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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 23:02

YamadaNagamasa2L’oublié des annales d'Ayutthaya, le Japonais Yamada Nagamasa.


L’histoire de cet « aventurier » est bien connue des Japonais. Il fut un modèle de propagande, célébré dans les chants patriotiques. Plus tard, dans les années quarante, il a été utilisé comme légitimation de la présence japonaise envahissante dans le Sud-est asiatique. Entre 1941 et 1943 seulement, trois biographies complètes ont été écrites au sujet de ses aventures et  des récits de son séjour au Siam. Vérité ou mythe ?


« Les sources sont rares et écrites dans de nombreuses langues différentes » nous dit un peu rapidement Polenghi (1) « ... essentiellement en japonais, les archives siamoises ont été détruites par les Birmans et celles du Japon ne sont pas faciles d’accès ». 

 

YamadaNagamasa4

 

Il y a au moins deux sources anglaises d’accès linguistique plus facile, celle de James qui a eu l’honneur d’une traduction récente en japonais (2) et celle de Wood (3), quelques-unes françaises, l’une traduite du japonais (4) et l’autre écrite en français par un très savant japonais (5). Les sources siamoises, les annales  notamment, sont  muettes à son sujet.


Il a fallu la sortie en 2010 du film « Yamada Nagamasa, le samouraï d’Ayutthaya »,

 

YamadaNagamasa5

(version française, un titre mal traduit  « Yamada, la voie du samouraï ») célébrant le 124ème anniversaire du traité d’amitié entre le Siam et le Japon pour que nous fassions sa connaissance et nous y intéressions. Nous avons regardé le film avec un « certain sourire ». Il est manichéen, l’histoire vraie de ce samouraï est plus nuancée.

  • Originaire de la ville de Shizuoka sur la côte ouest du Japon où il serait né en 1578 ou 1585 selon les sources,

Il est issu d’un milieu modeste, son père était commerçant ou teinturier et lui même aurait été porteur de palanquin. Il a rêvé d’être samouraï, cette caste, sorte de noblesse d’épée héréditaire ; elle est celle des hommes forts de la nation, mais elle lui est inaccessible, la modestie de ses origines lui interdit l’accès à cette féodalité militaire de probablement 400.000 hommes emplis de morgue (6).

 

samourai


Enfant et adolescent, il avait pourtant suivi l’enseignement d’un célèbre moine-guerrier, un « Yamabushi » et y avait acquis d’incontestables talents militaires. Il a très probablement appris de lui aussi l’art de forger les fameux sabres des samouraïs, les katanas. Leur trempe est célèbre et celle des armes de Tolède ne peut rivaliser avec elle. Le sabre, bien manié, peut, dit-on, trancher une barre d’acier (7). Une forge de Bangkok qui fabrique ces fameux sabres prétend que le secret a été transmis dans sa famille de père en fils depuis Yamada (?).

 

forge

 


Fils du peuple, nul maître d’armes ne l ‘aurait engagé. Tout au plus peut-il espérer être rônin, une ombre de samouraï, samouraï sans maître, un de ces soldats d’aventure, prêts à mettre leurs deux sabres au service du premier venu, mercenaire ou bandit.


Il fait en 1614 connaissance de deux armateurs japonais, Messieurs Taki et Ota qui organisent une expédition commerciale vers Formose. Il sollicite d’y participer comme simple marin et se heurte à un refus brutal. Il se rend alors secrètement à Osaka où se trouve le bâtiment, le Tayika-maru, et s’y introduit comme passager clandestin. Il se découvre une fois en pleine mer, est reconnu, et finit après longues discussions, par être admis au sein de l’équipage. Le bateau est attaqué en pleine mer par des pirates qui se heurtent à Yamada et quelques autres aventuriers japonais du voyage armés jusqu’aux dents. Les pirates sont taillés en pièces. La bateau décharge sa cargaison à Formose et en charge une nouvelle pour le retour. Mais Yamada n’a aucune envie de retourner dans son pays natal.


