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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 23:01

titreAu début du XVIIème siècle allait venir le temps des Hollandais et des Anglais au Siam.

Nous avions vu arriver les Portugais au Siam en 1511, noté leurs relations officielles avec Ayutthaya, sans pouvoir réellement évaluer le commerce échangé, tant les « privés » et les pirates sévissaient. Nous avions signalé un traité commercial en 1598 avec les Espagnols, à l’initiative du roi Naresuan, qui  leur accordait des privilèges fiscaux consécutif à des échanges commerciaux antérieurs avec les Philippines, bien que « le Siam n’avait intéressé ni les autorités de Manille ni celles de Madrid ».


Les deux premiers navires hollandais, arrivent à Pattani le 7 novembre 1601.


navites hollandais 1

 

En mai 1604, l’ambassadeur du roi Naresuan rencontre les Hollandais à Pattani, et le 9 juin 1604, la 1ère ambassade hollandaise est envoyée à Ayutthaya. Huit ans plus tard, le 23 juin 1612, le premier navire anglais, « Le Globe » arrive à Pattani et  la 1ère audience royale avec les Anglais a lieu  à Ayutthaya le 17 septembre 1612, avec le roi Songtham (1611-1628).

Que s’était-il passé entre ses dates, entre 1511 et 1601. Pourquoi les Hollandais et les Anglais n’étaient arrivés en Asie du Sud-Est et au Siam presque un siècle plus tard.

On se doute que cela est dû à la situation européenne et aux conséquences de la situation ibérique de cette époque. Le soulèvement général des Provinces-Unies contre l'Espagne (1572), le passage du Portugal sous la domination espagnole (1581-1640) ferment aux marins hollandais leurs ports d'approvisionnement traditionnels (Cadix, Lisbonne).


Plan du port de Cadix 3


Michel Jacq-Hergoualc’h, in  « L’Europe et le Siam du XVIe au XVIIIe siècle, Apports culturels »*, que nous suivrons, nous confirme que le  roi Philippe II d’Espagne qui s’était rendu maître du Portugal en 1580, avait décidé en 1585 d’interdire les ports ibériques aux commandants hollandais.

Les Hollandais, qui n’étaient que « commissionnaires » et se contentaient d’acheter les productions  des « Indes » pour les revendre à l’Europe, n’eurent d’autre choix que d’aller les acheter sur place. Nul ne pouvait prévoir qu’un demi-siècle plus tard, en constituant les deux Compagnies des Indes orientales (1602) et des Indes occidentales (1621), ils fonderaient un Empire colonial arraché pour l'essentiel aux Ibériques. (Cf. le bon résumé de Larousse**)

 

Il faut comprendre que désormais  une autre méthode de commerce et de colonisation est instituée : la compagnie à charte.

Ces compagnies ont obtenu de l'État, pour une zone géographiquement délimitée, un privilège, c'est-à-dire le monopole du commerce avec des faveurs douanières particulières. Elles possèdent un droit de souveraineté sur les territoires qui leur sont octroyés, ce qui leur permet d'entretenir des armées, de rendre justice et de battre monnaie. En contrepartie, ces compagnies ont l'obligation d'organiser les liaisons entre la métropole et les terres qui leur sont confiées, d'y assurer le peuplement, et, le cas échéant, l'évangélisation. (Encyclopédie Universalis)***

Vient donc le temps des grandes compagnies :

·         « La Compagnie anglaise des Indes orientales obtient, en 1600 et pour quinze ans, le monopole du commerce aux Indes orientales et la pleine propriété des territoires qu'elle pourrait acquérir. ****


compagnie anglaise des indes


  • En 1602 est créée la Compagnie hollandaise des Indes orientales (la célèbre VOC) qui constitue comme le « modèle » de ces compagnies coloniales. Elle a le monopole du trafic et de la navigation entre le cap de Bonne-Espérance et le détroit de Magellan. Son objectif est commercial, mais elle a aussi des responsabilités coloniales puisqu'elle peut, au nom de l'État, passer « des contrats dans les Indes avec les naturels du pays. »

 

voc

Revenons à notre histoire.


