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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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23 avril 2014 3 23 /04 /avril /2014 23:02

titre.jpgLe 18 avril 1855, en moins d’un mois, Bowring obtient la signature d’un traité qui marque le début de l’ouverture du Siam au commerce avec les nations occidentales dans le cadre des « croisades » européennes contre les empires de l’Asie. Ce ne sont plus des aventuriers ou des missionnaires qui partent à l’aventure comme deux siècles auparavant, c’est tout simplement l’intérêt commercial qui prime : Ouvrir de nouveaux marchés et conquérir des consommateurs tout en brandissant le drapeau de la civilisation et les enseignes de la foi comme paravent à une évidente cupidité.


Ce traité qui procure d’énormes avantages aux Anglais est incontestablement l’œuvre de Bowring, un personnage hors du commun.


***

Qui est John Bowring ?


Né le 17 octobre 1792 dans le Devonshire,

 

devonshire

 

fils d’un très modeste négociant en laine de famille puritaine et unitarienne (donc hérétique par rapport à l’église anglicane), il entre à 13 ans dans l’entreprise de son père (1) tout en trafiquant en 1813 sur des fournitures à l’armée de Wellington en Espagne. Sa famille n’a point d’autres rapports avec la noblesse que ses prétentions.

C’est un autodidacte qui sera tour à tour philosophe (fils spirituel de Jeremy Bentham

 

bentham

 

qui inspirera Stuart Mill),(2)polyglotte (il parle à peu près toutes les langues européennes (français, italien, espagnol, portugais, hollandais, danois, suédois, russe, serbe, polonais) ayant pour le compte de son père visité tous les pays d’Europe pour y vendre la laine ; écrivain (il est responsable de la traduction de nombreuses œuvres poétiques) (3), journaliste à la « Westminster Review » (4),

 

revue

 

journal « radical » fondé par Bentham, trublion révolutionnaire. Il participe au complot contre le régime de Charles X ayant conduit à l’exécution en 1822 des malheureux « sergents de La Rochelle » (5).

 

sergents

Il est, au bénéfice d’on ne sait quelles protections, chargé par le gouvernement de diverses missions d’études en Europe. En 1834, par exemple, le gouvernement le charge d’une mission d’études pour aller étudier le vignoble français (Languedoc, Bordelais,

 

Petrus

 

Champagne, Bourgogne) (6) (7).


Il a aussi des ambitions politiques qui lui coûteront fort cher, tantôt élu tantôt battu à la Chambre des communes. Quand il est élu (son dernier mandat dura de 1841 à 1849), il défend avec talent à la chambre, sur tous les sujets,  les projets le plus révolutionnaires et les plus extravagants (pour l’époque) : indépendance de la Grèce, émancipation des catholiques, école gratuite et obligatoire, droit de vote des femmes, percement d’un canal pour traverser l’isthme de Kra (8),

 

kra

passage au système métrique, abolition de l’esclavage, suppression de toute législation protectionniste et surtout, à la suite de Bentham, il est un partisan forcené du libre échange qu’il estime devoir être un remède à tous les maux dont souffre le monde à son époque, liberté du commerce à tout prix.


Pour financer ces activités politiques, il se lance dans l’industrie du fer en pays de Galles et s’y ruine. Il est à la limite de la banqueroute voire de l’escroquerie. C’est alors qu’il obtient son premier poste lucratif (paraît-il) en 1849, celui de Consul d’Angleterre à Canton (le gouvernement était probablement satisfait d’envoyer au loin cet agitateur) puis en 1854, celui de gouverneur et vice-amiral à Hong-Kong, il est également anobli, dorénavant, c’est Sir John. Il a eu le temps d’apprendre le chinois mandarin.


***


Dés sa montée sur le trône, le 2 juin 1851, le roi Mongkut est conscient que le développement du commerce extérieur de son royaume pourrait stimuler la production agricole de son pays, augmentant ainsi la prospérité de ses sujets et par là les recettes de son trésor.


