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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 23:02

titreNotre article précédent nous apprenait que l’ancienne capitale de Sukhotai avait été non seulement abandonnée deux siècles après son annexion par Ayutthaya  mais même oubliée par les Thaïs eux-mêmes. Il rendait hommage à sa redécouverte par deux explorateurs français, Louis-Lucien Fournereau en 1890-1892 et le Commandant Lunet de la Jonquières en 1904, qui signalait alors que « le seul monument alors en place « à peu près tout ce qui mérite d’être visité  est le Wat sisavai ». Il faudra attendre, disions-nous, les années 1960, pour que les Autorités thaies  manifestent leur intérêt pour la préservation de leur ancienne capitale.  

 

1/ Pourquoi cet intérêt ?


A la fin du XIX ème siècle on retrouve donc l’ancienne capitale, et l’Histoire officielle prétend que le roi Mongkut (Rama IV) aurait découvert lui-même la stèle dite de Ram Khamhaeng en 1833 ! On avait évoqué les controverses sur l’authenticité de cette stèle, on peut ajouter notre doute sur la date et le lieu de cette « découverte ».


2 stèle


Il s’agissait alors de « créer » l’Histoire nationale, face aux menaces bien réelles des deux puissances colonisatrices anglaise et française. Le Pouvoir thaï avait besoin de  « redécouvrir » son passé, de prouver que le royaume de Sukhotai était un « grand » royaume thai civilisé, avec un pouvoir royal reconnu, une religion, une écriture … La dynastie Chakri « annexait » le royaume de Sukhotai et le « déclarait » le royaume fondateur du pays, « le berceau de la nation thaie ».

 

3 Chakri-Dynastie

 

Mais il est cocasse d’apprendre qu’à cette époque la capitale Sukhotai n’existait plus « réellement », que l’on ne savait même plus exactement où elle se situait.


Décidemment, notre modeste recherche sur le royaume de Sukhotai nous réservait bien des surprises.


Aussi quand les Autorités thaies expriment leur volonté de « restaurer » l’ancienne capitale dans les années 60, on se doute que le principal objectif n’est pas qu’ « artistique ».

En effet, nous sommes dans la période des « indépendances » africaines, et des luttes pour les indépendances (on pense au Vietnam). En Afrique par exemple les nouveaux Etats-Nations procèdent à une collecte de leurs ressources culturelles, et à  la patrimonialisation de leur culture pour fonder leur nouvelle identité nationale. En Thaïlande, la Thaïness est à l’œuvre et veut toujours renforcer son identité nationale, et ce qui est susceptible de contribuer à l’unité nationale et à la cohésion sociale. L’Art peut contribuer à cette construction d’une unité culturelle.


Les autorités ont bien compris que tout ce qui contribue à prouver que « l’art » de la période de Sukhotaï est le début de l’art thaï ne peut que renforcer la légitimité d’une grande Nation. Elles ont compris que la « restauration » des splendeurs d’antan ne peut être que bénéfique et pour l’idéologie nationaliste et pour le tourisme et ses devises.


Les Thais de Sukhotai avaient su autrefois intégrer les populations autochtones, la culture môn et son bouddhisme theravâda, le modèle du pouvoir khmer, conclure des alliances matrimoniales avec les élites « étrangères ».


Les Thais des années 60 avaient encore cette capacité de s’adapter, de pouvoir « recycler » l’Art sacré, le « patrimonialiser » à des fins certes culturels mais aussi nationalistes. On retrouvait « ce mode de construction identitaire »,  signalé par Stéphane Dovert, « basé sur une capacité de transformation de l’exogène en endogène  (…) [ et qui est] comme une composante aussi permanente qu’essentielle de l’’histoire du pays » (Stéphane Dovert, in Thaïlande contemporaine, pp. 205).


Certes, les plus grands spécialistes  s’accordent pour démontrer l’originalité et la spécificité de l’Art de Sukhotai, mais il ne faut pas oublier sa fonction idéologique, ni le réduire aux descriptions des guides touristiques, aux multiples témoignages des  nombreux touristes blogueurs aux discours bien souvent répétitifs de clichés éculés.


Certes, nul n’échappe aux clichés.


Alors que dire de l’ Art de Sukhotai ?    

 

2/  Les influences ?


