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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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18 juillet 2012 3 18 /07 /juillet /2012 23:01

titreIl y avait donc de multiples versions sur l’origine de la fondation d’Ayutthaya. 


Nous avons déjà évoqué trois versions. Deux venant des Annales du Nord  traduites par Mgr Pallegoix , et une autre de wikipédia. Nous étions curieux de la version proposée par Stéphane Dovert, in Thaïlande contemporaine,*qui se mettait sous l’autorité de Richard D. Cushman : « Mais on se référera surtout au travail monumental de Richard D. Cushman, The Royal Chronicles of Ayutthaya ». 

 

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1/ Que dit Dovert ? (ancien directeur de l’ IRASEC) 

  • Il nous met en garde contre les « récits des chroniqueurs, chinois, européens et persans, qui tendaient à considérer les lieux qu’ils visitaient comme particulièrement centraux », contre l’histoire nationale, qui veut  « légitimer, par une réinterprétation du passé, la notion relativement récente d’Etat-nation. »
  • Ayutthaya « entre le XIV ème et le XVII ème siècle (était très certainement) le principal centre de pouvoir du monde siamois, mais il n’était pas le seul ». Et de citer « les petites principautés thaies de Phetchaburi, Lopburi et Suphanburi ». (et Sukhotai et le Lanna ???)
  • Il présente U Thong comme le « fils d’un commerçant prospère (issu de la dynamique communauté chinoise) qui a pu (quelle précision !) épouser une princesse locale. Et en 1350, alors que le peuple était décimé par une meurtrière épidémie de variole, il a pris la tête d’un groupe d’hommes valides et s’en est allé fonder une nouvelle ville au coeur d’une région marécageuse ».

C’est consternant !


dovert


Pourquoi a-t-il besoin de se référer au « travail monumental de Richard D. Cushman », pour se contenter de telles platitudes et imprécisions. On ne saura pas comment ce héros est passé de la création d’une ville « avec quelques hommes valides » à la fondation d’un royaume (capable de prendre la puissante Angkor en 1353 !), sous le regard indifférent de Sukhotai !


Cette 4 ème version ne tenait pas la route et surtout n’apprenait rien.


2/ Et la version de Xavier Galland** parue dans Gavroche,  (l’auteur du « Que sais-je sur l’histoire de la Thaïlande »).


On apprend (remarquez la précision !)*** :

 

precision


  • qu’ « En l’an 712 (une année du Tigre), au sixième jour du premier croissant du cinquième mois, un vendredi, à trois nalika et neuf bat après le lever du soleil - soit le vendredi 4 mars 1351, peu avant dix heures du matin -, une cérémonie avait lieu sur une île du Chao Phraya »,  où « devenait roi sous le nom de Ramadhibodi et Krung Thep Dvaravati Sri Ayutthaya devenait officiellement la capitale d’un royaume qui désormais porterait son nom » .

Cette 5ème version est plus cohérente, même si on n’en connait pas la source. Elle répond à la question : « Qui était donc ce personnage et pourquoi installait-il sa capitale dans cet endroit ?  »

 

  • On y apprend que U Thong  (dont on ne connait pas le nom) était gouverneur d’ UThong (située à 25 km de Suphanburi)
  • « Selon toute vraisemblance - mais sans preuve formelle - il aurait été lié par son père à l’importante communauté marchande chinoise présente dans la région à l’époque et, par sa mère, à la maison de Lopburi. »
  • U-Thong est marié à une princesse de la maison de Suphan Buri.
  • La recherche d’un nouveau site est due à «  la tristement célèbre épidémie de peste noire ». (selon les versions peste ou variole).
  • Bien situé le nouveau site trouvé « sur le cours du Chao Phraya, le site d’Ayodhya est à la balance des zones d'influence de Suphan Buri, à l’ouest, et de Lopburi, à l’est. Or U-Thong est précisément marié à une princesse de la maison de Suphan Buri. Cette double accointance fait de lui un personnage acceptable par les deux parties. C’est pourquoi, fort de la main-d’oeuvre et de l’expérience militaire de Suphan Buri, de l’expertise administrative et religieuse de Lopburi (héritée de l'empire khmer, précisément en plein déclin) et du soutien logistique et financier de l’importante communauté chinoise, il fonde Ayutthaya - dans le creux du Y, probablement en 1349 - et, deux ans plus tard, en fait la capitale d’un royaume qui regroupe sous son autorité toute la partie inférieure du bassin du Chao Phraya. »

