicitude que  j’avais témoignée à mon père.

17)  A la mort de mon frère, le gouvernement me revint avec ses ressources.

18) Sous le règne de Ramakhamhèng, le royaume de Sukhothaï fut

19)  heureux. Les poissons abondaient dans l’eau et le riz dans les champs. Le roi ne prélevait pas d’impôts sur le peuple qui faisait le commerce.

20)  Les marchands pouvaient s’associer, mener des boeufs et commercer, monter des chevaux et les vendre. Tout le monde pouvait faire le comemrce d’éléphants et de chevaux.

21) Tout le monde pouvait vendre de l’argent et de l’or. Si parmi le peuple,

22)  les mandarins, les juges, quelqu’un vient à mourrir loin de la maison du chef

23)  de la famille, ses habits, son or, ses femmes et ses enfants rentrent dans la catégorie des serfs.

24) Les plantations d’arêkiers sont intégralement conservées pour les enfants.

25) S’il s’élève un litige parmi le peuple, les mandarins, les juges,

26) après enquète, sans recourrir aux notables, qu’on me fasse un rapport et qu’on me donne le nom des individus.

27) Je m’efforcerai de leur apprendre le mérite de l’aumone pour qu’ils s’y maintiennent. Je leur enseignerai les préceptes de l’aumone pour qu’ils ne s’irritent plus.

28)  Dans le cas où des marchands étrangers passant la frontière, opprimeraient mes sujets

29)  à mon insu et qu’ils n’aient ni éléphants, ni chevaux ni esclaves, homme ou femme,

30)  ni or ni argent, on les déclarera, eux et leurs marchandises, biens du royaume.

31)  Dans les condamnations à mort, que l’on choisisse les chefs de bande qui sont de vrais tigres, ne pas les tuer serait un mal......

Nous reviendrons sur la quatrième face sur laquelle le Roi narre « son » invention de l’écriture actuelle.

Ne sourions pas à la lecture de la description de ce royaume idyllique. Nous en avons, nous autres français, eu notre lot avec le « bon roi Saint Louis rendant la justice sous le chêne de Vincennes » mais responsable d’épouvantables massacres de Sarrazins, ou du « Bon roi Henri qui voulut que chacun d’entre nous ait une poule au pot dans sa marmite tous les dimanches » mais félon changeant de religion au gré des circonstances pour s’emparer du trône et fort peu avare du sang de ses sujets.


2/ Contreverses et polémiques.


Rien de surprenant au fait que le monarque ait voulu transmettre aux générations futures une vision hagiographique de son règne, le travail de l’historien aujourd’hui est de démèler avec un esprit critique (et non un esprit de critique !) la réalité et la fiction.Mais toute découverte archéologique suscite immédiatement son lot de contestataires.

La polémique suscitée par la mise en cause de l’authencité de la stèle de Ramakhamhaeng continue à faire des vagues et soulever controverses et polémiques. A tel point que lors de son inscription au patrimoine mondial, le département des beaux-arts, sans interdire aux chercheurs d’être critiques, leur a demandé d’éviter les polémiques stériles. Nous en trouvons une excellente synthèse dans un article publié dans « la nation » le 8 septembre 2003, guère avant l’inscription au « patrimoine mondial » sous la signature de Pennapa Hongthong.

Pour certains, elle daterait de l’époque de Sukhotaï mais serait postérieure au règne de Ramakhamhaeng. Pour d’autres, elle aurait été taillée sous son règne, mais terminée par étapes qui ne seraient achevées que sous le règne de Rama IV. Pour les plus féroces, il s’agirait d’un faux confectionné sur ordre de Rama IV.

Un historien spécialiste de la période de Sukhothaï,

Prasert Na Ngara conclut fermement à son authenticité compte tenu de son état physique qui est identique à d’autres inscriptions de la même époque et de la même origine.


Un autre archéologue de renom, Pthomrek, affirme avec un certain sens de l’humour que l’état physique de la pierre ne révèle rien autre que ... l’âge de la pierre, quelques millions d’années. Il ne faut pas en déduire, sourit-il que l’inscription a été faite à la période de l’âge de cette pierre !


