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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 00:04

titreLe royaume d’Ayutthaya avait été vassalisé au royaume birman d’Hongsawadi en  1564 après une  terrible guerre.

 

1/ La capture de sept éléphants blancs.


La providence avait pourtant été clémente ensuite pour le roi Chakkraphat puisque les Annales royales racontent (sommairement) comment il captura un éléphant blanc dans la région de Sai Yoi, qu’on nomma Phra Rattanankat. L’année suivante, le roi captura encore dans la forêt de Phetchabun (sources BCD)  ou Phetburi  (EF) un éléphant blanc qu’on nomma PhraKaeo Song Bat et encore deux autres avec leur mère dans la forêt de Maha Pho. Et encore ensuite le roi captura un autre éléphant blanc, qu’on nomma PhraBoromkraison, dans la forêt de Chalechupson (BF) ou Thalechupson (CDE), et encore un autre dans la forêt de Nam Song qu’on nomma PhraSuriyakunchon.


 

elephant blanc


Il est dit que ce fut interprété comme le signe de la grandeur et de la magnificence d’Ayutthaya. La renommée fut d’ailleurs telle qu’on vit  des bateaux de commerce français, anglais, allemands, des marchands de Surat et des jonques chinoises en grand nombre, précisent les Annales.

 

 

Jonque

 


Les patriarches, abbés et ministres et conseillers attribuèrent alors au roi Chakkraphat le titre de « seigneur des éléphants blancs ».


 

seigneur des elephants


Lorgeou* plus éloquent raconte ainsi cet épisode heureux :


La prospérité revint avec la paix.

La ville à ‘Ayut'ayâ s'agrandit et les richesses y affluèrent. Des navires européens: portugais, hollandais, anglais, commençaient à fréquenter le port pour y faire le commerce ; ceux qui partaient de Surate, ainsi que les jonques chinoises, continuaient à s'y presser et reparaissaient chaque année avec les moussons.

Mais,  plus encore que par le développement de la fortune publique, l'esprit superstitieux des populations était frappé parle nombre des éléphants blancs qu'on découvrait successivementdans le pays, et qu'on amenait à la capitale. Le roi avait réuni jusqu'à sept de ces animaux, ce qui ne s'était jamais vu dans les siècles précédents et qu'on ne vit plus depuis.

Ce fut alors que, dans un élan d'enthousiasme, les prêtres du culte brahmanique et les chefs des religieux bouddhistes, unis aux grands mandarins du royaume, décernèrent au souverain le titre de P'ra chao xangp'uek, le Seigneur des éléphants blancs, qu'il ajouta désormais à son nom.

 

2/ Une interprétation s’avère ici nécessaire pour comprendre ce que pouvait représenter (et représente encore) un éléphant blanc.

 

Les explications de Lorgeou sont suffisamment claires pour être ici citées  en note*. Elles nous apprennent  que les éléphants blancs sont considérés comme des êtres divins dans les doctrines brahmaniques. (Vous avez remarqué qu’on leur a donné un nom et un titre nobiliaire).

« Les éléphants blancs des trois ordres appartiennent à la création de Vishnou,

 

 

Vichnou

 

et l'on suppose que ce dieu leur a communiqué quelque chose de ses qualités. C'est ainsi qu'ils assurent au souverain dont ils sont la propriété toutes les faveurs de la fortune. Il acquerra des trésors; il sera puissant et célèbre; il triomphera dans toutes les guerres qu'il aura à soutenir contre ses ennemis; il deviendra Chakravartin. » (Lorgeou).

 

3/ « Hongsawadi demande deux éléphants blancs ». 

(Tel est le titre du chapitre donné par Wyatt dans les Annales royales, p.42.)

Le roi d’Ayutthaya, le seigneur des éléphants blancs, était devenu alors un royal sujet vénéré et renommé. « Sa renommée s'était répandue partout; mais il était en même temps devenu un objet d'envie pour tous les rois voisins. » nous dit Lorgeou.

 

Dans ce contexte, le roi d’Hongsawadi eut le désir de demander à son estimé vassal le don de deux éléphants blancs.