Nous avons présenté les différents peuplements successifs, Môns, Birmans, Laos, Khmers, Thais, leurs luttes,  leurs rapports, leurs relations, leurs vassalisations, leurs annexions parfois. Ils ont tous eu une influence sur l’art de Sukhotai.

Tous ceux qui écrivent sur le sujet l’affirment, mais sans en faire la démonstration. Un article du blogueur Manu de Chiengmai a le mérite de faire une présentation pédagogique illustrée des différents styles http://www.forumthailandeinfo.com/index.php?topic=576.0


Notre présentation n’aura donc rien d’original faute de documents intéressants. Elle peut vous inviter à lire (relire) des articles antérieurs. Ainsi :


- L'art Môn (Dvaravati) à partir du VIe siècle.

 

4 dvaravati


Nous avions dans notre article 7 évoqué cette civilisation « qui se développa du VI ème au XI ème siècle, et qui eut une grande influence sur la civilisation thaie, jusqu’au XVème siècle. Elle amenait après des siècles d’ « indianisation », le bouddhisme, des éléments du brahmanisme, une conception du pouvoir royal,  les langues pâli et sanscrit, et un art élaboré » http://www.alainbernardenthailande.com/article-7-dvaravati-et-les-royaumes-mons-92109628.html


Nous y disions que « Les Môns étaient des artistes qui excellaient dans la sculpture de la pierre, le stuc et la terre cuite, et dans une moindre mesure, dans le travail du bronze. Leur style étaient essentiellement influencé par les styles Gupta et post-Gupta, qui étaient florissants en Inde centrale et de l'ouest du IVe siècle  au VIIIe siècle. (…) que « l’ art de Dvâravatî est essentiellement tourné vers l’imagerie la plus représentative du bouddhisme dit du petit véhicule (theravâda). La figuration du Bouddha y est omniprésente quel que soit le matériau utilisé (bronze, terre cuite, stuc ou pierre), et de rares objets usuels ou religieux (monnaie, plaquettes votives, éléments de dépôt de fondation…), « Que l’iconographie s’inspire essentiellement du modèle indien (religions, langues, conceptions de la royauté…) avec de rares œuvres qui peuvent être rattachées au bouddhisme du grand véhicule (mahāyāna) et l’hindouisme lui-même. »


On  signalait l’ originalité de l’iconographie mône avec cette nouvelle image du Bouddha représenté debout en position d’argumentation ou assis à l'européenne, les pieds posés sur un socle en forme de lotus. Traits accusés, visage large et carré, arcades sourcilières galbées, nez aplati, lèvres épaisses. Les yeux sont dirigés vers le bas, un regard bienveillant pour le fidèle qui prie à ses pieds. 


- L'art khmer du VIIe siècle au XIIIe siècle, le style classique des temples d'Angkor.

Nous avons  déjà dans notre article, 7. Notre Isan : les temples khmers en Isan,

  http://www.alainbernardenthailande.com/article-7-notre-isan-les-temples-kmers-d-isan-71522278.html

évoqué les principales caractéristiques des temples khmers du VII ème au XIII ème siècle, et montré leurs nombreuses implantations en Isan.

Nul doute  qu’ils devaient aussi être présents sur le futur territoire de Sukhotai occupé alors par les Khmers. C’est alors le règne à Angkor de Jayavarman VII, le plus grand bâtisseur de temples placés sous le signe du bouddhisme. Il met fin à l’art sivaïte implanté par les Indiens depuis douze siècles au Cambodge.


On peut retrouver par exemple cette influence khmère dans les fameux temples du Wat Mahathat

7 mahatat

et du Wat Si Sawai à Sukhothai.

 

6 sisawai8610c


http://www.tourismethaifr.com/decouvrir-les-regions/decouvrir_les_regions.tpl?region=6


Wat Mahathat situé dans le centre de Sukhothai, est le principal temple de la cité. Il comprend plus de deux cents chedis. Le plus important d'entre eux, en forme de bouton de lotus, est entouré de huit autres chedis. Il témoigne de l'influence de l'art Khmer avant la diffusion de celui de Ceylan dans cette région.

