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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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7 août 2011 7 07 /08 /août /2011 23:02

LitteratureNous poursuivons notre découverte de l’Isan, à travers sa culture et aujourd’hui sa littérature, à savoir « tout usage esthétique du langage, écrit et oral », sa production « littéraire », sa façon d’écrire et de dire, ce qui est « sacré », ou pour le moins, ce qu’elle  considère comme fondamental, quand elle veut exprimer ses rapports au (x) monde(s),  « ses réalités », ses « histoires ».

Or, à ce stade, nous n’avons que notre ignorance à avouer. Certes, nous avons lu quelques livres d’auteurs thaïlandais comme Chart Korbjitti, Pira Suddham, connaissons quelques noms comme Kukrit Pramoj, Chit Phumisak, Koynuch, S.P. Somtow, Khamsing Srinawk, Sirphan, Techajindawong… savons l’importance du Ramanakien, des contes et légendes (Avec la mission Pavie, on avait eu accès à de nombreuses informations)  mais de là à oser « parler » de la littérature thaïlandaise ! Mais après tout nous n’étions pas historiens, et nous avions proposé une vision historique des relations franco-thaïes, et depuis, la découverte de notre Isan.

Il nous restait qu’à proposer, humblement, un premier chemin d’accès, un programme de lecture possible.


1/Nous avions un passeur,  une étude de Jean Marcel, qui alors professeur à l’Université Chulalongkorn (Bangkok), avait écrit en 2006, une étude « L’œuvre de décentrement : le cas de la littérature siamoise ».

Nous avions déjà présenté une de ses études, sur la vision du bouddhisme, vue par les premiers missionnaires, et diplomates français au Siam,     dans notre blog : http://www.alainbernardenthailande.com/article-15-les-relations-franco-thaies-le-bouddhisme-vu-par-les-missionnaires-du-xvii-eme-siecle-64650528.html

Il nous invite à nous rappeler « d’entrée de jeu », comme  « toutes les civilisations extrême-orientales », la civilisation du Siam (Thaïlande) est » la plus aux antipodes de la nôtre ».

 Il nous suffit de faire appel à notre « expérience » :  « nous aurons assez appris que la moindre attitude des Thaïs devant la vie, devant la mort, devant l’amour, devant l’argent ou la conduite automobile s’avère plutôt visiblement différente de la nôtre; pourquoi faudrait-il donc qu’ils aient vis-à-vis de l’art ou de la littérature les mêmes engagements et les mêmes obligations que nous? ».

 

Fort de cette conviction, il va  préciser sa position, en se démarquant des idées de Marcel Barang (le « plus actif des traducteurs de la littérature thaïe en français », reconnaît-il), exprimée dans une interview :

 www.eurasie.net/webzine/article 21 mai 2003

 

 1.1

«  A la question qu’on lui posait, à savoir si les Thaïs s’intéressaient à leur

littérature, il répondait : Guère! Ce qui paraît bien léger quand on n’a pas défini ce qu’est la littérature dans une civilisation où tout, au départ comme on l’a vu, est dissemblable de la nôtre. »

 

1.2

Il reproche aussi à Marcel Barang d’y avoir déclaré : « que beaucoup d’écrivains thaïs n’écrivent que des nouvelles ».

Jean Marcel se reconnaissait, par contre, dans les idées de Ajarn Chetana Nagavaraja, (qu’il considère comme le plus éminent humaniste thaï (à l’occidentale, dit-il) ) :

 «Il faut bien reconnaître que toute évaluation de la littérature thaïe qui ne tiendrait pas compte du rôle joué par la tradition orale est condamnée à ne donner qu’une image déformée de notre héritage littéraire. »

Et Jean Marcel justifiait au contraire le choix de la nouvelle en rappelant une enquête : « auprès d’un certain nombre de nouvellistes connus nous a révélé qu’ils préféraient tous la nouvelle au roman pour les deux raisons suivantes (conformes en cela à certaines spécificités de la littérature thaïe écrite contemporaine):  

1) elle était plus proche de la forme du récit oral court, dont ils avaient conscience de prolonger la tradition authentiquement thaïe.

