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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 23:02

01 carte titreLes Portugais au Siam au XVIIe siècle, d’après Madame Rita Bernades de Carvalho.*

Madame de Carvalho avait mis en titre :« 1590-1610.  Les efforts diplomatiques s’élargissent.".

 

Mais de quel élargissement Madame de Carvalho voulait-elle nous parler ?

 

 

  • Des efforts du roi Naresuan pour établir des contacts avec l’Espagne ? sans d’ailleurs évoquer la mission diplomatique espagnole de Don Tello de Aguirre qui devait aboutir au traité d’amitié et de commerce avec le Siam, en 1598.

 

03 Aguire

 

  • Des contacts diplomatiques entamés par son successeur le roi Ekathotsarot en 1607-1608  avec les Hollandais, désireux de « contrebalancer l’influence  portugaise » sachant « l’action des Portugais au Pegu (Birmanie) animée par Brito de Nicote**, un aventurier au parcours étonnant qui désirait contrôler les côtes birmanes de la mer de Bengale ».

 

04 Brito de Nicote

 

Effectivement le contexte international  a changé, et Madame de Carvalho se contente d’un « Etant donné l’inertie des autorités portugaises et l’importance grandissante de la présence hollandaise en Asie du Sud-est, le roi siamois … ». Non. Il ne s’agit pas d’inertie, mais de déclin portugais dont on peut donner les raisons. Il ne s’agit pas d’ « une présence plus importante » des Hollandais,  mais de décisions politiques et économiques  prises en fonction d’un contexte international, où en Europe s’affrontent les puissances européennes, avec ses guerres, ses alliances, ses victoires, ses défaites et surtout pour notre période (et notre sujet), la décision du roi Philippe II d’Espagne, maître du Portugal, de fermer les ports ibériques aux Hollandais.

 

05 felipe 2

 

(Cf. Le déclin de l’Empire portugais, in wikipédia en note ***)


Bref, si Madame de Carvalho évoque « timidement » la nouvelle donne, et la volonté siamoise de trouver des nouveaux partenaires qui commencent à se concrétiser avec l’ambassade thaïe partie d’Ayutthaya fin 1607, arrivée en Hollande en septembre 1608 pour repartir en janvier 1610  et être de retour  à Ayutthaya en 1611, on n’en connaîtra pas les résultats tangibles, et nous aurons qu’une conclusion « évasive » : « La réaction portugaise ne va pas tarder ».


6. 1610-1616. Réaction diplomatique portugaise contre les Hollandais.


En 1610, le vice-roi des Indes, ayant appris qu’une ambassade thaïe était partie aux Pays-Bas (1610-retour 1611),  envoie une ambassade au roi Ekathotsarot pour lui signifier que leur « amitié » implique que les Hollandais soient maintenus en dehors du Siam. On sait qu’elle fut reçue mais on ne connait même pas le nom de l’ambassadeur portugais, précise Madame de Carvalho.


On note ensuite une ambassade siamoise à Goa en mars 1615. Un témoignage du vice-roi nous dit que le roi Song Tham l’aurait informé de la chute de Syriam, de la mort de Philippe de Brito (1613) (Cf. wikipédia **), et lui aurait proposé de prendre le contrôle de la ville portuaire de Martaban (encore occupé par les Birmans).

 

06 Mrtaban

 

L’offre aurait pu être « attrayante », mais le vice-roi était aussi en pourparlers avec Ava et Arakan (des ennemis des Siamois). Il préféra accepter la proposition arakanaise (l’ouverture de Chattigong au commerce portugais)  et signa avec eux un traité en 1620.

On remarque que le roi du Siam essaye de ménager les Hollandais et les Portugais, alors que nous savons par les chroniques royales qu’il y avait déjà de nombreux mercenaires japonais (Cf. notre article 71 qui nous avait appris que le roi Songtham avait pris le pouvoir en (1611 ( ?) -1628)  après l’assassinat du roi Si Saowaphak, (1610 – 1611) (?), qu’il avait dû faire face à une révolte des Japonais, et que son seul fait d’armes avait été la découverte de l’empreinte du pied de Bouddha (sic).