Wat Si Sawai situé au sud-ouest de Wat Maha That Il se présente avec ses trois prangs (Pagode de style Khmer) entourés par un mur de latérite. A l'intérieur des murs, le viahara à l'ouest, est composé de latérite, et est séparé du prang principal qui fut édifié dans le style de Lop Buri ou le style hindou. Une trace de sculpture hindou Sayomphu à été trouvée ici, témoignant de l'origine hindou authentique du temple, plus tard converti en un monastère Bouddhiste.(D’après wikipédia)


- L'art du Lopburi du Xe au XIIIe siècle.


8 lopburi


« L'influence khmère est très importante dans cette région et les grands temples tiennent compte des croyances hindouistes et du Bouddhisme Mahayana. On mélange les thèmes religieux et les scènes de la vie quotidienne. Les statues de Bouddha ont un visage carré, des sourcils rectilignes, une large bouche ; un bandeau démarque le front des cheveux et une protubérance coiffe le sommet de son crâne ».


On peut citer le Prang Khaek, qui était à l'origine un temple hindouiste (Cf. wikipédia). Les trois prangs*** sont les plus anciens prangs khmers du centre de la Thaïlande. Le Phra Prang Sam Yod était à l'origine un sanctuaire du bouddhisme Mahayana. Il fut ensuite utilisé comme temple shivaïte (des yonis et des lingas furent installés dans chacun des trois prangs) à la mort de Jayavarman VII. Narai le grand fit restaurer le temple en tant que sanctuaire bouddhiste, et fit construire le viharn de brique, dont les portes et fenêtres sont une combinaison de style Ayutthaya et européen.


Le Wat Phra Sri Ratana Mahathat est le plus ancien temple de la ville de Lopburi. Il possédant le prang  le plus haut de la ville. Le prang, plus élancé que ceux de l'Isan, est fait de latérite avec quelques restes de stuc encore visibles. À l'origine, on le datait de l'époque d'Angkor Vat, c'est-à-dire du XIIe siècle, on estime maintenant qu'il appartient à l'école U Thong (XIV ème siècle). On peut donc le considérer comme le premier exemple de prang tai, par opposition aux prang khmers.(wikipédia)


De nombreux temples de cette période ont été restaurés au XVII ème  siècle par le roi Naraï le grand.


- L'art du Lanna du XIIIe au XVe siècle ?

 

Lanna


On peut certes  caractériser le style du bouddha  « Influence shan, birmane et laotienne. Le Bouddha est opulent, avec un visage rond, des petits yeux et une petite bouche. Grandes boucles sur la tête couronnée d'un bouton de lotus. », mais il est peu probable qu’il ait eu une influence sur Sukhotai.


 Au contraire, Manu **** écrit :


« Influencé par les styles Dvaravati, birman et Sukhothai, l’art Lan Na se caractérisait par des bâtiments aux formes fines et élancées, des toitures à deux ou trois étagements, décorées de Nagas et de Chofas (Wat Phra Sing de Chiang Mai). Les chédis les plus anciens reposaient sur des bases carrées (Wat Pa Sak de Chiang Saen) puis prirent des formes hexagonales (Wat Chedi Luang de Chiang Saen ou Doi Suthep de Chiang Mai). Ils étaient recouverts de stuc, de cuivre ou parfois d’or. »

 - L’art de Sukhotai du XIIIe au XVe siècle (Ch.infra)


L'adoption du bouddhisme theravada engendre cette forme originale qui affirme l'identité du royaume de Sukhothai.


- Ensuite viendra l'art d'Ayutthaya du XIV au XVIIe siècle, où l’'influence khmère est peu à peu remplacée par les influences de Sukhothai.


3. La spécificité de l’art de Sukhotai ?


C’est donc au tournant du XIIIe et du XIVe siècle que se forme un premier art proprement thaï, qui affirme son originalité tout en absorbant et combinant subtilement des influences esthétiques très diverses.

 

L’image du Bouddha domine l’iconographie religieuse,le bouddhisme theravâda s’étant dès l’abord imposé dans le royaume. Les effigies alors créées sont immédiatement identifiables : le corps est mince et délié ; les membres d’une grande souplesse sont tout en courbes ; le visage présente un ovale parfait aux sourcils arqués, fondus à la naissance du nez légèrement busqué. Tous ces traits visent à traduire l’exceptionnelle spiritualité de l’Être Éveillé.