Michel Jacq-Hergoualc’h, note que de nombreux Hollandais avaient servi les Portugais, et avaient pu de fait, informer les futurs armateurs hollandais, sur les forces et faiblesses des positions portugaises et les  centres de commerce (Il cite un récit de 1592 de Huygen van Linschoten).

 

 

  Linschoten

 

La Compagnie van Verre fut créée par des marchands d’Amsterdam en 1595, d’autres tentèrent l’aventure avec plus ou moins de succès. « On  a pu estimer que jusqu’en 1601, quatorze voyages financés par quelques sept compagnies, furent réalisés vers ces contrées. » (Il cite Smith George Vinal). 

L’une de ses flottes, composée de deux navires hollandais commandés par l’amiral Jacob van Neck,

 

Jacob Cornelisz van Neck 1564

 

échouant dans les îles de l’archipel indonésien, tentent leur chance à Pattani. Ils y arrivent le 7 novembre 1601. Ils obtiennent au bout de 3 jours un accord commercial et l’autorisation de construire un comptoir, par la reine de Pattani, tributaire des Siamois. Un an plus tard - deux autres vaisseaux ayant accostés - 26 hollandais travaillaient à la construction de nouveaux entrepôts et de quartiers d’habitations.

Nous avons vu que dès 1595, le roi Naresuan essayait d’élargir ses bases commerciales.

Il avait envoyé le frère Da Motta comme son ambassadeur en 1595, à Malacca ; il avait échangé des contacts diplomatiques avec les Espagnols à Manilla, qui aboutiront à la signature d’un traité de commerce en 1598. On peut comprendre que le roi Naresuan ait envoyé un ambassadeur à Pattani en mai 1604. (ou on peut s’étonner que les Hollandais n’aient pas pris l’initiative, c’est selon) ; le roi proposait à l’amiral hollandais van Warwijck de se joindre à son ambassade qui allait partir pour la Chine. En attendant de saisir cette opportunité, l’amiral envoya le 9 juin 1604, la première ambassade hollandaise menée par Specx et Heijn à Ayutthaya.

Mais cette mission vers la Chine rencontra bien des retards et ne se fera jamais avec les Hollandais. En effet, en  janvier 1606 ( !) Specx et Heijn informait l’amiral, que du fait de la guerre contre les Birmans en 1605, le roi Naresuan avait reporté l’ambassade en 1606, mais qu’il est décédé ensuite. Que le nouveau roi Ekathotsarot n’allait pas tarder, comme il est d’usage d’en envoyer une. Finalement l’amiral y renonça, l’estimant trop onéreuse.  On peut remarquer que jusque-là, nous n’avons encore rien appris sur le commerce pratiqué. 


La rivalité portugo- hollandaise.


On peut se douter que l’arrivée des Hollandais à Ayutthaya n’a pas été très bien vue par les Portugais qui  depuis presque un siècle avaient été pratiquement les seuls commerçants occidentaux à Ayutthaya, et les Hollandais étaient à leurs yeux des « hérétiques ».

Le roi Ekathotsarot  ne va pas calmer le  jeu, mais il doit ménager les Hollandais et les Portugais. Aussi  envoie-t-il en 1607, une ambassade sur Goa et une vers la Hollande. (Cf. notre article 79). Mais les communications sont longues. L’ambassade thaïe partie d’Ayutthaya fin 1607, arrivera en Hollande en septembre 1608 pour repartir en janvier 1610  et être de retour  à Ayutthaya en 1611 et apporter la réponse à un autre roi siamois. En 1610, le vice-roi des Indes,

 

ice roi des indes

 

ayant appris qu’une ambassade thaïe était partie aux Pays-Bas,  envoie une ambassade au roi Ekathotsarot pour lui signifier que leur « amitié » implique que les Hollandais soient maintenus en dehors du Siam.