 

Les Annales nous donnent en 7 paragraphes un morceau d’anthologie :

 

  • La lettre du roi d’Hongsawadi envoyé au roi Chakkraphat
  • Le conseil avisé du 1er ministre d’accepter.
  • Le refus du Prince Ramesuan, Phraya Chakri et Phra SunthonSongkhram. Leurs arguments et leur garantie de défendre avec succès Ayutthaya en cas de guerre.
  • La lettre de refus du roi d’Ayutthaya.
  • Conséquence : La décision d’Hongsawadi d’attaquer Ayutthaya.

 

 Anthologie disions-nous, et cela pour au moins deux raisons.

 

  • Les sources nous proposent une idée de ce que pouvait être une lettre royale diplomatique de cette époque. (Il est peu probable qu’ils aient eu accès à ces lettres.)
  • La notion de l’honneur  au XVI ème siècle au royaume de Siam avec ses terribles conséquences : la déclaration de la 3ème guerre  des Birmans contre Ayutthaya.

 

4/ La diplomatie. Les lettres royales. 

 

Nous avions déjà vu dans notre évocation des deux ambassades dites de Louis XIV auprès du roi Naraï, combien une lettre royale représente le roi en personne, et nécessite une audience royale » avec respect, et rituel spécifique.

 

lettresLouis XIV

 

 

La lettre du roi d’Hongsawadi. 


Ainsi ici, la lettre du roi d’Hongsawadi est  transmise par un représentant du roi, le 1er des ministres,  dont le nom nous est parvenu (SamingYokharat) accompagné de cent hommes jusqu’à la Cour d’Ayutthaya, où il est reçu en audience officielle.

 

Même si Ayutthaya est devenu vassal d’Hongsawadi, le roi le complimente et le pare du prestige de Siva qui lui a permis de « subjuguer » grandes et petites cités, d’obtenir obéissance et bonnes relations avec leur royal  frère ainé, le roi d’Ayutthaya.


Ensuite, il lui dit qu’il veut toujours cultiver une relation amicale avec son royal frère ainé, qui est en grande abondance et qui a obtenu force pouvoir,  par ses mérites et la possession de sept éléphants blancs. 


Il se place ensuite en modeste jeune frère qui désire obtenir deux éléphants blancs pour  augmenter la gloire d’Hongsawadi, fortifier leur amitié, devenir encore plus proche comme allié, pour leur fortune commune.

 

Mais la lettre ne s’arrête pas là et se poursuit avec un « si », une menace :

 

« si notre royal frère ainé avait l’arrogante idée de penser que l’amour de ses  deux éléphants étaient supérieurs à leur royale amitié, cela voudrait dire qu’ Hongsawadi et Ayutthaya seraient de nouveau séparés et que cela occasionnerait des troubles profonds. »

Le message était clair.

 

La réponse du roi Chakkraphat. 

 

Le roi sollicita l’avis du 1er ministre, et de son fils Ramesuan,  Phraya Chakkri et Phra SunthonSongkhram, le gouverneur de Suphanburi.

 

Les deux avis divergeaient et indiquaient une conception différente de l’honneur. 

 

Le 1er ministre lui rappelle le pouvoir du roi d’Hongsawadi (qu’il surnomme « le langue noire »), l’éloquence et la beauté de sa lettre, et qu’il a là l’occasion de renforcer leur amitié et de le remercier de lui avoir rendu ses deux fils (Cf. article précédent. Les deux fils prisonniers lors de la guerre de 1563 -1564 avaient été rendus sains et saufs à leur père). Le don des deux éléphants blancs ne pouvait que renforcer son honneur auprès des autres pays.

 

Mais l’avis du Prince Ramesuan, Phraya Chakkri et Phra SunthonSongkhram, le gouverneur de Suphanburi était à l’opposé.


Ils rappelèrent que le roi d’Hongsawadi  n’avaient pas été capable de garder les deux éléphants Si Mongkhon et MongkhonThawip  (payés en tribut, lors de la défaite de 1564)et les avaient renvoyés. (cf. article précédent). Il perdrait cette fois-ci son honneur vis à vis des autres pays en  montrant sa peur face au pouvoir du roi d’Hongsawadi.

