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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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21 mars 2013 4 21 /03 /mars /2013 00:02

titreLes "Chroniques royales d'Ayutthaya" ne consacrent en son chapitre cinq qu’une trentaine de pages aux huit monarques de la première moitié du siècle.


Naresuan a transmis un royaume aux frontières assurées, point de guerres de conquêtes, point de guerres de défense, point de récits de bataille, point de réforme administrative à grande échelle. Si le sang coule, ce n’est que dans le cadre des révoltes de palais et de la transmission du pouvoir. Ces monarques n’ont point - peut-être - eu le faste et le prestige du grand prédécesseur. Nos historiens européens ne les citent guère que « pour mémoire » en leur consacrant quelques lignes, mais au moins le pays fut-il en paix. « Le roi de gloire, c’est le roi de la paix ».


 1. Le roi Ekathotsarot (1605 – 1610).

 

Ekathotsarot


Phrabat Somdet Phra Sanpet III ( พระบาทสมเด็จพระสรรเพชญ์ที่ 3) ou encore Somdet Phra Ekathotsarot (สมเด็จพระเอกาทศรถ).


Les sous-titrages des annales par Wyatt nous situent la montée sur le trône de Ekathotsarot en 1605 et la fin de son règne en 1610. La chronologie officielle du Royal Institut situe, elle, la fin de son règne en 1609 (1).

Il est paré de titres impressionnants (« the holy feet of the supreme Ekathotsarottisuan paramount refuge reverence and holy buddhist lord omnipotent  »  etc…etc ...  ) qui nous ont initialement plongé dans des abîmes de perplexité jusqu’à ce que la solution nous soit donnée par Frédéric B. Gauss (« Anucha, the younger brother in Ramakian and thai historical narratives » 2011, publié sur le site de l’Université Mahidol (2) :


Le Ramakian, version siamoise du Ramayana, décrit les quatre qualités d’un jeune frère (loyauté, obéissance, respect et déférence) et ce sont là les titres attachés aux trois frères de Rama, Lak, Phipek et Sukhrip que l’on attribue en parallèle avec emphase au jeune frère de Naresuan. Le petit frère idéal ! Ces mêmes titres seront dans les mêmes conditions conférés plus tard au jeune frère de Rama Ier, Surasih et à celui de Rama IV, Pinklao (3).

 

Ramakian


Les annales lui consacrent 13 pages, où sont distingués les dates et événements  suivants :

  • En 954 et 955 (i.e. 1592  - 1593 - 1594), échanges diplomatiques avec le royaume de Hongsawadi et le Prince de Tongu qui se place sous la protection d'Ekathotsarot ;
  • En 956 (i.e 1594 ou 1595), de fastueuses cérémonies religieuses ;
  • En 957 (1595 ou 1596) c’est l’année de la grande réforme fiscale sur laquelle nous allons revenir.
  • En 963 c’est l’année de la mort du roi (1601 ou 1602, 1601 pour Monseigneur Pallegoix, (4), 1601 pour Browring (5)) toutes dates évidemment erronées. Les annales de 1680, les plus fiables chronologiquement, ne parlant pas de lui ni d’aucun de ses successeurs. « On remarquera que les dates, probablement fausses, des annales ne concordent nullement avec celles que donnent les auteurs du XVIIème tandis que les personnages et les événements peuvent éventuellement être raccordés » nous dit Aymonier faisant allusion aux mémoires portugais (6).

Son frère aîné l’a libéré du souci de défendre son royaume contre les empiétements de son puissant voisin. Il avait lui même combattu avec vaillance aux côtés de son frère aîné mais ne paraît pas avoir la tripe guerrière.


Nul récit de batailles donc. « Un règne paisible de six ans seulement  » nous dit Monseigneur Pallegoix. (loc.cit)


Appelé par les Portugais « roi blanc » (son frère était le « roi noir ») il « était un prince qui ne désirait que régner en paix » nous dit encore Aymonier (loc.cit).


« Le prince noir, successeur de son père, après avoir régné avec gloire, laissa son empire bien affermi au prince blanc son frère » nous dit Turpin qui ajoute « qu’il n’avait aucune intelligence dans le grand art de gouverner » (7).  


