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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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8 mai 2011 7 08 /05 /mai /2011 23:07

 Isan nordLes 3 Isan ?


Pour les géographes thaïs, ce terme générique recouvre les 20 provinces du nord-est mais recoupe en réalité trois entités plus ou moins distinctes caractérisées surtout par la langue, et beaucoup moins par l’ethnologie, les coutumes et les traditions.


Les 7 provinces de l’Isan nord, ce sont spécifiquement les nôtres, celle de l’ « Isan lao ». On y parle couramment Isan dans les chaumières.           

 

Les 8 provinces de l’ « Isan centre »

 

Isan centre

 

(6 millions d’habitants environ)  ont leurs propres spécificités linguistiques, on y parle le ภาษาผู้ไท, le phouthaï (qui ressemble à du thaï standard). Ethnologiquement, on trouve une très forte minorité vietnamienne, réfugiés catholiques d’Indochine dans les trois provinces riveraines du Mékong où fleurissent autant de clochers d’églises catholiques que de djedis bouddhistes.

 

Les 5 provinces du sud, environ 8.000.000 millions d’habitants, ce sont celles de la « route des temples khmers » conduisant à Angkor.

A l’ouest, dans la province de Nakhonratchasima, autrefois et toujours appelée Korat, on parle le ภาษาโกราช, le thaï de Korat, il y aurait 2 000 000 de locuteurs, au milieu encore des dialectes tribaux (le ภาษากุย le koui qui ressemble à du thaï, 300.000 locuteurs), à l’est, n’essayez pas de comprendre, c’est du khmer, la population d’origine khmer y est nombreuse. Il y aurait encore 2 000 000 de locuteurs.

Isan sud


Ces distinctions linguistiques sont bien évidemment fragiles, on peut parler koui à Udonthani, phouthaï à Kalasin et cambodgien à Khonkaen.

 Chacun de ces langages (gardons-nous de parler de dialectes) est religieusement sauvegardé et maintenu par l’intermédiaire en particulier de leurs sites Internet, vertu du progrès qui en arrêtera peut-être l’irrémédiable disparition : Il y a plus de 60 langues locales parlées en Thaïlande affirment les spécialistes de la linguistique, certaines ne le sont plus que par quelques centaines voire quelques dizaines de locuteurs. Sans Internet, elles auraient probablement disparu.

     « Le langage de ma mère est le langage des Dieux » à dit Mistral.

L’Isan nord dont les habitants sont incontestablement des Laos (mais traiter un Isan de Lao, c’est un peu comme traiter un corse de génois) est parfaitement « thaïfié », fruit probable (mais non amer) de la politique de « thaïfication » et peut-être aussi (un peu), faute des français ?

 

Thaïfication ? La manière dont les petits thaïs apprennent l’histoire me rappelle irrésistiblement les consignes drastiques données par Jules Ferry aux instituteurs de la république dans les années 1880, eux même formés dans les écoles normales » selon des consignes de « politiquement correct » draconiennes... de bon petits français, bretons, provençaux ou catalans, aimant la république et leur patrie et devant garder leur regard enfantin braqué vers la ligne bleue des Vosges ... En Thaïlande aussi, le législateur dicte la manière dont on doit écrire l’histoire.

Et les Français ? Un peu d’histoire ne messied pas, il nous faut un tant soit peu battre notre coulpe.

Il fut un temps, jusqu’en 1778, où le grand Laos réunissait le Nord-est siamois au Laos actuel. Les missionnaires – bien avant les colonisateurs – ont pendant trois siècles, rodé autour du Laos. A cette époque, quand on parlait de "Laos", on y englobait le Nord et le Nord-est du Siam qui, à l’origine, faisaient partie du Laos et étaient peuplés de Laotiens ayant la même langue, la même religion les mêmes traditions et les mêmes coutumes. Ce fut par le nord-est que le christianisme pénétra dans le Laos actuel. La mission de Bangkok créa trois centres d’évangélisation : Ubon dans le sud, Nakhonphanom et Sakonnakhon dans le nord. Mais les missionnaires traversèrent le Mékong qui, avant l’arrivée des Français au Laos, n’était pas une frontière, la zone d’influence siamoise s’étendait jusqu’à la chaîne annamitique... Des deux côtés du fleuve, même population, même langue, mêmes coutumes, même religion. Dans les villages sur les deux rives du fleuve on avait et on a toujours des parents de part et d’autre. Le centre d’évangélisation se trouvait sur la rive siamoise. Bien avant la colonisation française, le christianisme avait pris pied au Laos à partir du Siam. Puis vint alors le grand désenchantement.