 

07 mercenaires-japonais

 

Par contre les Chroniques ne disaient pas non plus  que Yamada Nagasama avait réorganisé son armée avec des centaines de Japonais, et que le roi Songtham lui avait donné l’une de ses filles en mariage et l’avait nommé en 1628 « djao », c’est à dire en réalité vice-roi, du turbulent royaume tributaire de Nakhon Sri thammarat, alors appelé « Ligor » par les Européens. (Cf. notre article 73)


Le roi Songtham sait que les Hollandais sont à Pattani depuis 1602, qu’en 1604, ils avaient été reçus par Naresuan, que le roi Ekatthosarot avait envoyé une ambassade à la Haye en 1608. Il est très bien informé sue cette force montante et il leur accordé l’autorisation de fonder un comptoir à Ayutthaya en1613 et il  signera d’ailleurs un traité avec eux en 1617.Il apprendra qu’en 1619, ils ont triomphé du sultan de Bentam, pourtant soutenu par les Anglais et qu’ils se sont installés à Jacatra (Batavia).

Le roi Songtham a également reçu une ambassade anglaise le 17 septembre 1612avec une lettre du roi James et leur a accordé l’autorisation de pouvoir fonder un comptoir à Ayutthaya et à  Pattani.

Et dire que « Les chroniques royales d’Ayutthaya » ne relate aucun de ses événements !


1616. Ambassade du frère Francisco da Annunciaçiao.


Ensuite Madame de Carvalho va décrire avec force détails l’ambassade du frère Francisco da Annunciaçiao. C’était un homme d’expérience qui avait déjà effectué une ambassade à Chiengmaï ( !), été commissaire du Saint Office à Syriam en 1604, représenté l’Estado da India à Taungu en 1609. Bref, il part le 3 mai 1616  avec les ambassadeurs siamois qui étaient arrivés à Goa en mars 1615. Pour une fois nous aurons un tableau (A1) où sont exposées clairement les propositions portugaises et les réponses du roi du Siam.

La 1ère proposition du vice-roi des Indes concerne l’amitié entre les deux pays. Le roi Songtham lui rétorque qu’il devra « choisir » entre lui et Ava et qu’à cet effet, il enverra une ambassade avec le capitaine Christovao Rebello. (Il est cocasse de remarquer la confiance que le roi Songtham accorde à un Portugais pour « surveiller » l’ambassade.)

Madame de Carvalho nous en donnera l’explication plus loin, puisque on apprendra que Christovao Rebello avait été anobli par le roi avec le titre de Oya som som grama, en récompense de la prise de Tenasserin contre Ava. Il sera de plus de l’ambassade siamoise de novembre 1516 pour Lisbonne. (p. 100)

La 2ème proposition est de former une armée conjointe par terre et mer pour prendre Martaban. La 3ème est d’inciter les Thaïs à commercer davantage avec Malacca. Le roi donne son accord en rappelant que si les Portugais sont exempts de taxe au Siam, ils doivent les payer avec les pays vassaux siamois. La 4ème concerne l’héritage d’un défunt espagnol ou portugais. La réponse du roi est claire. Le roi délègue cette question au capitaine du Bandel. (concession portugaise à Ayutthaya). Enfin le vice-roi demande que les Hollandais soient chassés. Il reçoit une fin de non-recevoir.

Une mission siamoise avec le capitaine Christovao Rebello repartira en novembre 1616, avec le  frère Francisco da Annunciaçiao, pour Lisbonne. Aucune source, dit Madame de Carvalho confirme la suite de cette mission.


7. Des ambassades suite aux incidents politiques. (1624-1630).


« En 1624, le capitaine d’un galion espagnol

 

08 galion

 

D. Fernando Da Silva, effectue une action semi-pirate : il capture un vaisseau hollandais, le Cleen Zeelandt, dans le fleuve Chao Prahya ». Suite au refus du capitaine de restituer le navire, le roi Songtham ordonne à cinq, six galions avec équipage mixte (Thaïs et Japonais) d’attaquer le galion espagnol. D. Fernando Da Silva est tué avec 150 Espagnols, les autres sont prisonniers. Le roi prend aussi la marchandise  d’une grande valeur (env. un demi-million de ducas).


