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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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7 mars 2013 4 07 /03 /mars /2013 00:05

Portrait titreNaseruan en guerre pour le contrôle du Sud (Tenasserim, Moulmein et Martaban) et contre les Birmans d’Hongsawadi et de Toungu.(1594-1598), vu par les "Chroniques royales d'Ayutthaya".

Nous le précisons, car cette lecture, vous le verrez, est loin d'être fluide !


La situation en 1594.


Nous avons déjà évoqué, comment à peine intronisé, le roi Naresuan va devoir entreprendre sa première campagne en 1591-1593 ( ?) pour répondre à une invasion des Birmans et de ses alliés (dont Chiang Mai).(Cf. 65)* Cette guerre restera célèbre dans l’histoire siamoise car elle se terminera par un double duel à dos d’éléphant d’où sortiront vainqueurs Naresuan contre le vice-roi des Birmans (Uparat et fils du roi), et le combat de son frère, le vice-roi Ekathotsarot, contre Mangcacharo (le demi-frère ainé de l’Uparat birman).

 

Duel

 

Mais elle  permit aussi à Naresuan de prendre désormais la dimension de son nouveau pouvoir et de manifester sa volonté de dominer la Région.


Il réorganisa les cités du Nord, accepta la vassalité de Chiang Mai (1591 ou 1592). Il entreprit la conquête du Sud, ordonna à  Phraya Chakri et Phraya Phra Khlang de prendre et de réorganiser Tavoy, Mergui, et Tenasserim, et repoussa une attaque des Môns de Birmanie venu à leurs secours,  prenant ainsi le contrôle des routes commerciales qui vont du golf de Martaban à celui du Siam. Il avait également, après une première tentative en 1593 (?) contre le Lawaek (Cambodge), repoussé une autre attaque du  roi de Phrae, vassal des Birmans, et avait conquis le Cambodge en 1594, tué le roi, emmené sa famille en otage et ramené 30 000 esclaves en son royaume.(Cf. article précédent)


Il était devenu en 1594, du Nord au Sud, de l’Ouest à l’Est, le maître du jeu politique de la Région. Mais les nouvelles cités conquises et vassalisées n’étaient pas pour autant soumises totalement. Et le royaume birman des Toungu, bien que diminué depuis la mort de Bayinnaung en 1581, était toujours en place. Le roi Naresuan allait se retrouver sur deux fronts :


La campagne du Sud :

  • Une rébellion de Tenasserim
  • Régler un conflit entre Moulmein et Martaban, et attaquer ensuite Martaban.***
  • Et affronter les Birmans d’ Hongsawadi et de Toungu.****

La campagne du Nord (au Lanna).(traité dans l’article suivant).

  • Le Siamois Phra Ram Decho veut prendre Chiang Mai, et la succession à Saen Wi à régler.
  •  Avec son prolongement dans tout le Lan Na avec la révolte des Princes de Nan, de Fang, des gouverneurs et des habitants de toutes les villes, grandes ou petites, (10 pages dans « Les chroniques royales d’Ayutthaya »

  10. La rébellion de Tenasserim. (1595 ? 1596 ?)

 

Tenasserim 3


Les « Chroniques royales » consacrent trois pages à cette rébellion, dont on n’apprendra pas les motifs. (En comparaison, on peut penser aux trois pages relatant tout le règne du roi King Song Tham (1610 ou 1611-1628) ).

On apprend donc que Phraya Si Sainarong, gouverneur de Tenasserim est en révolte. Il fut convoqué par le roi, mais ne se présenta pas. Le roi, en colère, envoya alors son royal jeune frère, avec une troupe de 30 000 hommes, 300 éléphants de guerre, et 500 chevaux, à laquelle se joignirent 15 000 hommes  provenant de 6 cités du Sud à savoir Chaiya, Chumpon, Khlong Wan, Kui , Pran, Phetburi, Bang Saphan pour se diriger  vers Singkhon. Le Phraya de Tenasserim en fut effrayé et après avoir envisagé différents plans d’attaque, décida finalement de se défendre sur place. La ligne suivante, le roi Ekathotsarotisuan était déjà en train d’établir des palissades autour de la cité de Tenasserim.


Selon ce qu’on peut appeler un rituel (ou une coutume), le vice-roi envoya une lettre au Phraya de Tenasserim, où après avoir rappelé ses belles actions passées à leur côté qui lui avait valu l’honneur de gouvernerTenasserim, il ne pouvait pas croire que celui-ci préparât une révolte et lui demandait donc de venir s’expliquer, pour lui permettre d’obtenir du roi la suspension de la punition. Il lui donnait ce jour pour donner sa réponse, avant d’attaquer. Le Phraya de Tenasserim pensa au stratagème, et de toute façon, était prêt au combat, ne serait-ce que pour préserver l’honneur de son nom, dit-il.


