Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur blogthailande@yahoo.fr

3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 23:02

jules verne les voyages extraordinaires bloc timbres croix1686. Un récit étonnant du naufrage de l’ambassade siamoise partie pour le  Portugal en 1684.


Les ambassadeurs siamois, « robinsons de la terre ferme » en 1686. 

Les récits de naufrage, trésors perdus ou robinsonnades, sont toujours fascinants. Celui du naufrage du navire portugais portant une ambassade siamoise et perdu dans l’océan en 1686 au large du sud de l’Afrique, n’échappe pas à la règle. Tous les ouvrages relatant l’histoire des naufrages, et ils sont nombreux,  en parlent (1). Il fait également l’objet de narrations plus récentes (2). Mais la source de cette triste histoire, est due au père Tachard et à lui seul (3). Vous pouvez  lire le texte intégral sur le site « mémoires de Siam » (4).

 

Nous connaissons bien le père Tachard, l’un des six savants mathématiciens envoyés au Siam sur ordre du roi Louis XIV et qui revint l’année suivante accompagné de deux ambassadeurs du roi Naraï. Ils étaient accompagnés en particulier du mandarin Ok-Khun Chamnan (Occum Chamnan selon la transcription de l’auteur), un personnage d’une grande culture, alors âgé d’environ 35 ans, qui s’était lié d’amitié avec le père Tachard. Celui-ci sollicita du roi siamois l’autorisation de le joindre à l’ambassade.

Lorsque le navire, en mars 1688, se trouva au large des côtes du sud de l’Afrique, le vue du Cap des Aiguilles tira des larmes au mandarin : il se souvenait du naufrage qu’il y avait fait quelques années auparavant dans un vaisseau portugais.


cap-agulhas-01


Chamnan raconta alors ses mésaventures au Père Tachard qui les jugea « dignes d’être données au public » d’autant plus volontiers qu’il en reçut ultérieurement confirmation de plusieurs Portugais également rescapés de cette aventure. La question de savoir si le père Tachard parlait le siamois est discutée mais c’est plausible. Il ne nous dit pas en quelle langue il s’entretenait avec Chamnan, celui-ci en parlait plusieurs, peut-être le français ?


Nous connaissons déjà l’histoire des rapports entre le Portugal et le Siam (5) mais laissons la parole à Chamnan.

 

Le roi du Portugal avait envoyé une ambassade au Siam « pour conforter les alliances antérieures et favoriser le commerce ». Le monarque siamois, pour répondre à ce qu’il estimait  être une marque de considération décida à son tour d’envoyer trois ambassadeurs au Portugal au roi Pedro II accompagnés de six autres mandarins « de rang inférieur ».


Une frégate siamoise quitte Mergui pour Goa au mois de mars 1684 sous commandement portugais. Le voyage dure plus de 5 mois « soit défaut d’habileté dans les officiers et les pilotes, soit opiniâtreté dans les vents ». Lorsque le navire atteint Goa, la flotte portugaise l’a déjà quitté et le départ est remis à l’année suivante. Onze mois d’attente mais les ambassadeurs et leur suite, fastueusement logés et nourris par le vice-roi (Francisco de Tavora, comte de Alvor), ne trouvèrent pas le temps long, occupant leur curiosité à visiter un monde totalement nouveau pour eux.

Le départ a finalement lieu sur un navire portugais le 27 janvier 1686, 150 hommes d’équipage, 30 canons, les ambassadeurs et leur suite, des religieux « de divers ordres » et de nombreux passagers de toutes races, créoles, indiens et portugais.


Il n’est pas trace de l’envoi de quelque trésor que ce soit au roi du Portugal, ce qui semble confirmer ce que nous avons écrit au sujet d’autres « trésors perdus » (6). Le seul « trésor » est probablement la lettre du roi du Siam à celui du Portugal, sur feuille d’or précieusement emballée, mais cette pratique est habituelle et Chamnan ne juge pas bon d’en parler.


Ce récit est significatif des aléas de la navigation transocéanique à cette époque, nous en reparlerons d’abondance en fin d’article.


La navigation se déroula sans difficultés jusqu’au 27 avril, trois mois de mer, déjà. Ce jour là et depuis trois jours, la terre est en vue. « Sur le rapport des matelots, et sur d'autres indices, le capitaine et le pilote jugèrent, mais à tort, que c'était le cap de Bonne-Espérance ». Le capitaine est persuadé que le cap est doublé et la vigilance des vigies se relâche.


LA CAP


En réalité le navire est au large du cap des Aiguilles, à 50 kilomètres à l’est du cap de Bonne Espérance ! Lorsque la vigie de l’avant du navire aperçoit la terre, il est trop tard « Terre, terre devant nousNous sommes perdus, revirez de bord. ».

