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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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21 août 2011 7 21 /08 /août /2011 23:07

Terre-de-moussonPira Sudham,  « Terre de mousson », encore ! pourriez-vous dire. En effet, nous avions découvert précédemment, ensemble, un petit roman de 84 pages intitulé aussi  « Terre de mousson », issu du livre « Enfances thaïlandaises ». L’explication est simple.

Nous étions restés, dans notre roman,  en février 1965, Pira Suddham va écrire la suite 5 ans après, pour terminer l’histoire de Prem qui s’achèvera  en juillet 1980. Il réécrira la partie, qui était parue dans « Enfances thaïlandaises », dans un style plus élaboré, tout en gardant la même structure. Mais nous avons désormais un autre écrivain, un grand roman de 270 pages.  « Terre de mousson » donc.


Nous n’allons pas reprendre la partie du roman déjà étudiée qui raconte donc la vie d’ un village de l’Isan de mars 1954 à février 1965 et les « rêves » de l’instituteur Kumjai pour vaincre l’ignorance et améliorer le sort des paysans du village de Napo. Cette partie se terminait sur un bilan d’échec et de découragement, et « son projet » d’aider le jeune écolier Prem à poursuivre ses études à Bangkok.


L’histoire reprend donc en août 1972, et va se poursuivre selon le même procédé chronologique en 10 dates jusqu’en juillet 1980. C’est un roman d’apprentissage, le roman de Prem, que l’on va suivre dans ses études et sa vie en Angleterre jusqu’ à son retour en Thaïlande et dans son village de Napo, huit ans plus tard. On se doute que nous pourrions avoir droit au sentiment de l’exil, à la confrontation de deux cultures, à ses « découvertes », ses interrogations, ses « expériences », ses « rencontres » marquantes, son évolution « intellectuelle », ses « projets » pour l’avenir…


On le retrouve donc en août 1972. Il est toujours au temple et vient de réussir brillamment l’examen d’entrée à l’Université. On apprend que son instituteur Kumjai l’a toujours soutenu et suivi, mais  qu’il vient de partir de « façon inattendue ». Son moine tuteur prend le relais pour l’aider en s’assurant qu’il respecte les 8 préceptes qui font un bon bouddhiste.

Après la 1ére année, il obtient une bourse pour aller étudier en Angleterre. Lors de l’entretien, il est interrogé sur sa participation ou non à la « révolte du 14 octobre 1973 ». Il se souvient alors que le moine tuteur l’avait protégé et que son ami Nit y avait été tué avec des centaines d’autres «  par des soldats et des tanks et des hélicoptères ». De retour au village pour annoncer son départ pour l’Angleterre, il apprend que Kumjai s’en était pris au chef du village et aux « autorités » pour un détournement de fond pour « son » école, et qu’il aurait rejoint les « communistes «  dans la jungle

 

maquis-communiste

Mais Prem ne comprend pas ce combat et estime que Kumjaï ne pouvait pas « s’élever contre les forces de ce pays »  et il avoue : « Kumjai m’effrayait avec sa lutte tenace contre la corruption, l’injustice et l’ignorance ».


En novembre 1974, il est en Angleterre. Il vient de recevoir une lettre de son frère Kiang qui lui transmet des nouvelles de la famille, qui désire sa présence, et qu’il va marier sa sœur Piang, et l’informe que sa « fiancée » Toon l’attend toujours. Pour l’heure, Prem apprécie la liberté vécue : « personne n’était là pour le surveiller, pour limiter ses lectures, contrôler ses pensées ». Il apprécie la liberté de parole des orateurs de Hyde Park, inimaginable sous la loi martiale thaïlandaise. Est-ce un début de conscience politique ? On peut en douter au seul sentiment exprimé d’être resté en vie lors du 14 octobre 1973, alors qu’il sait et dit  que les manifestations des étudiants avaient pour buts de « demander une constitution, le droit de vote, la liberté et l’abrogation de la loi martiale, en vigueur depuis 20 ans ». 

Il ne prend conscience en fait que de ses manques culturels et regrette de n’avoir que de vagues notions du  théâtre et de l’opéra. Par contre, il lit « tous » les auteurs anglais.

 

En décembre 1974, l’ambassade thaïe propose à Prem, malade, d’être hébergé chez Dhani, un autre thaï qui représente l’opposé de son milieu et de sa condition sociale. Il  appartient à l’élite politique  (son père a été ambassadeur aux USA et ministre des affaires étrangères), est issu d’une famille riche, cultivée, aux relations importantes. Dhani a quitté la Thaïlande à l’âge de 10 ans, a étudié à Lausanne, a passé une licence de maths à Oxford, étudie actuellement l’économie  dans une grande école prestigieuse. Prem est reçu cordialement dans un appartement raffiné, où tout respire le luxe ( meubles, costumes, et la voiture Mercédes devant l’immeuble). Dhani reçoit de nombreux amis thaïs issus de son milieu et  qui profitent de son standard de vie. Prem est même reçu avec Dhani par l’Ambassadeur thaï, un « ami » de son père.