Nous avons droit ensuite avec force détails,  à la description de la procession du départ en guerre (le roi sur son éléphant, le décorum, le faste, les bannières, les parasols,


 

parasol

 

l’ordre, la hiérarchie, les sons et les couleurs, les clameurs, « comme un torrent d’eau de la saison des pluies » ... Une armée triomphale en marche, puissante, si effrayante que le Phraya de Tenasserim, dit-on, fut saisi de terreur et en lâcha son épée ; ce que fit dire à ses seconds que leur maître n’était pas en état de défendre leur cité.

La cité, il est vrai, céda rapidement. Le roi présenta sa royale directive qui consistait à faire construire 100 échelles, et d’attaquer ensuite avec 1000 volontaires, muni de fusées et de torches, au signal donné par trois coups de canons (ou grands fusils) des hommes d’armes (ou bombardiers) farang.

  • (Farang ? C’est bien la première fois que l’on voit signaler la présence de mercenaires étrangers, puissamment armés)

L’attaque eut lieu, comme convenu, au milieu d’un tumulte et de bruits qui effrayèrent de suite les défenseurs incapables de résister au feu des fusées et de tenir leur position. Le Phraya de Tenasserim fut rapidement prisonnier, et présenté au roi, qui lui fit infliger 30 coups de fouet. Ekathotsarotisuan informa le roi Naresuan qui lui répondit qu’il n’était pas nécessaire de ramener Phraya Si Sainarong à la capitale et qu’il devait lui couper la tête,  l’empaler, et la montrer au public pour l’exemple ! Il l’informa qu’il avait nommé Praya Ratcha Rutthanon comme nouveau gouverneur de Tenasserim. (nous l’avions vu envoyé par Naresuan pour secourir Chiang Mai contre une invasion de Lan Chang. Cf. 66). Naresuan demanda à son jeune frère de revenir à la capitale recevoir les honneurs, une fois qu’il aurait jugé la situation redevenue normale.


11. Un conflit entre Moulmein et Martaban, et ensuite l’attaque de Martaban.

 

Moulkmein


Décidemment, les cités du Sud, pourtant vassales des deux grands rois d’Ayutthaya étaient très « agitées ». A peine, Naresuan avait –il mâté la rébellion de Tenasserim, qu’il dût régler un conflit entre Moulmein et Martaban, dont on ne connaîtra pas la cause. Toujours est-il que le gouverneur de Moumein Phraya Pharo confia une lettre à Saming Ubakong, adressée aux deux rois dans laquelle il demandait leur soutien. Les deux rois envoyèrent Phraya Si Sainarong (ou Salai ou Saila) avec 1000 hommes armés protéger Moulmein. Le gouverneur de Martaban fut quelque peu effrayé disent les annales et ne broncha pas.


Pendant la même période, le Prince de Saen Wi décédait. Comme souvent, la succession allait être mouvementée. Les deux fils du Prince de mère différente se disputèrent le pouvoir. Il est dit que le plus jeune frère avait peur d’être tué par son ainé. Ayant appris qu’une armée thaïe était arrivée à Moulmein, il navigua jusque-là avec une centaine de ses partisans pour-on peut le penser- obtenir l’aide de  Phraya Si Sainarong, qui fit un rapport aux deux rois.


***


12. Naresuan attaque Martaban et Hongsawadi. (titre de Wyatt)

Les annales disent ensuite, sans transition, que le 5ème mois de l’année du rat de la 10 ème décade, les deux rois d’Ayutthaya ordonnèrent à leurs éléphants, chevaux et troupes (pas de nombre pour une fois) de se diriger vers la cité de Martaban et d’Hongsawadi.


Heureusement, suit ensuite un rapport écrit par Phraya Si Sainarong qui fait le point de la situation après la terrible défaite subie par le roi de Phrae.


Nous avions dit dans l’article 67 précédent : « Le roi de Phrae était revenu avec la moitié de ses soldats et éléphants à Hongsawadi. Le roi voulut le faire exécuter, mais tous les thao et phraya implorèrent sa grâce, qu’ils obtinrent. Mais le roi lui enleva néanmoins tous ses titres et grades. » Phraya Si Sainarong va ici raconter que par contre, les Môns et soldats qui revinrent à Hongsawadi ne profitèrent pas de la même indulgence. Ils furent saisis et brûlés.