Les autorités espagnoles informées, préparent une ambassade qui part de Macao en décembre 1625, pour arriver en mars 1626 à Manille et plus tard au Siam avec Pero Morejon (pas de date donnée). Elle a pour objectifs de faire libérer les prisonniers espagnols et de récupérer la marchandise (et d’installer une mission jésuite ?). Si le roi libère les prisonniers, il ne restitue que 10 00 ducats de compensation.


En décembre 1627, Manille décide une expédition punitive avec deux gallions commandés par Juan de Alcarz (ou Alcarazo). Ils attaquent dans le Chao Praya une jonque royale et une jonque japonaise

 

09 jonque japonaise

 

et en avril 1628 deux autres bateaux près de Pulau Tioman, font des prisonniers siamois que l’expédition ramène à Manille. Au début 1629, une autre ambassade « explicative »  du  gouverneur Nino de Tavora   est envoyée au Siam avec les captifs siamois Mais elle arrive en pleine succession, le roi Songtham est mort en décembre 1628. Madame de  Carvalho affirme que cette mission n’apporta pas grand-chose du fait que le nouveau roi Phrasat Thong (1629-1656) avait choisi la carte hollandaise.

Madame De Carvalho indique que les Portugais  commerçants et séjournant  au Siam durent subir de nombreuses  représailles, mais sans donner d’exemples.


8. Les années 1630-1640 : éloignement et rapprochement diplomatique.


Du fait de la position prise par Phrasat Tong en faveur des Hollandais, on observera à partir de 1635-36  des tentatives de réconciliation entre le Portugal et le Siam.

Toutefois Madame de Carvalho exprime des doutes sur la première ambassade de 1633 envoyée depuis Malacca et menée par  Sebastiao Matos d’Avila. Elle penche sur une initiative privée de commerçants de Malacca désirant faire libérer des marchands portugais de Macao captifs depuis 1630. Mais une fois de plus, on n’apprendra rien d’autre.


Par contre en septembre 1636, Prasat Thong prend l’initiative d’une ambassade pour  renouer des relations commerciales avec Malacca, Macao et Manille, pour limiter l’influence hollandaise.


Il aurait libéré des Espagnols capturés à Ligor en 1634, des Portugais capturés à Tenasserim en 1635. (Dans quelles circonstances ?). Mais ensuite, Madame de Carvalho évoque des tentatives en 1639 et 1640, pour mieux reconnaître que l’on en sait peu de choses. Une mission siamoise fin 1640 à Malacca déjà assiégée par les Hollandais ! « Un individu portugais » (on est dans la  précision ! ) à Macao avec le capitaine général D. Sebastiao Lobo, qui envoie au Siam Francisco de Aguiar  Evangelho au Siam pour le commerce et l’envoi d’un religieux !

 

10 de aguiar


Bref, on ne peut pas dire que nous avons avancé dans la compréhension de cette situation diplomatique.


9. 1646. L’ambassade de Francisco Cutrim de Margalhaes.


Madame de Carvalho aurait dû rappeler ici le nouveau contexte international qui donne sens à cette ambassade. En effet, les Hollandais ont chassés en 1641 les Portugais de Malacca et ont commencé à établir leur domination sur les mers de l'Asie du sud-est.

L’ambassade de Francisco Cutrim de Margalhaes au Siam en 1646 va s’effectuer dans le cadre d’une vaste offensive diplomatique décidée par la couronne portugaise en direction des royaumes du Sud-Est asiatique (Siam, Matarban, Macassar, Achem, Pegu) et du Coromandel (Golconde), afin d’obtenir l’expulsion des Hollandais des ports asiatiques. Un objectif, dit Madame de Carvalho, qui serait commun avec celui des Siamois.


Francisco Cutrim de Margalhaes est présenté comme un homme d’expérience, un marchand des côtes du Coromandel, qui aurait été prisonnier à Tenasserim lors d’une escale. Il sait qu’il doit être capable d’évaluer le sentiment du roi siamois Phrasat Thong à l’égard des Hollandais.