On peut émettre des doutes sur la possibilité de pouvoir créer un royaume après seulement deux ans da la création de la ville d’Ayutthaya, mais au moins cette version explique le nouveau pouvoir du gouverneur d’U Thong, allié à Suphan Buri par sa femme, à Lopburi (par sa mère ?) et à l’appui financier de « l’ importante » communauté chinoise, pour conquérir, en deux ans , « toute la partie inférieure du bassin du Chao Phraya »

 (Importante communauté chinoise ? 4000 au milieu du XVII ème selon de La Loubère et 10 000 selon  William Skinner  à la fin du XVIII ème siècle)


skinner


3/  Dans le précédent article nous rappelions que L. Petithuguenin dans ses « Notes critiques pour servir à l’histoire du Siam », signalait que les « annales d’Ayuthaya » proprement dites, « Phong savada krun kao », un texte imprimé en siamois en 1835 et « perdu »,  avaient été traduites en anglais entre 1836 et 1839 dans les volumes V, VI et VII du « Chinese repository » par le Révérent DJ Taylor Jones.

 

Allions- nous ENFIN y trouver la source susceptible de nous informer de façon fiable ?


 chinese repository


Notre 6 ème version serait-elle enfin la bonne ? 

 

Là encore, on avait le sentiment que notre présentation du document était plus savante que ce que nous allions trouver.

 

L’auteur, après une introduction générale d’une  soixantaine de lignes -dont nous aurions beaucoup à dire- affirme –lui aussi- qu’ « il part de différentes et authentiques sources », dont il nous ne  donne aucune référence.

Ensuite il commence en 712 (disant que cela correspond bien à notre année 1351), pour relater en 16 lignes :

  • La « naissance » sacrée de la ville de Sia Yuttiya,  le « On friday, the 6th day of the waxing moon, 5th month, at 3 O’ clock and 50 minutes », date propice choisie par les Brahmanes »
  • Le couronnement d’ U Tang.
  • Le roi envoie  son fils  Rammasawan gouverner la province de Lopburi.
  • Une liste de 16 « pays » vassaux **** (dont Java ?)
  • Le roi envoie 5000 hommes attaquer le Cambodge et revient victorieux avec un grand nombre de prisonniers.

 

Quelle année !!!


Le roi  peut créer, en  l’année 712 (1351), une ville, un royaume, se faire couronner, avoir déjà 16 « pays » sous sa suzeraineté, et attaquer victorieusement Angkor !

Quel homme !

 

On peut noter que Xavier Galland, donnant plus de détails, n’a pas utilisé la même source.

 

Ensuite notre « Chinese repository » , pour notre roi U Thong, évoque l’année 715 en 5 lignes, (10 ans après) 725 en 2 lignes, 731 en 2 lignes et demie, soit 10 lignes pour 20 ans de règne !

 

A savoir :

  • 715. La fondation du temple « The heavily Budha of Siam », « on thurday, the 1st of waxing moon, 4th month, at two O’ clock and forty minutes ». (Les minutes doivent être importantes!)
  • 725 (10 ans après !). Deux fils du roi meurent de la variole. Le wat « The crystal forest » est érigé.
  • 731. (6 ans après. Et on évoque déjà la mort du roi). Le roi rama meurt après un règne de 20 ans. Son fils revient de son gouvernement provincial pour lui succéder.

 

Et c’est tout.

 

On ne pouvait pas dire que cette 6 ème version  de la fondation d’Ayutthaya tirée du « Chinese repository »  nous avait beaucoup appris.