Sukhothaï, savant mélange d’urbanisme khmer et de concepts proprement thaïs.

(Véronique Crombé, Du peuple thai aux Thailandais, conférence au Musée Guimet).

 

L’éminent Jean Boisselier*reconnait lui-même le caractère original de l’architecture religieuse et de la statuaire. « C'est à Sukhothai (Siam) et à Si Sacchanalai, capitales « jumelles » distantes de 55 kilomètres, que s'est élaborée l'architecture religieuse du royaume de Sukhothai. Profondément originale, adaptant les formules les plus diverses, elle devait, comme la statuaire, survivre durant quelque deux siècles à l'annexion de la contrée par Ayuthya (1438) » (Universalis).

 

 

4. Les lieux : les trois anciennes villes historiques : Sukhotai, Si Satchanalai, Khampheng Pet.


La littérature est abondante sur le sujet, les témoignages touristiques nombreux, les qualificatifs descriptifs trop souvent sirupeux.


Même le rapport de COSIMUS** réalisé en novembre 1991 pour l’UNESCO en vue du classement de ces trois sites au patrimoine mondial de l’UNESCO n’échappe pas aux nombreuses platitudes. Mais il a l’avantage d’être écrit sur les données des autorités thailandaises.


« La ville historique de Sukhothai se trouve a une dizaine de kilomètres de I’agglomération moderne et garde une bonne partie de ses fortifications. Parmi les monuments principaux I’on dénombre : le monastère (wat) Mahathat (avec son temple royal et son cimetière), le wat Sra Si (avec ses deux stupas dont les silhouettes gracieuses se reflètent dans I’eau du plus grand réservoir de la ville) et même un impressionnant prang (tour reliquaire typique de I’art d’Ayuthaya) un peu plus tardif. Le site fait I’objet de fouilles et d’études depuis le milieu du siècle dernier. Un projet de campagne internationale a été adopté par I’UNESCO (1977) et une superficie de 70 km2 a été déclarée Parc historique (1988). Hélas, une route moderne traverse le site et le coupe en deux!

 

La ville historique de Si Satchanalai est séparée de la ville moderne par la rivière Yom. Parmi les 140 constructions du site se remarque le monastère Chedi Chet Thao (du temple à sept pointes) qui impressionne par les sept rangées de stupas élancés, érigés pour enfermer les cendres des gouverneurs de la ville. Le site est, depuis 1983, classé Parc historique (45 km2). La ville était célèbre pour sa production de céramique.


 ssisachanalai


La ville historique de Kampheng Pet (“mur de diamant”) a eu surtout un rôle militaire et, même après la chute du royaume de Sukhothai, elle garda son importance stratégique. De ce fait, ses monuments se rattachent autant au style Sukhothai que Ayuthaya. Le site fut classé Parc historique en 1980 (3,38 km2). »

 

Et de conclure :

 

Le parc historique de Sukhothai représente un chef-d’œuvre du premier style architectural siamois. Ces trois sites sont représentatifs de la manière de la première époque de I’art siamois et de la création du premier Etat des Thai.

 

Le rapport confirme néanmoins l’intégration de multiples influences et la « création » du style de Sukhotai :

« La grande civilisation qui se développa dans le royaume de Sukhothai est tributaire a de (sic) nombreuses influences et aux anciennes traditions locales, mais I’assimilation rapide de tous ces éléments forgèrent, en un temps record, ce que l’on appelle le “style Sukhothai”. »

 

 

5. A chacun sa visite.


Il appartient à chacun de se faire une idée de l ’art de Sukhotai, en allant par exemple visiter les sites de Sukhotai, le musée national de Bangkok, le musée Guimet à Paris pour apprécier ce que furent et/ou imaginer l’architecture sacrée, la statuaire bouddhiste, les céramiques de ce premier royaume thai indépendant.