2) la publication dans les gazettes quotidiennes en était facilitée.

 (le journal qui publie le plus de textes dignes de l’appellation de littéraires est le Krungthep Turakit (Journal des Affaires de Bangkok)!  Inimaginable dans les pays d’Europe ou d’Amérique…)

 

Tous ces nouvellistes, donc, convenaient cependant qu’il était beaucoup plus difficile pour eux de composer une nouvelle que de concevoir un roman, les contraintes que supposait cette forme brève étant beaucoup plus propices aux plaisirs multiples de l’exécution proprement dite. C’est donc le plus souvent pour des raisons d’art que ceux que l’on appelle les nouvellistes thaïs choisissent de s’adonner à ce genre de courte surface dont ils savent à peine ce qui le différencie du conte ou de la fable de la tradition orale.

«  Et ce n’est pas non plus sans raison si l’une des œuvres majeures de la littérature siamoise écrite est sans doute le Lay Chiwit (1954) de Kukrit Pramoj

Kukrit Pramoj

que l’on considérerait en Occident comme un roman (il est effectivement publié en traduction sous cette rubrique), mais qui est en réalité d’une composition indéfinissable, faite d’une mosaïque de onze courtes biographies d’autant de personnages, qui meurent en même temps lors du naufrage d’un bateau-bus - satisfaisant du même coup à la tradition thaïe du genre bref issu de l’oralité, à thématique philosophique traditionnelle du karma bouddhique et à la particularité de la composition en motifs, qui semble être l’une des caractéristiques spécifiques de toute la culture thaïe (depuis la peinture murale des temples jusqu’à la cuisine!). »


1.3 Un genre justifié par la tradition. « Dans un pays où tous les rois furent des poètes… où la première grande préoccupation de l’actuelle dynastie, après la destruction d’Ayuthaya par les Birmans en 1767, fut de restaurer dans l’écrit, par la voie d’une tradition orale vivante qui les avaient conservées, les œuvres de l’ancienne dynastie, de façon à pouvoir les sauver une autre fois d’une éventuelle destruction. » 

« Un pays où la meilleure lyrique contemporaine est à chercher dans la chanson populaire, héritière directe de la tradition poétique séculaire. »

 « Pour définir les traits majeurs de la culture thaïe, Ajarn Chetana y va d’une métaphore musicale : L’orchestre traditionnel thaï (piphat) se compose, notamment, de deux xylophones appelés ranat; au premier (ranat ek) est dévolu le rôle de mener et de développer la mélodie, alors que le second (ranat thum) sert à ponctuer le rythme en syncope; il serait, si l’on veut, l’équivalent de notre second violon, si seulement il ne lui était pas conféré (et à lui seul) la liberté de procéder à des improvisations, interdites au premier, et c’est donc bien ce second qui paradoxalement mène l’orchestre.  

Lorsqu’un maître joue avec son disciple, il se met d’office au ranat thum et laisse à son disciple le plaisir de déployer la mélodie principale au ranat ek ; c’est de cette position qu’il s’affirme vraiment comme maître. ».

 (« Il en est aussi de même dans la cuisine thaïe, où le responsable du résultat est celui qui découpe et prépare les aliments, le plus souvent en improvisant avec ce qui se trouve sous sa main, le chef en titre se contentant de les faire sauter ».)

« Toute la culture thaïe est sur ce modèle du ranat thum: l’improvisation en est la composante capitale, aussi bien dans la musique que dans le théâtre (notamment le likay). Et qui dit improvisation affirme la primauté de la variante. »

 ramakian

1.4 Et de l’anonymat et de l’improvisation. Je fais appel une fois de plus à Ajarn Chetana, dit-il : «La plus grande partie de notre ancienne littérature est improvisée, jamais archivée, appréciée et assimilée par un public sur place. […] Cette tradition est restée vivante dans notre société. […] Elle laisse un héritage qui n’a pas toujours la forme de l’écrit, car elle ne reconnaît pas la seule suprématie du texte ».