Prem est alors loin des 8 préceptes bouddhistes qu’il avait promis de respecter. On attendait des questions, des interrogations, une critique même de ce style de vie luxueux et raffiné. On a un Prem appréciant sa chance d’avoir échappé au massacre d’octobre 1973, et limitant finalement  sa réflexion à la crainte de « devenir un érudit occidentalisé », à des contradictions qui n’ont comme inquiétudes que de « ne pas réussir à écrire des chansons » ! Car Prem ambitionne de devenir écrivain. « Il avait un rêve bien à lui, et c’était de devenir poète ».

poete

Il est certes un peu  gêné par les  pique-assiettes qui envahissent parfois l’appartement de Dhani, par leur aisance et leur cynisme, mais il oublie vite.

Il sera invité par Dani à Munich et va rencontrer Von Regnitz, un grand compositeur allemand, et Hofenbach, un grand chef d’orchestre mondialement connu. Nous n’allons pas ici  raconter les circonstances et la teneur  de ses rencontres, mais Prem est  si profondément marqué par ces deux grands artistes qu’il se demande s’il peut les garder « comme références pour essayer de créer des œuvres d’art en Thaïlande ». Il avouera : « Il faudra que j’invente un modèle de référence plus réaliste en quittant l’ Europe ».  On est bien dans des questions que peut se poser un étudiant qui a décidé de devenir écrivain


En avril 1976 (un an et demi plus tard), les contradictions, « les conflits et les tensions au contact de l’Occident » sont trop grands. Sa mauvaise conscience l’incite à écrire à son moine tuteur pour lui « confesser ses fautes », la trahison de l’engagement pris sur le respect des 8 Préceptes bouddhistes :


«  J’ai désobéi à la plupart des règles des Préceptes. Je mens, j’éprouve du désir, et je m’adonne à la luxure ; je me délecte du confort et du luxe (…) et je consomme des boissons alcoolisées ». Il se sent entre les deux mondes . « La tentation de se laisser dériver vers l’occident devient trop forte pour résister ». Un occident qu’il définit, à l’inverse du bouddhisme, par « l’engagement personnel, le désir, la conviction, l’individualisme et la consommation », « un besoin effréné de produire et de conquérir ».

Ses talents de poète  sont confirmés par le 1er prix d’un concours de poésie, même s’il rêve encore de devenir maître d’école dans un village de  l’Isan, mais précise-t-il, « avec un projet de survie » pour ne pas mourir comme Khumjai.


En octobre  1976, Prem est fortement marqué (traumatisé ?) par 2 événements majeurs. Il apprend par sa soeur, que Khumjai a été tué dans un accrochage avec l’armée ( « si Kumjai est mort, alors ils ont assassiné un innocent, un rêveur ») et que le 6 octobre 1976 « un nouveau soulèvement sanglant et un changement de gouvernement avaient eu lieu » à Bangkok.

bangkok 1976

Il se demande alors ce qu’il peut faire ? comment se rebeller ?


Il invoque alors l’éloignement, ses responsabilités au village (revoir sa mère malade, éviter un mariage à Toon, sa « fiancé »). Mais le réalisme, (l’égoîsme  ?)  reprend vite le dessus, pour reconnaître son aspiration « à devenir un universitaire et un poète » et  ses « fanfaronnades » sur ses désirs d’aider les pauvres, sa crainte d’avoir désormais « une mentalité anglo-saxonne ». Il est choqué par l’attitude de Dhani qui affiche son indifférence aux « évènements du 6 octobre », mais que fait-il ?  


Il décide d’arrêter ses études, de ne pas passer sa licence, de lire les livres qui l’intéressent…de voyager à Paris, à Berlin (en décembre 1978)…  et de se lamenter sur son sort  (septembre 1977) : il repense à la « malédiction » prononcée pas sa mère (« Tu seras misérable et apeuré, comme les petits oiseaux que tu as enlevés de leur nid »), de geindre : « il payait pour ses méfaits, il était destiné à mener la vie d’un exilé, même dans son propre pays », de se consoler, se racheter ( ?) en pensant retourner au village, à mener une vie de paysan et à écrire l’histoire de Khumjai, de Rit, et des « vieilles gens  sans nom ».

Il est perdu au milieu de ses pensées contradictoires. Il sait qu’il n’a pas le courage, la force, la détermination de Khumjai et de Rit, mais qu’il a besoin de retourner au Pays, au village. Voilà plus de 2 ans qu’il a arrêté ses études ! Il est temps.


En juin 1979, il est de retour à Bangkok. Il va directement au temple de Boropopit, mais son moine tuteur n’est plus là. « Il se retrouvait étranger dans cette ville lumière ». Désoeuvré, il ira boire dans des gogos. Mais le lendemain, il était de retour au village

On peut l’imaginer prendre des nouvelles de  la famille (de Toon), visiter sa sœur, son frère, le chef du village (sur les conseils de la mère), revoir les lieux de son enfance, repenser à ses amis d’alors, à l’école , entendre encore la voix de Khumjai  lui dire, une fois de plus :  « Il fallait que tu partes …pour apprendre… pour que tu saches que la pauvreté, l’ignorance et la corruption sont des données humaines qui peuvent être corrigées » .