Dès les premiers jours de l’année 1852, un décret diminue déjà d’un tiers la taxe sur les navires étrangers tout en annulant l’interdiction d’exporter le riz, donnant toute liberté aux agriculteurs siamois de vendre leur sucre et autorisant à nouveau sous condition la production d’opium (« drogue pernicieuse ») à la seule condition qu’il soit vendu aux Chinois. Cette proclamation est faite sous la signature des deux rois « souverains réunis » du royaume et le « premier ministre des affaires étrangères », le prince Si Suriyawongse (สมเด็จเจ้าพระยาบรมมหาศรีสุริยวงศ์), de la famille des Bunnag.

Anglais (et Américains) résidant dans le royaume ont également la liberté de circulation, celle d’ « obéir aux préceptes de leur conscience » c’est-à-dire la liberté religieuse tout simplement, un esprit de tolérance inimaginable à cette époque en Asie du sud-est.


Les Français n’avaient eux, pas été oubliés puisque lors de l’installation de Jean-Baptiste Chaigneau comme consul de France à la Cour de Hué en 1821,

 

Chaigneau

 

le roi Rama III avait fait savoir qu’il verrait d’un bon œil que le commerce français se portât vers Bangkok, proposition à laquelle le gouvernement de Louis XVIII qui avait d’autres soucis ne donna aucune suite.


***

La situation est donc devenue favorable et, en 1855, et le gouvernement anglais va charger Sir John, lors gouverneur de Hong-Kong et ambassadeur en Chine, d’effectuer une nouvelle tentative pour ouvrir le Siam aux navires et au négoce anglais (9).


Ses pouvoirs dataient en réalité de l’année précédente, mais il n’avait pu accomplir sa mission devant le refus de l’amiral James Stirling, commandant en chef les forces navales de Chine et des Indes

 

Jamesstirling.jpg

 

de lui fournir le moindre vaisseau compte tenu de la présence de navires russes dans les eaux chinoises. Nous étions en effet en pleine guerre de Crimée.


Pour quelles raisons cette mission d’importance fut-elle confiée à un ambassadeur résidant en Chine plutôt qu’à un diplomate de Singapour géographiquement beaucoup plus proche, la question reste posée, talents spécifiques de Bowring ou protections particulières au sein du gouvernement ? Ses compétences linguistiques n’y sont probablement pas étrangères ?


L’ambassade anglaise arrive au Siam.


Sir John accompagné de son principal secrétaire, M. Parkes, consul d’Angleterre à Canton,arriva le 25 mars 1855 à l’embouchure de la Maenam sur le Rattler, corvette à hélice puissamment armée, une forteresse flottante (10).

 

Rattler-2.jpg

 

Il reçoit la visite de la douane. Des difficultés linguistiques s’élèvent : Sir John parle chinois mandarin à un lettré qui le traduit à un autre lettré en chinois de Canton qui le traduit à un autre en chinois du Fokien qui le traduit enfin en Siamois au dernier lettré. Sir John a du regretter alors de n’avoir pas appris le siamois (11) !


Les douaniers retournent enfin au port de Paknam accompagnés par quelques officiers de la corvette chargés d’annoncer au gouverneur la visite du plénipotentiaire anglais. Le gouverneur leur réserve un accueil chaleureux mais leur apprend qu’il existait à la cour un parti hostile aux Européens, qui se posait la question de savoir s’il ne valait pas mieux éconduire cette ambassade dans les mêmes humiliantes conditions que les précédentes.


Sir John est inquiet mais le 28 mars, une lettre du roi écrite en parfait anglais assure « son respectable et gracieux ami » qu’il est satisfait de sa visite et l’informe  que des ordres avaient été donnés pour qu’il soit reçu à Paknam avec les égards dus à son rang et ensuite le conduire à Bangkok.


