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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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16 octobre 2011 7 16 /10 /octobre /2011 23:05

Sans titre-2Musique d’ Isan : un groupe incontournable : Caravan ! 

Nous avions signalé dans notre présentation de la musique thaïlandaise que les années 70 virent l'émergence des chansons engagées appelées pleng phua cheewit (chansons de la vie) (et du rock thaïlandais) avec son groupe le plus célèbre : Caravan, un groupe d’Isan,  qui se distingua par son engagement dans le mouvement pour la démocratie.  


Et depuis plus de trente ans, le Groupe Caravan reste fidèle à lui même. « Nga » Surachai, son leader conserve son look d’instituteur ébourrifé et souriant.


caravan earth poster 2vvv

 

Il maintient en compagnie de ses quatre complices, tous originaires de l’ Isan, leur style musical « chanson pour la vie », folk thaï à contenu social et politique. Le groupe ne s'est jamais désintégré malgré les orages traversés. Il fait exception dans un univers pollué par des chanteurs choisis en fonction de leur apparence et leur talent de danseurs mondains plus que pour leur voix et plus encore pour ce qu’ils ont à dire. En Thaïlande comme ailleurs, les firmes musicales inventent les vedettes de toutes pièces, mais la « chanson business » ne les intéresse pas.


Le phlèng phua chiwit เพลงเพื่อชีวิต « Chant pour la vie » surgit en Thaïlande au début des années 1970. Chansons contestaires, leur parenté avec le « protest song » américain, ou de façon plus lointaine avec le blues des esclaves est certaine, les chants des opprimés ont partout le même accent.


images


Ne revenons pas sur l’histoire de la Thaïlande moderne. Dictature militaire en 1958, renforcement du pouvoir militaire en 1963. 250.000 policiers, une armée privée est dirigée d’une main de fer par le ministre de l’intérieur.

Ouvriers et paysans, « le grand parti des travailleurs » sont exploités jusqu’à la moëlle et la censure frappe toute forme d’expression littéraire ou artistique.


C’est du monde étudiant que partira le mouvement de protestation pour tenter d’en faire un mouvement de masse. L’ échec était prévisible !

La grande crise énergétique des années 70 est prétexte (justifié ou pas) d’augmenter de façon exponentielle le prix des transports publics (le prix du ticket de bus passe de 1 à 2 bahts alors que le salaire moyen est alors de 10 bahts par jour. Rassemblements, affichages, tracts sont interdits. Toute forme de protestation doit se faire dans la clandestinité.


Le mouvement étudiant organise en 1972 un boycott des marchandises japonaises (voilà qui nous rappelle « made in Thailand » de Carabao ! Les matières premières thaïes partent au Japon où elles sont manufacturées et reviennent en Thaïlande avec l’étiquette « made in Japan »). C’est une redoutable menace pour les emplois et le petit artisanat. Cette réalité bien concrête passe par la campagne étudiante « achetez thaï » et tend à attirer à un mouvement très (trop ?) « intellectuel » au départ, la sympathie du monde du travail, ouvriers, paysans, petits bourgeois.

La réponse sera immédiate : à la critique contre la dictature militaire de Thanom Kittakachorn : expulsion des étudiants « fauteurs de troubles » par la hiérarchie universitaire. Le mouvement étudiant a alors l’audace d’exiger en réponse le départ du doyen qui a sanctionné les contestataires.


Parmi eux, Surachai et Virasak, les fondateurs du groupe คาราวาน Caravan. En quelques jours, le mouvement prend de l’ampleur. 


Les étudiants quittent les Universités et vont dans les campagnes aider les paysans dans les travaux des champs, et tenter d’y semer leur idéalisme plus solide que leur énergie physique. Une expérience inédite pour tous, qui n’avaient jamais sali leurs mains qu’avec l’encre de leurs stylos. Il n’est parfois pas mauvais que les « travailleurs intellectuels » attrapent des ampoules en se frottant au « travail manuel » !

Les étudiants ont-ils appris aux paysans la différence entre démocratie et dictature militaire ? Leur ont-ils appris à connaître les évènements qui secouent le monde ? Le fossé entre étudiants et paysans s’est-il comblé ? Nous n’avons pas la prétention de répondre à cette vaste question. La méfiance des « révolutionnaires » de terrain à l’égard des « intellectuels » a connu son épouvantable paroxisme au Cambodge.

Si les paysans n’étaient peut-être pas accessibles à l’apect théorique de la critique du sytème économique en place, ils le sont au moins à la musique !

Alors, à la veillée, un étudiant chante :

« Ce village est à vous, il est vieux, il est ici depuis longtemps, très longtemps »

Les autres reprennent

 « Vous n’avez pas vu beaucoup de choses, vous n’êtes jamais allés à l’école, vous n’avez jamais appris à lire et à écrire, mais vous avez travaillé, travaillé.... ».

«  Vos champs de riz sont pleins de sable, vous manquez de poissons et de riz, combien souffrent comme vous ? ».

Un paysan remarque « Voilà des mots que nous comprenons, vous parlez de nous ». Les paysans avaient de la difficulté à comprendre le langage des étudiants, ces chansons brisent la glace.

