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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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7 novembre 2011 1 07 /11 /novembre /2011 00:03

 pauvre L’économie de l’Isan ? 

Nous signalions que nous n’avions pas eu accès à une étude globale sur l’économie de l’Isan. Notre article 16 «  Economie en Isan »

http://www.alainbernardenthailande.com/article-16-l-economie-de-l-isan-76544212.html tentait d’approcher, non sans difficulté et imprécisions ce que pouvait représenter l’économie de l’Isan en Thaïlande et l’article 17 essayait de mesurer l’importance de l’apport « économique » des « filles tarifées » pour les familles et la Région d’Isan, de comprendre cette nouvelle industrie : l’industrie du sexe (en précisant que nous n’allions pas traiter de la moralité ou non du tourisme sexuel en Thaïlande).


Nous y montrions que la Thaïlande était un pays émergent, avec une forte croissance et de bons résultats économiques qui avaient fait reculer la pauvreté absolue, mais maintenu les contrastes régionaux au Nord-Est et au Nord qui restaient les régions les plus pauvres.


On constatait que L'Isan était bien la région la plus pauvre de la Thaïlande En 2002, le salaire moyen était le plus bas du pays, à 3928 baht par mois (env. 90 euros) (moyenne nationale de 6445). Aujourd’hui (2011) les ouvriers ruraux sont encore payés 200 baths/jour dans beaucoup de villages. La pauvreté de la région transparaît aussi dans ses infrastructures, et dans son retard, par exemple, dans les nouvelles technologies.


L'agriculture est le principal secteur de l'économie, générant environ 22 % du produit régional brut (comparé à 8,5 % pour l'ensemble de la Thaïlande). Le riz est la culture principale (comptant pour environ 60 % des terres cultivées),


rizieres-en-thailande

 

mais une diversification s'opère vers le manioc, le maïs, le coton, la canne à sucre et d'autres cultures. Beaucoup de fermiers utilisent encore le buffle plutôt que le tracteur. Les principaux animaux d'élevage sont les bœufs, les porcs, les poulets, les canards et les poissons. Ce secteur rencontre de sérieuses difficultés à cause du climat (sécheresse liée à des inondations) qui rendent le sol acide et salin et de moins en moins fertile. La déforestation joue évidemment un rôle dans ces phénomènes, ainsi que l’abondance des pesticides déversés. En 1970, la forêt tropicale couvrait 60 % de la région, elle n'en occupe plus que 10 %.


foret-tropicale

 

Toutefois, devant ces difficultés,  de nombreux agriculteurs abandonnent  le riz pour se tourner vers des légumineuses à cycle court, par exemple le soja, qui nécessite beaucoup moins d'eau qu'un second cycle de riz. D'autres ouvrent des petites échoppes ou partent à Bangkok travailler pendant les longs mois de la saison sèche où ils occupent les emplois les moins considérés et les moins payés. Plusieurs se sont établis de façon permanente dans la capitale tandis que d'autres migrent au gré des saisons.


Mais que dire des autres secteurs économiques, des industries, des services en Isan ? 

Certes pour la Thaïlande, l’industrie représente 44 % du PIB et emploie 20 % de la population active (2009), en raison notamment des industries manufacturières d'exportation, notamment dans l'industrie agroalimentaire, l'industrie textile et l'éléctronique. Le secteur tertiaire  contribue à 44,7 % du PIB et emploie 37 % de la population active (2007).  Le secteur du tourisme représente près de 6 % du PIB…


 Mais pour l’Isan ?

Nous n’avons rien trouvé de chiffré, à telle enseigne qu’on s’était demandé pourquoi ces données économiques étaient si peu accessibles, si cela n’était pas  une autre forme de pauvreté, de désintérêt (de mépris ?) pour cette région où habitent 31% des habitants de Thaïlande ! mais ses habitants savent bien comme tous les observateurs (par exemple Parnwell et Arghiros, 1996), que le revenu moyen à Bangkok est  trois fois celui de l’Isan et  près de 5 fois celui du milieu rural. Beaucoup ne doivent leur survie qu’aux envois financiers de leurs « filles », dont ils veulent ignorer le « métier ».


Que dire de l’apport économique des « filles  tarifées »  d’Isan ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-l-apport-economique-des-filles-tarifees-en-isan-76544762.html 

 

1. Le gouvernement thaï promulguait en 1960, une loi pour interdire le commerce du sexe.).

 Mais en fait, avec le développement économique, la prostitution continua de connaître une extension considérable en raison d'une part, de la migration, d'abord largement masculine, de paysans vers Bangkok, et d'autre part, avec l’arrivée des soldats US en Thaïlande en 1961  durant la guerre du Viêt-Nam (Cf. notre article précédent).  

Bangkok, devenait la " ville aux 30 000 call-girls " ( Nouvelle Agence de Presse, 1973  ), et la prostitution prospérait à  Pattaya, et autour des  grandes bases militaires, où séjournaient près de 45 000 soldats US, auxquels il faut ajouter les 2 000 permissionnaires américains du Viêt-Nam qui arrivaient en Thaïlande tous les dix jours.


