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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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6 juin 2012 3 06 /06 /juin /2012 23:01

titre« C’est à Sukhotaï et à Si Sachanalaï, capitales « jumelles » distantes de 55 kilomètres, que s’est élaborée l’architecture religieuse du royaume de Sukhotaï. Profondément originale, adaptant les formules les plus diverses, elle devait, comme la statuaire, survivre durant quelques deux siècles à l’annexion de la contrée par Ayuthaya » (1).


L’ architecture ?


« L’architecture est la mère de tous les arts », une citation que l’on attribue tantôt à Vitruve, tantôt à Diderot, en réalité une vérité éternelle du jour où l’homme est sorti de son abri sous roche ou d’une caverne pour édifier la première habitation humaine construite puis décorée. Pour Vitruve, architecte romain (entre 46 av. J.-C. et 30 av. J.-C) l'architecture doit posséder trois qualités, traduites en français par matériaux, solidité et plaisir pour l'oeil, c'est-à-dire une bonne construction et le sens de l'esthétique. Il exige que ces trois qualités soient réunies dans une construction pour que l'on puisse parler d'« architecture » (2). Jusqu’au XVIIIème siècle, la langue français ne différenciait pas l’artisan de l’artiste. La technique rejoint la beauté et le maître d’oeuvre du Pont du Gard ou le sculpteur du « sourire de Reims » sont restés des artisans anonymes.


sourire-de-reims


L’architecture siamoise ?


La Loubère (3) nous décrit scrupuleusement l’architecture siamoise, sans manifestement avoir été impressionné par son caractère « esthétique ». Il est vrai que pour lui qui connaissait le Palais et la chapelle du Palais de Versailles, le temple siamois dont il nous donne un aperçu, (loc. cit. p 118) ne dut pas faire grande impression,

 

temple la loubère

pas plus que les maisons de bois ou de briques. Il nous a déjà donné une opinion peu positive de la musique siamoise (4) et son opinion sur les arts vaut d’être citée  (loc. cit. p 268 s.) : « Ils n’ont point de corps de métier et les arts ne fleurissent point parmi eux non seulement à cause de leur paresse naturelle, mais encore plus à cause du gouvernement sous lequel ils vivent. Comme il n’y a nulle sûreté pour le bien des particuliers, sinon à le bien cacher, chacun y demeure dans une si grande simplicité que la plupart des Arts ne leur sont pas nécessires et que les ouvriers n’y sauraient trouver le juste prix des ouvrages auxquels ils voudraient mettre beaucoup de dépense et de travail ».

La Loubère écrivait en 1691.


Monseigneur Pallegoix (il écrit en 1854) a une vision moins négative de la musique (5) et (4), et c’est surtout l’accumulation de l’or et de l’argent qui a attiré son attention dans l’architecture religieuse,  mais sa vision de l’Art siamois n’est pas non plus très positive : « Les Thais ont pris les Chinois pour modèle dans l’art de la peinture et du dessin et jusqu’à présent, ils sont restés bien en dessous de leurs maîtres ; leurs dessins sont grossiers, ils ont un cachet grotesque et qui n’ imite jamais la nature » (loc. cit. p 347 s.)

Il est beaucoup plus admiratif en ce qui concerne l’architecture proprement dite «  L’architecture est un art qui a toujours été bien cultivé à Siam » et la sculpture sur bois que l’on trouve dans la moindre maison et sur la moindre barcasse.


Mais l’un et l’autre ignorent les sites de Sukhotai.


Henri Mouhot qui fit découvrir au monde les ruines d’Angkor visite en 1868 Ayuthaya et trouve la ville dans le même état que ce qu’était probablement alors Sukhotaï : « Les thaïs aiment ce qui brille, vrai ou faux ….. Comme la beauté d’un temple siamois ne consiste pas dans son architecture mais bien dans la quantité d’ arabesques qui recouvre ses murs de briques et de stuc, il cède bientôt à l’action du temps et devient, s’il est négligé un amas informe de bois et de briques recouverte de toutes sortes de monuments parasites….. » (6)

 Timbre Mouhot


La redécouverte de l’ancienne capitale Sukhotaï par les Français.


C’est à deux explorateurs français, Louis-Lucien Fournerau et le Commandant Lunet de la Jonquières-deux précurseurs-que nous devons, que les Thaïs doivent en grande partie, la découverte de leur ancienne capitale dont les vestiges sont aujourd’hui inscrits au patrimoine mondial de l’humanité depuis 1999.


Louis-Lucien Fournereau, architecte de profession et archéologue de vocation fut investi en 1891 d’une mission officielle de recherches archéologiques par Léon Bourgeois, ministre « de l'instruction publique et des beaux-arts » entre 1890 et 1892, qui a laissé le souvenir d’un grand spécialiste du sanscrit.