On revenait avec une nouvelle question, comment le roi Ramathibodi, couronné, sous les auspices des Brahmanes, allait -disent nos « experts »- déclaré en 1360, le bouddhisme theraväda, religion officielle d’Ayutthaya ? Une énigme de plus.

 

4/ Il était temps d’aller vers notre 7 ème version-signalée aussi  lors de l’article précédent-une version écrite en français par L. B. Rochedragon, « Phongsa-Vadan, les « annales officielles siamoises », « traduction littérale » publié en 1891 dans le très confidentiel « Bulletin de la société de géographie de Rochefort ».*****

On peut remarquer que Rochedragon, comme la majorité des auteurs ayant écrit sur le sujet  laisse supposer avec son titre les « annales officielles siamoises », une référence reconnue, officielle et donc vraie.

Malheureusement, une fois de plus, on doit admettre que Rochedragon ne nous a pas éclairé sur cette fondation d’Ayutthaya.


Il évoque lui-même plusieurs versions, comme celle qui fait d’Uthong, un roi qui régna 7 ans au Cambodge après avoir épousé une  fille du roi, et qui fuyant la peste vient s’installer en 1350 à Ayutthaya.


« Il existe deux autres versions-dit-il- de la fondation de la ville imprenable, qui fut prise et détruite de fond en comble par les Birmans, 417 ans après sa fondation. Ces légendes paraissent beaucoup plus vraisemblables que la première.

« Pahyah-Uthon régnait à Kampehng-Pêth. Ayant envoyé inspecter la plage méridionale de l’ïle, on lui rapporta qu’elle était très fertile et très poissonneuse. Il émigra alors avec tout son peuple et vint s’établir dans l’île désignée, où il fonda Ayuthia, en l’an 712 de l’ère siamoise. Le roi Pahya-Uthon régnant à Ayuthia, prit le nom de Somdet-Phra-Rama-Thibodi et établit roi à Lopaburi,  son fils, Prah-Ramesuen. »


Autre version : « Les habitants des provinces de Chiengmaï et Kampehng-Pêth, étant sans cesse ruinés et massacrés par les incursions de leurs ennemis, abandonnèrent leur pays natal et vinrent s’établir à Cha-Leng, à l’ouest du Siam proprement dit. Cinq rois de la première dynastie y régnèrent, jusqu’au sixième, nommé Uthon-Somdet-Prah-Rama-Thibodi, qui monta sur le trône en 706 de la petite ére. Cha-leng fut le siège de son gouvernement pendant six années. La peste s’étant alors déclarée, il fit rechercher un lieu propice à une nouvelle installation et émigra avec tout son peuple, en 712 de l’ère civile siamoise. »


Mais s’il qualifie ses trois versions  de légendes, il porte crédit à une quatrième que nous n’avions pas encore lue.


 Uthong, qui  monta sur le trône d’Ayutthaya en 1350 sous le nom de règne de Somdet-Prah- Rama-Thibodi 1er était auparavant  le fondateur du royaume et de la dynastie de Chieng-Raï !

 

(Chieng-Rai !!! Heureusement que tous ces auteurs ont traduit  les mêmes « annales officielles siamoises »).


Vous ne nous croyez pas. Lisez alors :


« 1– Première dynastie. – Dynastie de Chieng-Raï


1/ En 712 de l’ère civile siamoise (1350), Phra Chao-uthong fondateur du royaume et de la dynastie de Chieng-Raï, monta sur le trône sous le nom de règne de Somdet-Prah- Rama-Thibodi 1er. Il jeta  les fondements de sa nouvelle capitale dans une île nommée Nong-Son, et l’appela Krung-Thap-Maha-Nakhon-Bovora-Thavara-Vadi-Si- Ayutthaya .