A la tête de ces actions nous trouvons Surachai et Virasak. Ce sont des citadins issus de la bourgeoisie aisée. Surachai est étudiant et vient de Surin où son père est enseignant, Virasak vient de Nakhoratchasima, étudiant en quatrième année de droit, tout aussi citadin. La musique, ils l’ont apprise dans les films, les juke-box, les chansons des boîtes de nuit. Une partie du répertoire est importé par les militaires américains, la guerre est aux frontières, Laos, Cambodge et Vietnam. Une préférence, bien sûr, pour les chansons pacifistes, Bob Dylan ou Joan Baez, que les G.Is ne sont pas les derniers à fredonner.

Le groupe est dès lors inséparable de tous les rassemblements politiques et s’engage plus encore lorsque la repression se durçit en 74. Caravan devient le groupe phare des étudiants les plus radicaux.

En octobre 1976 à l'université de Thammasat, les étudiants protestent contre le retour au pays de l'ancien dictateur Thanom Kittikachorn. 100 morts et 3.000 arrestations. Le soir, le gouvernement civil est renversé et la loi martiale est déclarée.

Sont désormais interdits « tous les documents et tous les moyens de diffusion qui appellent à la désunion, mènent le peuple au communisme et menacent la sécurité nationale. » Le jour du coup d’état, Caravan chantait à l'université de Khonkaen. Le soir du 6 octobre 1976, ils apprirent la nouvelle du massacre. Sitôt le concert terminé, ils disparaissent avec leurs guitares et leurs convictions. Le groupe a pris le maquis à la frontière du Laos, dans les rangs du parti communiste thaï et ne réapparaîtra qu’après l’amnistie.

 

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Toutes leurs chansons sont alors interdites à la radio officielle. 

Ils vécurent cinq ans  dans la clandestinité, faisant peut-être parfois le coup de feu mais animant surtout de leurs guitares les festivals du parti. Mais ces bourgeois-étudiants ont du mal à accepter la discipline de fer imposée par les cadres du parti entre les mains des communistes chinois. La vie des maquis est rude.

La politique d’amnistie en 1981 entraîne le ralliement de nombreux étudiants mais Surachai persiste encore un an. Lorsque le parti communiste est militairement mis en déroute, il jette l’éponge. Le groupe se reforme en 1982, à l'occasion d'un concert organisé par l'UNICEF sous le slogan « le retour de Caravan ».

Leur inspiration puisée dans la « protest song » reste enracinée dans la tradition populaire locale. Les guitares et les arrangements occidentaux sont mélés d'instruments traditionnels (flûte de bambou, violon a trois cordes) et produit une musique originale et de qualité. Les textes sont des poèmes, rien à voir avec les chansons sirupeuses et mièvres qui constituent l’essentiel de la production locale.

Leur tournure intellectuelle les destine plus à un public étudiant et citadin. Ce public reste circonscrit à ce cercle intéressé par la politique et point par les errements de la mode.

Ils ont ouvert la voie à d’autres groupes dont le célèbre Carabao, mais à l'inverse de Carabao, Caravan n'a jamais percé auprès du grand public, peut-être parce qu'il n'a jamais cherché à le faire. « Pour moi, vendre beaucoup de disques n'est pas important. Je veux juste vivre de ma musique sans être endetté », dit Surachai.

Laissons de côté les paroles de « Américain, danger ! » (Carabao a fait de même) et finissons sur une prière

 

Prière pour la Birmanie

Depuis les montagnes de Katchin,

Depuis les cabanes de Kothoulé

Du haut des falaises du pays Chan,

Depuis la plaine d’Arachan,

Depuis les montagnes de souffrance

Jusqu’à la vallée de Jaban,

Nous parviennent les gémissements de la Birmanie.

Mais d’où, mais d’où ?

Ils nous crient leur espoir dans le lendemain ....

 


Et une partition pour les musiciens :

 

กำลังใจ - หงา คาราวาน0001

Leur site officiel (en thaï)

http://www.caravanonzon.com/

Les écouter ?

Beaucoup moins piratés que Carabo mais beaucoup de spectables disponibles sur l’incontournable « youtube »


Une trentaine d’albums depuis le premier, « l’homme et le buffle » (1975),


Karavan

 

Américains, danger (1976), Concert pour l’Unicef (1982),  Le chemin de la maison (1986), Concert donné au Japon (1988), Concert pour le 15ème anniversaire (1989), Concert pour le 20ème anniversaire (1994), Concert pour le 25ème anniversaire (1999), jusqu’au dernier sur le « réchauffement climatique »…

caravan earth poster 2
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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Isan
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Obeo Voyageurasie 17/10/2011 04:08



 Bonjour Alain, Bonjour
Bernard,


Encore un billet qui claque culturellement.


Je ne connaissais pas ce groupe, par contre je connaissais le courant grâce à
M.Jullian par qui au travers d’un de ses billet m’avait fait découvrir là musique pour la vie et le fabuleux Pongsit Kumpee, dont j’avais édité un billet.


Je vous ai rajouté en MAJ sur ce même billet, lien :


http://voyageurasie-soleillevant.blogspot.com/2010/07/thailande-phongsit-khampi-la-musique.html


Encore merci pour ces avancées culturelles.


Bien cordialement


Obeo