La poupe du navire a heurté un rocher mais il ne fait pas eau et l’espoir revient. Pour alléger le navire, on abat les mats et on décharge la cargaison et les canons par-dessus bord, ils y sont probablement toujours (7).

 

Aivazovsky Naufrage près du Mont Athos, 1856 Maxi

 

« Des montagnes d'eau, qui allaient se rompre sur les brisants avancés dans la mer, soulevaient le vaisseau jusqu'aux nues et le laissaient retomber sur les roches, avec tant de vitesse et d'impétuosité, qu'il n'y put résister longtemps. On l'entendait craquer de tous côtés. Les membres se détachaient les uns des autres, et l'on voyait cette grosse masse de bois s'ébranler, plier et se rompre de toutes parts avec un fracas épouvantable. ». L’eau envahit le navire. L’effroi et la consternation s’emparent de tous. Certains se jettent à la nage mais ils furent engloutis ou fracassés sur les roches du rivage par la violence des vagues.


On construit alors quelques radeaux des planches et des mâts du navire. Rasséréné l’ambassadeur principal s’efforce de gagner la rive à la nage réfugié sur quelques planches. Il avait été précédé de l’ambassadeur second en titre qui s’était chargé de la lettre du roi attachée à la poignée de son épée. Ils arrivent sur le rivage où ils retrouvent de nombreux Portugais. Rien à boire, rien à manger, ni eau ni vin ni biscuits et un froid « très vif ». « J'y étais d'autant plus sensible, que la nature ne m'y avait point accoutumé ».


kalahari 23


Tel Robinson Crusoé (mais le roman date de 1719), Chamnan décide de retourner sur le navire pour y prendre des vêtements chauds et des vivres. Il parvient à nager jusqu’au navire encore au dessus des flots et revient, épuisé, sur le rivage avec six flacons de vin et des biscuits. D’autres siamois complétement nus l’avaient également atteint. Ne voulant pas confier les bouteilles de vin à ses compatriotes, il les confie à un Portugais qu’il croyait ami, à charge de partager. « Dans cette occasion je reconnus combien l'amitié est faible contre la nécessité. » Nous verrons tout au long de ce récit que les pieux portugais avaient de la charité chrétienne une conception singulière. Ne trouvant pas d’eau, le Portugais garde le vin pour lui et les biscuits étaient gâtés par l’eau de mer.


Tout le monde est enfin à terre, on se compte, il y a deux cent survivants et seulement sept ou huit disparus fracassés sur les rochers. Quelques Portugais avaient eu la présence d’esprit de se munir d’armes à feu par crainte des Cafres qui avaient réputation d’une grande férocité et pour tirer du gibier. Faute de gibier, on utilisera au moins la platine de ces armes pour allumer du feu et se réchauffer en attendant de pouvoir rejoindre des habitations hollandaises.


Platine-copie-1


Le lendemain, dimanche, on prend la route après que les Portugais aient fait leurs prières. Pour le capitaine, on se trouvait à vingt lieux du cap de Bonne-Espérance que l’on pourrait rejoindre en deux jours. Sur cette affirmation, ceux qui avaient amené des vivres du navire les abandonnent pour marcher plus vite.

Nos rescapés marchent toute une journée à travers bois et broussailles sans vivres, sans eau et encore une journée sous les ardeurs du soleil. Mais sur le coup de quatre heures de l’après midi, une mare permet aux naufragés d’étancher leur soif. On décide d’y faire étape et d’y passer la nuit sans rien autre à manger que quelques crabes que l’on fait griller.

Le lendemain, le départ a lieu de bonne heure, les Portugais sont en avant-garde. Le premier ambassadeur « étant d'une faiblesse et d'une langueur qui ne lui permettaient pas de faire beaucoup de diligence, nous fûmes obligés de nous arrêter avec lui ».


Les Siamois méfiants (ils n’avaient pas tort) redoutent de perdre de vue les Portugais et se divisent en trois groupes, le premier ne perdant pas les Portugais de vue, et les deux autres suivant en observant des signaux convenus. On tombe alors sur des « montagnes difficiles à traverser » où l’on ne trouve que de l’eau imbuvable.


Les Portugais ont rapidement pris les devant en affirmant « qu'ils nous serviraient plus utilement en se hâtant de marcher pour se mettre en état de nous en envoyer des rafraîchissements ».

La faiblesse du premier ambassadeur lui interdit de suivre les Portugais à marche forcée. Il exhorte alors les bien-portants à les rejoindre et, lorsqu’ils auraient atteint les premières demeures hollandaises, lui envoyer un cheval et des vivres s’il était encore en vie.


Le second ambassadeur, un autre mandarin et Chamnan ne parviennent pas à rattraper les Portugais. Ils finissent toutefois par joindre leur camp après deux heures de marche. Le lendemain, au bord d’une ravine, ils trouvent un peu d’eau mais rien autre à manger que des lézards et des serpents. Nos naufragés en sont réduits à manger accompagnés d’herbes « fort amères ».