Une question préoccupe Sir John, sa corvette sera-t-elle autorisée à remonter le fleuve jusqu’à la capitale pour déployer orgueilleusement aux yeux des siamois le pavillon britannique ? Ce grave problème protocolaire fut réglé le 29 mars : Sir John et sa suite seront transportés à Bangkok dans les embarcations royales, conformément au cérémonial en usage pour les ambassades étrangères, et le Rattler se mettrait en route le lendemain pour mouiller à l’entrée de la ville.


Il fallut cinq jours encore, jusqu’au 3 avril, pour discuter des les détails de la réception qui serait faite à Sir John. On lui proposa d’abord de lui appliquer les règles utilisées des ambassadeurs de Cochinchine ou d’Ava. Sir John représente sa majesté Victoria, « par la Grâce de Dieu, Reine du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande, Impératrice des Indes, Défenseur de la Foi ».

 

victoria

 

Les prétentions de Sir John se situent à un autre niveau, il exige de bénéficier des honneurs accordés à l’ambassadeur du roi Louis XIV, repoussant avec indignation l’assimilation entre lui les envoyés des roitelets asiatiques. Les Siamois s’inclinèrent.


Tous les jours, d’ailleurs, sir John recevait du roi un courrier amical accompagnée de cadeaux. De visiteurs se rendaient à bord du Rattler, tous pleins de prévenances, beaucoup savaient l’anglais, quelques-uns avaient même voyagé en Europe ; ils s’intéressaient à tout sur tout ce qu’ils voyaient à bord, suscitant des explications et des confidences, flattant l’orgueil de leurs hôtes par leurs compliments ce qui les dispensait de répondre aux questions qu’on leur adressait sur leur pays. Ils avaient probablement des instructions, observer les Anglais et deviner leurs intentions, car l’arrivée d’un navire de guerre européen et plus encore anglais est toujours un évident sujet d’inquiétude.


Connaissant l’histoire des Indes, de la Chine et celle de la Birmanie, on conçoit parfaitement les soucis siamois.

 

chine

 

Quel était le but réel de la présence du Rattler  et de la mission confiée à sir John ? En tous cas les impressions recueillies par ces « observateurs » furent favorables puisque le 3 avril le roi envoie son premier ministre à Paknam pour informer Sir John qu’il trouvera à Bangkok le meilleur accueil. Le jour même, sir John partit pour la capitale. Quatorze embarcations royales sont affectées au transport de la mission. Celle destiné à l’ambassadeur était somptueuse.

 

balons

 

C’était bien ainsi qu’au XVIIème siècle l’ambassade de Louis XIV avait solennellement remonté le fleuve : Les honneurs rendus à sir John lui permettent de reconnaître le cérémonial décrit par l’abbé de Choisy et par La Loubère. À mi chemin, la flottille s’arrête une demi-heure dans un petit port où elle est reçue par un mandarin d’origine portugaise qui lui offre une copieuse collation. Il faut se remettre en route et on atteint Bangkok à six heures du soir.  Mais le roi ne laisse pas à Sir John le loisir de faire du tourisme. À peine installé à Bangkok, dans la maison qui lui avait été préparée par ordre du roi, recommence la même correspondance amicale qu’à Paknam. Mais il se pose une nouvelle question d’étiquette, celle du salut protocolaire des vingt et un coups de canon que devait faire la corvette en arrivant à Bangkok. Le roi craint que le bruit du canon n’affole son peuple et juge nécessaire de publier une proclamation pour rassurer à l’avance les habitants de sa capitale. C’est chose faite et le lendemain à une heure de l’après-midi, le Rattler  jette l’ancre et fait le salut qui lui est immédiatement rendu par un nombre égal de coups de canon provenant de l’artillerie d’un fort voisin.


L’audience royale.


Ces prolégomènes ont duré 10 jours bien que le roi fut impatient de recevoir sir John. Aussi, sans attendre l’audience officielle, le roi convoque de façon informelle l’ambassadeur en son palais. Il lui confirme son désir d’entrer en relations avec l’Angleterre et de favoriser le commerce avec l’étranger. La conversation se prolongea plus de deux heures et il fut convenu qu’avant d’engager officiellement une discussion diplomatique, l’ambassadeur et ses attachés se mettraient en rapports avec les hauts fonctionnaires, afin de préparer les bases d’un traité. Les deux interlocuteurs se séparèrent, fort satisfaits l’un et l’autre.

