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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 00:05

  artUne erreur de 20 ans ou une équation du premier degré ?


L’histoire événementielle est un récit d’événements « vrais » que l’on a choisis selon les sources disponibles (documents ou témoignages) et que l’on a écrit en suivant la chronologie.

En effet, « Fixer l’ordre des temps et des événements est une nécessité reconnue. La chronologie est l’un des yeux de l’histoire et sans elle, l’ensemble des faits qui sont parvenus jusqu’à nous n’est qu’un chaos ténébreux qui ne nous éclaire pas » ainsi nous dit un grand classique qui n’a pas vieilli d’un jour, « L’art de vérifier les dates » (1).


Et pourtant, existent toujours de doctes discussions sur la date exacte de la naissance du Christ (an 1 de notre ère ?) sur celle de sa mort (an 33 ?), sur celle de la fondation de Rome (732 avant Jésus-Christ, oui, mais en quelle année est-il née ?), jusqu’à celle de la publication du Cid de Corneille dont il ne serait pas certain que la première représentation ait bien eu lieu en 1637 comme nous l’avons tous appris !

L’auteur de « L’Art de vérifier les dates » avait oublié le Siam.


Les « Annales d’Ayutthaya » dans leurs différentes versions sont datées au vu du calendrier de l’ancien Siam sur lequel il nous faut donc revenir. 

  • Le premier des observateurs attentifs et scrupuleux du Siam et de son calendrier lunaire fut La Loubère (2). Il nous dit « la plus récente des deux époques siamoise se rapport en l’an de grâce 638 ». Il s’est entouré des conseils du grand Cassini dont « le travail sera sans douté admiré de tous les savants ».


Cassini 1


  • Exit La Loubère, si nous l’en croyons, il faut donc selon Cassini ajouter aux années portées dans les annales, 638 pour obtenir l’année du calendrier grégorien.

 

  • Monseigneur Pallegoix, observateur tout aussi attentif et scrupuleux se penche plus longuement sur l’ancien calendrier siamois (3) et en fait remonter l’origine en 638 (lui aussi) de notre ère. Nous sommes évidemment loins de notre actuel calendrier : l’année est composée de douze mois lunaires de 29 ou 30 jours avec adjonction d’un 13ème mois tous les trois ans, nécessité par le fait que le mois lunaire a 29 jours, le tout inséré dans des cycles de 12 ans. L’année a son début, jamais le même jour mais avec un décalage de 1 ou même 2 mois.

 

  • Le site Internet http://www.louisg.net/C_thailandais.htm donne une analyse moins « poussièreuse » peut-être mais guère plus complète de cet ancien calendrier lunaire utilisé jusqu’au passage au calendrier solaire en 1889.

 

cal lunaire

 

638 ans nous apprend-t-il (mais avec un point d’interrogation tout de même) à ajouter pour retomber sur nos années grégoriennes. L'ère débute ou aurait débuté le jour de l'éclipse de soleil de l'an 638 de notre ère, notée le 21 mars par les Chinois.

Aucun des trois auteurs ne se hasarde à pousser plus avant dans la détermination des jours et des mois correspondant à notre calendrier grégorien.

Mais il est une évidence, le début de l’année traditionnelle n’étant pas fixe mais mobile, l’addition doit donc pouvoir- être selon les années de 638 ou 639 ?

Peut-on de là être plus précis et situer un événement au jour et au mois et non plus  seulement à l’année grégorienne ? L’auteur du site nous renvoie à ce qu’il pense être le seul convertisseur :

  • Universal Calendar Calculator diffusé parCumberland Family Software. Selon lui, ce logiciel serait le seul qui donne des conversions entre le calendrier grégorien et les calendriers thaïlandais.

Restons-en là pour une double raison :

  • Raison pratique, nous n’avons pas pu accéder à ce logiciel.
  • Raison de bon sens, il ne nous semble pas crucial de savoir si un événement qui s’est déroulé en 1539  l’a été le 15 août ou le 18 janvier. Ayutthaya aurait été fondée le jour de la Saint Casimir ? La belle affaire ! Et pourquoi pas celui de la Saint Bernard ou de la Saint Alain ?

Une hypothétique erreur d’une année sur 1500 ans est dérisoire, du 0,06 pour mille, si l’erreur est de 8 jours ou même de 1 mois, la rechercher relève du grotesque. La physique et la chimies sont des sciences, même « appliquées ». Il est fréquent pour simplifier des calculs incluant le nombre π (pi) d’utiliser le racourci 22 /7 qui ne donnera pas 3,14159 et sa suite interminable mais 3,1428 .... voire même la racine carré de 10 qui donnera 3,1622, le tout largement suffisant quand il ne s’agit pas d’envoyer une fusée sur Saturne.