Son fils aîné, Somdet- Prah-Ramesuen, fut chargé d’administrer le pays de Lava, ou région de Lopaburi. Ce prince, encore désigné sous le nom de Khun-Luang-Pahngnga, général plein de bravoure, reporta plusieurs grandes victoires sur les ennemis de son père. En récompense de ces services, le roi l’éleva au rang de Somdet-Prah-Boromma-Raxa-Thirat et lui confia le gouvernement de la province de Supahnnaburi. »


Cela sera encore plus sec pour les suivants :


2/ Somdet- Prah-Ramesuen succéda à son père, en sept cent trente-et-un (1369) et abdiqua presque aussitôt en faveur de son oncle, frère aîné de sa mère. Il retourna fixer sa résidence à Lopaburi, où il habitait avant son avènement.

3/Somdet- Prah-Boromma-Raxa- Thirat 1er monta sur le trône en sept cent trente-deux (1370) et mourut en sept cent quarante-quatre (1382).


4/ Il eut pour successeur son fils Somdet-Chao-Thong-Chan, surnommé plaisamment Chao-Thong-Lan ne régna que sept jours.


5/Somdet- Prah-Ramesuen, héritier légitime du trône qu’il avait volontairement quitté quelques années auparavant, revint en toute hâte de Lopaburi, à la nouvelle de la mort de Somdet- Prah-Boromma-Raxa- Thirat 1er , s’empara de la personne de Somdet-Chao-Thong-Chan et le fit exécuter. Il monta sur le trône pour la seconde fois en 744. Son fils, Pahyah-Prah-Ram, ne lui inspirant nulle confiance, il ne lui confia aucun gouvernement de province.


On peut noter que cette version tient aussi pour le fils Ramasuen, à ajouter qu’il avait « volontairement »  abdiqué pour son oncle, alors qu’il n’hésite pas à exécuter le fils de son oncle et écarter son propre fils !!! (Nous reviendrons sur cette succession que certains veulent à tous prix qualifier de pacifique).


Pour le moins cette 7 ème version était plutôt laconique et surprenante. Uthong fondateur de la dynastie de Chieng-Rai !


Décidemment le roi Uthong venait de beaucoup d ‘endroits, du Cambodge, du Nord, du Sud, de Chieng-Rai, de Khampëng-Phet, de UThong (située à 25 km de Suphanburi),  de nulle part … ou bien encore d’une ville appelée Deva Mahanagara … ?


5/ La 8 ème version.


Nous avions été surpris par cette version de L. B. Rochedragon, lorsque, incidemment, en lisant un texte d’Aymonier, nous apprenions par Sir Bowring


Bowring by John King

 

que le roi Mongkut relatait  qu’ U Thong venait effectivement d’une dynastie qui aurait régné à Cha-Liang.

  ( Cité in, III. Le SIAM ANCIEN (Chapitre 6), in Le groupe d’Angkor et l’histoire, par Etienne Aymonier (Directeur de l’Ecole coloniale), Paris, Ernest Leroux Editeur, 1904.)


 Aymonier Cambodge 3-2

« Bowring relate que, d'après l'ancien roi de Siam, Maha Mongkut, les gens de Chieng Raï, Chieng Maï, Kamphêng Péch, molestés par leurs ennemis, quittèrent leur pays et formèrent un nouvel établissement à Cha-Liang dans la partie occidentale du Siam proprement dit, où ils construisirent une ville appelée Deva Mahanagara, nom que conservèrent les capitales ultérieures. Cha-Liang  était environ par 16°N. et 99 E. Là auraient régné cinq princes de la première dynastie, jusqu’ au sixième appelé Uthong Rama thibodi, qui monta sur le trône en 1344. Ce roi, dit-on, « gendre » de son prédécesseur qui s'appelait Siri Chai Chieng Sen et qui n'avait pas d'enfant mâle, reçut la couronne du droit de sa femme. Plus puissant que tous ses prédécesseurs, il soumit à son empire le Sud de Siam et la presqu'île de Malacca. Puis il aurait fondé Ayouthia en 1350. »

 

Pourquoi Mgr Pallegoix, autre « intime » du roi n’a pas évoqué cette version ? mystère.

 

6/ La 9ème version.