Entre temps, en 1608, les Hollandais avaient installé un résident permanent. Le comptoir fut agrandi en 1612, inauguré officiellement en 1613 par Brouwer, le nouveau directeur du commerce du Japon. « Outre Pattani, et Ayutthaya, des succursales furent ouvertes au Queda (Kedah), à Junkceylon ( Phuket), à Ligor (Nakhonsrithammarat) et à Singora (Songkhla), surtout pour le commerce de l’étain ». (Michel Jacq-Hergoualc’h citant Blankwaard).


La rivalité portugo- hollandaise tournait à l’avantage des Hollandais qui savaient répondre aux désirs du  nouveau roi Song Tham (1610-1628).

« Des charpentiers de navires, des menuisiers en bâtiments, des émailleurs et d’autres artisans hollandais entrèrent au service du roi », des canons avaient été offerts. En 1620, « Le gouverneur-général Jan Pieterszon Coen


200px-Jan Pieterszoon Coen

 

envoya (même)  deux vaisseaux de Batavia pour soutenir les Siamois »  dans  leur guerre contre le Cambodge. (Blankwaard.) (Les Annales  d’Ayutthaya n’évoquent pas cette guerre).


Le roi Song Tham (1610-1628). L’arrivée des Anglais au Siam en 1612. Une nouvelle rivalité.


Le roi Songtham, avions-nous dit,  sait que les Hollandais sont à Pattani depuis 1602, qu’en 1604, ils avaient été reçus par Naresuan, que le roi Ekatthosarot avait envoyé une ambassade à la Haye en 1608. Il est très bien informé sur cette force montante et il leur a accordé l’autorisation de fonder un comptoir à Ayutthaya en1613 et signera  un traité avec eux en 1617. Il apprendra qu’en 1619, ils avaient triomphé du sultan de Bentam, pourtant soutenu par les Anglais et qu’ils se sont installés à Jacatra (Batavia).

Djakarta


Dans ce contexte, le premier navire anglais, « Le Globe » commandé par le capitaine Anthony Hippon arrive à Pattani le 23 juin 1612.

 

naviraanglais 2

 

Ils obtiennent l’autorisation de construire un entrepôt. Un des agents anglais Adam Deuton et cinq compagnons arrivent à Ayutthaya le 4 août 1612 et sont reçus le 17 septembre 1612 par le roi Songtham  avec une lettre du roi James ; le roi leur  accorde l’autorisation de pouvoir fonder un comptoir à Ayutthaya et à  Pattani.

En 1617, ils signent leur premier traité avec Ayutthaya, mais déjà en 1623 ils ferment leurs comptoirs d’Ayutthaya et de Pattani. Pourquoi ?

En 1618, les Anglais et les Hollandais sont en guerre en Europe. (Début de la guerre de Trente ans. Guerre complexe. Cf. note ****)

guerre de trente ans


A Pattani, dans le sud de la Thaïlande, « le 17 juillet 1619, trois mercenaires hollandais, à la tête de 800 hommes, attaquèrent deux navires anglais, le Sampson et le Hound […]  les deux navires furent saisis par les Hollandais et un grand nombre d’Anglais furent faits prisonniers. Ils furent traités avec une grande barbarie, nombre d’entre eux étant envoyés au Japon sous les chaînes. Les Anglais qui se trouvaient à terre ne furent sauvés du massacre que par la reine de Pattani. Au début de 1620, la paix fut restaurée mais les rivalités et les mauvais sentiments persistaient  entre les Anglais et les Hollandais au Siam » (Michel Jacq-Hergoualc’h citant Wood W.A.R, History of Siam).


La paix restaurée, dit Wood ?