Il semble que si certains procédés scientifiques de datation, carbone 14, thermoluminescence et bien d’autres, soient précis sur certains matériaux (bois, tissus, poterie) avec une marge d’erreur, ce soit tout autre chose pour les sculptures sur pierre... sauf peut-être à procéder à des prélévements de matière, de carotages, de grattage. L’étude très technique que nous citons en références note la nécessité de « prélèvements internes » pour obtenir « un faisceau d'indices qui nous permettra de nous prononcer sur leur compatibilité ou non avec l'époque présumée de l'objet. ». Nous sommes loin d’une véritable « datation » comme, par exemple la thermoluminescence l’a permis sur l’énorme quantité de poteries brisées de Ban Chiang. Il est difficile de penser que les autorités thaïes autorisent des carotages ou des prélévements sur 5 millimètres de surface nécessaires – paraît-il - à un balayage au microscope électronique, pour confirmer ou infirmer des théories parfois fuligineuses. La parole est aux « archéo-scientifiques ».


N’épilogons pas et laissons, une fois de plus les experts se battre entre eux et dire tout et le contraire de tout avec parfois des arrières-pensées idéologiques faute de pouvoir se livrer à un examen scientifique certain sur des éléments intrinséques.


Peut-on alors le faire sur des éléments extrinsèques ?

Nous avons le magnifique exemple d’une superbe statue japonaise d’un Bouddha assis, joyau des collections du Musée Guimet.

 

Guimmet

 

Elle est en bois, il faudrait en brûler une partie pour effectuer une analyse fiable au carbone 14. Les spécialistes se sont donc penchés sur les techniques de sculpture en les comparant à celles d’autres sculptures mieux datées, à l‘environnement de sa découverte, aux formes du drapé, à l’analyse du style, à la technique de sculpture et bien d’autres paramètres externes pour convenir d’une datation comparative des « environs » de l’année 1200. Ainsi a raisonné par comparaison Prasert Na Ngara ferme partisan de l’authenticité. Mais n’en déplaise à Descartes, le bon sens n’est pas toujours la chose la mieux partagée au monde.


3/ Examinons deux arguments externes.


Il est pour notre stèle deux arguments externes développés d’abondance, qui ne nous paraissent pas péremptoires.


Il est gravé sur la quatrième face «  en l’ère 1207, année du porc, il fit exhumer les saintes reliques .... ». Or, il s’agit de la dernière année d’un cycle de 12 ans et 1207 n’était pas l’année du porc mais celle du coq, la dixième d’un cycle de 10 ans. D’ailleurs, la phrase suivante « ... en l’êre 1205, année de la chêvre, le roi Ramakhamhèng mit tout son coeur et tout son zèle à  inventer ces lettres thaïes » ne comporte pas d’erreur de date !


Une possible erreur de datation établit-elle que le monument est un faux établi sur ordre de Rama IV ?


Un autre argument externe, tiré justement de l’alphabet thaï nous a surpris, le mot est faible, ce qu’un expert appelle « les anomalies graphiques ». Partisan de la confection tardive et opportune de ce monument sur ordre de Rama IV, il tire l’essentiel de son argumentation des anomalies qu’il voit ou croit voir dans le système d’écriture et malheureusement cet argument est reproduit et cité d’abondance.


Quelques mots d’explications sont nécessaires à l’usage de ceux qui ne connaissent pas l’écriture thaïe. Celle-ci, comme la notre est composée de consonnes et de voyelles dont l’addition forme une syllabe, tout simplement, en vertu d’une équation bien simple, consonne + voyelle + éventuellement consonne = syllabe étant précisé qu’un mot thaï commence toujours pas une consonne.

Certes, il y a beaucoup plus de consonnes qu’en français (44) et encore plus de voyelles (32) mais d’une part, la multiplicité des consonnes (qui ne représente que 20 sons fondamentaux) est l’un des paramètres nécessaires à la détermination du ton de la syllabe, et la multiplicité des voyelles correspond à leur doublement (longues ou courtes) et au fait que la grammaire considère comme voyelles ce que nous considérons comme dipthongues (aï, ua, ia..) ou triphtongues (ouaï, uaï...). Mais venons-en au fait !

Une des difficultés majeure de la lecture pour un esprit occidental tient en particulier au fait que les voyelles ne sont pas comme chez nous posées après la consonne, mais tantôt devant, tantôt derrière, tantôt dessus, tantôt dessous, tantôt enfin autour pour les diphtongues ou les triphtongues.


Que voit-on dans la pierre ? 

Nous pouvons comparer la graphie originale reproduite avec des caractères modernes (au dessus) et le texte reproduit à l’identique avec les caractères modernes et la bonne graphie. Nous constatons qu’une voyelle « devant » est posée devant sa consonne, qu’une voyelle « derrière » est posée derrière sa consonne mais que les voyelles « dessus » ou « dessous » sont posées devant la consonne.

comparatif


Faut-il alors y voir une « anomalie graphique » qui proviendrait de la parfaite connaissance par le « faussaire » des écritures occidentales et la certitude que « celui » qui avait un moment étudié la possible romanisation de son écriture ait été inconsciemment influencé en posant toutes les voyelles sur la même ligne ?