Le lendemain 5 avril, sir John rendit visite au premier ministre, et au ministre des affaires étrangères. Le 6, il eut une conférence avec un autre haut fonctionnaire. Il eut le même jour une seconde audience avec le roi qui lui fit visiter ses appartements particuliers. Une décoration diplomatique (évidemment !) : parmi les ornements figurent des bustes de la reine Victoria et du prince Albert !


albert

 

La discussion porte sur l’histoire du Siam et sur les sciences de l’Europe ; Le roi fait étalage de sa culture, parle latin et anglais, discute astronomie sur la découverte de la planète Neptune quelques années auparavant. Mais on ne peut encore entrer dans le vif du sujet puisque la date de l’audience solennelle doit être fixée par les astrologues.


Les négociations.


C’est le 8 avril seulement que le premier ministre informe Sir John de la désignation de cinq plénipotentiaires siamois. Il va donc être possible de procéder immédiatement à la discussion du traité avant l’audience solennelle qui en suivrait la signature. Le ministre précise que l’on serait disposé à concéder les principaux points débattus dans les discussions officieuses qui s’étaient succédées depuis l’arrivée du Rattler, et que probablement tout pourrait être terminé en trois jours.


Malheureusement, deux des cinq dignitaires étaient de ceux qui avaient fait échouer la mission de M. Crawfurd en 1822


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et celle de sir James Brooke en 1851.

 

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Mais les trois autres étaient des anglophiles avérés. Sir John en fut presque rassuré.


Sa mission.


Sa mission consistait ni plus ni moins qu’à détruire entièrement le système économique en vigueur et le remplacer par une législation excluant le régime arbitraire auquel étaient jusqu’alors soumis les Européens résidant à Bangkok :


- Produits du sol grevés de lourdes taxes,

- Commerces et industries constitués en monopoles affermés par le trésor royal tombés aux des Chinois, maîtres en matière d’exactions,

- Taxes exorbitantes sur les marchandises importées de l’occident,

- Quasi interdiction faite aux occidentaux de posséder des établissements fixes et de circuler en dehors de Bangkok,

- absence totale de garantie sur leurs biens et leurs personnes.


Ce qui explique de la population européenne était toujours demeurée presque nulle. Les réformes de 1852 n’avaient été que ponctuelles.

Sir John et ce fut là son grand talent, l’un des premiers et des plus ardents défenseurs du free-trade en Angleterre ne dut pas être embarrassé pour exposer aux Siamois les avantages que leur procurerait, particulièrement sous le rapport fiscal, la libre circulation de leurs produits : les plénipotentiaires furent convaincus et souhaitèrent que le traité fût conclu au plus vite.  Le 15 avril la rédaction des articles était arrêtée dans un sens conforme aux demandes de l’ambassadeur anglais.


Le traité est signé.


L’audience solennelle fut fixée au 16 avril. Elle fut magnifique. Le lendemain sir John Bowring fut reçu par le second roi, mêmes formalités et même somptuosité.

reception


Les signatures furent apposées par les plénipotentiaires le 18 avril, et le même jour le Rattler, après avoir salué de vingt et un coups de canon cet heureux événement, quitta Bangkok pour retourner à son premier mouillage devant Paknam, où l’ambassade devait le rejoindre sous peu de jours. Sir John n’attendait plus pour partir que l’audience de congé, pendant laquelle le roi devait lui remettre solennellement une lettre autographe adressée à la reine Victoria. L’audience fut fixée au 24 avril. Le lendemain 25 avril, l’ambassade se rembarqua à bord du Rattler, qui leva l’ancre et mit le cap sur Hong-kong.

portrait

 

Au mois de mai 1856, les ratifications du traité furent échangées à Bangkok. M. Parkes, chargé de cette mission par le gouvernement anglais, obtint l’addition de diverses clauses destinées à compléter l’œuvre de sir John.