 

bucher 2


Les autres Môns qui se dirigeaient vers leur villages respectifs en furent informés et formèrent alors des gangs et groupes et se cachèrent dans la jungle. Les sujets Môns du roi de Phrae, furent choqués par la dégradation de leur roi. Phraya Si Sainarong assurait les deux rois d’Ayutthaya que la révolte Môn à Hongsawadi était éminente.


(Nota. Nous avons vu plus haut que Phraya Si Sainarong, gouverneur de Tenasserin avait été exécuté !!! Un homonyme !!!)


Les deux rois estimèrent sans doute que le moment était propice et nommèrent Chao Praya Chakri comme le chef des armées et lui ordonnèrent de rejoindre Moulmein avec 15000 hommes, 100 éléphants, et 200 chevaux, puis de préparer greniers et réserve de riz en attendant l’armée principale. Le Prince de Saen Wi qui accompagnait Chao Praya Chakri réquisitionna une armée de 5000 hommes à Tavoy, et prit position à Wangrao. Phraya Si Sainaron -son armée restant sur ses positions- dut se rendre à la capitale pour recevoir les ordres. 


(Nota. Il est fait référence ici au Prince de Saen Wi. On peut supposer que le fils cadet avait été reconnu par les rois ! Cf. plus haut).


Chao Phraya Chakri, sur place à Moulmein, conformément à ses instructions royales, fit construire des palissades, bâtir des greniers, engagea les habitants Môns à travailler dans les rizières, et à construire des pirogues de guerre en grand nombre.


Toutes les cités de la Région apprirent, bien sûr, tous ces préparatifs, destinés à attaquer Hongsawadi. Les gouverneurs de Martaban, Bassein, Bua Phuan, Khlik, demandèrent alors de devenir des vassaux d’Ayutthaya , et les Phraya de Toungu et de Lakhoeng manifestèrent même leurs intentions de joindre leurs troupes à celles des deux rois pour prendre Hongsawadi. Il fut répondu favorablement à chacun.


  • Nous assistons ensuite à une longue conversation entre le chef des moines de Toungu Siam Phriam et le Phraya de Toungu.

Il est peu courant que les « Chroniques royales d’Ayutthaya » présentent une si longue conversation entre deux personnages (env. 4 pages).Il est dit que le chef des moines de Toungu Siam Priam eut des doutes sur un échange de courrier qu’il y aurait eu entre le Phraya de Toungu et les deux rois d’Ayutthaya.

 

chef des bonzes

 

Il demanda alors au Phraya de Toungu s’il était vrai que celui-ci avait payé tribut à Ayutthaya et s’était engagé  à combattre la cité d’ Hongasawadi. Le Phraya lui confirma la nouvelle et lui donna ses raisons : les deux rois d’Ayutthaya étaient désormais puissants, comme autrefois le roi d’Hongsawadi à l’orée de sa puissance. Mais aujourd’hui, les troupes d’Hongsawadi sont défaites à chaque fois et le roi d’Hongsawadi n’a plus la force d’attaquer et de combattre. Sachant que l’armée d’Ayutthaya allait attaquer et prendre Hongsawadi, il préférait dans ces circonstances, payer tribut  et se soumettre (un peu, est-il précisé).


Il s’ensuit une page où le chef des moines, non sans humour (il lui avoue avoir jeté dans la rivière un manuel de divination qui n’était pas favorable), lui apporte son soutien. Le Phraya de Toungu en est enchanté et lui confie que même si les troupes d’Hongsawadi sont supérieurs en nombre sur le papier, beaucoup de municipalités ont déjà changé de camp. Il lui demande son appui pour devenir le nouveau roi des Raman (Môns) avec l’assurance qu’il sera lui aussi « honoré ».


Le chef des moines le rassure, lui rappelant qu’il est le descendant royal et que toutes les cités provinciales le respectent, et qu’elles disent que la capitale royale d’Hongsawadi a décliné depuis le roi aux éléphants blancs, et confirment qu’elle ne remporte plus aucun bataille, et que la défaite du roi de Phrae avec ses conséquences les ont amené à demander secrètement leur vassalisation à Ayutthaya. Il a aussi entendu que Martaban et les municipalités rattachées ont prévu de se révolter.

 

Martaban


Mais curieusement, Siam Priam, le chef des moines, lui propose alors un PLAN, qui vise ni plus ni moins à prendre Hongsawadi, retourner les municipalités qui viennent de payer tribut à Ayutthaya, de rompre sa fraiche alliance avec Ayutthaya, et de devenir de fait le nouveau roi d’Hongsawadi.