De 1884 à 1887, la France entreprend d’étendre sa domination sur les principautés laotiennes au détriment du Siam. Pavie, s’employa à ramener la frontière à ouest du Laos au Mékong, malgré l’opposition du Siam. Il s’ensuivit une série d’incidents frontaliers qui furent réglés par le traité franco-siamois du 3 octobre 1893, par lequel les Siamois renonçaient à leurs prétentions sur le Laos. Le Mékong était devint une frontière politique.

La population du Nord-est, autrefois méprisée par les chefs de district, grugée, assujettie aux corvées, voyait la fin de ses misères dans l’arrivée des Français. Les pauvres gens (les rouges d’alors ?) espéraient être enfin respectés, traités avec plus de justice, devenir un peu plus libres. Les autorités siamoises s’en rendirent compte. Aussi changèrent-elles de tactique, se firent plus douces par crainte de voir la population fuir au Laos. Les Français déçurent profondément les Laos. L’anticléricalisme devint objet d’exportation à partir de 1903. « Liberté – égalité – fraternité » mais  pour qui ? Les corvées ne diminuèrent pas. Il n’y avait pas de dimanche pour les corvéables. Le serment de fidélité au roi fut prêté à la République dans une pagode avec eau lustrale, y compris pour les chrétiens. On mobilisait des porteurs en toute saison, même en période des champs. Comme le Laos ne rapportait rien pour remplir les caisses de la colonie, on vendit de l’opium aux populations villageoises. Chaque village devait obligatoirement en acheter une quantité déterminée tous les mois alors que les missionnaires avaient toujours lutté contre les opiomanes. Les Français détruisaient la famille et la société laotienne. Aussi, des chrétiens passèrent le fleuve et allèrent se cacher au Siam, à la plus grande joie des Siamois. La population laotienne n’avait rien gagné à changer de maître. Les chrétiens Laos n’avaient pas obtenu les privilèges auxquels ils rêvaient un peu trop haut. Tout cela s’est tambouriné et plus encore sur les deux rives du Mékong. Pavie ne s’est pas réveillé mais a du se retourner dans sa tombe. Si le Laos avait été colonisé «  à la Pavie », le Laos siamois aurait-il pu suivre un mouvement centrifuge en direction de la France ? Il est vain de faire à posteriori de la politique fiction.

Aujourd’hui, l’Isan spécifiquement lao, ce sont 7 provinces dont voici les sceaux (ตรา – tra) officiels, ils sont lourds de symbole, même si l’héraldique siamoise n’a rien à voir avec l’ésotérisme de la nôtre (celui de Bungkan « le lac noir » est en cours de conception, la province ayant été détachée de celle de Nongkhai en 2010)

 

blasons


La province de Nongbualamphu a été détachée de celle d’Udonthani en 1993. Son sceau rappelle le passage du roi Naretsuan en 1574, en campagne contre le Laos, sa statue trône face à l’administration provinciale.


Celui de Kalasin (littéralement « noir - lac »), province depuis 1932 détachée de celle de Mahasarakham,  représente justement ce lac aux eaux noires.


Celui de Khonkaen honore un djedi contenant des reliques de Bouddha, comme celui de Loei.

Celui de Nongkhaï représente un étang bordé de bambous.


L’incertitude plane encore sur celui à venir de Bungkan, des récriminations ayant surgi sur le choix même du nom (un ancien amphoe) qui serait maléfique ?