 

pi


Les anciens asiatiques (Chinois, Indous, Tibétains, Siamois) utilisaient le calendrier lunaire.

Pour quelles raisons, probablement parce que les phases de la lune sont bien visibles mais il en est probablement bien d’autres ? Bien que leurs calendriers ne coïncident pas avec le calendrier siamois, il nous a semblé intéressant de savoir si quelques érudits avaient pû établir des tables de correspondance avec notre calendrier actuel ?


Calendrier chinois ? Fréret écrit en 1796 un ouvrage qui n’a pas vieilli dans son aspect scientifique, « la Chronologie des Chinois » (4), rien de moins que 400 pages d’explications astronomiques et scientifiques difficiles à comprendre pour qui n’a pas de notions de cosmographie.


Calendrier des Indiens ? Même observation ! (5), 350 pages d’une haute tenue scientifique, astronomique et cosmographique. L’auteur propose plusieurs procédés de calcul qui ne donnent pas tous le même résultat.

 

indiancalendarwi00sewerich-93


Calendrier tibétain ? Avouons que nous n’avons pas cherché, mais nous aurions probablement trouvé quelques ouvrages tout aussi complexes.


Malheureusement aucun ouvrage et encore moins de tables de correspondance concernant l’ancien calendrier siamois. Peut-être quelque érudit nous en fera-t-il un jour l’hommage ?


Restons-en donc là. Nous savons donc avec certitude qu’il faut ajouter aux années traditionnelles mentionnées dans les « Annales » 638 ans (ou 639 ?) pour avoir une année grégorienne. Hélas ! ce n’est pas terminé !


***


L’édition synoptique de Cushman des « Chroniques royales d’Ayutthaya » porte sur 8 annales, nommées de A à K datées de 1680 pour les plus anciennes (A) à 1855 pour les plus récentes (G) et une dernière non datée que l’on présume postérieure (K). Le texte n’est pas toujours convergent, celui des annales A est en général beaucoup plus succint, la datation l’est parfois mais pas toujours. Ainsi, toutes annoncent-elles la mort du roi Ramathibodi en 731 (731 + 638 = 1369). Mais les annales A annoncent le début du règne de Borommarachathirat en 786 (1424) alors que les autres le situent en 780, 6 ans d’écart.


Ce sont les annales A qui disent vrai. Les exemples vont par la suite se multiplier allant jusqu’à 20 ans d’écart.


L’accession au trône de Yot Fa a-t-elle eu lieu en 908 (annales A) c’est à dire en 1546 ou en 889 (1527) comme le disent toutes les autres ? Ce sont encore les annales A qui disent vrai. La différence de 19 ans est de taille.


Nous pouvons parfois trouver la lumière dans des éléments extérieurs, ainsi, une attaque du royaume de Hongsawadi datée de 910 (1548) dans les annales BCDEFG (les annales A n’en parlent pas) a eu incontestablement lieu en 1568. Les annales birmanes la situent « à la fin de l’année 1568 » (6). Admirons – au passage et sans rire – la précision d’un site Internet qui la donne le 15 août 1568. Les dates données par le prince Damrong, orfèvre en matière d’histoire du Siam, dans son « Histoire des bateaux de guerre siamois » (7) le confirme même si nous la trouvons parfois ailleurs datée de 1569. De la fin de l’année 1568 à l’année suivante, il n’y a évidemment qu’un pas.


Les annales font parfois référence à des événements naturels, tremblements de terre en particulier. Malheureusement pour nous, les séismes violents ou pas, sont fréquents dans le nord-ouest du pays et il n’en a pas été tenu de listes exhaustive.


Nous avons toutefois trouvé un élément plus concret, rattaché à un élément datée avec une certitude scientifique cette fois, l’apparition dans le ciel de l’ « arc d’Indra », incontestablement une comète, que les annales A situent en 891 et toutes les autres en 871, enfin un point de repère pour faire un sort à cette différence de 20 ans. 891 à plus ou moins 1 an, c’est 1528 – 1530. L’histoire des comètes est connue depuis la nuit des temps (l’étoile du berger en aurait été une permettant de dater la naissance du Christ ?). Il n’en apparait guère plus d’une vingtaine par siècle, quelques-unes seulement visibles à l’oeil nu. Quid du XVIème ?


Nous avions précédemment parlé trop rapidement peut-être de la comète de Halley, apparue dans le ciel chinois en septembre 1531 mais datée toutefois par le grand Flammarion en 1532 (8).