En 1976, les soldats américains quittèrent la Thaïlande,  mais le secteur privé avait déjà assuré la relève avec l’arrivée d’une nouvelle espèce : les touristes.


2. Du tourisme sexuel à l’industrie du sexe

 

tourisme sexuel


L’industrie du sexe est donc liée de la  conjonction et de la synergie de nombreuses composantes : En effet, si les médias « occidentaux «  aiment traiter et dénoncer le tourisme sexuel, ils oublient bien souvent, l’industrie locale du sexe, toujours bien présente sous la forme de bordels, karaokés, massages et autres établissements nocturnes  La société de consommation et les modèles « publicitaires » des médias qui poussent les lycéennes et étudiantes à se prostituer occasionnellement pour s’offrir les derniers gadgets. L’utilisation de plus en plus courante d’internet pour des rencontres « tarifées » et la recherche de maris farangs.


Tous influent sur l’industrie du sexe et montrent la complexité de cette réalité et la difficulté de l’analyser, surtout si on y ajoute la corruption , l’hypocrisie des Autorités, la « complicité » de la police avec les milieux mafieux … S’il est aisé pour chacun de « discuter » de la prostitution, et de la prostitution thaïlandaise en particulier, il est plus difficile d’en approcher sa réalité économique. Surtout que cette industrie du sexe s’inscrit dans un agrégat d’autres industries comme les agences de voyage, l’industrie hôtelière, centres commerciaux, restaurants,  bars … Ainsi Jean Baffie in , Femmes prostituées dans la région du Sud de la Thaïlande, montre bien par exemple, le  lien qui existe entre le développement économique et la prostitution ;  comment presque tous les membres de l’ élite locale des affaires sont liés à l’industrie touristique : hôtels, restaurants, centres commerciaux, et cimenterie pour la construction des précédents  … et les nombreux  lieux de prostitution.


3. Une industrie qui touche toute la Thaïlande, toutes les provinces, villes, gros bourgs


Une industrie « consommée » aussi bien par les occidentaux que les  asiatiques, les étrangers que les Thaïs.


Les chiffres


Sur les 15,84 millions d’arrivées de visiteurs internationaux en Thaïlande en 2010, 4.341.447 arrivées sont  en provenance d’Europe, soit seulement 27,41%. L. Brown peut donc rapporté à juste titre que la majorité des clients de prostitués femmes ou enfants sont avant tout des hommes asiatiques, si l’on en juge par une ratio selon le nombre de touristes.  


Le nombre de prostitué(e)s ?

Les chiffres  sont difficiles à obtenir et ne peuvent qu’être une estimation, tant pour le nombre de prostituées que pour leur apport économique (Le secteur du tourisme en Thaïlande concerne plus de 1,5 million d’emplois), surtout dans une société où la prostitution est interdite « officiellement »  et où « l’activité » est surtout informelle et/ou clandestine. « Le nombre exact importe finalement assez peu. Il suffit de noter que 200 000 ou 300 000 femmes prostituées, chiffres minimaux que l'on rencontre aujourd'hui, font de cette occupation un fait social de première importance. » (Formoso).


4. Les revenus de la prostitution 

Or, la prostitution est une source considérable de revenus : peut-être une centaine de milliards de bahts par an ( 20 milliards de francs ) pour 300 000 prostituées). (Jean Baffie)Les gouvernements eux-mêmes en bénéficient ;  en 1995, on a évalué que les revenus de la prostitution en Thaïlande constituaient entre 59 et 60% du budget du gouvernement. Le quotidien Libération du 27 novembre 1998 rapporte qu'une étude du Bureau International du Travail (BIT) considère qu' " en Thaïlande les femmes qui se prostituent dans les villes rapatrient près de 300 millions de dollars, par an, dans les zones rurales : un montant souvent supérieur aux budgets de développement financés par le gouvernement»

Une industrie qui profite à beaucoup. " Par ailleurs, les revenus du tourisme sexuel profitent à une série de personnes, des managers de bars et de cabarets aux intermédiaires, des guides touristiques au personnel hôtelier et aux chauffeurs de taxi, etc., et à un nombre très important d'entreprises comme les chaînes d'hôtels, les compagnies de transports, les restaurants, sans compter le fisc " (Poulin, 2005), certains policiers, hommes d’affaires …et bien sûr les groupes maffieux.


tourisme sexuel 2


5. Nous nous étions ensuite demandé d’où pouvait provenir cette « spécificité » économique des « filles » de l’ Isan ?


Histoire


Nous avons déjà relaté (dans notre article 11 sur l’ Isan lao) qu’ Aymonier , en 1885, avait noté que chez les Laos de l’Isan, l’indulgence était générale pour « les péchés de la chair », et que  les filles étaient aussi sources de revenus. La coutume des « cours d’ amour » était  souvent détournée.  On accepte les réunions  de jeunes le soir dans les cases. Mais si la jeune fille dénonce la « faute » commise, « Tout est tarifé : tant pour la prise de main, tant pour la prise de taille et des seins, et tant …pour les dernières faveurs ». Le garçon doit payer ou épouser. La somme dépend de la Province et de la situation des parents. Mais non sans humour, Aymonier précise que les Laotiens ne sont pas à l’abri des idées novatrices  et que certains mandarins demandent à leur fille de garder « leur capital intact ».