300px-Japantowns


Il s’installe à Formose mais s’aperçoit que l’île est peuplée de demi-sauvages et qu’il n’a rien à y faire. La première occasion sera la bonne, un navire hollandais (les Hollandais ont alors un comptoir à Formose) se rend au Siam dont quelques états tributaires sont alors en pleine guerre avec des roitelets voisins.

  • Il choisit de se rendre à Ayutthaya dont il a longuement entendu parler pour rejoindre la colonie japonaise – quelques milliers d’individus - et se présenter à son chef.

 

Japanese village

 

En effet, il y a alors au Siam une forte colonie japonaise, elle a été longuement décrite par nos voyageurs français, La Loubère en particulier, elle a son quartier à Ayutthaya (« Ban Yipoun » disent les thaïs) dont il nous donne le plan. La stèle à sa mémoire y est toujours fleurie par les touristes japonais.


stele nakohn


Il est rapidement promu chef de la petite troupe qui assure la protection de la colonie nippone. A ses talents militaires, il joint probablement un certain charisme.

En contact avec des officiers siamois, il leur donne quelques conseils sur une tactique militaire à adopter et en vient à obtenir la confiance du roi qui le fait général en chef de ses troupes. Nous sommes sous le règne d’Ekathosarot, de Si Saowaphak puis sous celui de Songtham.

  • Il recrute quelques centaines de ses compatriotes puis crée un corps d’armée siamois surentraînés de 10.000 hommes.

Une guerre avec Luçon,

 

Luçon

la plus grande île des Philippines (où se trouve Manille), totalement ignorée des annales, le voit promu amiral en chef de la marine siamoise. Sa réputation était déjà établie, il défait proprement la marine ennemie. Il est devenu un héros national dont la réputation est alors connue du Shogun de Kyoto qui lui octroie un titre très formel, quelque chose comme « Duc du Siam ».

Quelle fut cette guerre avec les Philippines déjà sous tutelle espagnole ?

Nous n’avons trouvé trace nulle part d’un conflit naval avec les Siamois ? Fut-elle menée par la marine japonaise ? De tous temps (et encore il y a beaucoup moins d’un siècle, le Japon a toujours manifesté des prétentions sur les îles philipinnes. Par ailleurs, il ne semble pas qu’il y ait eu au début du XVIIème siècle une véritable marine de guerre siamoise susceptible de mener une guerre navale sur mer, si l’on en croit du moins le Prince Damrong (8). La question reste posée ?

Le porteur de palanquin appartient désormais à la haute noblesse japonaise. C’est alors qu’il fait parvenir au sanctuaire de sa ville natale un ex-voto qui s’y trouve toujours et portant l’inscription « je vous remercie du fonds du cœur puisque les prières que je fis en ce temple ont été exaucées ».

 

ex voto


  • Le roi Songtham lui donne l’une de ses filles en mariage et le nomme en 1628 « djao », c’est à dire en réalité vice-roi, du turbulent royaume tributaire de Nakhon Sri thammarat, alors appelé « Ligor » par les Européens. Sa gloire se répand des Indes jusqu’au Japon.

Pour Kijima, son compatriote, sa gloire aurait été acquise en marchant contre une « arrogante armée espagnole qui voulait envahir le pays et lui infligea une défaite complète ». N’ayant jamais abandonné la foi de ses pères et conservant la nostalgie de son pays, Il organise son voyage de retour mais les événements le contraignent de se rendre dans son royaume de Ligor pour y réprimer une rébellion.

Accompagné de 300 de ses fidèles compagnons, Il y trouve une fin sans gloire victime probable de querelles de palais (blessures ? empoisonné ?) en 1633. Sa fille (ou son fils ?) Ayin, lève alors armée pour le venger, mais elle est défaite et elle (il) se réfugie au Japon. Une stèle qui n’est guère connue que des touristes japonais y rappelle son souvenir.

 

300px-Ayutaya japanese town


Toutes ces sources s’accordent toutefois à dire qu’il était haï des siamois et que son empoisonnement marqua le déclin de la présence japonaise au Siam pour de longues années.