La cour de Siam se montra disposée à interpréter largement le traité conclu l’année précédente et à l’exécuter de la façon la plus libérale. Déjà plusieurs navires anglais s’étaient présentés à Bangkok : décidément abolis, au grand désespoir des Chinois, mais au profit des populations et du trésor. Dès la première année d’expérience, les ministres siamois purent se convaincre que le nouveau régime était avantageux pour leur pays, et que les leçons d’économie politique professées par sir John étaient bonnes à mettre en pratique. 

Dans les années qui suivirent ce traité, les importations de textile (cotonnades) remplacèrent progressivement la production artisanale locale et le Siam se spécialisa rapidement dans l’exportation du riz jusqu’à devenir (au milieu du siècle dernier) le premier exportateur mondial.

Ce traité va intégrer le Siam dans l’économie mondiale – et aussi dans le capitalisme sauvage du XIXème siècle - avec un rôle écrasant des Sino-thaïs, un seul groupe non chinois émergera dans le capitalisme local, la Siam cement

 

siam cement

soutenue par le Crown Property Bureau qui gère les capitaux de la couronne (12).


***

Le texte du traité ?

 

Le texte du traité comporte douze articles, il est bref mais lourd de conséquences économiques :

Après les sempiternelles promesses d’amitié éternelle, il affirme le droit pour les sujets anglais de résider et de commercer librement au Siam. La liberté religieuse était déjà acquise.

Il prévoit l’installation d’un consul d’Angleterre qui aura juridiction sur les sujets anglais et sur les litiges entre les Anglais et les Siamois. C’est l’instauration du privilège d’exterritorialité dont nous avons longuement parlé (13). C’est la première fois que le Siam accorde ce privilège à des étrangers.

Les sujets britanniques ont obtenu le droit de commercer librement dans tous les ports maritimes, et à séjourner de façon permanente dans Bangkok. Ils sont autorisés à acheter ou à louer des biens dans les environs de Bangkok  et autorisés à se déplacer librement à l'intérieur du pays avec des laissez-passer délivrés… par le consul.

Le traité fixe (à la baisse !) les taxes d’importation et d’exportation à 3%, lesquelles importations et exportations sont libres.

Le négoce entre les britanniques et les Siamois est entièrement libre.

Le gouvernement Siamois se réserve toutefois la possibilité d’interdire l'exportation de sel, de riz et de poisson en cas de disette.

 

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***

C’est officiellement un « traité d'amitié et de commerce ».

 

traité d''amitié

 

Le roi Mongkut le signa-t-il par sympathie particulière ou sous contrainte de l’établissement britannique à ses frontières ? Etait-il en position de négocier avec la Grande Bretagne qui avait démontré sa puissance militaire lors de la première guerre de l'opium avec la Chine ? Sir John avait-il pour instructions d’utiliser en tant que de besoin la « politique de la canonnière », nous ne le saurons probablement jamais.


politique.jpg

 

Aussi s’empressa-t-il de faire des avances aux représentants des autres puissances. Il joue un jeu subtil qui va réussir à son pays.

La parole sera bientôt à la France.


***

Sir John retourna finir ses jours en Angleterre, bénéficiant en 1859 d’une retraite avec pension.


Mais il continuera des aventures plus ou moins tumultueuses (et probablement rémunérées) dans la « carrière » jusqu’à devenir Ambassadeur du gouvernement d’Hawaï non encore colonisée par les Anglais, auprès des gouvernements européens ! Il mourut paisiblement à 80 ans, le 23 novembre 1872 dans son village natal où il est inhumé.

 

tombe

 

Il nous a laissé un précieux ouvrage, « The Kingdom and the people of Siam » publié à Londres en 1857 en deux volumes. Il y reprend pour partie dans le second volume le récit de son ambassade dans un style moins administratif que ses rapports au Foreign office et nous livre ses impressions sur le pays, avec le mérite, lorsqu’il ne sait pas, de citer ses sources, essentiellement Monseigneur Pallegoix dont l’ouvrage avait été publié en 1854.