 

camille

 

Il y eut au XVIème siècle cinq apparitions de comètes, 1531, 1532, 1533, 1556 et 1577 (9). Les deux premières ont été notées par les astronomes chinois, elles ont donc été certainement visibles du ciel siamois, point les trois autres. La confusion a longtemps été faite (peut-être par Flammarion lui même ?) entre celle de 1531 (qui a eu l’estimable honneur d’être baptisée du nom de Halley) et celle de 1532 (10). Amédée Guillemin (11) la distingue de la comète de Halley. Dorénavant, elle est pour les savants « comète périodique 153 p » ou disons plutôt qu’elle semble bien être cette 153 p (re)découverte en 2002.

 

comete 153


***


Nous sommes donc enclin à penser que les bonnes dates (à plus ou moins une année) sont celles des annales A et non celles des autres ?


Mais un mystère plane sur cette erreur systématique de 20 ans ce qui n’est pas rien (on considère en généalogie que 20 – 25 ans, c’est une génération à ces époques). Imaginez-vous que nos grands-pères, mobilisés le 1er août 1914 et démobilisés (pour ceux qui ont eu de la chance) l’été 1919 ne l’aient été que l’été 1939 et eussent dû repartir pour un nouveau tour ? Nous aurions tendance à penser que les annales de 1680 utilisèrent une tradition orale qui était plus vivace en ce qui concernait les siècles précédents que celles de 1855 ?


Regrettons pour conclure que parmi ceux qui citent doctement les annales (« elles nous apprennent que.. » « nous savons par les annales que ... » ; oui mais lesquelles ? nul n’ait souligné ni même relevé ces incohérences chronologiques.


Restons-en donc à cette datation à l’année près, fidèles aux annales d’Ayutthaya de 1680, aller plus avant dans la précision revient selon nous à se plonger dans les (passionnantes) querelles byzantines sur le sexe des anges.

***


Vous avez été bien longs, nous direz-vous pour nous faire découvrir une vérité première, une simple équation du premier degré :


 x = y + 638 + δ


(année grégorienne étant x, année traditionnelle étant y et δ (delta) la marge d’erreur qui est de + 1.)

Oui certes, mais il nous fallut cependant chercher à savoir si cette erreur de 20 ans étant corrigible ou pas ! Le ciel a répondu.

 

 cosinus

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      Sources


(1) Publié en 1750 par Charles Clémencet, avec la collaboration de Maur Dantine et d'Ursin Durand. Cetet oeuvre classique dont le titre complet est « L'Art de vérifier les Dates ou faits historiques des chartes, des chroniques, et anciens monuments depuis la naissance de Jésus-Christ, par le moyen d'une table chronologique, où l'on trouve les années de Jésus-Christ et de l'Ere d'Espagne, les Indictions, le Cycle pascal, les Pâques de chaque année, les Cycles solaires et lunaires. Avec un Calendrier perpétuel, l'Histoire abrégée des conciles, des papes, des empereurs romains, grecs, français, allemands et turcs ; des rois de France, d'Espagne et d'Angleterre, d'Écosse, de Lombardie, de Sicile, de Jérusalem, etc., des ducs de Bourgogne, de Normandie, de Bretagne ; des Comtes de Toulouse, de Champagne et de Blois par des religieux bénédictins de la congrégation de Saint Maur. » a connu de nombreuses rééditions (1770, 1783, 1784, 1787, 1818, 1834 et un reprint plus récent).


(2) « Du royaume de Siam » 1694, volume I pages 246 à 252.


(3) « Description du royaume thaï ou Siam » 1854 volume I  pages 252 à 256


(4) Oeuvres complètes de Fréret, tome XIV, « la chronologie des Chinois » à Paris en 1796.


(5) « The indian calendar with tables for the conversion on Hindu and Muhammadam into A.D. dates, and vice versa » par Robert Sewell, à Londres en 1896.


(6) « A short strory of Burma »  par S.W. Coks, compilation d’annales birmanes publiée à Londres en 1919.


(7) « Histoire des bateaux de guerre siamois » par le prince Damrong, traduite par Jean-Claude Brodbeck, publiée in « Arts asiatiques » 1978, tome 34.


(8) « Astronomie populaire » par Camille Flammarion, à Paris en 1880.

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(9) « Cométographie ou traité historique et théorique des comètes » par M. Pingré, deux volumes à Paris, 1793.


(10) « L’astronomie dans l’encyclopédie », article de Pierre Humbert in « revue de l’histoire des sciences et de leurs applications », 1951, tome 4 numéro 3-4.


(11) « Les comètes » par Amédée Guillemin, à Paris, 1875.

 

 

delta

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