Aymonier vaut d’être cité :


« Il n’y a pas lieu de s’étonner outre mesure de la présence de ces nombreux Japonais dans le royaume de Siam. Anglais et Hollandais emploieront des soldats Japonais dans plusieurs de leurs expéditions du XVIIème aux Indes orientales.

Et vers 1615, un fameux boucanier japonais, Yamada Nagamasa, se rendit à Siam, dit-on, à bord d’un navire étranger. Il commanda et dirigea l’armée de ce pays contre un état voisin, devint célèbre par ses victoires continuelles, fut nommé général en chef de l’armée siamoise puis régent et « vice-roi » ( ?). Il convia un grand nombre de ses compatriotes, des samouraïs sans emploi à venir au Siam où les soldats japonais étaient redoutés de tout le monde » (9).

Il ne faut pas s’étonner de l’emploi du mot « boucanier » : Yamada n’était en effet pas indifférent aux biens matériels, probablement un peu corsaire : Les Hollandais l’accusèrent, sans preuve formelle, d’avoir affrété une flotte de pirates aux environs de 1620 pour attaquer et piller leurs navires, ceux des Portugais et des Espagnols autour de l’île de Java et des Philippines ?

 

Redsealships


La flibuste japonaise est active à cette époque et la frontière est floue entre le commerce et la piraterie (10). Les pirates japonais partaient de la base japonaise de Pattani pour attaquer les navires venus de l’Inde, de la Chine ou du Japon. Il serait alors allé enfouir son trésor sur la côte est de l'Australie ? Il est  peu probable qu’il ait osé naviguer le long de cette côte hostile (où des épaves ont été inventoriées par centaines) située en dehors des routes commerciales avec obligation d’un très long voyage pour le récupérer. Ce trésor, 100 millions de dollars, se trouverait dans l’une des centaines d’îles du détroit de Torrès ? Une légende toujours vivace sur un site consacré aux trésors à retrouver mais attention, nous ne garantissons rien (11).

 

Son histoire a ou aurait inspiré la très belle nouvelle de Rudyard Kipling, «  l’homme qui voulut être roi. » Elle suscite en tous cas la même conclusion, « Ceux qu’il veut perdre, Jupiter les grandit ».


Et le film ?


Des bons, des méchants, un zeste d’amour et de bons sentiments. Un vrai western «  à la thaïe ». Des scènes de batailles bien montées et de l’hémoglobine à souhait. Nous aurions volontiers vu confier le rôle principal à Yul Brynner (qui avait du sang mongol) ou à John Wayne s’il avait eu les yeux bridés mais paix à leurs cendres. Nous pouvons vous résumer l’histoire, on en devine la fin dès le début.


Yamada vit au Siam à l’époque d’Ayutthaya. Il appartient à la troupe de mercenaires japonais et de soldats siamois qui assurent la protection du Roi Naresuan. Petite entorse à la vérité historique, ce sont en réalité ses successeurs que servit notre aventurier. A la suite d’une soirée de beuverie dans le village japonais, il est attaqué par des individus masqués, en réalité des japonais félons dirigés par Kaito le traître.  Il était sur le point d'être tué lorsque des Siamois viennent à son secours. Le maniement du sabre japonais ne résiste pas au « muay thaï ». Réfugié à Phitsanulok au domicile de la belle Champa, il est guéri par la médecine traditionnelle du moine Sorapong Chatree.

 

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Le sachant, Kaito veut le retrouver et l’éliminer puisqu’il se sait reconnu. Yamada que les Siamois appellent « visage blanc » (หน้า ขาว) ou « Yipoun » (ญี่ปุ่น) est protégé par le moine au sourire (évidemment) énigmatique qui lui enseigne l’art du « muay thaï » pendant qu’il enseigne aux Siamois l’art de forger et de manier les sabres japonais. Il se lie d’une amitié profonde avec le frère de Champa, Aikham, auquel il offre, en gage d’un lien indéfectible, son sabre de samouraï. Pour un Japonais, c’est un véritable échange du sang.

