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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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26 décembre 2011 1 26 /12 /décembre /2011 00:01

titre 14. « Notre » Histoire de la Thaïlande : comment les Thaïs racontent la Thaïlande avant les Thaïs. 

Nous avions signalé dans notre article précédent que les Etats thaïs et vietnamiens via le contrôle de leurs institutions « scientifiques » (surtout en matière de recherches archéologiques), ont souvent essayé d’annexer la préhistoire et l’histoire des premiers siècles historiques de leur Territoire actuel à leur héritage culturel, et à leur discours « nationaliste » pour faire oublier leur arrivée récente (et des conquêtes). La lecture récente d’un livre exceptionnel, Thaïlande contemporaine, (Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, 2011), confirme incidemment cette pratique, avec des exemples plutôt surprenants :


irasec-thailande-cont


1/ L’article de Louis Gabaude, consacré à une « Approche du bouddhisme thaï », nous dit : « La Thaïlande se croit et se dit bouddhiste depuis le IIIe siècle avant notre ère, mais n’en a encore jamais offert de preuve archéologique. » (p.29). Il cite ensuite  le moine Payut Payutto, qu’il qualifie comme «  Le moine le plus représentatif de ce que l’institution bouddhiste thaï peut produire de meilleur » (Imaginez les autres !) :


gabaude


« Selon la tradition, le Bouddhisme a été introduit en Thaïlande il y a plus de deux mille ans, quand le territoire était connu de sous le nom de Suvarnabhumi et quand la population était toujours Môme et Laza. A cette époque, l’une des neuf missions envoyées par le roi indien Asoka pour répandre le bouddhisme dans d’autres pays est venue à Suvarnabhumi. Cette mission était dirigée par deux des Etres Nobles, nommés Sona et Utara. Ils ont réussi à convertir le roi et le peuple thaï au Bouddhisme. ».


Et Gabaude de rajouter en note (25) : « On notera le lapsus calami de cet auteur (ou de ses traducteurs,) qui, après avoir dit que la région était au IIIe siècle avant J.-C. occupée par les Môns et des Lawa, conclut que les missionnaires d’Asoka convertirent le chef et le peuple du royaume « thaï » qui ne régneront dans la région que plus de 1000 ans plus tard ».

On pourrait même rajouter qu’avant d’avoir UN , il y eut DES royaumes ou cités/royaumes et que le territoire que le moine Payut Payutto présente  sous le nom de Suvarnabhumi est « l'un des toponymes mythiques les plus disputés de l'histoire de l'Asie du Sud-Est, fait l'objet de débats aussi bien scientifiques qu'idéologiques. Les informations historiques sont rares et vagues. Contrairement à une croyance assez répandue, ce lieu n’est pas mentionné dans les édits d’Ashoka,

 

edits d'ashoka

 

qui ne citent que des noms de rois régnant sur des cités situées au-delà du fleuve Indus dans l'ouest de l'Inde, et non pas des royaumes. Les chroniques birmanes et thaïlandaises, postérieures de plusieurs siècles aux événements, font état de l’envoi à Suvarnabhumi de deux missionnaires nommés Sona et Uttara. Les historiens de la région ont identifié deux régions comme emplacements possibles : l'Asie du Sud-Est insulaire et l'Inde du Sud. (Wikipédia).


2/ Mais l’article de Olivier Ferrari et Narumon Hinshiranan Arunotai intitulé « Khwampenthai ou la pratique de l’idéologie culturelle en Thaïlande » confirme, entre autre,  cette volonté officielle d’écrire une Histoire idéale des Thaïs siamois, loin de la réalité historique  et qui pour but de les légitimer (surtout les classes dirigeantes), même s’il faut pour cela,  dévaloriser voire nier les autres cultures présentes.

Cette activité « idéologique » s’exerce aussi pour les cultures  préexistantes à leur arrivée, si l’on  en juge par  un « encadré » (p. 119 et 120) dont le titre est « Le Museum of Siam, ou Darwin revisité par le khwampenthai ».


De quoi s’agit-il ? 


titre


Il nous faut dire auparavant, que le khwampenthai signifie en thai « le fait d’ être thai » que nous avons déjà maintes fois analysé sous le nom en anglais de thainess (thaïté en français) ; et que cet article remarquable va, bien sûr, bien au-delà de l’usage limité que nous en faisons aujourd’hui. (Nous en rendrons compte ultérieurement).


Le Museum of Siam de Bangkok est donc un musée assez original, qui se donne pour objectif  de présenter ce qu’est un Thai, de la préhistoire à nos jours.