Fort pragmatique, Fournereau (7) rétribuait de petits siamois pour qu’ils recherchent les ruines au milieu de la luxuriante végétation.


enfants Fournereau


Les dessins de son collaborateur Bouvier (page 367) nous expliquent ses propos « L’on éprouve une certaine difficulté à se figurer que c’est là l’emplacement de l’antique et puissante Sukhôdaya ». Quant aux moines qui viennent quémander quelques ticaux, « ils ne saurons pas nous guider à travers les ruines, dont ils soupçonnent à peine l’existence, mais encore leur ignorance crasse les met hors d’état de comprendre ce que nous leur disons par la bouche de notre interprète ». Il nous dit, non sans raison « Que de trésors archéologiques resteraient inconnus si l’explorateur n’avait pour le soutenir, la soif de l’inconnu ! »

photos founereau

En 1904, le Commandant Lunet de la Jonquières (8) s’est rendu depuis le nord jusqu’à Sukkhotai (en charette à buffles, traversées de « fleuves empestés ») qu’il atteint le 28 novembre après un mois et demi d’un voyage émaillé d’incidents multiples qu’un laissez-passer du Prince Damrong facilite quelque peu. « Sukkhotai signifie « aurore du bonheur » ; quel plus joli nom trouver à une ville naissante ? Le mieux est qu’il fut justifié puisque celle-ci devint le berceau de la nation siamoise, la capitale d’où partirent les armées qui ébralèrent la suprématie cambodgienne dans la peninsule et assurèrent la liberté des peuples « thai » ». Après une analyse savante de la fameuse stèle de Ramakhamhèng, il nous décrit ce qu’est alors Sukkhotaï : « Aujourd’hui la forêt recouvre tout ce qui fut autrefois la capitale de prédilection de Rama Khomeng... ». Il loge dans un modeste sala. « Tout autour, ce ne sont que fourrés épineux, hautes herbes, marais, avec ça et là des colonnes en briques décapitées, des pans de murs écroulés, des statues brisées et abandonnées ». Il croit reconnaître dans des levées de terre les anciens remparts de la ville. «  A en croire les inscriptions, il y eut donc entre ces remparts à l’époque de la splendeux de la cité, des pagodes et des édifices religieux en grand nombre. Peut-être en trouverait-on les vestiges .... Du palais lui même, il ne reste plus rien que le soubassement, un terre plein quadrangulaire d’environ 1200 mètres carrés »... « Tout semble avoir été éventré par les chercheurs de trésor ». Le seul monument alors en place « à peu près tout ce qui mérite d’être visité » est le Wat sisavai.

Lunet de La J-7


Dans son monumental « Inventaire des monuments du Cambodge » (9) il croit  reconnaître une architecture purement cambodgienne après avoir effectué de  nombreux levés de plan (page 330).


Claudius Madrolle,

 

Portrait de Madrolles

fonctionnaire colonial, fut le fondateur de la célèbre série des « Guides Madrolle » et par ailleurs l’initiateur de ce qui allait devenir le « tourisme de masse » en Asie du sud-est. Les guides qu’il consacre au Siam en 1902 et 1906 (10) comprend plusieurs parties : un exposé des renseignements pratiques et généraux, afin de préparer le « voyageur » (à l’époque, on ne parle pas de « touriste ») à une meilleure compréhension du pays; Les itinéraires y sont méticuleusement présentés par région; Tout y est, depuis le plan de « la Joliette » (port de Marseille) d’où part le navire jusqu’au coût de la chambre à l’ « Oriental »,

madrolles tewte

moyens de transports, guides, interprêtes etc... Mais il ignore encore Sukhotaï.


En 1930 encore, le site est visité de façon approfondie par le grand archéologue niçois Jean-Yves Claeys (11).

 

Claeys

 

Il n’avait point d’autre guide que les écrits de Fournereau. Le « chaos végétal » y règne de plus belle en maître et les monuments sont « beaucoup plus abimés qu’à l’époque de Fournereau. »


Le pillage systématique des ruines, déploré par Lunet de la Jonquière l’a aussi été par Carl Bok, Consul général de Suède et de Norvège quelques années auparavant (12), apparemment une institution généralisée qui ne s’est pas limitée aux vestiges de Sukhotaï ! Madrolle écrit avec quelque pertinence « Au Siam, on n' entretient pas les pagodes, quand elles menacent ruine, on en construit de nouvelles ».


Il est singulier que l’UNESCO (13) oublie (délibérement de toute évidence) l’oeuvre de ces « découvreurs » de Sukhotaï et affirme que le site « fait l'objet de fouilles et d'études depuis le milieu du siècle dernier ». Ce serait donc à partir de 1850 ? Par qui ? Les pilleurs de sites ? La découverte de la stèle de Rama Khamhaeng sur le site semble avoir satisfait l’orgueuil du Siam, et les chercheurs et les savants se sont désinteressés du site de leur ancienne capitale pendant plus d’un siècle.


L’intérêt des autorités thaïes pour la préservation de Sukhotaï est récent.