Les Portugais, comme les autres étrangers ont été expulsés du Japon en 1639. Seuls les Hollandais ont pu conserver l’autorisation d’accoster à Nagasaki et y amène de nombreux produits siamois. On peut essayer de deviner la stratégie de Margalhaes, surtout que Madame de Carvalho confirme que nous ne savons pas comment s’est passée l’audience royale.


Francisco Cutrim de Margalhaes a dû tout faire pour jeter le discrédit sur les Hollandais ( La mainmise sur le commerce du Siam, sur les devises japonaises, rappel de défaites de la VOC au Cambodge et en Cochinchine ( ?)) et proposer à Phrasat Thong de prendre en charge ce commerce avec leurs bateaux  pour leurs intérêts mutuels. Si Madame Flores, rappelle Madame de Carvalho, juge cette ambassade positive, les Hollandais ne furent ni expulser du Siam, ni de Nagasaki. Et il semble qu’il n’y eut plus de relations diplomatiques jusqu’à l’ambassade de PeroVaz de Siqueira en 1684.


10. 1684. L’ambassade de Pero Vaz de Siqueira.

 

11 Embaixada ao Sião-IPOR


La dernière ambassade datait de 38  ans. Depuis, Phrasat Thong était mort en 1656, deux rois en deux ans avaient été exécutés et le roi Naraï régnait depuis 27 ans.


Madame de Carvalho bien que signalant que le roi Naraî a ouvert son pays aux étrangers et que le nouveau gouvernement « ne cache pas  sa sympathie pour les Français », ne dit rien sur les nouveaux rapports de force au sein du royaume depuis que le grec Phaulkon est le barcalon, le numéro deux du pays, en charge du commerce et de la politique internationale, depuis 1683. (Cf. Nos nombreux articles sur le sujet).


On sait que Phaulkon a pu convaincre Naraï d’écarter les Hollandais, rassurer les Anglais (en 1683, l’ancien chef de comptoir anglais Barnaby est nommé gouverneur de Mergui auquel succède en 1685 un autre anglais Samuel White), et  de s’allier aux Français. Une ambassade siamoise était déjà partie fin décembre 1680 en France. Sans nouvelle (l’ambassade avait fait naufrage) Naraï en avait envoyé une autre en 1684. En 1684, l’East India Compagnie s’était retiré du Siam après l’incendie de son comptoir. La première ambassade française de Louis XIV  est reçue par le roi Naraï le 18 octobre 1685. Elle repart le 22 décembre 1685. La deuxième arrive en 1687….


Bref, Madame de Carvalho ne semble pas voir que le Portugal n’a plus aucune influence quand l’ambassade de Pero Vaz de Siqueira arrive au Siam en 1684. Et elle exagère quelque peu quand elle estime que cette ambassade : « fait preuve d’une ouverture diplomatique entre le Portugal et le Siam sans précédent depuis 40 ans. Le succès de cette mission de grand investissement fut considérable pour les autorités portugaises. »


Quelles sont les éléments de ce jugement si positif ?


Certes, on a cette fois-ci  les instructions données par le vice-roi à de Siqueira, à savoir :

-          Apprendre aux autorités thaïes l’importance du monarque portugais le Prince D. Pedro

 

12 don pedro

 

et confirmer l’amitié entre les deux pays ;

-          Exiger l’expulsion des missionnaires et évêques français du Siam. Au cas où l’ambassadeur estimerait cela impossible, il devrait au moins réclamer aux autorités siamoises d’interdire aux missionnaires français de  « maltraiter » les prêtres portugais ;

-          Obtenir la permission pour les marchands portugais de commercer dans les ports siamois selon les droits qu’ils payaient auparavant. Au cas où le roi Narai désirerait envoyer plus de  bateaux à Macao, l’ambassadeur ne devrait autoriser qu’un seul par an, dont la cargaison principale serait du riz ;

-          Suspendre du Siam Amador Coelho « qui oubliant son sang portugais se comporte comme un Français » ;

-          S’informer sur la situation au Cambodge. En cas de guerre, Siqueira ne devrait pas y aller ; autrement il devrait y aller comme ambassadeur sur ordre de D. Pedro.