Certaines sources disent : En 1619, les Hollandais prennent Jacatra (Djakarta) au sultan de Bentam allié aux Anglais (ils rebaptisent la ville du nom de Batavia), cette même année ils attaquent deux navires anglais dans la baie de Pattani, en 1623, ils exécutent dix Anglais accusés d’espionnage à Amboine. Pendant que des accords, des traités, des arrangements sont signés en Europe, le canon tonne toujours dans les mers des Indes orientales, où règne un état de guerre larvée. (Cf. notre article 75)

Les Anglais et les Hollandais ferment leur comptoir à Ayutthaya du fait de « cette guerre larvée », mais surtout parce qu’ils ne sont pas rentables. Les Anglais ne le rouvriront qu’en juin 1661. Quant aux Hollandais, ils reviennent dès 1633, surtout parce que le Japon s’ouvrait de nouveau au commerce international, après cinq ans de fermeture. De fait, les années 1623-1633 marquent donc une quasi-interruption du commerce entre les Européens et le Siam, car les autorités siamoises vont se brouiller avec les Portugais.


La rivalité portugo-hollandaise  ressurgit en 1624 … qui aboutit en 1628 et 1631 à un état de guerre entre les Portugais et le Siam.


Si le roi Song Tham n’était pas intervenu ou n’avait pu intervenir en 1619 à Pattani lors d’un « conflit » entre Hollandais et Anglais, il n’en fut pas de même « en 1624, lorsque les Portugais s’emparèrent d’un bateau hollandais dans  les eaux siamoises (dans la Menam en fait). Le roi contraignit les Portugais à restituer leur prise et à  partir de là, tous les ressortissants portugais au Siam furent traités avec défaveur ».


« En 1628, une jonque siamoise fut coulée par les Portugais;


jonque siamosie

 

aussi, au moment de la mort du roi Song Tham, à la fin de cette année, un état de guerre existait entre le Siam et le Portugal.». (Michel Jacq-Hergoualc’h citant Wood W.A.R, Hystory of Siam).

Il semble que les affaires ne se soient pas arrangées avec le nouveau roi Prasat Thong  (1629-1656), puisque Mandelslo signale qu’à la suite d’un conflit avec un navire portugais, le roi « fit arrêter tous les vaisseaux portugais que l’on trouva dans les ports de Ligor et de Tenasserim et mis tous les hommes en prison, d’où ils ne sortirent qu’au bout de deux ans » (cité par Michel Jacq-Hergoualc’h).

On remarquera l’imprécision de ces informations. Wood, sera encore plus catégorique et déclare que le roi Prasat Thong fit « enfermer tous les Portugais du royaume en prison, où ils restèrent trois ans ». (cité par Michel Jacq-Hergoualc’h).


Nota. On a du mal à croire cet enfermement de tous les Portugais pour 2 ou 3 ans. Surtout que Mme de Carvalho ne fait nulle mention  d’un enfermement massif  de Portugais à cette époque. Elle serait aussi en désaccord avec la prise d’un bateau hollandais par les Portugais en 1624, puisque elle relate, très précisément que ce fut le fait des Espagnols : cf. notre article 79,   « En 1624, le capitaine d’un galion espagnol

 

galion es^pagnol

 

D. Fernando Da Silva, effectue une action semi-pirate : il capture un vaisseau hollandais, le Cleen Zeelandt, dans le fleuve Chao Prahya ». Suite au refus du capitaine de restituer le navire, le roi Songtham ordonne à cinq, six galions avec équipage mixte (Thaïs et Japonais) d’attaquer le galion espagnol. D. Fernando Da Silva est tué avec 150 Espagnols, les autres sont prisonniers. Le roi prend aussi la marchandise  d’une grande valeur (env. un demi-million de ducats). (Après une ambassade au Siam de Per Morejon qui a échoué, du point de vue espagnol) […]En décembre 1627, Manille décide une expédition punitive avec deux gallions commandés par Juan de Alcarz (ou Alcarazo). Ils attaquent dans le Chao Praya une jonque royale et une jonque japonaise et en avril 1628 deux autres bateaux près de Pulau Tioman, font des prisonniers siamois que l’expédition ramène à Manille. Au début 1629, une autre ambassade « explicative »  du  gouverneur Nino de Tavora   est envoyée au Siam avec les captifs siamois Mais elle arrive en pleine succession, le roi Songtham est mort en décembre 1628. Madame de  Carvalho affirme que cette mission n’apporta pas grand-chose du fait que le nouveau roi Phrasat Thong (1629-1656) avait choisi la carte hollandaise.