Finalement, la version que nous avions déjà évoquée en note  à l’occasion de la succession du Roi Ramkhamhaeng, semble encore la plus cohérente, ce qui ne veut pas dire la plus vraie.


Cette 9ème version correspond mieux à notre conception de la géopolitique des muang défendue dans ce blog. Mais voilà : où sont les preuves ? Les sources ?


Ironie, cette version est de plus anonyme et a été publiée dans  le « Phuket guide !(sic) (Cf. Notre article 28 et le site

  http://www.thailande.phuket.com/phuket_history/ayutthaya.htm)

Cette 9 ème version relate la guerre et l’annexion de la ville d’Ayutthaya pour contrôler une route commerciale stratégique. Elle est menée par le gouverneur de Suphanburi, qui venait après l’annexion des villes portuaires de Mergui et Tenesserim sur la côte occidentale de Thaïlande.  

« Après la mort du Roi Ramkhamhaeng, le royaume vassal de Pegu (Birmanie) se rebella et s'empara des villes portuaires de Mergui et Tenesserim sur la côte occidentale de Thaïlande. Le Roi Loetai (fils du Roi Ramkhamhaeng) ne saisit pas l'importance stratégique de ces ports et ne fit que peu d'efforts pour les reconquérir. Il n'y réussit pas. Par contre, le jeune Prince Thaï Bodi, gouverneur du district de Supanburi dans la plaine centrale de Thaïlande (et Prince d’Uthong), (futur fondateur du royaume d’Ayutthaya en 1350 sous le nom de  Ramathibodi (1314-1369) nda.) profita de l'opportunité pour les conquérir. Il leva une armée, reprit les ports aux Birmans et les annexa à son district. 

A cette époque, les navires de commerce n'étaient pas vraiment en mesure de manœuvrer contre les vents. Il leur fallait six mois voire plus pour parcourir les trois mille milles marins (1 mille=1852m) entre l'Inde et la Thaïlande sous vents dominants. Ils devaient aussi prendre en compte les pirates qui sévissaient dans le Détroit de Malacca. Avec les moussons qui balayaient la mer d'Andaman, c'était autant de dangers qui requéraient un planning soigneux pour livrer les marchandises le plus régulièrement possible. Beaucoup de négociants Indiens et Arabes puis plus tard Européens choisissaient de jeter l'ancre à Mergui puis de se rendre en barge à Tenesserim en amont de la rivière, ce qui les menaient grosso-modo à mi-chemin sur la péninsule. Restait ensuite à transporter les marchandises par la montagne à travers la jungle jusqu'au Golfe de Thaïlande. C'était un voyage pénible et terriblement dangereux, comme le relate ce Jésuite de l'époque qui a vu l'un de ses compagnons déchiqueté sous ses yeux par un tigre. Mais cet itinéraire réduisait la distance de moitié et ramenait la durée du voyage à un peu plus d'un mois. 


Le contrôle de cette route commerciale stratégique donnait au Prince Bodi accès aux richesses et aux technologies étrangères. Aussi mena-t-il campagne pour annexer la ville portuaire d'Ayutthaya, porte de la région centrale de Thaïlande.


Certes cette version paraissait plus « vraisemblable » que les autres. Elle reprenait en partie la version de Xavier Galland, mais de manière plus explicite, plus géopolitique.


 Mais voilà, d’où sortait-elle ? 

 

Et puis notre curiosité aidant, nous allions trouver une version encore plus incroyable -notre 10ème version- qui remettait en cause, non seulement la date de fondation d’Ayutthaya (elle la situe vers 1460), et même l’existence de certains rois retenus dans  la liste « officielle » des 33 rois. Et cette version ne provient pas d’un inconnu, mais d’ Aymonier lui-même, que nous avons souvent cité dans ce blog, et qui est de la lignée des La Loubère,  Mgr Pallegoix, Pavie, R. P. Schmitt, Sir  Bowring, Dr Bradley, M. de Rosny … dont il remet en cause certaines données.