-bol-ancien-en-ceramique-de-celadon-thailande-du-nord-

 

L’office du tourisme thailandais vous recommande aussi le musée National de Ramkhmahaeng, offrant « une exceptionnelle initiation aux arts et artisanat de Sukhothaï et de ses cités vassales ». (http://www.tourismethaifr.com/decouvrir-les-regions/decouvrir_les_regions.tpl?region=6)


Les regards, là comme ailleurs, sont multiples en fonction de la formation de chacun, de ses centres d’intérêts, de sa sensibilité, du moment. Certains ne verront que des ruines avec des briques recouvertes d’éléments décoratifs qu’ils ne comprennent pas. D’autres s’extasieront devant la beauté des temples, des chedis, des prangs, des  statues de bouddha. D’autres chercheront à comprendre l’architecture sacrée, la particularité de chaque statue. D’autres encore essayeront d’imaginer la splendeur d’autrefois, comment les habitants vivaient …

 

Mais si vous allez à Sukhotai, vous ne pourrez manquer au centre, de voir  le  Palais Royal avec les célèbres inscriptions gravées sur la pierre du Roi Ramkhamhaeng et le sanctuaire royal, le Wat Mahathat. Il comprend plus de deux cents chedis et deux bouddhas géants qui encadrent le grand chedi, lui-même entouré de huit chedi plus petits. Cet édifice fut élevé par Lothai pour accueillir deux reliques sacrées de Bouddha – un cheveu et une vertèbre - don d’un moine du Sri-Lanka.

Nous savons ce qu’il représente pour les Thais et qu’il a été érigé par le premier roi de Sukhothai, Sri Inthrathit (1240-1270) puis agrandi et embelli par son fils Ramkhamhaeng (1239-1317) et son petit-fils Lothai (1298-1323).


Vous pourrez continuer votre ballade à l’ouest du Wat Maha That, où au beau milieu d'un paysage saisissant vous verrez le Wat Si Sawai, et ses trois prangs (Pagode de style Khmer) entourés par un mur de latérite, et puis le Wat Traphang Ngoen avec son sanctuaire principal et ses statues de Bouddha debout en stuc, déposées dans quatre niches, ou encore leSan Ta Pha Daeng ou le temple des divinités avec son  simple prang de latérite, et le Wat Mai et son vihara en briques. A l’est le Wat Traphang Thong situé sur une île au milieu d'un large étang, sans compter les autres sites situés à l’extérieur.


Bref, une belle ballade qui peut vous permettre  d’avoir une idée de la splendeur passée.


La statuaire. La représentation particulière de Bouddha.


Vous pourrez constater que les artistes de  cette époque, inspirés par le « bouddhisme theravada » ont développé  un art qui s’éloigne des canons habituels de la représentation de bouddha pour inventer de nouvelles formes idéalisées, mettant l’accent sur la fluidité des formes, la ligne courbe portée à ses limites, dans le but  de traduire la maîtrise et la sérénité de Bouddha. Le visage décrit un ovale parfait, le nez est long et aquilin, les sourcils sont arqués, les paupières lourdes et la chevelure composée de fines bouclettes avec cette  flamme, cette lumière, cette force spirituelle  qui surgit au sommet de sa coiffure. L’autre innovation de cette période serait celle du Bouddha marchant, représenté auparavant uniquement dans les bas –reliefs.

 

Mais l’Art de Sukhotai ne se limite pas à l’architecture sacrée, à la représentation particulière de bouddha. Du 14ème au 16ème , Sukhotai fut aussi après la Chine le plus gros exportateur de céramiques. Vous vous souvenez, nous  avons déjà évoqué l’ambassade du roi Ramkhamhaeng en Chine revenant  avec 300 potiers chinois………..

 

 

Quid de la céramique dite de Sukhotai dans notre prochain article.


 -bol-ancien-en-ceramique-de-celadon-thailande-du-nord-

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*Présentation de Jean BOISSELIER, SUKHOTHAI ART DE , Universalis.