 

Mais avant de prendre sa décision, le roi voulut s’assurer que le  Prince Ramesuan, Phraya Chakkri et Phra SunthonSongkhram étaient prêt à faire face à une grande armée ennemie. Les trois l’assurèrent que, quelle que soit la taille de l’armée ennemie, ils garantissaient  la sécurité de la capitale.

 

La lettre royale de Chakkraphat. 

 

Après les compliments d’usage (le roi régnant à Ayutthaya où abondent les grands éléphants blancs de la lignée de Siva et Vishnu...), le roi rappelle une ancienne  tradition qui accorde la royauté aux mérites acquis et qui donne les « précieux » discours, bijoux, femmes, éléphants, chevaux, armées, trésors, mais à la condition de l’acquérir par soi-même,sinon, précise-t-il, on ne peut les conserver.  (Rappel perfide du renvoi des deux éléphants blancs, que le roi d’Hongsawadi n’avait pu maîtriser).


Ensuite, reprenant la litanie «   Naturellement, il ne faut pas être étonné qu’un royaume possédant belles femmes, éléphants blancs,  éléphants aux défenses courtes (sic), des mines de pierres précieuses et d’or, génère la guerre. ». Pour terminer par un « hypocrite » : « Il ne faudrait pas que notre jeune frère se sente offensé ».

 

Il n’est pas difficile d’imaginer la pensée (et la colère) du roi d’Hongsawadi qui aurait exprimé son « étonnement » :


« Nous ne désirions que deux éléphants blancs. Rompre ainsi notre royale amitié ! A ce jour, nous sommes de nouveau « opposés ».

 

Une guerre pour «  l’honneur ? 

 

honneur

 

 

On peut noter que c’est la première fois dans les Annales royales qu’une guerre se fait explicitement au nom de l’ « honneur », bien que nous avons vu qu’en 1556, le roi Chakkraphat  s’était senti « obligé «  d’aller au secours de son vassal, le roi de Lovek, (vassalité acceptée lors de sa défaite de 1551 (Cf. article 54), défait par les Annamites.

Cette « obligation morale »  lui valut  une sérieuse défaite.

 

On ne peut s’empêcher de penser que ce système d’alliance repose sur une conception de l’honneur.

 

Mais le problème ici est que le 1er ministre et le  Prince Ramesuan, Phraya Chakkri et Phra SunthonSongkhram n’ont pas la même conception de l’honneur. Les deux présument que leur avis répond le mieux à l’idée que se font les autres pays de l’honneur.

 

L’un veut éviter la guerre et met en avant la reconnaissance du geste royal du roi d’ Hongsawadi d’avoir libéré les deux fils du roi et les trois autres estiment qu’il ne faut pas céder à la menace et à la peur et sont prêts à défendre leur position jusqu’à la guerre.


Nous ne sommes pas étonnés tant cette « valeur » a toujours été ambiguëe.

 

Dans un beau discours sur justement, « Le sens de l’honneur, valeur sociale et sentiment personnel »**,  Pierre Messmer, nous explique que : «  Après un millénaire d’histoire, le mot «honneur» recouvre un grand nombre de significations diverses, qui en brouille la compréhension »[…] Un bref rappel étymologique rappellera comment s’est constituée en Occident la notion d’honneur.

 

Messemer

 

 

L’honor, c’est tout d’abord, dès l’époque carolingienne, un bien donné par le souverain en échange d’un service rendu. Il s’agit d’une récompense d’abord viagière, puis héréditaire. De cette époque, le mot garde encore son acception matérielle, quand, par exemple, on « rend les honneurs » à quelqu’un. Toutefois, dès le XIe siècle, avec le développement de la chevalerie, la notion morale d’honneur fait son apparition dans le lexique français. Dans la Chanson de Roland, composée vers la fin du siècle, si « honneur » signifie toujours « fief » et « prestige », il commence à se dégager comme cette qualité particulière qui s’oppose à la honte. « J’aime mieux mourir que choir dans la honte » s’écrie Roland à Roncevaux.