 

 

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Références : 

 

*Thaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, 2011

 

 « Mais on se référera surtout au travail monumental de Richard D. Cushman, The Royal Chronicles of Ayutthaya, the Siam Society, Bangkok, 2000 . (à propos de la fondation du royaume, voir les pages 9 à 11) ».


Il cite aussi :

Charnvit  Kasetsiri, « Origins of a Capital and Seaport : The Early Settlement of Ayutthaya and its East Asian Trade”, in Kennon Breazeale, From Japan to Arabia : Ayutthya’s Maritime Relations with Asia, The foundation for the promotion of Social Sciences and Humanities, Textbook, Project, Bangkok, 1999.


Jean-Claude Brodeck, in Kromphra Paramanuchit, « Petites chroniques d’Ayutthaya, ancien royaume du Siam (1350-1767 »,  Charlemint éditeur, Bangkok, 1974.

 

**Histoire De La Thaïlande

·         Galland, Xavier, Presses Universitaires De France - Puf - 06/01/1998

Voir les articles de Xavier Galland parus dans le magazine Gavroche « Fondation d'Ayutthaya: mythe et réalité de Xavier Galland ». Le Prince d’U -Thong

Qui était donc ce personnage et pourquoi installait-il sa capitale dans cet endroit ? Le personnage qui prend le nom de Ramathibodi le 4 mars 1351 est connu sous le nom de Chao U-Thong. U signifie berceau, origine, source et thong, or. L’accolage de ces deux mots a donné son nom à une ville située quelque vingt-cinq kilomètres au sud-ouest de Suphan Buri. Pourquoi ce nom ? Probablement pour attirer la prospérité sur cette ville, côtière à l'époque. Le futur Ramadhibodi était précisément gouverneur de cette ville, d’où ce nom de Chao U-Thong (Prince d'U-Thong), le seul qu’on lui connaisse car on ignore son nom personnel.

Une autre explication serait qu’à sa naissance il ait été déposé dans un berceau en or et que ce nom lui ait dès lors été donné. Chao U-Thong signifierait ainsi Prince du berceau d'or. Cette explication quelque peu merveilleuse l’est précisément un peu trop pour ne pas être suspecte. D’autant plus qu'il n’est pas du tout assuré que Ramadhibodi ait été d'origine royale « pure ». Selon toute vraisemblance - mais sans preuve formelle - il aurait été lié par son père à l’importante communauté marchande chinoise présente dans la région à l’époque et, par sa mère, à la maison de Lopburi.


*** Un coup d’œil pour remarquer que cela n’est pas simple :

Le calendrier solaire thaïlandais ou calendrier Suriyakati 

http://www.louisg.net/C_thailandais.htm 

  

**** Petithuguenin P. Notes critiques pour servir à l'histoire du Siam. In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 16,1916. pp. 1-21.doi : 10.3406/befeo.1916.5274

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1916_num_16_1_5274 

Les Phonsâvadân Kruh Kao ou « Annales d'Ayudhyâ ». Ces annales ont pour origine une compilation qui, d'après la tradition, aurait été faite en 1795, sous le règne de Phrah Buddha Yót Fâ, fondateur de la dynastie actuelle des Cakri, d'après d'anciennes sources, par le prince Mahëçvara Indramet. Il y

avait environ trente ans qu'Ayudhyâ avait été détruite par les Birmans. Le pays avait été ravagé, les archives brûlées ou enlevées, et les chroniques royales avaient disparu.

En 1840, sous le règne de Phrah Náň Klào, le Prince Vasukri, plus tard Phrah Paramânujit, aurait revu et donné sa forme définitive à ce recueil; et c'est cette version qu'a publiée en 1865, sous les auspices du roi Monkut,"D. B. Bradley.

Mais il n'est pas douteux qu'avant la version de Phrah Paramânujit ces annales étaient déjà connues» car il en existe une traduction anglaise due au Rév. D. J. Taylor Jones, qui a paru de 1836 à 1839 dans les vol. V, VI et VII du Chinese Repository. La traduction de Jones porte sur la période qui va de

1351 à 1639 (!), et elle a été faite sur un texte qui différait sensiblement de celui de Bradley. Il semble en effet qu'il y ait eu dès 1835, un texte siamois imprimé des annales, actuellement perdu.