 

livre


 

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Notes


(1) « Autobiographical recollection of Sir John Bowring » Londres 1877. Une biographie écrite par l’un de ses fils, Lewin Bowring, sur plus de 400 pages, reposant essentiellement sur les souvenirs écrits par son père.

memoires

 

(2) Jeremy Bentham se disait « citoyen du monde ». Il est le fondateur de la philosophie « utilitariste » et précurseur de Stuart Mill,  philosophie dans le détail de laquelle nous nous dispenserons d’entrer. Il serait l’auteur de cet aphorisme qui serait à mettre en tête d’une anthologie de la bêtise humaine « Jésus Christ is the free trade », interprétation hardie et plus encore de l’évangile de Saint-Jean relatant l’épisode du Christ chassant les marchands du temple (Jean II 13-25).

 

marchands

 

Leur bête noire était le « corn law », législation protectionniste qui interdisait pratiquement l’importation des céréales en Grande-Bretagne.

 

corn laws

 

Ces théories économiques ont fait l’objet de critiques sanglantes d’un autre théoricien de l’économie, Karl Marx.

 

free trade 2


(3) Extraits de poètes russes  (1821–1823), Anthologie batave (1824), Poésies anciennes et romances d'Espagne  (1824), Extraits de poètes polonais, Poésie populaire serbe, tous deux publiés en 1827, et La poésie des Magyars (1830). Certains, mais nous ne sommes pas aptes à juger, disent que ces traductions sont « misérables » (« Le livre » tome I à Paris, 1880.)


(4) Il sera obligé d’en suspendre la publication pour s’attaquer de façon trop visible au « politiquement correct » de l’époque et surtout faute de ressources financières (« Histoire de la presse en Angleterre et aux Etats-unis » par Cucheval-Clarigny, à Paris, 1857.)


(5) Lafayette et le Duc d’Orléans s’étaient lancés dans un complot contre le régime de Charles X qui se termina en catastrophe. Arrêté et incarcéré à Boulogne, en passe d’être fusillé, Bowring qui joua un rôle trouble dans ce complot fut relâché sur on ne sait quelles obscures protections, lui-même étant fort discret à ce sujet. Seuls les « porte-flingues » les quatre malheureux « sergents de la Rochelle » payèrent de leur vie (guillotinés en place de grève le 21 septembre 1822) pour avoir refusé de dénoncer les commanditaires du complot.  Si Bowring était de ces commanditaires, ce qui est plausible, l’épisode n’est pas à son honneur. Le réquisitoire de l’Avocat général a lancé cette phrase assassine au visage de ces commanditaires : « Où sont-ils ces seigneurs qui, dans l’insolence de leur turbulente aristocratie, disent à leurs serviteurs : – Allez tenter pour nous les hasards d’une insurrection dont nous sommes les actionnaires ! Nous paraîtrons au signal de vos succès… Si vous succombez dans une agression tumultueuse, nous vous érigerons, à grand bruit, des tombeaux ! ».

Il est possible aussi que Louis XVIII, hébergé et pensionné par les Anglais durant son exil avait à leur égard une dette de reconnaissance et ne voulut pas avoir la mort d’un Anglais sur la conscience ?

« Detail of the arrest, imprisonment and liberation of an Englishman by the Bourbon government of France », Londres 1823. L’auteur anonyme de ce follicule ne craint pas de blâmer la justice pénale française pour avoir incarcéré Bowring pendant trois semaines alors que dans son pays on pendait encore comme des bécasses les enfants voleurs de pommes à l’entrée des villages.

Bowring fut naturellement interdit de séjour en France où il ne pourra revenir qu’après la révolution de juillet 1830.