Rien de moins !


Quel est son PLAN ?


1/ Se saisir d’une partie des Thaïs en position à Moulmein pour connaître la vérité. (sic)

2/Envoyer une lettre aux municipalités pour les faire changer d’avis et qu’ils fassent prisonniers les Thaïs.

3/ Réaliser une barrière de fils de fer barbelés et de haies d’épines.

4/ Se replier sur Hongsawadi prétextant venir combattre à leur côté et prendre la citée par surprise.

 5/ Prendre familles et provisions (riz, poissons) et retourner à Toungu, après avoir pris toutes les vivres des campagnes.


Et conclusion : l’ennemi retournera chez lui et votre pouvoir sera 1000 fois plus grand.


Le Phraya fut ravi par ces perspectives et, sur les conseils du chef des moines, envoya en secret une lettre à toutes les municipalités. (On n’en connaîtra pas le contenu). Nous avons, par contre en partie, leur réponse avec les hommages d’usage, où les municipalités répondent favorablement au plan du Phraya de Toungu, qui en fut enchanté.


Une fois de plus, les chroniqueurs d’Ayutthaya mettent en scène une longue conversation des ennemis, où on apprend le PLAN du chef des moines de Toungu Siam Priam, approuvé par le Phraya de Toungu, et ensuite par les municipalités de la région. Certes cet intermède démontre la versatilité des cités môns et birmanes, capables de « trahir », aussi vite qu’elles ont proposé leur vassalité à Ayutthaya. (ou de profiter d’une nouvelle situation).


13. La révolte de Martaban et Moulmein.


Après Toungu, le chapitre suivant indiquera que le Phraya Lao, le gouverneur de Martaban donne l’ordre à tous les Ramans thao et phraya de prendre l’armée thaïe sans peur et de l’envoyer à Toungu en hommage ! (C’est dit, c’est fait ? on ne saura pas.)


A Moulmein,  Khun Cop avec 15 hommes étaient en train de moissonner du riz pour le compte de l’armée thaïe. Samin Suranai du village de Coiya caché dans la forêt avec une centaine de Môns saisit l’opportunité d’attaquer et de prendre Khun Cop avec 9 de ses hommes. Cinq réussirent à s’enfuir et informèrent la brigade thaïe qui envoya 300 soldats les poursuivre. Ils tuèrent de nombreux Môns et libérèrent Khun Cop et ses hommes.


Informé Chao Phraya Chrakri convoqua Phraya Pharo, le Phraya de Moulmein, pour lui demander la raison de cette attaque. Ne pouvant répondre, il fut mis en prison. Le Phraya de Moulmein proposa alors au Chao Phraya Chrakri de lui ramener les autres fugitifs. Il fut suffisamment convainquant pour que  Chao Phraya Chrakri le libérât.


Phraya Pharo convoqua son gouvernement et l’informa de la situation avec son impossibilité de faire prisonnier ses propres concitoyens. Il leur dit que désormais ils étaient tous en danger de mort, et qu’ils devaient tous fuir par mer jusqu’à Martaban. Le gouverneur de Martaban, informé, leur envoya les bateaux nécessaires et ils purent s’enfuir avec leurs familles. Chao Phraya Chrakri, prévenu, arriva trop tard.


Le gouverneur de Martaban Phraya Lao, après avoir regretté que Phraya Pharo n’ait pas profité de l’occasion pour se saisir de Thaïs, manifesta sa satisfaction de leur migration dans sa cité et qu’ils pourront ensemble prendre le temps de concevoir un nouveau plan, pour battre, sans peur, une si petite armée.

Il organisa son armée en brigades de 200 ou 300 hommes, qui devaient, telles des tigres, se cacher dans la forêt et profiter des opportunités, préparer des embuscades pour attaquer et faire prisonniers des Thaïs en recherche de vivres et de riz, pour les amener ensuite dans la cité. Devant la répétition, l’agressivité et le succès de ses attaques, Chao Phraya Chrakri informé, se crut obligé d’avertir les deux rois d’Ayutthaya de la nouvelle forme de révolte des Môns.