Les Annales d'Ayudhyâ, depuis 1657 jusqu'à 1767 ont été traduites en anglais par le Rév. Samuel J. Smith et publiées à Bangkok, en 3 fascicules, de 1880 Г1 881 (2)

 

**** Chinese Repository. Liste des 16 pays vassaux.

 

1/Viz.  2/ Mallaca  3/ Java  4/Tenasserim  5/Sidamarat  6/ Tavoy  7/Martaban  8/Maulmein  9/Songkla (Singora)  10/Chantapuri  11/Pitsalunok  12/Sukkhoty  13/ Sawannalok  14/Pichit  15/Khampengpet  16/ Sawanpuri

 

Comparer avec la liste de Mgr Pallegoix :

Malaka,  Xava,  Tanaosi (Ténassérin), Nakhon Si-thamarât (Ligor), Thavai, Mo Ta Ma (Martaban), Mo-Lamlong (Molmein), Song-Kla,Chantabun, Phisalunok, Sukhotai, Phixai, Savankha-Lok, Phichit, Khampheng-phet, NakhonSawan ; ».

***** Société de géographie de Rochefort. Bulletin de la Société, 1890-91. 1890.

 ******

par L. B. Rochedragon, « Phongsa-Vadan, les « annales officielles siamoises », « traduction littérale » publié en 1891 dans le très confidentiel « Bulletin de la société de géographie de Rochefort ».*****

Sur la période considérée :

« la postérité de Pahya-Khrêk s’éteignit après la troisième génération. Il ne restait qu’une fille du roi, qui fut mariée à un homme riche et puissant, du nom d’Uthon.

Pahya –Uthon régna  sept ans au Cambodge. La peste sévissant, il émigra avec son peuple. Se dirigeant vers l’Occident, il fonda dans une île de la Ménam, une nouvelle capitale, en l’an 712 de la petite ère ou ère civile siamoise (1350 de l’ère chrétienne). Il lui donna le nom de Khrung-Thippah-Maha-Nakhon-Borova-Thavarah- Si- Ayutthaya (la grande, imprenable cité des Anges, ville aux cent portes).

Il existe deux autres versions de la fondation de la ville imprenable, qui fut prise et détruite de fond en comble par les Birmans, 417 ans après sa fondation. Ces légendes paraissent beaucoup plus vraisemblables que la première.

« Pahyah-Uthon régnait à Kampehng-Pêth. Ayant envoyé inspecter la plage méridionale de l’ïle, on lui rapporta qu’elle était très fertile et très poissonneuse. Il émigra alors avec tout son peuple et vint s’établir dans l’île désignée, où il fonda Ayuthia, en l’an 712 de l’ère siamoise. Le roi Pahya-Uthon régnant à Ayuthia, prit le nom de Somdet-Phra-Rama-Thibodi et établit roi à Lopaburi,  son fils, Prah-Ramesuen. »

Autre version : « Les habitants des provinces de Chiengmaï et Kampehng-Pêth, étant sans cesse ruinés et massacrés par les incursions de leurs ennemis, abandonnèrent leur pays natal et vinrent s’établir à Cha-Leng, à l’ouest du Siam proprement dit. Cinq rois de la première dynastie y régnèrent, jusqu’au sixième, nommé Uthon-Somdet-Prah-Rama-Thibodi, qui monta sur le trône en 706 de la petite ére. Cha-leng fut le siège de son gouvernement pendant six années. La peste s’étant alors déclarée, il fit rechercher un lieu propice à une nouvelle installation et émigra avec tout son peuple, en 712 de l’ère civile siamoise. »

C’est de cette date (avril 1350 de Jésus-Christ) que part la seconde partie des Annales officielles siamoises, qui s’ étend jusqu’en 1767 de l’ère chrétienne, année de la destruction d’Ayuthia par les Birmans. Dans cette seconde partie, les Annales sont beaucoup plus exactes et plus digne de foi. Les faits qu’elles rapportent sont accompagnés de leurs dates, indiqués par jour, mois et année.