Nous ne trouverons guère dans toutes ces pages concernant notre holy feet of the supreme Ekathotsarottisuan paramount refuge reverence and holy buddhist lord omnipotent  que de longues descriptions de cérémonies religieuses, de festivités (couronnement ou hommages rendus par les vassaux), constructions ou inaugurations de temples ou statues du Seigneur Bouddha.


Il n’a pas demandé à ses sujets et vassaux de payer l’impôt du sang, mais crée en 957 (date évidemment fantaisiste) une fiscalité sur les fruits de la terre, sur les importations étrangères, sur les négociations dans les marchés et sur les successions immobilières. Il aurait en tous cas instauré un progrès, la moitié d’une propriété immobilière va au domaine royal après le décès du propriétaire. C’était une avancée probable par rapport à la situation antérieure dans laquelle il semble que le monarque pouvait s’emparer à sa guise des propriétés de ses sujets (8) ?


Les annales ne consacrent que sept lignes à cet aspect fondamental de la politique intérieure de notre monarque ...... Nous n’en saurons donc pas plus. C’est probablement aussi cet aspect de son règne qui le fit considérer par divers mémorialistes comme « tourmenté par son avarice », Turpin en particulier (loc.cit.) et les Portugais (9). Ce sont probablement les premiers impôts levés officiellement au Siam qui lui valent cette réputation de cupidité !

 

Le chat fiscalite


Nous n’apprenons rien non plus sur la présence portugaise (9) ni sur l’envoi de son ambassade reçue en 1608 en Hollande par Maurice de Nassau (10) et encore moins sur la pesante présence japonaise (11). Ce sont pourtant ces contacts avec l’extérieur qui se multiplient qui vont nous permettre d’avoir dorénavant, de l’histoire siamoise, une vision plus sereine et plus objective.

 

Il eut deux fils, nous disent encore les annales, l’aîné, Suthat, désigné comme Uparat se suicida par absorption de poison, Turpin prétend qu’il fut empoisonné par son père (loc.cit) et Saowaphak, le cadet, devenu borgne à la suite d’un abcès à l'œil, qui va succéder à son père, mort d’une maladie contractée en saison des pluies en 963 (1601 ou 1602, date erronée). Une belle et sobre oraison funèbre, « il monta au paradis ».

***

  1. 2. Le roi Si Saowaphak, 1610 – 1611 (?) 

 

Sisaowak

 

Phrabat Somdet Phra Sanphet IV  (พระบาทสมเด็จพระสรรเพชญที่ ๔) ou Somdet Phra Si Saowaphak ( สมเด็จพระศรีเสาวภาคย์). C’est le sous titre de Wyatt qui comporte un point d’interrogation.


Tous les notables, religieux, civils et militaires, chefs de village et patriarches appellent le fils borgne pour diriger le royaume « selon la coutume ». Son père qui l’avait désigné comme Uparat à la mort de son frère aîné, ne semble pas l’avoir formellement désigné comme son successeur ?


Lui même prépare les cérémonies d’incinération de son royal père.


L’année suivant la mort de son père, un Prince, Chamun Sri Sorarak, qui avait de nombreux disciples et fidèles, après s’être recueilli dans un temple et attendu l’instant propice, précipita ses troupes pour s’emparer du palais royal. Ils tuèrent le roi à coups de bâton de santal et l’incinérèrent dans un monastère. Il avait régné un an et deux mois.


  1. 3. Le roi Song Tham, 1610 ou 1611 - 1628. 

 

Le juste

 

Somdet Phra Chao Songtham (สมเด็จพระเจ้าทรงธรรม). Songtham, libre traduction, « le juste ».


Il est fils d’Ekathotsarot et d’une épouse secondaire ou concubine. Placé sur le trône par le chef des révoltés, « dans sa grande bonté », disent les annales, il fit de Chamun Sri Sorarak un vice-roi. Mais quelques jours plus tard, le vice-roi fut pris de fièvre et « monta au paradis ». C’est alors que va éclater la révolte des Japonais.

 

La révolte des Japonais.


« A cette époque, de nombreux navires japonais étaient venus commercer. Les Japonais étaient furieux, (de devoir payer l’impôt ?) affirmant que les ministres étaient injustes, et conspirèrent  avec le prince Phimon (qui était-il ?) pour tuer le roi. Environ cinq cents japonais se rassemblèrent devant le palais et attendirent que le roi, qui écoutait une homélie des moines sur les livres saints, en sorte. Juste à cet instant, huit saints moines du monastère de l'arbre de Pradu (Le monastère de l’arbre de Pradu existe toujours près de Ayutthaya) et du hall de la loi  ( ?) sont intervenus en escortant Son Altesse face aux Japonais.