Ensuite Madame de Carvalho évoque l‘attente de l’audience royale de Siqueira au bandel des Portugais, l’audience et le rituel royal au palais de Louvo, le banquet, la chasse à l’éléphant,  la discussion ensuite avec le Phra klang qui demande la nomination d’un nouveau capitaine du bandel, (le capitaine de Pina étant accusé d’un crime. Deux religieux seront nommés),et le départ de Pero Vaz de Siqueira  le 24 juin 1684.


Et Madame de Carvalho de conclure : « L’ambassade de Pero Vaz de Siqueira  fait preuve d’une ouverture diplomatique entre le Portugal et le Siam sans précédent depuis quarante ans ». « Le roi Naraï s’est montré favorable à l’ambassade Pero Vaz ».


En quoi ?


Certes, dit-elle, le roi Naraî enverra une ambassade pour Lisbonne, mais le bateau fit naufrage au large du cap de Bonne Espérance, et  il semble que l’ambassade fut sauvée ainsi que le père  Souza et put retourner au Siam. (Une note dit que les ambassadeurs thaïs seraient décédés). Mais pour le moins, elle n’eut aucune influence sur la politique lusopho-siamoise. Madame de  Carvalho ne donne aucune information sur les résultats obtenus. Elle ne nous dit même pas qui était cet  Amador Coelho. (Il avait été nommé gouverneur de Phitsalunok par le roi Narai en 1675) ****


Ainsi s’achève la relation de Madame de Carvalho sur les échanges « diplomatiques » entre le Siam et le Portugal aux XVIe et XVIIe siècles. Elle abordera ensuite « L’établissement portugais à Ayutthaya ».


Madame  Carvalho aurait pu mentionner la prise de pouvoir par Pethracha en 1688 après la mort du roi Narai, avec la fuite des Français, l’expulsion des  étrangers, l’interruption des relations avec les puissances occidentales, pour un retour en force des Chinois …

                                                 ______________________________

 

En guise de conclusion :

 

Nous avions le sentiment après la lecture de cette étude de Madame Rita Bernades de Carvalho intitulé « La présence portugaise à Ayutthaya (Siam) aux XVIe et XVIIe siècles » que si effectivement le Portugal avait, après la prise de Malacca en 1511, redistribuer les cartes dans la région au niveau commercial et diplomatique,« la région n’était pas d’un intérêt majeur ni politiquement ni économiquement », comme le dit José Vicente Serrão, (Sous-Directeur Général de l’Institut des Archives Nationales du Portugal*****),

 

13 jose vicente.serrao

 

même si, précise-t-il, les autorités portugaises de Malacca avaient « besoin d’assurer le ravitaillement de Malacca, et à l’exception aussi de contacts officiels sporadiques avec d’autres états, toute la région était, pour les Portugais, une région d’actuation privilégiée de marchands, de mercenaires et de missionnaires, qui agissaient surtout à titre particulier ».


Le récit des ambassades est plutôt laconique. L’essentiel s’était joué ailleurs avec les  « pirates », les mercenaires, les commerçants privés. On pense aux aventures de  Fernao Mendes Pinto (1509-1583), trafiquant, naufragé, pirate, mercenaire, ambassadeur … ,

 

 

14 fernaomendespinto quadra


à Philippe de Brito, garçon de cabine, commerçant de sel, lieutenant de roi, gouverneur de  Syriam, nommé « Général des conquêtes de Pégou » par la cour portugaise… , à Christovao Rebello anobli par le roi Songtham avec le titre de Oya som som grama, en récompense de la prise de Tenasserin contre Ava, ambassadeur pour les Siamois à l’ambassade siamoise de novembre 1616 pour Lisbonne … , à  Amador Coelho nommé gouverneur de Phitsalunok par le roi Narai en 1675 … etc. Et combien d’autres !


Les rois du Siam (et leur « ennemi » les Birmans) avaient su voir le bénéfice qu’ils pouvaient retirer de ce nouveau « commerce » de marchandises, d’armes, de guerriers, et su remarquer la qualité exceptionnelle de certains pour leur confier des hautes responsabilités.