Les deux rois furent en colère et s’étonnèrent que  Chao Phraya Chrakri, un homme d’une si grande expérience ne fut pas en mesure de les attaquer. Surtout dirent-ils, que Martaban,  Bassein, Bua Phuan, Khlik, Toungu, et Lakhoeng étaient maintenant leurs vassaux. (Il semble ici que Chao Phraya Chrakri n’ait pas donné toutes les informations aux deux rois, ou ne soit pas au courant des nouveaux plans de Martaban et de Toungu). Ils s‘étonnèrent aussi que Chao Phraya Chrakri ait relâché le gouverneur de Moulmein et  qu’il put  ainsi s’échapper. Ils lui écrivirent alors, que sa punition était suspendue et qu’il devait décider de sa capacité ou non à attaquer Martaban. S’il estimait ne pas pouvoir, il devait alors renforcer sa défense et attendre l’armée principale pour attaquer immédiatement.

Chao Phraya Chrakri manifesta à ses officiers l’urgence de terminer la construction des bateaux de guerre et il organisa 4 brigades de 500 hommes chacune pour protéger les moissons de riz, et se défendre contre les attaques quotidiennes des Môns. Devant ces nouvelles forces, les Môns préférèrent se retirer dans la forêt. Et l’armée siamoise accéléra les récoltes de riz qui furent transportées dans 2000 charrettes, précise-t-on, jusqu’aux greniers.


14. La guerre contre Toungu.

 

Tongo


« Saturday, the first day of the waxing moon in the third month, at two nalika after daybreak » fut le jour et l’heure “exacte” choisis pour partir en guerre contre Toungu, dans une procession en bateaux, dit-on,  qui surpassa toutes les autres par sa magnificence, son ordre traditionnel, son nombre,  pour atteindre la cité de Kanchanaburi en 5 jours.  L’armée de Moulmein avait été prévenue de rejoindre l’armée principale à Kanchanaburi. L’armée prit 3 jours pour se reposer et pour organiser 100 000 soldats armés, 800 éléphants de guerre, et  1500 chevaux.

 

Bataille de Tongo


Les annales racontent ensuite en une page un rêve de Naresuan et son interprétation favorable  par Phra Horathibodi, qui indique en fait que Hongsawadi n’est plus ce qu’il était et qu’il était temps de prendre sa revanche contre Martaban et toutes les municipalités môns qui l’avaient insulté. Une  nouvelle procession est décrite et l’armée arrive à la frontière des trois pagodes à Mae Kasat.


(Nota. On peut remarquer ici des constantes : Dans un récit dont les dates sont aléatoires, le souci pour certains événements d’en donner le jour et même l’heure ; la présence permanente du sacré (se concilier Bouddha et les dieux, les remercier,  consulter les brahmanes pour entreprendre, pour partir le bon jour à la guerre ou une bataille décisive, interpréter les signes et les rêves) … et les répétitives processions de départs à la guerre avec force détails pour montrer la puissance sacrée des rois, la magnificence, la hiérarchie, l’ordre … avec la symbolique des nombres d’ éléphants, chevaux et hommes de troupe envoyés, comme une métaphore du royaume en marche vers la gloire).


Martaban, Hongsawadi et Toungu préparent leur défense. (2 p.)


L’armée d’Ayutthaya a été, évidemment repéré à la frontière, et Martaban  a informé Hongsawadi et Toungu. Le roi d’Hongsawadi est rassuré par les rapports qui lui confirment que son neveu, le phraya de Toungu, s’est engagé avec ses cités vassales à aider à la défense de Martaban. Mais celui-ci est plutôt effrayé par ce qu’il a appris des forces énormes engagées par Naresuan. Il a besoin de consulter Siam Priam, le  chef des moines de Toungu dont on avait pu apprécier le plan « audacieux ».


Le plan de Toungu.


Les annales vont alors denouveau en une page, mettre en scène le moine Siam Priam qui va rassurer le Phraya de Toungu, en lui expliquant, avec décontraction et assurance,  la démarche qu’il devra suivre pour réussir le plan adopté précédemment.

Le chef des moines lui rappelle que son horoscope confirme que l’avancée des deux frères bien que magistrale n’est là que pour l’aider dans son nouveau destin royal. Il lui conseille sans délai d’envoyer ses soldats à Hongsawadi et d’envoyer une lettre au phraya de Martaban pour l’encourager à organiser sa défense avec toutes ses municipalités vassales et le rassurer de son aide s’il était débordé par l’armée d’Ayutthaya. Ensuite il devra organiser une escadre de messagers (20 à 30) qui l’informeront constamment de l’évolution de la situation. Il ne bougera sur Hongsawadi que lorsqu’ il apprendra que Martaban aura été défait. Il brûlera alors tout ce qu’il ne peut emporter, sachant que cette petite perte lui rapportera gros, comme une plante qu’on élague.