 

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Il est devenu citoyen d’Ayutthaya dans son cœur. « L’amour de la nation n’est pas réservé à ceux qui y sont nés, mais à tous ceux qui le portent dans leur cœur ». Après la séance du tatouage sacré, le sang d’Ayutthaya coule désormais dans ses veines. Il est alors admis dans le corps des gardes du roi. Ayant appris que 200 soldats birmans étaient entrés dans le pays pour assassiner le roi, celui-ci envoie dix de ses meilleurs combattants, Yamada en tête, pour les éliminer. A 1 contre 20, ils réussissent, animés par « l'amour du roi et l'amour de la nation ».


Avant de quitter le village pour retourner sur son île natale dont il conserve la nostalgie, et abandonner l’amour de la belle Champa (larmes), il veut se venger du méchant Kaito. Celui-ci qui ne désespère pas de le tuer, envoie contre lui 100 de ses hommes. Yamada et Aikham leur tiennent victorieusement tête (cette fois 1 contre 50). Kaito utilise alors traîtreusement (évidemment) une arme à feu dissimulée sous ses vêtements pour abattre Yamada. Aikham s’interpose et succombe au coup de feu. Resté seul face Kaito (dont les hommes ont précédemment tous été coupés en rondelles, éventrés, décapités ou étripés, les plus chanceux n’ont perdu qu’une jambe ou un bras), moment fort du film, Yamada lui tranche d’un habile coup de sabre le sommet de la boite crânienne.

 

 

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Happy end.

 Yamada restera au Siam, finira « gouverneur de Ligor », épousera – bien sûr - la belle Champa mais nous ne saurons jamais s’ils eurent beaucoup d’enfants. « Je n’y suis peut-être pas né mais c’est ici que mon âme y reposera ». Vous passerez 90 minutes sans vous ennuyer et vous n’aurez rien appris de l’histoire du Siam.

 

 

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Nota. « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » jusqu’ au règne de Naraï (1656-1688) ne parlent pas (ou si peu) de la présence étrangère au Siam. Or la première ambassade portugaise arrive au Siam en 1511, en 1598, un traité commercial est signé avec l’Espagne, en 1604, les Hollandais arrivent à Ayutthaya, puis viendront les Anglais, les Français et d’autres nations…


Il était temps pour nous d’étudier cette présence étrangère et du rôle qu’elle a joué dans le royaume d’Ayutthaya.

 

 

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Sources


(1) « Samurai of Ayutthaya: Yamada Nagamasa, Japanese Warrior and Merchant in Early 17th Century Siam »  Cesare Polenghi   (White Lotus, 2009  ISBN 978-974-480-147-0)

 

Polenghi


(2) « Narration of foreign travel of modern Japanese »  Capitaine J.M. James, 1888.


(3) « A story of Siam » par W.A.R.Wood à Londres, 1924.


(4) « Les aventures du japonais Yamada Nagamasa à Siam – 1615-1633 » extrait de l’ouvrage japonais « Kai-gai-i-den, histoire de voyages d’outre mer » à Tokyo en 1850 in « Excursions et reconnaissances », 1882.


(5) « Pages de l’histoire diplomatique du Japon » Kozo Kijima in « Revue de droit international et de législation comparée », 1917, tome IX n°1.


(6) « Les origines de l’armée japonaise » par le Colonel Lebon, Paris, 1898.

(7) Camille Pagé, « La coutellerie en Asie depuis l’origine jusqu’à nous jours, la fabrication ancienne et moderne » Paris, 1900


(8) Prince Damrong, « Histoire des bateaux de guerre siamois », traduite par Jean-Claude Brodbeck, in « Arts asiatiques » tome 34, 1978, pp 173-237.


(9) Aymonier, « Le Cambodge », volume III, page 767.


(10) « Histoire du commerce japonais » Georges Bonmarchand in « Politique étrangère » 1951 n° 2, p 145-166.


(11) http://orpaillage.blogspot.com/2009/04/australie-chercheur-de-tresors-marins.html

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