Madame De Carvalho indique que les Portugais  commerçants et séjournant  au Siam durent subir de nombreuses  représailles, mais sans donner d’exemples.


Ce n’est pas la même histoire. Michel Jacq-Hergoualc’h et Wood n’ont pas lu les mêmes témoignages.


Une chose est sûre, en 1633, les Hollandais renouent leurs relations diplomatiques avec le Siam.


La « Relation du royaume du Siam par Loost Shouten, directeur de la Compagnie hollandaise » raconte son séjour de huit ans au Siam. Loost Shouten obtient le monopole du commerce des peaux et une terre. Le comptoir, commencé en 1634 est terminé en 1636.

Linschoten


Ensuite Michel Jacq-Hergoualc’h se contente d’un seul chapitre de 16 lignes,  assez confus ou du moins vague au niveau informatif, pour évoquer l’aide hollandaise  apportée au roi Prasat Thong pour soumettre la reine de Pattani en 1636, et des « incidents » , « des nombreuses brouilles »  « On put même croire, à certains moments (lesquels ?), que les choses deviendraient irréparables » (lesquelles ?),dont nous n’apprendrons rien.


De même, Michel Jacq-Hergoualc’h ne dira rien sur le commerce pratiqué et échangé, si n’est à propos du rétablissement du comptoir anglais en 1661, citant Wood W. A. R. : « le rétablissement du comptoir anglais à Ayutthaya fut fort désagréable aux Hollandais qui avaient eu entre leur mains, pendant près de quarante ans, le contrôle de la presque totalité du commerce siamois.  Du reste, le système des monopoles royaux institués par le roi SongTham, et confirmé par le roi Prasat Thong, système par lequel le roi contrôlait les principaux articles du commerce, tels que les peaux, l’étain, le bois de construction, ne leur convenait pas du tout ».


Un coup de force des Hollandais : Le traité de 1664 imposé au  roi Naraï.


Michel Jacq-Hergoualc’h aurait dû faire le point de la nouvelle puissance hollandaise, en 1661 -quand les Anglais reviennent rouvrir un comptoir à Ayutthaya-  pour comprendre le coup de force du traité du 10 août 1664.


Les Provinces-Unies sont devenues une grande puissance commerciale mondiale. Ils ont établis des colonies et des comptoirs à travers le monde. Ils ont par exemple fondé en 1624 la Nouvelle-Amsterdam (sur le site de New York). *****

 

nouvelles amsterdam


En Asie du Sud-Est, ils se sont installés à Batavia, en 1619, ont chassé les Portugais de Malacca en 1641 et établi leur domination sur les mers de l'Asie du sud-est. Ils ont obtenu  en 1648 leur indépendance de l'Espagne. On signale en 1648, sans plus de détails, une démonstration de force dans le golfe de Siam,  qui aurait  « persuadé » Prasat Thong de leur accorder d’autres concessions commerciales, leur donnant ainsi  le contrôle de l'économie siamoise. Mais de cela Michel Jacq-Hergoualc’h ne dit rien.


Les Hollandais en 1664 sont une puissance qui impose ses conditions par la force. Michel Jacq-Hergoualc’h, une fois de plus se contente de citer Wood W.A.R. dans son « History of Siam ».