« Les troupes ambulantes d’amateurs ou de professionnels, se déplaçant d’un bout à l’autre du pays, sont innombrables. Et chaque village de province a sa troupe virtuelle, formée des gens du lieu et qui peuvent à quelques heures d’avis vous monter un likay ou un khon de circonstance; certains paysans, souvent illettrés, connaissent par cœur des tirades, ce qui est à peine concevable pour une mémoire occidentale. Evidemment, pour le savoir, il faut être sorti tant soit peu des sentiers battus et rebattus. »

 «  Il va sans dire, en conséquence, que dans une telle culture de l’improvisation, comme le note encore Ajran Chetana, on «ne porte que peu d’intérêt à la personnalité de l’auteur.»

 

Et Jean Marcel de reprocher à Barang de décider que « Chart Korbjitti, dont la Chute de Fak (1981) «a marqué la naissance du roman thaï moderne, en décrivant l’individu affrontant la collectivité.» « Nous y voilà! Un Thaï ne peut être un écrivain que s’il se conforme aux critères de l’Ouest: romancier, moderne et rebelle (ou maudit), et de façon plus moderne: sensationnel et provocateur dans les médias ».

-Chart Korbjitti

1.5 Bref, une littérature différente de la littérature occidentale.

 «  La littérature ayant au Siam un statut plus humble que dans nos parages, elle n’a pas de caractère utilitaire, si ce n’est, le plus souvent, son aspect didactique relatif à l’enseignement bouddhique ». Ou «  Les Siamois ne jouent pas leur Ramakien anonyme, non parce qu’il est un vestige de leur passé, mais parce que la représentation en est ngnam dans le présent - et c’est suffisant ».

« Loin des Thaïs l’idée d’une littérature nationale. S’ils se reconnaissent ainsi dans leur littérature (traditionnelle ou orale ou même contemporaine), ils ne la brandissent nullement comme une arme de revendication nationale, comme ont fait la plupart des jeunes littératures de l’Occident nées du mouvement des nationalités au 19e siècle, et comme le font encore aujourd’hui les communautés minoritaires de l’Occident, ou assimilées. »

 « Ajarn Chetana a montré de façon irréfutable que même les écrivains que l’on pourrait qualifier d’engagés, le plus souvent sous l’effet d’influences occidentales (surtout après les événements sanglants des années 70-73), ont peu à peu, non pas renoncé à l’engagement, mais tempéré leur pensée au profit d’une conception plus ample du monde et de son mystérieux destin. »

 

2/On se devait à ce stade résumer ce que nous avions appris sur la littérature thaïlandaise ? 

-          La littérature thaïlandaise est radicalement différente de la nôtre. Ce que ne semble pas penser Marcel Barang (le « plus actif des traducteurs de la littérature thaïe en français). Jean Marcel s’appuie sur l’autorité de Ajarn Chetana Nagavaraja, (qu’il considère comme le plus éminent humaniste thaï (à l’occidentale, dit-il).

 

-Elle privilégie la « nouvelle », forme qui se rapproche le plus de leur tradition orale, toujours aussi active, comme le Ramanakienle likai (théâtre comique) et le khon toujours joués par des troupes ambulantes d’amateurs ou de professionnels…et la chanson populaire, héritière directe de la tradition poétique séculaire.

 

Toute la culture thaïe est sur le modèle du ranat thum, à savoir  l’improvisation (Lorsqu’un maître joue avec son disciple, il se met d’office au ranat thum et laisse à son disciple le plaisir de déployer la mélodie principale au ranat ek ).