On découvrait aussi que l’activité politique des rois d’Ayutthaya  aux XVIe et XVIIe  siècles ne se réduisait pas à ce que pouvaient en dire les chroniques royales. Mais il était difficile encore de mesurer ce qui s'était vraiment joué au vu des sources limitées, parcellaires et parfois contradictoires. (Cf. par exemple l’ambassade de 1518 qui n’est pas la même que celle évoquée par Michel Jacq-Herglouac’h). Les pirates et les mercenaires écrivent peu. Et les « aventuriers» portugais étaient très entreprenants, et souvent plus efficaces, plus « présents »  que leurs représentants officiels. Que d’histoires encore à découvrir, à écrire.


Mais au début du XVIIème siècle le rôle du Portugal va s’estomper dans  la région avec l’arrivée des Espagnols, des Hollandais et des Anglais. Les rois du Siam vont devoir composer avec ces nouvelles puissances, et tenter de les intégrer dans leur jeu commercial et politique. « Notre » histoire se poursuivait.

                   15empire portos                                             ____________________________

 

 

 

 

Nous ajoutons en note une introduction historique très intéressante de José Vicente Serrão, Sous-Directeur Général de l’Institut des Archives Nationales du Portugal /Torre do Tombo in La contribution des sources portugaises à l’Histoire de l’Asie. *****

 

 


 

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*Ecole pratique des hautes études, IV ème section, sciences historiques et philologiques, Mémoire de Master de sciences historiques, philologiques et religieuses, mention « Etudes européennes, méditerranéennes et asiatiques », spécialité « Etudes asiatiques », sous la direction de Mme le professeur Dejanirah Silva-Couto, maître conférence, Paris, 2006. http://www.cham.fcsh.unl.pt/ext/files/varia/tese_ritacarvalho.pdf


**Philippe de Brito e Nicote (mort en avril 1613) était un aventurier et mercenaire portugais au service des Birmans. Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_de_Brito


« Philippe de Brito voyagea d'abord en Asie du Sud-Est (comme garçon de cabine, selon certains) avant de s'installer dans l'Île de Sandwip et y faire le commerce du sel. Les relations de cette île avec le royaume d'Arakan lui permirent de devenir l'un des lieutenants mercenaires du roi Xilimixa (Salim Shah, en birman : Min Raza Gyi, Man:Raja-kri ou Mengradzagyi). Celui-ci pilla Pégou en 1599 et Brito fut nommé l'année suivante gouverneur de Syriam (aujourd'hui Thanlyin, en Basse-Birmanie), en face de Rangoon, où il édifia une forteresse. Il comptait ainsi percevoir des douanes sur tous les navires entrant dans le royaume, au nom du roi du Portugal (et d'Espagne), et se rendit l'année suivante à Goa pour obtenir de l'aide et la reconnaissance de son office. Il revint en Birmanie en 1602, nommé « Commandant de Syriam » et « Général des conquêtes de Pégou » par la cour portugaise …La suite : Cf. http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_de_Brito


*** Le déclin de l’Empire portugais . Cf. Wikipédia http://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_colonial_portugais


Le déclin de l'empire colonial portugais se révèle inévitable, compte tenu des limites démographiques (un million d'habitants), géographique et économiques de la métropole par rapport à l'étendue de son empire. Les richesses coloniales sont partiellement utilisées pour des constructions de prestige et non investies dans le modernisation des structures économiques du Portugal. La métropole accentue sa confortable dépendance envers les colonies, l'acquisition facile de richesses pervertit les mentalités.


Le 4 août 1578, le jeune roi Sébastien Ier,

 

16.Sebastian of Portugal-ret

 

qui avait gagné le Maroc à la tête d'une armée de 17 000 hommes, disparaît au cours de la bataille des Trois Rois. Avec cette lourde défaite, le Portugal perd « sa noblesse, son armée, son indépendance et sa position mondiale ».


De 1580 à 1640, le Portugal, gouverné par les Habsbourg d'Espagne, est réuni à la Monarchie catholique dans l'Union ibérique, et les Hollandais, nouvellement indépendants de l'Espagne, ainsi que les Anglais, ennemis traditionnels des souverains espagnols, en profitent pour s'emparer de nombreux comptoirs et colonies portugais. Ceylan, Malacca, Ormuz et Cochin sont perdues en moins de cinquante ans. En 1602, les Hollandais fondent la Vereenigde Oostindische Compagnie (Compagnie hollandaise des Indes orientales) ou VOC. Celle-ci s'empare d'Ambon en 1605, qui devient son siège. Les Portugais sont définitivement expulsés des Moluques en 1636, et se rabattent sur Timor. En 1641, les Hollandais de la VOC prennent Malacca et lancent une série d'attaques sur Macao.