Les Japonais commencèrent à hurler : Si vous alliez vous saisir son Altesse, comment se fait-il que vous soyez assis à ne rien faire et les Japonais soutiennent mutuellement dans un indescriptible vacarmePendant ce temps, le prince Maha Ammat (un prince fidèle au roi, de toute évidence) avait  réussi à rassembler des troupes qui  attaquèrent et tuèrent un grand nombre de Japonais. Les Japonais furent mis en déroute, chassés du palais royal, embarquèrent sur leurs jonques et prirent la fuite ».

Depuis lors, aucune jonque japonaise des municipalités japonaises ne revint faire du négoce avec la capitalePhra Maha Ammat invita alors sa majesté à entrer dans son palais royal ». Le matin le roi tint une audience en compagnie de tous ses ministres dans le grand hall du palais royal et dit dans sa grande bonté : Nous avons une immense gratitude envers Phra Maha Ammat et nous le nommons Chaophraya Kalahom Suriyawong (Quel est ce titre ?). Le roi prit ensuite un édit ordonnant que les moines du monastère de l’arbre de Pradu soient nourris jusqu’à la fin des temps. »

Les annales sont muettes sur l’intervention des farouches mercenaires japonais de Yamada Nagamasa, un personnage hors du commun, bien réel, dont l’historicité ne peut être mise en doute. (Article à suivre).

 

Yamada


***

Les annales nous apprennent ensuite qu’en 965 (1603 ?) le roi se fit construire un nouveau palais. A cette époque, seul épisode guerrier, le roi apprit que  Tenasserim était menacé par une armée birmane et demandait son aide. Apprenant l’avance de ses armées commandées par le prince Pichai Songkram, les birmans reculèrent.


Trois ans plus tard, nous apprenons – avec un intérêt mitigé – que le roi fit nettoyer les abords d’un temple pour en faire un lieu de crémation !


La découverte de la sainte empreinte du pied de Bouddha.


pied de Buddha


Ce sera et cela reste pour les Siamois l’événement le plus important de son règne.


Il efface en tous cas tous les autres. La découverte dans la forêt est le fait d’un chasseur. Le roi en est avisé et se rend avec toute sa cour et son armée à Saraburi. La découverte est miraculeuse.  Le roi avait appris par des moines de Ceylan l’existence de cette relique dans une montagne de son royaume et l’avait fait rechercher en vain. Il fit alors construire une route d’accès (« par deux brigades de farangs ») et un temple pour l’abriter. Détruit et reconstruit, ce lieu est à ce jour l’un des endroits les plus sacrés du bouddhisme thaï (12).


พุทธบาท Phutthabat ou Putthabattha, ce terme désigne une marque de Bouddha avec ses 108 signes auspicieux,  conques dé­corant les doigts de pied, animaux, végétaux, roue de la loi, etc. , disposés suivant  un schéma toujours identique située en général sur un sommet (12). Il est difficile de penser qu’un thaï, aussi crédule soit-il puisse s’imaginer aujourd’hui que ces traces aient été miraculeusement laissées par le passage de Bouddha (encore que ...). Il ne s'agit évidemment pas de l'empreinte du pied de Bouddha (comme pourrait le laisser entendre la stupide traduction anglophone Bouddha footprint) mais de la représentation symbolique de la marche vers le Nirvana et le poids des enseignements de Bouddha sur le monde. Ce symbole est récurent dans toute l’iconographie bouddhique (13).


***

Le roi Song  Tham meurt après 18 ans de règne.


Il laisse trois fils, le prince Chetthathirat, le prince Phan Pi Si Sin et le prince Athittayawong.

 

 

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(1) http://www.royin.go.th/th/knowledge/detail.php?ID=968


(2) http://www.lc.mahidol.ac.th/thaistudies2011/archive/THS2011-Goss_Anucha.pdf.