 

museum-siam


On peut en mesurer l’ « originalité » en se demandant si un tel musée serait possible  en France dans le contexte actuel, ou même si on aurait encore le droit de pouvoir poser une telle question, si on se souvient des tumultes soulevés par les débats gouvernementaux sur la question de la définition de l’identité française.

Ici rien de tel. On y consacre même un musée, musée didactique, nous dit-on,  qui nous raconte, sur trois étages, « l’histoire qui a amené à l’identité actuelle », mais avec un  sous-titre de nos auteurs qui peut nous intriguer : « Darwin revisité par le khwampenthai ».


Le-Singe-Darwin


Ce musée donc nous introduit dans une histoire particulière, qui induit l’idée d’ évolution, de sélection naturelle, mais dans une pensée qui, appliquée aux hommes, s'est notamment propagée au sein de l' anthropologie évolutionniste au XIXe siècle. Cette théorie prétendait que chaque société suivait  la même évolution, une évolution « hiérarchique »  qui partait du stade « primitif » pour arriver au stade ultime de la civilisation qui, comme par hasard, était le   modèle de la civilisation occidentale. Elle servit beaucoup aux « colonisateurs » qui avaient pour  mission  d’apporter la « civilisation  » aux populations « arriérées » colonisées. Il est savoureux » de la voir utiliser par les Autorités thaïes.


Elle prit sous le nom d’eugénisme,


eugenisme2

 

différentes formes au cours de l’histoire pour traiter de l’immigration, de la fécondité « inquiétante » des classes populaires, mais surtout  la défense de la pureté de la « race », en proposant comme le prix Nobel français Richet de « pratiquer non plus la sélection individuelle comme avec nos frères les blancs, mais la sélection spécifique, en écartant résolument tout mélange avec les races inférieures ». Et de proposer qu’une autorité conduise l’ « élimination des races inférieures » puis celle des « anormaux ». Il fut entendu par le régime nazi qui appliquera, comme chacun sait, méthodiquement,  l’élimination des « races inférieures », les Juifs et les Tsiganes, ainsi que l’élimination des handicapés.


eugenisme


Sans aller dans ces extrêmes, on peut  être étonné  et vérifier comment le khwampenthai  (la Thainess) a revisité cette « philosophie » et  « pratique » raciste et eugénique.

Paradoxalement la visite est introduite  sur l’aveu que  la question de « qui » était les Thaïs reste problématique (« Ceci est le mystère des origines thaïes »), sur un déni de la pureté raciale et sur la reconnaissance du métissage des cultures et des peuples.

« La question de « qui » étaient les Thais reste problématique, car il est aujourd’hui reconnu que l’identité raciale est une illusion, ou mieux, une construction sociale basée sur des variables telles que la langue et la culture. La pureté raciale ne pouvait être maintenue à travers le temps, car les peuples se sont rencontrés et intermariés. Ceci est particulièrement vrai pour Suvarnabhum, un creuset de langues et de cultures. »

 

metissage

 

On croit rêver ! Les Thaïs renonçant à leur « identité raciale », à raconter leur « origine » de peuple libre et triomphant ! les Thaïs pour le métissage ! Bref le contraire du khwampenthai.

 

Or, nous avons maintes fois dénoncé cette volonté siamoise, puis thaie d’imposer leur langue, leur culture,  leur pouvoir politique (avec les 3 piliers : roi, bouddhisme, nation pour « unifier » le Pays) et de considérer les autres peuples dans une position inférieure (Cf. notre article 1, La crise : La Thaïness a servi aux «aristocrates» et aux élites urbaines des Thaïs siamois à construire « l’unité » de la Nation thaïe et à légitimer leur pouvoir sur le dos des identités régionales, que l’on considérait comme « cadettes » dans le meilleur des cas mais le plus souvent inférieures, incultes, « paysannes »… Encore aujourd’hui, à Bangkok un Isan est perçu comme un « paysan » rustre et inculte).

Une idéologie qui a aussi une façon très particulière d’écrire son Histoire, comme nous avions  pu le démontrer par exemple pour l’ « incident » du Paknam en 1893 ou la bataille de Ko Chang de 1941.


On peut donc s’étonner d’une telle prise de position, qui ici pour le moins, n’a rien de darwinien, et est même respectueuse des autres cultures, et sait  même reconnaître que l’Homme de Krabi (25 000 ans)  a des traits australo-mélanoïdes. Il est vrai qu’ il leur est difficile de suggérer qu’ils étaient déjà là, il y a 25 000 ans !