Le phraya de Toungu procéda à la conscription et prépara une  armée de 10 000 hommes complètement équipés pour prendre position pour la défense de la cité et de ses fortifications. Et au jour de bon augure, il partit avec son armée camper aux abords de Hongsawadi. (Nulle référence à l’armée des Thaïs). Le roi d’Hongsawadi en fut quelque peu inquiet, s’attendant à ce que Toungu assurât la défense des cités môns pour les empêcher de devenir captives de l’ énorme armée de Naresuan. Les annales ne disent pas les arguments avancés par le Phraya de Toungu, mais qu’il le rassura en venant constamment lui rendre visite. De même les gardes s’habituèrent aux allées et venues des habitants de Toungu.


Le piège était prêt, surtout dit-on, qu’à Martaban, le phraya ne se doutait de rien et prévint ses 32 cités provinciales d’émigrer dans sa capitale, mais beaucoup ne crurent  pas la résistance possible et  se réfugièrent avec leurs familles dans la forêt.


La prise de Martaban.


Les annales reprennent ensuite avec l’armée d’Ayutthaya qui, après Mae Kasat avait repris sa progression pour atteindre en 6 jours Moulmein et repartir 3 jours après, au jour favorable, avec Chao Phraya Chakri, comme commandant en chef et le Phraya de Kanchanaburi comme commissaire ( ?) à la tête de 20 000 hommes embarqués dans des bateaux de combat en vue d’attaquer Martaban.


siège


(Nous avons droit encore à ¾ de page pour la procession et la date au départ de Mae Kasat, le vendredi, « the second day of waning moon, in the third month, at the hour of ten thum » et 20 lignes pour l’arrivée à Moulmein, au son des gongs, tambours et conques et l’audience royale avec tous les dignitaires, officiers généraux et astrologues, dans leurs hommages rendus aux deux rois. De même l’attaque de Martaban se fera, au son d’un gong , au jour favorable , « on Thursday, the twelve day of the waning moon in the third month at daybreak …when it was the hour of five bat »).


Si la date d’attaque de Martaban est précise, suivent ensuite des généralités sur la prise de Martaban :  le combat naval à peine annoncé que la défaite du gouverneur de Martaban, le phraya Lao est assurée, avec  la fuite, la poursuite et la mort en grand nombre des fuyards, sur la rivière et sur terre, et donc la fin de la « révolte « des Môns. Le phraya Lao  prisonnier fut remis aux deux rois avec le butin de guerre (éléphants, chevaux, et toute sorte d’armes). Il est dit que le phraya Lao sera emmené et jugé à  Ayutthaya.


Curieusement, bien que vainqueur, le roi Naresuan exprima encore sa colère contre Chao Phraya Chakri, et le confina à Moulmein et lui adjoignit le Phraya de Thonburi et tous les khun et mün pour gouverner Moulmein. Il ordonna que le Chao Phraya de Sawankhalo et les phraya de Phichai et de Kanchanaburi avec leurs khun et mün gouvernent MartabanAprès avoir réorganisé Moulmein et Martaban, les deux rois, au jour favorable (la date est donnée), se dirigèrent avec l’armée principale par la  route jusqu’au bord de la rivière de Satong, pour la longer et se diriger vers Hongsawadi.


Le Phraya de Toungu informé de la chute de Martaban, après avoir brûlé les palissades et les maisons, quitta Hongsawadi avec le roi, pour rejoindre Toungu. (Les annales laissent donc entendre que le Phraya de Toungu a désormais pris le pouvoir).


L’armée des deux rois d’Ayutthaya poursuivent donc leur route pour atteindre la capitale d’Hongsawadi, après avoir envoyé en avant-garde, précise-t-on, Phra Maha Thep renforcé plus tard par le Phraya de Phetburi, constatent que Hongsawadi est sans défense.


Les Annales ne font aucun commentaire sur cette situation et on se contente de signaler que l’armée d’Ayutthaya campe aux abords de la ville, « on Saturday, the 14 day of the waning moon in the 3 th month » (la source B donne une autre date), et que les rois vont honorer un bouddha sacré. (Les Chroniques royales d’Ayutthaya nous étonneront toujours.)


Le roi Naresaun fait alors une royale proclamation, et révèle la traitrise du Phraya de Toungu, qui après avoir sollicité et obtenu  sa vassalité et promis de combattre Hongsawadi avec Ayutthaya, l’a conquis pour lui-même par surprise.  Les deux rois, après avoir nommé  le Phra de Chantaburi et le Khun Phet Phakdi avec leurskhun et mün pour gouverner Hongsawadi,  se dirigèrent vers la cité de Toungu.