Voilà la région la plus aride, la plus pauvre et la moins visitée de Thaïlande. Le sol est composé de grès et de latérite, il est ingrat, en dépit de la constructions de barrages et lacs artificiels gigantesques, Ubonrat à Khonkaen, Lampaodam à Kalasin. Le climat est marqué, comme aurait dit Monsieur de La Palice, en saison froide, il fait froid, en saison chaude, il fait très chaud et en saison des pluies, il pleut et plus encore. Les barrages n’empêchent pas des inondations souvent meurtrières (en 2010 notamment) mais admirons alors la solidarité villageoise ! Par exemple, distribution gratuite de couvertures en saison froide : les miennes viennent du ผู้ใหญ่บ้าน phouyaïban ce que l’on traduit par « chef de village » mais qui signifie tout simplement – on a le sens de la hiérarchie – « personne importante du village ». Si la région a bénéficié de plans pharaoniques pour l’amélioration de l’agriculture, des transports et des réseaux routiers, si elle possède des villes importantes, ne disputons pas du point de savoir si Khonkaen l’emporte sur Udonthani ou vice-versa, les quelques 6,5 millions d’habitants de nos 7 provinces (statistiques officielles de 2008, comme tous les chiffres donnés ci-desus, elles valent ce qu’elles valent) y vivent dans les 5.591 villages dont elles sont émaillées. Et si sa population industrieuse se répand dans tout le pays pour y gagner de quoi nourrir la famille, caisse de retraite des parents, elle rejoint fidèlement le « village » à l’occasion des grandes fêtes bouddhistes, nouvel an civil, nouvel an bouddhiste ou Loïkratong. Partout maintenant, réseau électrique, eau publique, réseau téléphonique sans faille, boutiques Internet mais voilà un spectacle que vous rencontrerez encore tous les jours tout comme il y a quelques dizaines d’années :

vaches

Si de plus en plus le riz se moissonne à la moissonneuse-batteuse, le « plat  pays » ressemble alors singulièrement à la Camargue, vous verrez au hasard de vos promenades, à l’époque où la région est en pleine effervescence, toujours la moisson à la faucille ou la coupe des cannes à sucre à la machette à grands renforts de musique, de chansons et de rigolades, et pourtant, ils ne sont le plus souvent payés qu’en sacs de riz !

 

C’est cette région que nous nous proposons de vous faire découvrir non pas comme un guide touristique, il en est de fort bien fait (notamment celui de notre ami Patrick, d’Udonthani (Cf. article suivant)) mais au hasard de nos coups de cœurs. Il y a encore des temples ou l’on prie en des lieux dont Maurice Barrés aurait dit qu'ils « inspirent l'âme », des sources miraculeuses en des lieux « où souffle l’esprit ». C’est aussi peut-être ici qu’il y a des milliers d’année est née sinon la civilisation, du moins une des plus anciennes, à Ban Chiang dans le bassin du Mékong.

Les thaïs « de la ville » considèrent souvent les habitants de l’Isan comme des « paysans » oubliant, comme tout citadin qui utilise ce mot dans un sens négatif, que sans paysans, le riz ne leur tomberait pas du ciel .....

 rizière

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Isan
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commentaires

Jeff de Pangkhan 09/05/2011 04:33



Bravo,belle explication,même si des exceptions sont toujours la pour confirmer la règle......Beaucoup de "petits recoins" cachent des petites populations parlant des dialectes très différents aux
quels l'on pourrait s'attendre!!Je pense du cote de Renu Nakhon,That Phanom ou l'on parle un dialecte chinois venant du sud de la province du Yunan,Dans mon village et dans les trois suivantla
population principale,venant il y environ 120 années  de la province Luang Prabang au Laos gardent des expressions et des termes qui leur sont particulier mais de toutes manières
la"thaïsation"a fait son travail,on ne parle le lao qu'entre gens d'Isan,dans les villages ou les quartiers isan de BKK....Après les détails sur les provinces du nord franchement bravo pour la
recherche...Je lis assidûment vos articles,car je pourrais forcement m'en servir pour mes "petites histoires"a moi...merci d'avance si vous me le permetter...A bientôt !!


Jeff



grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 10/05/2011 02:15



Eh oui, tu as raison de compléter, en évoquant les "petits recoins ", qui indiquent bien les multiples peuples qui se sont installés en Isan, au
fil des aléas de l'Histoire .


Eh oui, tu peux rebondir sur nos petites histoires dans ton blog, car tu sais aussi partager ...



Alain de Sisaket 09/05/2011 01:26



Bonjour et bravo pour cet article tres interessant. Je souhaiterai cependant apporter un petit rectificatif, dans les Provinces de Sisaket et Ubon Ratchathani le language utilise est le Lao
exclusivement...le Kmer c'est a partir de Surin.


Amicalement.


 


 



grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 09/05/2011 03:27



Merci pour ce rectificatif .