« Dès 1664, ils demandèrent différents privilèges commerciaux et, à défaut de les obtenir, ils envoyèrent une flotte qui fit le blocus de l’embouchure de la Ménam pendant un temps très long. Le Siam ne possédait pas de flotte capable de rivaliser avec les Hollandais. Leurs demandes furent donc agréées et le 10 août 1664, un traité fut signé, par lequel les Hollandais obtenaient l’entier monopole de commerce des peaux, et le Siam s’engageait à n’employer aucun Chinois sur ses bateaux. Le terme de Chinois était défini comme incluant les Japonais et les Cochinchinois. Comme la plupart des marins répondaient à cette définition, cette clause rendait impossible au Siam d’entrer en compétition avec la Hollande dans le commerce avec la Chine.


Mais la clause la plus intéressante de ce traité était la suivante : « Au cas (ce qu’à Dieu ne plaise) où quelque membre de la Compagnie commettrait un crime sérieux au Siam, le roi et les juges n’auraient pas le droit de juger, mais il devrait être conduit devant le chef de la Compagnie pour être puni selon les lois néerlandaises. »


Vous avez bien lu, les Hollandais avaient imposé toutes leurs conditions commerciales,   interdisaient au Siam de faire du commerce avec la Chine, et obtenaient, pour la première fois dans l'histoire du Siam, les privilèges de l'extraterritorialité. (Il y en aura d’autres. Cf. notre article A 38. La Thaïlande n’a jamais été colonisée ?)


On peut se douter ce que pouvait ressentir le roi Naraï.


En 1662, les Français arrivent ; enfin, les premiers missionnaires. 


« Partis en Novembre 1660, la première mission de Mgr Lambert de la Motte arrivera au Tennaserim le 16 Mai 1662, soit 19 mois plus tard, et 3 mois après à Ayutthaya. La mission de Mgr Pallu

 

Pallu2

 

quittera la France le 3 Janvier 1662 avec 7 missionnaires et n’arrivera que le 27 Janvier 1664 ». (Cf. notre article « Premiers pas des missionnaires français au Siam »).


Commence l’aventure française au Siam, avec le premier comptoir en 1680, les ambassades en 1685-87 ……. que nous avons déjà abordée dans  de nombreux articles.  (L’article suivant en fait un récapitulatif).


Les années 1660-1688 seront marquées par la venue de nombreux commerçants venant de tous pays. Ils seront l’étonnement des missionnaires et des premiers ambassadeurs français de 1685.

Jacques de Bourges repartant vers la France, dès octobre 1663, relate qu’à Ayutthaya, « on y aborde de toutes parts, du Japon, de la Chine, des Iles Philippines, du Champa, du Cambodge, des îles de Java, de Sumatra, de Golconde et de toute la côte de Coromandel ». (Cité par Alain Forest dans son livre sur les Missionnaires).  En 1685, l’abbé de Choisy de la 1ère ambassade de « Louis XIV », avions-nous dit dans notre introduction, exprimera le même étonnement admiratif : « Il y avait quarante-trois nations différentes, toutes habillées et armées à la mode de leur pays ».

Mais encore fallait-il  être en mesure d’apprendre comment s’exerçait le commerce, de savoir si le Siam était réellement un « Etat commercial », et d’en mesurer l’ampleur. Un article excellent d’Alain Forest nous aidera à y répondre.


Mais avant, revenons aux Français. Cf. article suivant.

 

 

_____________________________________________________________________

 

* Michel Jacq-Hergoualc’h, « L’Europe et le Siam du XVIe au XVIIIe siècle, Apports culturels », L’Harmattan, 1993.


** http://www.larousse.fr/encyclopedie/autre-region/n%C3%A9erlandais/134888.

Le soulèvement général des Provinces-Unies contre l'Espagne (1572), le passage du Portugal sous la domination espagnole (1581-1640) ferment aux marins hollandais leurs ports d'approvisionnement traditionnels (Cadix, Lisbonne). Ils doivent, dès lors, aller chercher directement les épices à leurs sources. Dans ce dessein se constituent les deux Compagnies des Indes orientales (1602) et des Indes occidentales (1621), qui constituent un Empire colonial arraché pour l'essentiel aux Ibériques.