Mais l’évocation de l’Histoire, des « coutumes locales »,  n’expliquent en rien ce passage de la « coutume » à l’industrie du sexe. On pourrait aussi se demander pourquoi les filles tarifées sont essentiellement originaires des zones rurales du Nord et du Nord-est de la Thaïlande. Tout d’abord, bien souvent, une triste réalité sociale et économique, avec un schéma hélas bien connu :   Dans un contexte mondial de capitalisme agressif néolibéral, on observe  le bouleversement des structures sociales qui affecte grandement les zones rurales, et pousse aux migrations vers les villes, favorise l’économie informelle, notamment les industries du sexe, et les déstructurations sociales.


Au niveau local, les structures traditionnelles sont ébranlées.

On observe une forte proportion de jeunes maris violents, « alcooliques » et infidèles. De plus beaucoup de femmes sont abandonnées par leur ami ou mari à la naissance de leur enfant. Les filles ont  peu d’opportunités d’emploi dans leurs villages. La pression des dettes ?  la « facilité » de laisser  l’enfant aux grands parents pendant des années, incitent les jeunes femmes à tenter leur chance en ville. Même si certaines ont la « chance » de trouver un emploi, celui-ci est peu rémunéré, et ne peut suffire à subvenir aux besoins essentiels et à rembourser les dettes de la famille. Une restructuration, une mise au chômage, un coup dur, les conseils avisés d’une copine, les promesses de l’argent facile et conséquent, incitent certaines à tenter « l’aventure ».


Il a donc  fallu à la fois une tradition qui « sacrifiait » souvent la cadette pour aider la famille, et une idéologie  qui acceptait cette pratique pour les farangs dans la mesure où elle ne touchait que les « filles « de l’Isan (et du Nord), non « concurrentiels » pour les Thaïs Siamois. Depuis, cette « pratique «  s’est développée et est devenue un apport économique conséquent. Elle est aussi le plus souvent un signe de réussite et de prestige.

 

Bref, il est devenu pour de nombreuses filles d’Isan, le seul moyen pour vivre  décemment et subvenir aux  besoins essentiels de leurs familles. Il est devenu un rêve pour beaucoup de « trouver un farang » et de pouvoir afficher ainsi les signes de la réussite matérielle. Pire, il est même à craindre que le consumérisme et l’utilisation généralisée d’internet va faciliter les rencontres « tarifées » et multiplier les couples mixtes (fondés sur l’argent ?). Buapan Promphaking, un professeur associé à l’université de Khon Kaen, estime que le nombre actuel de couples transculturels dans les dix-neuf provinces (20 aujourd’hui)  est proche des 100 000, c’est-à-dire 3 % des foyers de la région « (cité par Ivanoff).

 De plus, un nombre conséquent de filles Isan se sont mariées et vivent à l’étranger et envoient chaque mois des devises à leur famille. On peut voir aussi de plus en plus de retraités qui s’installent dans les villes de l’Isan  et villages avec leur compagnes ou femmes, avec la dot, la maison que l’on construit, la retraite qui est virée   ...


Cette nouvelle « réalité » n’empêche pas évidemment de s'atteler aux vrais problèmes de la population locale : lutter contre la paupérisation criante (avec des salaires digne de ce nom),  moderniser l’agriculture, entreprendre des projets de développement ambitieux, aider à  la création de PME,  donner accès aux droits politiques et syndicaux, à une meilleure éducation et scolarisation, à l’accès aux nouvelles technologies, à la démocratie,  au partage du pouvoir … 


Mais qui prendra l'initiative pour conduire ce changement, nous demandions-nous ?

 

 

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. Jean Baffie,  Femmes prostituées dans la région du Sud de la Thaïlande – IRASEC  n° 6, 2008.

. Jacques Ivanoff , Construction ethnique et ethnorégionalisme en Thaïlande, in Carnet de l’IRASEC n°13, 2010.

. Jean Baffie, La prostitution féminine en Thaïlande, Ancrage historique ou phénomène importé. 

 

Note :

« Ces dernières années la province a suscité l'attention internationale due à la découverte de potasse. Certains prévoient que la région deviendra un exportateur principal de ce minerai. Des villageois qui vivent au-dessus de la mine ont exprimé des inquiétudes. Cela menaceraient les communautés locales qui comptent principalement sur le revenu du riz.      (http://www.blog-thailande.com/blogs/categories/categorie-globale/item/103-udon-thani.html) »

 

mines

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