Le Phraya de Lakhoeng qui avait sollicité une alliance avec Ayutthaya n’était pas venu lui-même après la chute d’Hongsawadi, mais avait toutefois  envoyé à Phraya Phra Ram 5000 hommes et lui avait demandé de rendre hommage aux deux rois en son nom et de les informer de l’arrivée de son   armée pour rejoindre  l’armée d’Ayutthaya. Mais les deux rois dans une royale proclamation devant tous les thao phraya, ministres, et chefs, avaient déclaré qu’ils n’avaient pas du tout  apprécié que le Phraya de Lakhoeng ne daigne pas se présenter lui-même et se fasse remplacer par  (le, les ?) thao phraya. En conséquence, Ils refusaient cette aide et demandaient à Phaya Phra Ram de les raccompagner chez eux.


(Les deux rois avaient été échaudés par les trahisons de Martaban et de Toungu et l’absence du phraya de Lakhoeng fleurait trop un nouveau piège. On peut encore noter une autre royale proclamation qui explique publiquement une décision royale, qui généralement se prend dans le secret des Conseils privés. )


La bataille de Toungu. 

  • Un échange de lettres entre le phraya de Toungu et les deux rois d’Ayutthaya.

Avant d’aborder le siège de Toungu, les Chroniques évoquent en une page, une autre tentative, une ultime manœuvre diplomatique du Phraya de Toungu, pour leurrer les deux rois d’Ayutthaya.

Le Phraya de Toungu envoie Mangratong, un gentleman birman, avec 200 hommes, apporter une lettre avec des présents (dont un collier de diamants porté par le roi d’Hongasawadi) aux deux rois d’Ayutthaya. Mais l’avant-garde commandée par le Phra Maha Thep les intercepte et conduit  Mangratong en tant que prisonnier au-devant des deux rois. Ceux-ci le font relâcher et lui donnent l’ordre de dire au Phraya de Toungu qu’ils ne sont pas dupes de ses manœuvres, en rappelant que celui-ci leur avait promis un appui pour prendre Hongsawadi, mais qu’il n’ avait pas attendu l’armée siamoise, mais avait pris Hongsawadi par surprise pour son propre compte. Ils indiquèrent que l’envoi d’éléphants et de chevaux de valeur comme le signe d’amitié n’avaient trompé personne. (On ne connaîtra pas le contenu de la lettre du Phraya de Toungu).

Mangratong à peine arrivé à Toungu est renvoyé par le phraya auprès des deux  rois d’Ayutthaya avec l’invitation de ne pas aller plus avant et d’attendre, là où ils sont, un royal message et des présents apportés depuis Hongsawadi pour payer leur tribut (signe d’allégeance).

Et là curieusement les chroniques rapportent que c’est Phraya Phra Ram qui interprète le message, comme si les deux rois n’avaient pas encore compris le jeu de Toungu. Il  leur dit évidement que c’est un piège, car le phraya de Toungu n’est pas venu lui-même et qu’il veut gagner du temps pour renforcer davantage ses défenses. Heureusement que Phraya Phra Ram était là pour comprendre ce que tout le monde avait déjà compris! Il est dit encore que les deux rois dans une proclamation royale renvoyèrent Mangratong et lui ordonnèrent de dire à son Phraya qu’il envoie une personne d’importance du niveau de thao phraya pour rester fidèle à son engagement et maintenir son allégeance.  )

Bref, après les lettres échangées, “ le 8 ème jour de la waxing moon in the 4 month of that year of the boar “ les rois décidèrent d’avancer la grande armée aux portes de Toungu.


Le siège de Toungu.


Le jour suivant, il est dit que les rois organisèrent l’encerclement de la cité de Toungu aux quatre points cardinaux. Les noms des 18 chefs sont donnés et l’ensemble est supervisé par Chao Phraya de Phitsalunok et Khun Ratcha Nikun.

On s’attend alors à apprendre les dispositions prises par le phraya de Toungu, mais il est dit que celui-ci apprenant que l’armée principale d’Ayutthaya approchait, envoya tous ses grands éléphants à Mae Chang près d’Ava. Et les deux rois d’ordonner à Phra Maha Thep de les trouver. Et ensuite suit ????


Incroyable !!! UNE LISTE DE 50 ELEPHANTS sur une page et demie, avec leur nom et leur taille, capturés par Phra Maha Thep et présentés aux deux rois.


Et l’attaque de Toungu ?