 

Roland


L’honneur est donc non seulement « cet ensemble de principes moraux qui incitent à ne jamais accomplir une action qui fasse perdre l'estime qu'on a de soi ou celle qu'autrui nous porte (Larousse), mais aussi sa forme héroïque qui lui subordonne la vie elle-même.


Le roi Chakkraphat, son fils le  Prince Ramesuan, Phraya Chakkri et Phra SunthonSongkhram étaient prêt à défendre leur « honneur » au prix d’une guerre.


Effectivement « en 910, l’année des singes, 10 ème décade », la troisième guerre était déclarée (fin 1568 ?).

 


 

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* E. Lorgeou, « SomdetPhra Maha Chakkrapat, roi du siam, Seigneur des Eléphants blancs », Fragment de l’Histoire du Siam, in Recueil de mémoires orientaux, textes et traductions, publiés par les professeurs de l’Ecole Spéciale des langues orientales vivantes, à l’occasion des langues orientales vivantes à l’occasion du XVI ème congrès international des orientalistes  réuni à Alger avril 1905, 1905. Site Gallica, BNF.


« Les éléphants blancs, ou plutôt de couleur claire (car le mot dont les Siamois font usage n'a pas d'autre signification et  s'applique également à d'autres animaux), sont caractérisés par

des taches de couleur blanchâtre, légèrement rosée, répandues sur la trompe, sur la face et d'autres parties du corps. Suivant le nombre et l'étendue de ces taches, on distingue des éléphants blancs de premier, de second et de troisième ordre. Les honneurs qu'on leur rend non seulement au Siam, mais en Birmanie et au Cambodge, et dans tous les pays laos, sont fondés en principe sur la valeur généralement attribuée aux choses rares, extraordinaires, et qui sortent pour ainsi dire de l'ordre naturel.

 

Quand il s'agit des éléphants, animaux qui dans la hiérarchie des êtres vivants occupent certainement le premier rang après l'homme, cette valeur s'accroît en proportion de leur force, de leur intelligence et de leur utilité; mais pour les éléphants blancs elle est de plus consacrée par les doctrines brahmaniques qui lui donnent un caractère presque divin. De même en effet qu'on divise les hommes en plusieurs castes suivant l'origine de leur création, on distingue de même des castes parmi les éléphants, suivant qu'on les suppose issus de parents qui furent créés à l'origine par tel ou tel dieu, dans telle ou telle circonstance, pour tel ou tel usage; et c'est à la couleur, à la disposition des défenses, à certaines singularités de la conformation qu'on reconnaît cette descendance. Sur ces bases, qui n'ont bien entendu rien de commun avec la science de l'histoire naturelle, on «énumère, dans les traités spéciaux, un très grand nombre de catégories d'éléphants extraordinaires.

 

Quelques-unes de ces catégories sont entièrement fabuleuses et n'ont jamais existé. Les éléphants blancs, d'autres encore qui même surpassent les éléphants blancs en noblesse, rentrent dans les catégories qui ont une réalité, non comme races, ni commevariétés, mais comme accidents peu communs.

 

Les éléphants blancs des trois ordres appartiennent à la création de Vishnou, et l'on suppose que ce dieu leur a communiqué quelque chose de ses qualités. C'est ainsi qu'ils assurent au souverain dont ils sont la propriété toutes les faveurs de la fortune. Il acquerra des trésors; il sera puissant et célèbre; il triomphera dans toutes les guerres qu'il aura à soutenir contre ses ennemis; il deviendra Chakravartin. »

 

« Les brillants présages attachés au titre de Seigneur des éléphants blancs devaient hélas! Recevoir, dans la personne du roi de Siam, le plus cruel démenti des événements qui suivirent »


**http://www.asmp.fr - Académie des Sciences morales et politiques

LE SENS DE L’HONNEUR,VALEUR SOCIALE ET SENTIMENT PERSONNEL

(Discours de M. Pierre Messmer, Chancelier de l’Institut, à Marseille, le mardi 3 septembre 2002)

 

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