Mais en fait on le revoit  au village sans trop savoir ce qu’il a décidé, ce qu’il veut entreprendre pour répondre au vœu de Khumjai ou de  Rit dont il se rappelait la mort, le 14 octobre 1973, comme de l’humiliation subie pas son père. Il était peut-être devenu un érudit « anglo-saxon », mais on ne l’avait jamais vu analyser ses journées de « révoltes » qui  avaient marqué l’histoire du pays, on ne l’avait jamais vu s’interroger sur l’engagement de Khumjai auprès des « communistes », ni même émettre la moindre idée pour « corriger » «  la pauvreté, l’ignorance, et la corruption ». Sa décision de jeter ses « oripeaux d’Occident », ses chaussures, sa montre et ses habits, paraissait bien dérisoire.


En juillet 1980, on était quand même surpris d ‘apprendre qu’il avait finalement décidé de se faire moine et d’assister à son ordination.   Mais un moine qui n’était pas encore « détaché » comme le veut le bouddhisme.

Il était encore dans le ressassement de son échec, dans le repentir du chemin pris, dans les regrets d’avoir choisi de continuer ses études, son désir d’être artiste, de ne pas voir « sauvé » Toon, et … « de n’avoir réalisé aucun des rêves de Kumjai ».

Il avait au moins la lucidité de reconnaître qu’il était « devenu un étranger dans sa propre maison ».


Que dire pour conclure ?

On avait eu le sentiment, au vu du prologue d’ « Enfances thaïlandaises », que Pira Sudham avait voulu nous faire « découvrir » les réalités physiques et spirituelles du village de Napo, un village d’Isan : le travail des rizières, le monde des esprits, le temple, les rites, la pauvreté, l’ignorance et la corruption… Il avait voulu partager l’amour qu’il portait à ses paysans, à  leurs valeurs… mais aussi son désir de changement. Le 1er « Terre de mousson », avec la figure de l’instituteur Kumjai incarnait ce désir d’éducation, ce projet de lutter contre   «  la pauvreté, l’ignorance, et la corruption », même s’il décrira, par la suite, son échec et ses désillusions et comment il fut conduit à prendre les armes et à rejoindre les « communistes ».


Mais on peut se demander pourquoi Pira Sudham a poursuivi son roman avec Prem, celui auquel Kumjai croyait. A moins, peut-être, qu’il se retrouvait dans ce personnage; qu’il avait eu le sentiment de fuir les réalités historiques et politiques de son pays, pour aller étudier en « Occident », qu’il avait eu le sentiment d’avoir abandonné sa famille, sa « fiancée », d’avoir trahi Kumjai, son ami Nit, et même l’engagement qu’il avait pris avec son moine tuteur de respecter les 8 préceptes.


Certes un personnage de fiction reste un personnage de fiction, mais j’ai le sentiment que Pira Sudham a dû se retrouver dans ce Prem, car comme lui, il aime « son peuple et sa terre », comme lui, il a été « arraché à la pauvreté grâce à son instituteur, puis à l’octroi d’une bourse » (Cf. préface d’ « Enfances thaïlandaises »). Mais à l’inverse de Prem, il s’est engagé concrètement pour aider les enfants à poursuivre leur études (Cf. par exemple son action au sein des « Enfants du Mékong »), et réussi à devenir un grand écrivain.       

 

 enfants-du-mekong2-jpg

 

 

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------Pira Sudham, Terre de mousson, 1998, Editions Philippe Picquier pour l’édition de poche.

1988, Shire Books pour l’édition originale.

1990, pour l’édition Olizane S A, Genève pour l’édition française.

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Isan
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commentaires

Thailsacien 05/09/2011 03:54



À lire aussi, malheureusement seulement disponible en anglais pour l'instant : "Shadowed Country", qui reprend Terre de mousson et sa suite "La force du Karma".


Quelques passages très intéressants sur les méandres de la politique à très haut niveau, notamment la formation d'un gouvernement.



grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 05/09/2011 09:16



Merci pour l'info.



Obeo 23/08/2011 02:40



Superbe roman que j'ai relu 2 fois


Felicitation pour vos chroniques


Obeo



Jeff de Pangkhan 22/08/2011 04:25



Un très beau roman,un titre magnifique,mais je ne m'étendrais pas...je rajouterais a ce très bon article que ce roman plus ou moins autobiographique est, mis-a-part  les magnifiques
descriptions de la vie et des habitants de Napo,une réflexion sur la conscience le l'homme devant sur son devoir collectif et son envie individuel,le bien et le mal pour faire court...On
remarquera que ces conflits intellectuels vue d'un esprit thaïlandais  de surcroît d'un individu venu d'un milieu très simple, est a mille lieue de notre façon de penser et de voir les
choses!


Jeff,les pieds dans l'eau(enfin)!