Dans la première moitié du xviie siècle, la Compagnie des Indes orientales prend pied dans l'archipel des Moluques (Amboine, 1605; les Banda, 1609), où la soumission, vers 1660, des principautés maritimes de Ternate, Tidore, Batjan marque son triomphe.

L'énergique éviction des Français et des Anglais permet l'installation dans la mer de Java, l'occupation de Banten et la fondation de Batavia (1619).

Plus à l'ouest enfin, les mondes malais, indien et chinois sont pénétrés par l'installation de comptoirs à Johore et Malacca (enlevée aux Portugais en 1641), par les postes sur la côte indienne de Malabar (Cochin en 1663, Calicut) et l'éviction des Portugais de Ceylan (1658), par l'envoi de commerçants dans le nord de Bornéo vers 1665 et de missions à Formose.

La paix de Breda (1667)

 

 

paix de breda

 

consacre l'existence de l'Empire colonial hollandais d'Orient (avec la cession aux Hollandais des dernières îles anglaises des Banda) composé d'une série d'établissements commerciaux fortifiés : du Cap (1652), de Timor, en passant par l'escale persane de Bandar Abbas.

L'administration des Indes orientales repose sur l'organisation commerciale de la Compagnie, pour laquelle le souci commercial élimine toute préoccupation de peuplement européen ou de mise en valeur de l'île. Elle superpose aux structures traditionnelles son réseau d'agents ; ceux-ci (gouverneur général, conseiller des Indes, chefs marchands, marchands commis) sont respectivement responsables du gouvernement politique, des grands services administratifs, en même temps que de l'administration générale d'un territoire important (par ex. Amboine), de la direction d'un poste, d'un fort, d'une factorerie.

Alors que le gouverneur ou les conseillers négocient avec les princes locaux les contrats de livraison, les agents d'exécution perçoivent les prestations en nature imposées aux indigènes et maintiennent l'ordre même par la force (massacre de 1621 dans les Banda). Les relations des différentes communautés culturelles de l'Insulinde sont strictement « fonctionnelles », exclusives de tout métissage, chacune conservant ses usages : bourgmestre hollandais, juges chinois à Batavia.

 

***  Le temps des grandes compagnies 

Le partage du monde entre Espagne et Portugal n'est pas accepté par les autres États qui s'engagent dans la carrière coloniale : la France, l'Angleterre et la Hollande. Avec ces nouveaux arrivants va apparaître une autre méthode de colonisation : la compagnie à charte. Ces compagnies ont obtenu de l'État, pour une zone géographiquement délimitée, un privilège, c'est-à-dire le monopole du commerce avec des faveurs douanières particulières. Elles possèdent un droit de souveraineté sur les territoires qui leur sont octroyés, ce qui leur permet d'entretenir des armées, de rendre justice et de battre monnaie. En contrepartie, ces compagnies ont l'obligation d'organiser les liaisons entre la métropole et les terres qui leur sont confiées, d'y assurer le peuplement, et, le cas échéant, l'évangélisation. Dans ce domaine, l'exemple est donné par deux pays où se sont accumulés d'importants capitaux privés : l'Angleterre et la Hollande. La Compagnie anglaise des Indes orientales obtient, en 1600 et pour quinze ans, le monopole du commerce aux Indes orientales et la pleine propriété des territoires qu'elle pourrait acquérir. En 1602 est créée la Compagnie hollandaise des Indes orientales qui constitue comme le « modèle » de ces compagnies coloniales. Elle a le monopole du trafic et de la navigation entre le cap de Bonne-Espérance et le détroit de Magellan. Son objectif est commercial, mais elle a aussi des responsabilités coloniales puisqu'elle peut, au nom de l'État, passer « des contrats dans les Indes avec les naturels du pays ». Si la Compagnie est souveraine, elle a cependant des liens étroits avec l'État à qui les employés de la Compagnie doivent prêter serment d'allégeance. (Encyclopédie Universalis)