(3) Le nom complet et officiel du souverain était toutefois le suivant selon du moins l’une des version thaïe des annales publiée en 2006 (พระราชพงศาวดารกรุงศรีอยุธยา : ฉบับหมอบรัดเล) : 

พระศรีสรรเพชญ์สมเด็จบรมราชาธิราชรามาธิบดีศรีสินทรบรมมหาจักรพรรดิ วรรยาราชาธิบดินทร์องค์ปรมาธิเบศรตรีภูวเนตรนาถนายกดิลกรัตนราชชาติอาชาวสัยสมุทัยตโรมนต์สกลจักรวาฬาธิเบนทรสุริเยนทราธิบดินทรหริหรินทราธาดาธิบดีศรีวิบุลยคุณรุจิตรฤทธิราเมศวรธรรมิกราชเดโชไชยพรหมเทพาดิเทพตรีภูวนาธิเบศร ลกเชษฐวิสุทธิคตากุฎเทศมหาพุทธางกูรบรมบพิตร

266 mots (selon nous) il bat donc largement le nom de Bangkok qui n’en comporte que 133, au titre du nom propre le plus long du monde... pour le « livre des records ».


(4) volume II de sa « description du royaume thaï ou Siam »


(5) « The Kingdom and people of Siam » Londres 1857.


(6) Volume II de son histoire « Le Cambodge et les provinces siamoises ».

(7) « Histoire du royaume de Siam » tome II de François-Henri Turpin, 1771. L’histoire de Turpin est écrite « sur des manuscrits communiqués par M. L'évêque de Tabraca », Monseigneur Brigot, évêque in partibus de Tabraca et coadjuteur au Siam, qui a probablement eu connaissance de l’une ou l’autre des annales ?


(8) Une comparaison avec notre droit positif au XVIIème siècle : Sous l’ancien régime, le roi était considéré comme le maître absolu du « domaine éminent » à côté duquel se trouvait le « domaine utile » (occupation des terres par les individus) sur lequel le roi bénéficiait d’un « droit de retrait » sans aucune règle précise pour une indemnisation de l’ex-propriétaire au bénéfice du bien public, laquelle était le plus souvent réduite à néant. Le principe n’en fut que timidement énoncé par Turgot au XVIIIème. Il fallut attendre l’article 17 de la déclaration des droits de l’homme pour mettre fin à cet arbitraire : « La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n’est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l’exige évidemment, et sous la condition d’une juste et préalable indemnité ».


(9) Voir en particulier le mémoire de Madame Rita BERNARDES DE CARVALHO « La présence portugaise à Ayutthaya (Siam) aux XVIème et XVIIème siècle » que nous avons déjà antérieurement cité.

(10) Voir Paul Pelliot « Les relations du Siam et de la Hollande en 1608 » (Toung Pao, volume 32, livre 4, 1936, p. 223-229).


(11) « Samurai d'Ayutthaya: Yamada Nagamasa, guerrier japonais et marchand au début du 17 ème siècle au Siam »  Cesare Polenghi   (White Lotus, 2009  ISBN 978-974-480-147-0).


(12) « Aux origines du bouddhisme siamois – le cas des Bouddhaphada » par Michel Lorillard, « Bulletin de l’école française d’extrême Orient », année 2000, tome 87 n° 1, p. 23-55.

On vient en pèlerinage de fort loin pour vénérer les plus célèbres : En 1888 par exemple, le Roi Rama V s’est rendu spécialement dans l’île de Samui pour visiter celle du temple de Khaolé, venue à dos d'homme de Birmanie il y a plusieurs centaines d'années, d'une taille exceptionnelle et comportant quatre sculptures en superposition.

 empreinte (4)

 

(13) Le pied est le fondement du corps et dans ses titulatures, le Roi, tous les rois, sont aussi qualifiés de พระบาท «Saint pied royal » au sens de fondement sacré de la nation. Le Christ a laissé au moins une empreinte de son pied, toujours présente dans une église de Milan, Mahomet en a laissé de nombreuses (Il en est au moins une à Topkapi).


Mahomet

 

Ne parlons pas des très païennes empreintes de fées. Il faut, pensons-nous, leur attribuer une lourde valeur symbolique. C’est sur un symbole, celui de la pierre et non du pied, et un jeu de mot, que s’est fondée l'Église catholique : « Tu es Petrus, et super hanc Petram aedificabo Ecclesiam meam ».


fin 

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