Il fallut en effet attendre 1960 pour que les autorités thaïes s’intéressent à la préservation des monuments de leur ancienne capitale. Située à 600 kilomètres au nord de Bangkok, elle  est aujourd'hui ruinée. Le palais en bois de ses rois a disparu. La ville possède encore de nombreux vestiges de temples, construits en latérite et en brique. La plupart des édifices qui ont été découverts, et pour partie relevés, se trouvent à l'intérieur d'un rempart renforcé de douves. Mais de nombreux autres bâtiments, disséminés dans les rizières environnantes attendent toujours d'être dégagés de l'enveloppe de terre qui les recouvre. C’est peut-être ce qui les préserve encore d’un pillage systématique avant que ne soit entreprise une campagne de fouilles, toujours aléatoire en des lieux habités. Sauf erreur de notre part, aucun relevé photographique infra-rouge aérien n’a encore été entrepris à ce jour ?


La statuaire (essentiellement des images en bronze du Bouddha et des divinités brahmaniques évidemment dépouillées de leurs ors d’origne) (loc. cit. p 564-567) serait inspirée de Ceylan selon Jean Boisselier et rien ne nous permet d’avoir une idée précise de ce qu’était la décoration murale.


Nous n’avons pas l’intention de rédiger un « guide touristique ». Les visiteurs intéressés  consulteront sur l’ « art de Sukhotaï » avec intérêt et profit le chapitre que lui consacre le « Guide vert Michelin » ou celui du Guide « Lonely Planet ».


Peut-on, au vu de ces monuments aujourd’hui ruinés dont ne subsistent que les soubassements et quelques piliers ou statues dépouillées en priorité de leur revétement en feuilles d’or reconstituer ce que furent ces monuments « en trois dimensions » ?


Pierre Pichard (14) nous renvoie pour cela à Phitsanulok, au Wat Mahathat qui serait selon lui « une image représentative de ces édifices de l’époque de Sukhotai ».

 

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Nous n’avons à ce jour qu’un aperçu tronqué de ce qu’étaient nos cathédrales dont il paraît acquis (malgré querelles d’expert évidemment) qu’elles étaient intérieurement et extérieurement peintes de couleurs vives (15). Imaginez-vous Notre-Dame de Paris bariolée ?


notre dame

 

Seule la riche décoration actuelle des temples que l’on continue à construire tous les jours - beaucoup plus que d’églises en France – peut nous en donner une modeste idée. Ainsi le Wat Mahathat de Nakonsrithammarat, l’ancienne Ligor, centre spirituel du sud de la Thaïlande, dont la grande flèche du Djedi, 78 mètres de haut, serait recouverte de plusieurs centaines de kilos d’or massif  et la grande galerie alignerait 172 statues de Bouddha toutes recouvertes d’or fin ?


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Il ne faut voir ici aucune agressivité « négative » à l’égard de nos amis thaïs.


Au milieu de l’avant-dernier siècle, le Colisée était envahi par les ronces et menaçait ruine, le Théâtre d’Orange servait de poulailler et les Pyramides de carrières de pierre.

 

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Sources


(1) Jean Bousselier « Dictionnaire du bouddhisme » Encyclopedia Universalis 1999, V° « Sukhotaï » p. 532.


(2) Vitruve « Les dix livres d’architecture » traduits par Tardieu et Coussin, à Paris en 1837.


(3) Simon de La Loubère « Du royaume de Siam » volume I pages 107 s.


(4) http://www.alainbernardenthailande.com/article-is-30-la-musique-traditionnelle-thailandaise-vue-par-les-voyageurs-85320934.html


(5) Monseigneur Pallegoix «  Description du royaume thai ou Siam» volume 1.


(6) Henri  Mouhot « Voyage dans les royaumes de Siam, de Cambodge, de Laos » Paris 1868


(7) Lucien Fournereau « Les villes mortes du Siam » in «  Le Tour du monde », 1897


(8) Ct E. Lunet de la Jonquères « Le Siam et les Siamois », Paris 1906.


(9) Ct Lunet de la Jonquères « Inventaire archéologique de l’Iindo-chine – monuments du Cambodge – tome II » Paris 1907


(10) « Chine du sud, Java, Japon, Presqu’île malaise, Siam, Indochine, Philipines, Ports américains » Madrolle 1906.


(11) Jean-Yves Claeys « L’archéologie du Siam » Bulletin de l’école française d’extrême-Orient, 1931 tome 31.


(12) Carl Bock « Le royaume de l’éléphant blanc » traduit du norvégien, à Paris en 1889.


(13) « Sukhotai et l’ancienne civilisation thaïe » publication de 1982.


(14) Pierre Pichard « Moduler la lumière. Galeries et fenêtres, de l’Inde au Cambodge et au Siam » in « Aséanie », 8, 2001.


(15) Paul Deschamps et Marc Thibout « La peinture murale en France au début de l’époque gothique » in « Carnets de civilisation médiévale » 1964, volume 7.

temple PLAI-LEM (60)

 

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