**** Wikipédia : Premier Empire britannique » (1583–1783)

En 1603, Jacques Ier d'Angleterre monta sur le trône et, l'année suivante, il négocia le traité de Londres qui mettait fin aux hostilités avec l'Espagne. Dorénavant en paix avec son principal rival, l'Angleterre se concentra sur la construction de son propre empire colonial au lieu de s'attaquer aux colonies étrangères20. L'Empire britannique commença à prendre forme au début du XVIIe siècle avec la création d'implantations en Amérique du Nord et dans les Caraïbes et la fondation des premières compagnies commerciales, dont la plus notable fut la Compagnie anglaise des Indes orientales, afin d'administrer les colonies et de développer le commerce avec la métropole. Cette période, qui dura jusqu'à la perte des Treize colonies après la Guerre d'indépendance des États-Unis vers la fin du XVIIIe siècle, est désignée par l'expression « Premier Empire britannique »21.

Le 31 décembre 1600, la reine Élisabeth Ire d'Angleterre accorde une charte royale conférant pour 15 ans le monopole du commerce dans l'océan Indien à la Compagnie anglaise des Indes orientales (d'abord anglaise, puis britannique sous le nom de British East India Company, B.E.I.C.).

Première des compagnies européennes fondées au XVIIe siècle pour conquérir « les Indes » et dominer les flux commerciaux avec l'Asie, elle trouve sa place face à la compagnie néerlandaise des Indes orientales, la célèbre VOC, et prend l'avantage sur la Compagnie française des Indes orientales qu'elle conduit à la ruine en conquérant toutes ses possessions en Inde

*****La guerre de Trente Ans est une série de conflits armés qui a déchiré l’Europe de 1618 à 1648. Les causes en sont multiples mais son déclencheur est la révolte des sujets tchèques protestants de la maison de Habsbourg, la répression qui suivit et le désir de ces derniers d’accroître leur hégémonie sur leurs possessions.

Ces conflits ont opposé le camp des Habsbourg d’Espagne et du Saint-Empire germanique, soutenus par l’Église catholique romaine, aux États allemands protestants du Saint-Empire, auxquels étaient alliées les puissances européennes voisines à majorité protestante, Provinces-Unies et pays scandinaves, ainsi que la France qui, bien que catholique et luttant contre les protestants chez elle, entendait réduire la puissance de la maison de Habsbourg sur le continent européen.

Cette guerre a impliqué l'ensemble des puissances européennes selon qu'elles étaient pour ou contre le parti de l'Empereur, à l'exception de l'Angleterre et de la Russie – qui ont néanmoins indirectement œuvré contre le parti des Habsbourg. […]

La guerre de Trente Ans a été marquée sur le plan religieux par l'affrontement entre protestantisme et catholicisme et sur le plan politique par l'affrontement entre féodalité et absolutisme. Avec la paix de Westphalie, le problème politique se solde par la victoire du modèle absolutiste, qui du même coup résout celui des guerres de religion :  […]

De cette manière, la paix de Westphalie jette les bases du jus publicum europaeum : un système nouveau et stable de relations internationales, fondé sur un équilibre entre des États chacun titulaire de la souveraineté ; les guerres sont désormais conçues comme des conflits sécularisés d’État souverain à État souverain.


****** Notre article 75 :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-75-les-relations-du-siam-avec-les-europeens-xvi-xvii-eme-siecle-116732358.html


Et wikipédia : Empire colonial néerlandais

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Empire_colonial_n%C3%A9erlandais

 

empire colonial neerlandais


******* Colonisation et/ou extra-territorialité ? Cf. notre article :

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a38-la-thailande-n-a-jamais-ete-colonisee-vous-en-etes-sur-81581652.html 

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
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