À Ceylan, les Portugais, qui ont conquis presque toute l'île, se heurtent à la résistance du royaume de Kandy. De 1593 à 1638, ils tentent de faire tomber le royaume et brûlent et pillent cinq fois Kandy, mais leurs troupes finissent toujours par se faire massacrer. Le roi de Kandy s'allie aux Hollandais pour rejeter les Portugais et, en 1659, Jaffna, la dernière place forte de ces derniers, tombe aux mains des Hollandais. Comme les Portugais, ils s'installent sur l'île pour environ cent cinquante ans.


Au moment de l'expulsion des Habsbourg d'Espagne et de l'arrive de Jean IV de Portugal sur le trône, en 1640,

 

17 jean IV

 

le Portugal possède encore en Inde les trois territoires de Goa, Diu et Daman, la richissime « Province du Nord » de l'État portugais des Indes2, et les établissements vice-royaux du Coromandel (São Tomé de Meliapore, Pippli, Hugli, etc.)Note 2. Partout ailleurs dans l'océan Indien, le dispositif des Portugais doit être réorganisé. Dans le golfe persique, les Portugais expulsés d'Ormuz se rabattent sur Mascate et ses dépendances. En Afrique de l'Est, l'Estado da India, qui a reculé au Nord de la côte swahilie, sécurise définitivement ses positions du Mozambique. En Extrême-Orient, les activités autrefois dévolues à Malacca sont à présent déviées vers Timor et Macao. Mais surtout, le Portugais décident de concentrer leurs forces sur le Brésil, d'où ils expulsent les Hollandais, et dont ils étendent le territoire largement au-delà des frontières fixées par le traité de Tordesillas, avec les expéditions des Bandeirantes. La position internationale du Portugal est alors stabilisée pour plus de cent-cinquante ans, et l'Empire devient à nouveau une source de profits substantiels.

 

****  le Portugais Amador de Coelho était gouverneur de Phitsalunok.

 

« En 1675, le gouverneur de Phitsanulok, par où certains produits précieux, tels la gomme-laque ou le benjoin, descendent du Laos, est le Portugais Amador de Coelho! »

  Cf Yoneo Ishii (ed.), The Junk Trade from Southeast Asia. Translations from the Tôsen Fusetsu-gaki (1674-1723), Singapour, Institute of Southeast Asian Studies (Data PaperSeries: Sources for the Economic History of Southeast Asia, n° 6), 1998, 283 p.


*****José Vicente Serrão, Sous-Directeur Général de l’Institut des Archives Nationales du Portugal /Torre do Tombo in La contribution des sources portugaises à l’Histoire de l’Asie, dit que les Archives nationales (La Torre do Tombo) est une archive qui existe depuis sept cents ans (…) Il y a soixante-dix kilomètres de documentation, ce qui correspond à des millions de documents qui datent d’une période qui va du neuvième au vingtième siècle.


Il nous donne aussi une petite  introduction historique dans laquelle on peut repérer :


Ce point de vue nous montre le Portugal, au début du seizième siècle, non seulement comme un petit royaume du continent européen, mais aussi comme le siège d’un Empire assez vaste, à la dimension trans-océanique.


Tout le seizième siècle a été une période de consolidation de cet Empire-là, dont le point d’encrage était en Orient. Les lieux principaux, tous les trois conquis par Albuquerque, étaient, d’une part, Goa, sur la côte occidentale de l’Inde (depuis quinze cents dix), d’autre part, Malacca, sur la côte malaise, en face de Sumatra (depuis quinze cents onze) et, finalement, Ormuz, au Golfe Perse. Du reste, les Portugais avaient une présence significative dans tout l’Orient : dans la côte orientale de l’Inde, au Sri Lanka, au Siam, ici, en Indochine, aux Moluques, à Macao, au Japon...