C’est bien là un raisonner comme un tambour et prendre l’hypothétique « faussaire » pour un parfait imbécile et c’est bien le plus mauvais de tous les arguments !

Les anciens Siamois n’ont pas attendu Rama IV pour avoir des contacts extérieurs, avec les Indous, avec les Perses, avec les Grecs (Alexandre est venu jusqu’en Bactriane et Ptolémée a décrit les côtes ouest du Siam) et probablement avec les Romains dont les archéologues français ont retrouvé dans les années 20 des monnaies sur le site de Oc-Eo, port de l’ancien royaume du Funan.


Les érudits siamois avaient parfaite connaissance de leurs écritures sur une seule ligne même si celle des arabes est à l’envers, tout autant qu’ils connaissaient les idéogrammes chinois et l’écriture sanscrit. Même si Ramakhamhaeng n’est pas formellement l’inventeur de l’écriture actuelle, elle a été normalisée sur ses ordres ou à tout le moins et certainement à cette époque, par des érudits de très haut niveau qui ont créé un magnifique outil, pas plus que Jules César n’a étudié les étoiles pour construire le calendrier qui porte encore son nom,  pas plus que Napoléon n’a rédigé une ligne du code qui porte toujours son nom, il y a le génie de celui qui ordonne et le talent sinon le génie des exécutants !


Difficultés de gravure.


Le sculpteur a reçu ordre d’y graver un texte précis sur ses quatre faces. Il s’est tout simplement heurté à la difficulté que connurent les premiers imprimeurs pour poser des accents sur les lettres majuscules. En typographie traditionnelle, l'accentuation des capitales entraîne un surcoût (il faut fondre des caractères supplémentaires) et surtout crée des problèmes d'interlignage. Les lettres accentuées du français ne commencent à être utilisées qu'à partir du XVIème siècle, mais c'est seulement dans la seconde moitié du XVIIIème siècle que leur emploi atteint le stade actuel. Dans l’édition du Tartuffe de Molière (imprimé en 1669) : on y lit "COMEDIE", "MOLIERE", "PRIVILEGE", "SCENE" et  "CLEANTE".


En dactylographie traditionnelle, pas d'accent sur les majuscules, les claviers des machines à écrire françaises standard ne permettant pas d'obtenir des majuscules accentuées. C’est évidemment un gain de place évident (et une économie !) qui évite de créer les touches des majuscules accentuées et ce même avec les premières merveilleuses machines que nous connûmes il y a quelques dizaines d’années, IBM à boules ou Olivetti à marguerites.


Pour autant que le sculpteur ait reçu des ordres précis concernant la face de la stèle que nous reproduisons, 35 lignes correspondant à 35 phrases précises, il lui fallut à la fois calculer la dimension des caractères et leur positionnement sur la pierre. Il y a pire que la difficulté de poser des accents : L’écriture thaïe nécessite en effet quatre lignes, celle de la voyelle « dessous », celle de la consonne, celle de la voyelle « dessus » et encore dessus, celle des signes diacritiques de tonalité ! Insérer les voyelles dessus ou dessous et encore un signe de ton aurait probablement doublé le nombre de lignes et lui aurait imposé de diminuer sensiblement la taille des caractères ou d’ « écraser » le texte. Il lui fut beaucoup plus simple d’utiliser ce tour de passe-passe puisqu’il avait de la place en largeur !

Essayez- de manier un ciseau de sculpteur de pierre et vous comprendrez vite ! On ne grave pas le granit ou le marbre comme on écrit sur le papier !

Et la ligne inférieure retranscrite en caractères actuels, objecterez-vous ? Pas bien difficile avec nos ordinateurs à 3 francs 6 sous de jouer avec la taille des caractères, d’étirer ou de resserrer les lignes.

Les différences de structure entre la langue thaïe et les langues occidentales ont créé des difficultés immenses mais qui ont été surmontées par les informaticiens, de Microsoft en particulier, pour parvenir à la création de systèmes de traitements de texte cohérents pour le thaï et le lao... Mutatis mutandis, les mêmes difficultés techniques surmontées par le sculpteur.


4/ En guise de conclusion ....et nos premiers archéologues, ethnologues et explorateurs français ?


Nous avons eu l’idée, en nous relisant, de faire un « pélérinage aux sources » et de voir ce que disaient de cette stèle nos premiers archéologues, ethnologues et explorateurs français. Voilà bien une démarche que les experts thaïs auraient profit à accomplir.