Le roi Uthon (Somdet-Prah-Rama-Thibodi) conquit toute la partie méridionale du Siam actuel, ainsi que plusieurs états de la péninsule malaise. Il réduisit en province siamoises les royaumes dont les noms suivent : mallaca, Xava, Thavaï ou Tavoy, Pihchit, Tanaosi ou Tennassérim, Molamlong ou Moulmein, Nakhon-Si-Thamarat ou Ligor, Motama ou Martaban, Sangkla ou Singora, Chantabun, Phitsalunok, Sukkhotaï, Sawankhalok, Kampehng-Pèth et Nakhon-Savan. Aujourd’hui, Siam aperdu plusieurs de ces conquètes du fondateur du royaume d’Ayuthia, conquètes qui sont aux mains de la Birmanie et des Anglais. »


LES DYNASTIES SIAMOISES 

(Commence avec une explication de la désignation des rois) […]

Lorsqu’une dynastie nouvelle prenait la place de la précédente, les nouveaux souverains avaient le soin de faire commencer leurs titres par les premiers mots de titres d’une dynastie antérieure, afin de paraître être des continuateurs et non des novateurs.[…] (Il évoque ensuite les quatre dynasties) […]

  1. 1.       – Première dynastie. – Dynastie de Chieng-Raï

1/ En 712 de l’ère civile siamoise (1350), Phra Chao-uthong fondateur du royaume et de la dynastie de Chieng-Raï, monta sur le trône sous le nom de règne de Somdet-Prah- Rama-Thibodi 1er. Il jeta  les fondements de sa nouvelle capitale dans une île nommée Nong-Son, et l’appela Krung-Thap-Maha-Nakhon-Bovora-Thavara-Vadi-Si- Ayutthaya .

Son fils aîné, Somdet- Prah-Ramesuen, fut chargé d’administrer le pays de Lava, ou région de Lopaburi. Ce prince, encore désigné sous le nom de Khun-Luang-Pahngnga, général plein de bravoure, reporta plusieurs grandes victoires sur les ennemis de son père. En récompense de ces ervices, le roi l’éleva au rang de Somdet-Prah-Boromma-Raxa-Thirat et lui confia le gouvernement de la province de Supahnnaburi.

La sœur aînée du prince était Prah-Akkha-Mahési (épouse favorite du roi).

2/ Somdet- Prah-Ramesuen succéda à son père, en sept cent trente-et-un (1369) et abdiqua presque aussitôt en faveur de son oncle, frère aîné de sa mère. Il retourna fixer sa résidence à Lopaburi, où il habitait avant son avènement.

3/Somdet- Prah-Boromma-Raxa- Thirat 1er monta sur le trône en sept cent trente-deux (1370) et mourut en sept cent quarante-quatre (1382).

4/ Il eut pour sucesseur son fils Somdet-Chao-Thong-Chan, surnommé plaisamment Chao-Thong-Lan ne régna que sept jours.

5/ Somdet- Prah-Ramesuen, héritier légitime du trône qu’il avait volontairement quitté quelques années auparavant, revint en toute hâte de Lopaburi, à la nouvelle de la mort de Somdet- Prah-Boromma-Raxa- Thirat 1er, , s’empara de la personne de Somdet-Chao-Thong-Chan et le fit exécuter. Il monta sur le trône pour la seconde fois en 744. Son fils, Pahyah-Prah-Ram, ne lui inspirant nulle confiance, il ne lui confia aucun gouvernement de province.

(on peut noter cette « volonté »  d’ajouter qu’il avait « volontairement »  abdiquer pour son oncle, alors qu’il n’hésite pas à exécuter le fils et écarter son propre fils !!!)

 

 

 phongsawadan

 

 

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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