(6) « Le Figaro » est lucide sur ce voyage d’études : « envoyé d’Angleterre pour étudier les vins de France, il s’est beaucoup entretenu ces jours derniers avec les principaux négociants en vin de Beaune. Ce sont là des entretiens fort agréables pour un gourmet ». (Numéro du 19 septembre 1834). Ses dégustations œnologiques le conduisirent à présenter à la chambre des communes en mai 1847 une motion tendant à supprimer les droits sur les vins étrangers et notamment les français ! (« De la législation sur les boissons, son histoire, son état actuel, sa réforme » par Ph. Millet, Paris, 1847). Malgré un fort soutien à la chambre (les amateurs de vins de Bordeaux sont toujours encore nombreux en Angleterre) et le soutien du Chancelier de l’échiquier (amateur de vins de Bordeaux ?) la motion fut rejetée.

Bordeaux.jpg

(7) Curieux de tout encore, il obtient de Samson, le bourreau officiel, une démonstration « sur pièces » de l’usage de la guillotine, un « spectacle qui l’intéressa beaucoup »  («  Dix ans à la Cour du roi Louis Philippe » par B. Appert, à Paris, 1846).  Rien de morbide dans cet « intérêt » puisque le spectacle le conduira à devenir un fervent partisan de l’abolition de la peine de mort, encore une idée à contretemps à son époque.

franquin

 

 

(8) Le percement d’un canal dans l’isthme de Kra, la partie la plus étroite de la Thaïlande, moins de 10 kilomètres, est un véritable serpent de mer au Siam (« L’ami des sciences », tome V, 1859).


(9) Le récit détaillé de cette mission résulte des très longs rapports que fit Sir John au Foreign office , reproduits (et traduits) dans l’ouvrage de Charles Meynard « Le second Empire en Indochine, Siam, Cambodge, Annam », 1891. L’article de C. Lavollée « Le royaume de Siam et une ambassade anglaise à Bangkok » in Revue des Deux Mondes, 2e période, tome 12, 1857 (pp. 335-366) est pour la plus grande partie fondé sur le texte de ce rapport.


(10) Rattler, « le crotale », cette corvette armée de deux ou trois dizaines de canons de fort calibre, avait fait merveille (si l’on peut dire) lors de la guerre anglo-chinoise de l’opium en 1842 et en Birmanie. (« Ships of the Royal Navy : The Complete Record of all Fighting Ships of the Royal Navy »  London 1969 ISBN 978-1-86176-281-8). Le choix de ce navire est probablement significatif, à cette date, la guerre de Crimée est d’ores et déjà perdue pour la Russie et les Anglais n’avaient plus rien à craindre d’une attaque navale en mer de Chine.  C’est tout simplement une puissante canonnière. James Brooke serait à l’origine de l’expression « politique de la canonnière » … sans garantie d’origine, la source étant Wikipédia l’invérifiable.


(11) La légende selon laquelle il était « hyperpolyglotte », comprenait 200 langues et en parlait 100 relève d’une totale fantaisie Wikipediesque. Il n’a en tous cas jamais appris le Siamois ! Dans ses mémoires (note 1), il en cite une bonne douzaine ce qui est déjà un challenge.


(12) La deuxième plus grande entreprise de Thaïlande et la 620ème dans le monde selon le classement Forbes selon son site http://www.scg.co.th/landing/ dont une partie du capital est détenu par « The crown property bureau »

(http://www.crownproperty.or.th/en/ Une partie du site est en cours de construction). Cet organisme qui, comme son nom l’indique, gère les propriétés de la couronne et investit des milliards de baths dans des projets d’intérêt général (art, culture, social, éducation, environnement …). Ses bénéfices annuels sont de plusieurs milliards de baths (5 en 2004).


crown.jpg

Voir aussi « La formation de la classe capitaliste thaïlandaise et son mouvement de recomposition dans les années quatre-vingt  » par Kevin Hewinson, in « Tiers monde » volume  31, n° 124)

(13) Voir notre article « Le Siam n’a jamais été colonisé, vous en êtes sûrs ? » ?

 

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