La description de Lunet de la Jonquière est sommaire.


Aymonier nous éclaire mieux. Il a décrit la stèle en 1900 au milieu de centaines d’autres. Il l’avait longuement examinée en 1884 alors qu’elle se trouvait dans le temple du Bouddha d’émeraude et en a pris des estampages (actuellement aux archives de l’école des langues orientales de Paris). Il connaissait parfaitement les caractères utilisés à cette époque. Il savait les lire et les traduire. Il sait l’importance du texte (non encore canonisé). Rien n’a attiré son attention, ni dans la forme ni sur le fond ni sa transcription manuscrite en caractères modernes alors placée aux côtés de l’original ni les traductions en français ou en anglais qu’il a eus sous les yeux. Il sait pourtant, lorsqu’il a des doutes, critiquer méticueusement certains monuments épigraphiques mal datés ou mal attribués situés là ou ailleurs. Nul alors y compris les érudits anglais dont il a aussi étudié les travaux n’avaient de doute, ni non plus Lucien Fournereau, tous parfaitement compétents pour démèler le vrai du faux. Ils ont tous réalisés des centaines de moulages ou d’estampagnes. Une reproduction en fut donnée à l’ambassadeur de Montigny en 1858 à la bibliothèque nationale (datée par erreur de 1193 AD). Si la stèle sur sa dernière face mentionne l’ « invention » de l’écriture par le roi, c’est, disent-ils, rappeler ce que l’on savait déjà, que le roi fit en réalité venir de Ligor un lettré aryen nommé Ariyika, qui construisit l’alphabet sur la base de celui des sanscrits. « Autrefois, les thaïs n’avaient pas d’écriture, c’est en saka 1205, année cyclique de la chèvre, que le roi Ramakhamhèng fit venir un maître qui sut créer l’écriture thaïe. C’est à lui que nous en sommes redevables aujourd’hui » (lignes 106 et 107).


Auguste Pavie a – naturellement – étudié la stèle en 1883. Il connaît parfaitement les langues locales anciennes et mondernes. Il est capable de lire la stèle « dans le texte » Il ne parle pas d’  « anomalie graphique » mais citons-le «  Une particularité la distingue : elle fait entrer, contrairement à l’écriture sanscrite dont elle dérive, toutes les voyelles dans le corps du mot. Les iu, ou qui devraient être marqués au dessus et au dessous des mots, entre les lignes, sont placés dans le mot sur la même ligne. Les diphtongues  et ô long, dont la tête sort du mot s’élevant l’un vers la gauche l’atre vers la droite, ne dépassent point ici la hauteur du mot. Cette méthode fut-elle générale au commencement de l’écriture thaïe dont nous avons ici le premier échantillon, ou bien la lapicide a-t-il fait exception à la règle pour ne pas gêner l’incision des accents et rendre ainsi ses caractères plus nets ? On ne peut le savoir. Je crois pour ma part que le lapicide a voulu faciliter son travail et donner de la netteté à ses caractères ».


Il est singulier, à tout le moins de constater que si tous reconnaissent l’importance de ce monument épigraphique, aucun n’en a alors relevé la moindre utilisation « nationaliste » plus de 50 ans après sa découverte, alors qu’ils étaient en rapport étroit avec le palais royal et les plus compétents des érudits siamois ?



 

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Références

  • Site Internet du CIRAM « Centre d’innovation et de recherches pour l’analyse et le marquage » « Authentification des sculptures en pierre, apport de la microscopie électronique à balayage ».

http://www.ciram-art.com/cariboost_files/ciram_fascicule_pierres.pdf

  • « La Nation » du 8 septembre 2003
  • « Datation d’une statue d’Amida-Nyorai » exposée au Musée Guimet, in « Arts asiatiques » tome 50 de 1994, pages 94-104.
  • « Méthodes pour informatiser des langues et des groupes de langues « peu dotés » ». Thèse de Vincent Berment,  Université Fourrier de Grenoble, 2004.
  • « Méthode de segmentation et d’analyse automatique des textes thaïs ». Thèse de Krit Kosawat, Université de Marne –La-Vallée, 2003. 

 

  • Lunet de la Jonquière «  Inventaire descriptif des monuments du Cambodge », tome II, 1905.
  • Aymonier «  Le Cambodge » volume II « les provinces siamoise » ; Paris 1900.
  • Lucien Fournereau « le Siam ancien, archéologie, géologie, épigraphie » 2 volumes, Paris 1908.
  • Mission Pavie, « Etudes diverses – recherches sur l’histoire du Cambodge, du Laos et du Siam », deuxième volume, Paris 1898 (pages 175.s)

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