C'est à Sukhothai (Siam) et à Si Sacchanalai, capitales « jumelles » distantes de 55 kilomètres, que s'est élaborée l'architecture religieuse du royaume de Sukhothai. Profondément originale, adaptant les formules les plus diverses, elle devait, comme la statuaire, survivre durant quelque deux siècles à l'annexion de la contrée par Ayuthya (1438). Sukhothai, où subsistent quelques vestiges de l'occupation khmère au xiie siècle (San Ta Pa Dèng ; certaines parties de Wat Pra Pai Luang, remanié et agrandi par la suite, etc.), est une ville de plan rectangulaire régulier (1 800 m sur 1 400 m). Seule une triple levée de terre la protège, franchie par quatre portes en chicane, alors que Si Sacchanalai et Kamphèng Pet sont entourées de hautes murailles de latérite (élevées probablement au xvie s.). Les temples se répartissent à l'intérieur de la cité et dans ses environs. Un petit monastère en marque le centre, et le temple principal, Wat Mahathat, fondé au xiiie siècle et reconstruit dans la première moitié du xive siècle, s'élève immédiatement au sud. Ensemble le plus remarquable et le plus important du site, il suffirait à montrer l'extrême variété de l'architecture de Sukhothai. Son édifice central est un bel exemple de stūpa relevant proprement de l'art de Sukhothai : tour élancée, de construction massive et de plan redenté, avec haut soubassement et couverture en bulbe allongé (dite en bouton de lotus) dressée sur une pyramide élevée à trois gradins. Dans Si Sacchanalai, de plan moins régulier que Sukhothai, Wat Chedi Chet Thèo occupe sensiblement la même situation dans la ville et présente une variété comparable d'édifices autour d'un stūpa avec tour dotée d'une couverture en bouton de lotus. Le temple central, Wat Chang Lom, très important, est centré sur un stūpa campaniforme (type dit singhalais). Sa terrasse inférieure s'orne de protomés d'éléphants (thème jouissant d'une grande faveur dans l'art de Sukhothai) ; la terrasse supérieure est garnie de niches abritant des images assises du Buddha. Dans le site voisin de Chalieng, le monument central de Wat Mahathat est un prang de latérite, édifié durant la période d'Ayuthya.

Jean BOISSELIER , Archéologue, historien d’art spécialiste de l'Asie (1912-1996)


Né à Paris en 1912, Jean Boisselier est petit-fils d’architecte et fils de peintre. Il entre au Beaux Art en 1924 et devient professeur de dessin. En 1945, il suit les cours de l’École du Louvre, dont il obtient le diplôme avec une thèse sur l’évolution de la statuaire khmère. En 1949, Jean Boisselier part pour Angkor et en 1950 devient conservateur du musée de Phnom Penh. En 1955, il est en Thaïlande où il s’intéresse au site d’Uthon et à la période de Dvâravatî. Il est membre de l’École française d’extrême orient (EFEO) de 1949 à 1955, puis entre au CNRS où il travaille sur la statuaire du Campa, dont il révise la chronologie (1963). Il continue à s’intéresser à la Thaïlande et participe aux fouilles de Dambegoda au Sri Lanka. De 1970 à 1980, Jean Boisselier dirige l’UER Inde, Orient, Afrique et de la formation de recherche « archéologie et civilisations de l’Asie du Sud et du Sud-Est » de l’université Paris-III. Il est mort à Paris en 1996.

 

**Rapport de l’ ICOMOS.


LISTE DU PATRIMOINE MONDIAL No 574

A) IDENTIFICATION

Bien proposé : Sukhothai et les villes associées

Lieu                : Province de Sukhotai

Etat partie      : Thailande

Date           : 8 septembre 1990

 

B) RECOMMANDATION DE L’ICOMOS

 

Que ce bien culturel soit inscrit sur la Liste du Patrimoine mondial

au titre des Critères I et III.

 

C) OBSERVATIONS DE I’ICOMOS

 

En juin 1991, le Bureau du Comité du Patrimoine mondial a recommandé I’inscription de ce bien sur la Liste du Patrimoine mondial, à condition que des précisions lui soient fournies, concernant le périmetre des sites proposés pour inscription, en particulier celui de Kampheng Pet.

Au début du mois d’octobre 1991, les autorités thailandaises ont fourni la documentation nécessaire concernant la délimitation de la ville historique de Kampheng Pet.

La documentation fournie est jugée satisfaisante par I’ICOMOS.

C) JUSTIFICATION

 

Dès le Xlle siecle une population venue du Yunnan (Chine) s’installa dans les régions septentrionales de I’Etat khmer. Cette population connue sous le nom de Thai (les hommes libres) s’organisa en petites communautes. Un prince thai épousa une Khmère et se révoltant contre le pouvoir central créa le premier Etat siamois nommé le royaume de Sukhothai, d’après la ville qui était sa capitale. Rama Kamheng (ou Rama-le-Fort), deuxième fils du fondateur de I’Etat (vers 1280-1318) fut un des plus importants souverains thai, car il donna un important territoire à son Etat par ses victoires militaires, il fut à I’origine de la création de I’alphabet siamois (écriture cursive khmère), et il imposa un strict respect de la religion bouddhiste et une organisation militaire et sociale copiées sur celles de ses voisins vaincus (Khmères).