Dans tout cet ensemble, Goa était le territoire politiquement le plus important – c’était le siège du gouvernement outre marin de l’Orient – le Estado da Índia – confié à un Vice-Roi.

L’empire Portugais de l’époque avait quand même des traits assez singuliers, dont il faut en parler. Au contraire des empires classiques, et même d’autres empires de l’époque, l’empire Portugais ne reposait pas sur des domaines territoriaux. Il reposait sur des routes et des réseaux maritimes et commerciaux, avec des points d’appui sur terre. En plus, il faut ajouter une notoire supériorité navale et un grand penchant pour l’établissement de rapports avec des peuples et des états différents et pour le croisement et la négociation de leurs intérêts.


Il faut aussi détacher une autre caractéristique de la présence portugaise en Asie: il s’agit de sa fluidité et de sa multiplicité. La centralisation politique était réduite au minimum et, en effet, on doit parler de trois différents réseaux : le réseau officiel (sous le commandement de Goa et de Lisbonne), le réseau privé (formé par des marchands, des mercenaires et des aventuriers) et le réseau des missionnaires. Leurs intérêts, leurs objectifs et leurs aires d’influence n’étaient pas souvent les mêmes.


Cela vient bien à propos de la région qui occupe maintenant le centre d’intérêt de notre Projet, ce qui veut dire, le Cambodge, et aussi toute la péninsule de l’Indochine, la Malaisie et le Siam. En effet, il s’agit d’une des régions les plus marginales du point de vue de l’intérêt officiel Portugais. Pour les objectifs stratégiques de la couronne Portugaise, la région n’était pas d’un intérêt majeur ni politiquement ni économiquement. Les opportunités pour un commerce à la grande échelle étaient très petites parce que les routes principales de ce commerce ne passaient pas par-là. Même sous le point de vue religieux, n’y ayant pas là des états islamisés, les contradictions n’étaient pas remarquables.


Comme je l’ai déjà dit, l’empire Portugais de l’Orient était surtout un Empire commercial et maritime. Par contre, les états de cette région se fondaient sur les intérêts de l’aristocratie foncière et ceux d’une bureaucratie de l’administration de l’État. Les intérêts des marchands ne comptaient pas trop. Ces états-là étaient des états essentiellement continentaux et fonciers, qui ne songeaient pas à l’expansion commerciale ni au contrôle de la mer. Alors, les intérêts des parties ne se croisaient que très rarement ni se choquaient que très rarement aussi. Il n’y avait qu’un ensemble de respect mutuel, de beaucoup de curiosité, un peu de méfiance, une indifférence relative. Mais, surtout, pas de guerre et pas de commerce.


Aussi, et à l’exception du royaume du Siam, avec lequel les autorités portugaises traitaient régulièrement, vu le besoin d’assurer le ravitaillement de Malacca, et à l’exception aussi de contacts officiels sporadiques avec d’autres états, toute la région était, pour les Portugais, une région d’actuation privilégiée de marchands, de mercenaires et de missionnaires, qui agissaient surtout à titre particulier.


Le cas du Cambodge est très éclairant à ce respect. Bien que les Portugais fussent les premiers à divulguer en Europe l’existence de ce royaume, tout au début du seizième siècle , et bien qu’ils existent plusieurs documents qui en parlent, on peut dire que la présence effective des Portugais au Cambodge a été relativement tardive (elle est de la deuxième moitié du seizième) et a été marquée par une allure essentiellement privée. Des contacts officiels ont été établis, bien sûr, mais ils ont été peu nombreux et discontinus. Les individus Portugais les plus remarquables dans ce pays ont été le Frère Gaspar da Cruz, qui aura été le premier missionnaire à visiter le Cambodge, en 1555-6 , le Père Silvestre de Azevedo, un autre missionnaire qui a écrit en langue khmer un ouvrage intitulé Les mystères de la foi chrétienne, et Diogo Veloso, un mercenaire qui vers quinze cents quatre-vingt, se mêla dans les conflits politiques internes, commanda même la Garde royale, gouverna une province et mourra en quinze cents quatre-vingt-dix-neuf près de Phnom Penh.

 


 

 finale

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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