 

australo

Mais en fait, cette posture reconnait « le mystère des origines thaies » pour mieux faire oublier la connaissance que nous avons des origines des  peuplements de la péninsule « Dorée » (Suvarnabhumi) (Cf. notre article précédent). Evoquer le mystère évite de reconnaître que les Khmers étaient déjà là depuis longtemps;

Mais le guide bilingue proposé, The Account of Thailand, après avoir évoqué « l’évolution à travers les interactions et les emprunts entre les différentes peuplades qui se sont rencontrées » va en fait, présenter une conception quelque peu spéciale de ces « interactions et emprunts ». (Cf. en note l’extrait traduit par nos auteurs) 

On peut au passage relever que ce qu’on appelle ici « rencontre » fut en  fait des « guerres » dont souvent le prix fut de raser, piller les villes et villages, et de déplacer et de mettre en esclavage la population vaincue. De même, les « interactions et emprunts » sont présentés comme le choix « judicieux » opéré par une civilisation supérieure ( siamoise, bien entendue) qui a su « sélectionné » les éléments essentiels de la culture indienne qui avait su elle-même le faire avec la civilisation indigène qui l’avait précédée. Ainsi le style d’Ayutthaya est-il donné en exemple comme le style abouti après l’étude siamoise des styles du Cambodge, de la Chine, d’Europe, d’Inde, de Perse et autres.

En fait la méthode « idéologique » est étrange et surtout ambigüe : on évoque le métissage mais comme si les autres cultures n’existaient plus et avaient reconnu la supériorité de la culture siamoise. On évoque l’art d’Ayutthaya, mais en sous-entendant qu’il a assimilé les arts des autres grandes civilisations. Rien que cela ! De même dans un autre exemple pour la croissance d’Ayutthaya (Cf. en note l’extrait 2 ). On revient sur le métissage culturel : «  Les langues et les cultures ont été adoptées et adaptées, les gens de différentes races se sont intermariés », mais avec pour résultat pour le Siam « une culture flexible et sophistiquée ».Là encore, un exploit siamois !

On est bien dans le moule du Khwampenthai, dans la fausse explication « darwinienne » de l’évolution qui voudrait faire croire que tout aboutit à la civilisation siamoise, qui a su intégrer les autres cultures jugées comme inférieures, qui a eu « l’habileté d’adopter de façon sélective et de s’adapter pour obtenir un caractère unique » (extrait du guide).


Certes pour la préhistoire on aurait pu juger l’exercice plus difficile, mais l’exemple du moine Payut Payutto cité par Gabaude, nous montre bien qu’une autorité bouddhiste, censée ne pas mentir, peut affirmer l’existence d’un royaume thaï en Thaïlande 1000 ans avant leur arrivée


 mystere-de-nos-origines


__________________________________________________________________________

 

Thaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes savantes, 2011.


Article de Olivier Ferrari et Narumon Hinshiranan Arunotai intitulé « Khwampenthai ou la pratique de l’idéologie culturelle en Thaïlande »,


 Extrait 1 p. 119, traduit par nos auteurs, du guide bilingue proposé, The Account of Thailand :


« au fur et à mesure que l’ancien village commençait graduellement à former des Etats avec des aires hégémoniques plus ou moins claires, les anciens systèmes locaux de croyances et rituels ont prouvé leurs limites face à des sociétés plus grandes et plus complexes. Ils ont commencé à accepter les idées de cultures plus efficaces [ …]. Ces nouveaux concepts n’ont pas été importés dans leur totalité, mais ont été sélectionnés selon leur pertinence par rapport aux traditions et besoins locaux. Le choix judicieux de certains éléments de la culture indienne ont amené des compléments à la civilisation indigène qui avait précédé », et « les Siamois étaient aussi très habiles dans l’adaptation de ce qu’ils voyaient au goût indigène. Ils ont étudié les arts du Cambodge, de la Chine, d’Europe, d’Inde, de Perse et autres, créant ainsi le style d’ Ayutthaya ».

 

Extrait 2 :

« L’Etat siamois a désigné des aires d’occupation pour chacune des « populations » majeures [ …]. Ayutthaya est devenue un melting pot de races et de cultures. Les langues et les cultures ont été adoptées et adaptées, les gens de différentes races se sont intermariés. Comme résultat, le Siam s’est développé en donnant naissance à une culture flexible et sophistiquée, mise en valeur par la variété des influences dont jouissait Ayutthaya ».

 

 

 

 

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