 

La grande civilisation qui se développa dans le royaume de Sukhothai est tributaire a de nombreuses influences et aux anciennes traditions locales, mais I’assimilation rapide de tous ces éléments forgèrent, en un temps record, ce que I’on appelle le “style Sukhothai”.

 

Les trois anciennes villes proposées pour inscription sur la Liste du Patrimoine mondial par les autorites thailandaises étaient les principaux centres du royaume de Rama Kampheng: Sukhothai (la capitale), Si Satchanalai (deuxieme residence royale) et Kampheng Pet. Dans le domaine de I’architecture (en brique avec des décorations en stuc et bois) I’on remarque une grande variété et un savant mélange d’éléments d’inspiration singhalaise ou khmère. Les grandes salles d’assemblée avec un chevet massif sur lequel se profile une image monumentale de Bouddha sont spécifiques de I’architecture de Sukhothai et vont influencer tout I’art thai. Dans la statuaire le premier style thai’ se remarque par la physionomie particulière des Bouddha au nez long et fin et la chevelure surmontée d’une flamme (influences singhalaises) et la double ligne qui entoure la bouche (tradition khmere). Bouddha est souvent représenté debout (“en marche”), les vêtements collés au corps, dans une attitude presque hautaine.

 

La ville historique de Sukhothai se trouve a une dizaine de kilomètres de I’agglomération moderne et garde une bonne partie de ses fortifications. Parmi les monuments principaux I’on dénombre : le monastère (wat) Mahathat (avec son temple royal et son cimetière), le wat Sra Si (avec ses deux stupas dont les silhouettes gracieuses se reflètent dans I’eau du plus grand réservoir de la ville) et même un impressionnant prang (tour reliquaire typique de I’art d’Ayuthaya) un peu plus tardif. Le site fait I’objet de fouilles et d’études depuis le milieu du siècle dernier. Un projet de campagne internationale a été adopté par I’UNESCO (1977) et une superficie de 70 km2 a été déclarée Parc historique (1988). Hélas, une route moderne traverse le site et le coupe en deux!

 

La ville historique de Si Satchanalai est séparée de la ville moderne par la rivière Yom. Parmi les 140 constructions du site se remarque le monastère Chedi Chet Thao (du temple à sept pointes) qui impressionne par les sept rangées de stupas élancés, érigés pour enfermer les cendres des gouverneurs de la ville. Le site est, depuis 1983, classé Parc historique (45 km2). La ville était célèbre pour sa production de céramique.

 

La ville historique de Kampheng Pet (“mur de diamant”) a eu surtout un rôle militaire et, même après la chute du royaume de Sukhothai, elle garda son importance stratégique. De ce fait, ses monuments se rattachent autant au style Sukhothai que Ayuthaya. Le site fut classé Parc historique en 1980 (3,38 km2).


 Wat Phra Keaw in Kamphaeng Phet

 

- Critère I. Le parc historique de Sukhothai représente un chef-d’œuvre du premier style architectural siamois.

- Critère IlI. Ces trois sites sont représentatifs de la manière de la première époque de I’art siamois et de la création du premier Etat des Thai.

 

ICOMOS, novembre 1991

 

ICOMOS est une organisation internationale non gouvernementale dont l'activité principale est de promouvoir la théorie, la méthode et la technique appliquées à la conservation, la protection et la mise en valeur des monuments et des sites.

L’ICOMOS est également mentionné dans la convention du Patrimoine mondial de l'UNESCO comme organe consultatif pour la mise en œuvre de la Convention, et agit comme conseil scientifique du Comité du Patrimoine mondial pour l'inscription des monuments et sites culturels sur la liste du Patrimoine mondial. L’ICOMOS est aussi observateur auprès du Conseil de l'Europe.

***Définition du mot prang : Tour sanctuaire de plan carré couverte d’une haute toiture constituée d’une succession d’étages fictifs en gradin

 

**** Site de Manu :

 

http://www.forumthailandeinfo.com/index.php?topic=576.0

 

 5 khmer

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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