 

-   Seuls deux écrivains sont cités : le Lay Chiwit (1954) de Kukrit Pramoj et Chart Korbjitti, La Chute de Fak (1981). Ce qui fait peu pour notre enquête.

 

-    L’étude de Jean Marcel renvoie par contre, à une interview de Marcel Barang, un bon connaisseur sinon le meilleur connaisseur de la littérature thaïe, qui nous conseille de lire (traduit en français) :

 

-          « Win Liaowarin « que je considère comme le meilleur nouvelliste de Thaïlande » dit-il, et

-           

      Chart Korbjitti, La Chute de Fak, Seuil, 2003.

      Saneh Sangsuk, Venin, Poche - Seuil, 2002

      Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Seuil, 2000

      Nikom Rayawa, L’Empailleur de Rêves, Editions de l’Aube,1998.

      Seksan Prasertkul, Vivre debout, Editions Kergour,1998.

      Pira Sudham, Terre de Mousson, Picquier, 1998.

      Lek Nakarat, J. Nakarat et C. Juliet, La Goutte de miel, Picquier, 1998.

      Chart Korbjitti, Une histoire ordinaire, Picquier, 1992.

 

Nous avions le sentiment d’avoir une piste qui nous permettait d’avancer dans notre découverte de la littérature thaïe. Nous avions un programme de recherche :

-          La tradition orale thaïlandaise ?

-          Le ramanakien ? le likaï ? le khon ?

-          Quelques auteurs et œuvres qu’il fallait connaître et lire.

 

__________________________________________________________________________________

Bibliographie sommaire donnée par Jean Marcel

Barang, Marcel «Entretien avec Marcel Barang, traducteur», <www.eurasie.net/webzine/article> 21 mai 2003

Collectif Europe, no 885-886/janvier-février 2003.

Confiant, Raphaël “De l’euphorie triomphante…”, Le Monde, 17 mars 2006

Crofurd, John Journal of an Embassy to the Courts of Siam (1828), [reprint] Kuala Lumpur, Oxford University Press, 1967

Navagaraja, Chetana Fervently mediating (criticism from a Thai Perspective), Bangkok, Chomanad Press, 2004

Navagaraja, Chetana «The Thai Popular Song and its Literary Lineage», Comparative Literature from a Thai Perspective, Bangkok, Chulalongkorn University Press, 1996, p. 137-164

Pramoj, Kukrit Plusieurs vies, traduit par Wilawan et Christian Pelleaumail, Paris, «Langues & Mondes» - l’Asiathèque, 2003

Jean Marcel, « Lettres du Siam », l’Hexagone, 2002.

Site de Marcel Barang


Quant au succès de la « nouvelle» pour les Thaïs ?

On peut se souvenir ce que pouvait en dire Baudelaire :

beaudelaire

« Elle a sur le roman à vastes proportions cet immense avantage que sa brièveté ajoute à l’intensité de l’effet. Cette lecture, qui peut être accomplie tout d’une haleine, laisse dans l’esprit un souvenir bien plus puissant qu’une lecture brisée, interrompue souvent par le tracas des affaires et le soin des intérêts mondains. L’unité d’impression, la totalité d’effet est un avantage immense qui peut donner à ce genre de composition une supériorité tout à fait particulière, à ce point qu’une nouvelle trop courte (c’est sans doute un défaut) vaut encore mieux qu’une nouvelle trop longue. L’artiste, s’il est habile, n’accommodera pas ses pensées aux incidents, mais, ayant conçu délibérément, à loisir, un effet à produire, inventera les incidents, combinera les événements les plus propres à amener l’effet voulu. Si la première phrase n’est pas écrite en vue de préparer cette impression finale, l’œuvre est manquée dès le début. Dans la composition tout entière il ne doit pas se glisser un seul mot qui ne soit une intention, qui ne tende, directement ou indirectement, à parfaire le dessein prémédité. »

 

 

 

 

 

 

 

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