Huit lignes pour dire que tel jour ( le samedi du 30 ème jour de la waning moon du 4 ou 5 ème mois selon les sources ! ), les rois ordonnèrent une attaque surprise et que les habitants de Toungu résistèrent vaillamment, qu’il y eut de nombreux blessés et que les deux rois ordonnèrent (pourquoi ?) d’arrêter l’attaque et de revenir en leur camp protégé.


Voilà, c’est tout. 


Ensuite suivent 16 lignes, sur la recherche de riz dans tous les villages jusqu’à la frontière d’Ava et on apprend que beaucoup moururent par manque de vivres. Après 3 mois de siège et malgré tous les efforts pour se procurer du riz et des vivres, la saison des pluies approchant, les deux rois durent renoncer à ce qui aurait pu être leur plus grand exploit.

 

 

Mais la campagne n’était pas finie, elle allait se déplacer au Nord, à Chiang Mai et dans le Lanna.

 

 (Cf. le prochain article 69. Ayutthaya à Chiang Mai et au Lanna et la fin du règne de Naresuan (1598-1605).  (Evénements au Cambodge en 1601 et 1603, guerre contre Ava en 1604, et la mort de Naresuan en 1605.)

 

 

 

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*Cf. 65. le roi Naresuan (1590-1605). 2.


**67. Le roi Naresuan, et ses guerres contre le Cambodge. 4


***Wikipédia. Moulmein  officiellement appelée aujourd'hui Mawlamyine ou Mawlamyaing (API : /mɔ̀ləmjàiN mjo̰/) est une ville de Birmanie (Myanmar) et la capitale de l'État Môn. Son nom signifie « œil perdu », car un roi môn y perdit un de ses yeux. C'est aujourd'hui la troisième ville de Birmanie avec une population estimée à 500 000 habitants en 20091.


Elle doit son essor à son port de mer et constitue un important nœud de communications : grande station de chemin de fer, aéroport et nouveau pont sur la Salouen (le plus long pont de Birmanie), qui la relie à Martaban, sur la rive nord du fleuve. C'est le point de départ occidental du Couloir économique Est-Ouest, qui traverse la péninsule indochinoise jusqu'à la ville vietnamienne de Da Nang. Elle est aussi réputée pour son marché, ses pagodes et son université.


Tenasserim, que le régime birman actuel écrit Tanintharyi, est le nom : De l'étroite bande côtière du sud-est de la Birmanie bordée à l'est par la Thaïlande et à l'ouest par la mer d'Andaman formant aujourd'hui l'État Môn et la Région de Tanintharyi. D'une chaîne montagneuse qui culmine à 2 074 m. D'un fleuve qui traverse cette chaîne et se jette dans la mer d'Andaman.


Wikipédia : Hsenwi

Hsenwi (en shan) ou Theinni (en birman) est une ville de Birmanie située dans le nord-est de l'État Shan, juste au nord de la Nam Tu (ou Myintge). Elle se trouve à la jonction de l'ancienne Route de Birmanie entre Lashio et Kunming et d'une route moins importante rejoignant la frontière chinoise plus à l'est. Elle est le centre de la municipalité de Hsenwi, dans le district de Lashio. Les ruines de l'ancienne capitale de la principauté shan de Hsenwi se trouvent à proximité1.

 

Hsenwi


Histoire

Après la chute du Royaume de Dali devant les mongols en 1254, Hsenwi fut la capitale de la principauté shan la plus importante à l'ouest de la Salouen, qui comprenait à une certaine époque non seulement le territoire actuel de Lashio, mais aussi Kehsi Mansam, Mong Hsu, Mong Sang et Mong Nawng, et avait établi une sorte de protectorat sur Mang Lon et les autres états Wa à l'est de la Salouen. À l'époque de la Guerre de Quarante ans (1385-1424), elle payait tribut à la dynastie Ming, qui lui vint en aide contre le royaume d'Ava.

 

****Cf. 53. Les Birmans d’Hongsawadi et les Cambodgiens de Lovek au temps des rois d’Ayutthaya Chakkraphat et Mahin. (1548-1569) : «  les premiers rois Toungoo  avaient attaqués Ayutthaya pour le contrôle du trafic commercial du golf du Siam, le contrôle de la périphérie de leur royaume comme le Lanna, et les ports de la côte ouest de Tenasserim. Il s’agissait de prendre une place dans le commerce international entre la Chine et l’Océan indien, en tenant compte de l’expansion du commerce musulman et du nouveau commerce européen, qui avec de nouvelles armes (mousquets et canons) et des mercenaires, allait modifier la géopolitique de cette Région. »

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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