Le lendemain, cinquième jour, le départ a lieu de bon matin et en guise d’habitations hollandaises, les naufragés rencontrent trois ou quatre Hottentots qui, sans hostilité, les conduisent à leurs cabanes. Hotentots

Mais ils exigent pour vendre des vivres, qu’ils leurs soient payés en tabac ou en « pataque », une monnaie hollandaise ayant cours dans les établissements hollandais et dans la région du Cap. Les Portugais réussissent à acheter un bœuf qu’ils refusent, toujours fort peu charitables, de partager avec les Siamois. Ceux-ci réussissent toutefois à obtenir un quartier de mouton contre la coiffe dorée de l’un des mandarins qui a séduit l’un des sauvages. Mais, miracle de la gastronomie siamoise, les Portugais on jeté la peau du bœuf, nos Siamois la font griller et s’en régalent. Contre les boutons dorés du vêtement de Chamnan, un Hottentot leur apporte un peu de lait.

Le lendemain, départ en direction de la mer, on trouve quelques moules sur les rochers qui « tinrent lieu du plus appétissant régal ». On retourne prendre du repos dans les bois et l’on n’y trouve qu’un filet d’eau croupie. Le lendemain, il fallut traverser encore une montagne sans le moindre vivre autre que de l’herbe et des fleurs.


Lors de la réunion du soir, « le capitaine et les pilotes reconnaissaient qu'ils s'étaient trompés. Ne pouvant plus cacher leur erreur, ils avouaient qu'ils étaient incertains du lieu que nous cherchions, du chemin qu'il fallait tenir et du temps dont nous avions besoin pour y arriver. D'ailleurs on était sur en suivant la côte, de trouver des moules et d'autres coquillages qui étaient, du moins une ressource continuelle contre la faim. Enfin, comme la plupart des rivières, des ruisseaux et des fontaines ont leur cours vers la mer, nous pouvions espérer d'avoir moins à souffrir de la soif ».


Le lendemain au petit jour, une grande montagne apparait « les pilotes assurèrent que c'était le cap de Bonne-Espérance ». Encore une erreur funeste et pour seule consolation, la découverte d’une petite île couverte de moules et munie d’une source « d’une belle eau ». On décide de s’y reposer tout le lendemain. Nous apprenons que l’un des mandarins était mort de faim et de faiblesse, précédé quatre jours auparavant par un autre qui avait subi le même sort. « Il faut que la misère endurcisse beaucoup le cœur. En tout autre temps la mort d'un ami m'eût causé une vive affliction ; mais dans cette occasion je n'y fus presque pas sensible ».


Trouvant des arbres creux, les Siamois en obstruent une extrémité pour en faire des provisions d’eau. Ignorant toujours où est le Cap, il n’est point d’autre solution que de gravir le sommet le plus élevé, ce qui nécessite une journée de marche, mais l’on aperçoit rien ! Il faut donc redescendre vers la mer et se nourrir d’herbes sauf pour ceux qui eurent la chance de pouvoir tuer un serpent, les Siamois sont peut-être plus accoutumés à ce mets que les Portugais ?


Encore une journée de marche dans le brouillard et la pluie. Le lendemain au réveil, les Siamois s’aperçoivent que les Portugais les ont abandonnés, disparus sans que l’on puisse déterminer dans quelle direction ils avaient fui.


Le premier ambassadeur (craignant sa fin prochaine ?) indique alors que son premier soucis est la lettre royale et donne les consignes nécessaires : la porter toujours au dessus de sa tête, lui faire passer la nuit au sommet d’un arbre et si nul mandarin ne parvient jusqu’au Cap, la mettre en terre de préférence au sommet d’une montagne.

Encore une journée de marche, nos Siamois ne savent où ils vont, ils se heurtent à une rivière infranchissable. Il n’y a pas d’autre solution que de longer la rive vers l’aval où ils ont enfin la chance de trouver traces du passage des Portugais. Ils n’ont rien à manger et point d’autre ressource que de faire griller le chapeau en cuir d’un valet. En continuant sur les berges, ils y découvrent le corps de l’un des interprètes, mort d’épuisement, un métis, qui avait préféré suivre les Portugais

.

Désemparés, ils décident de revenir sur leurs pas « dans le désir de revoir l'île désirée et d'y soulager la faim qui nous devenait chaque jour plus insupportable, que nous y arrivâmes le troisième jour ». Il faut malheureusement attendre le départ de la marée pour y accéder. Ils peuvent enfin s’y désaltérer et se nourrir de moules. Mais il n’y a rien autre sur la côté que des arbres secs qui leur permettent toutefois de faire du feu pour se réchauffer. Lorsque le bois vient à manquer « On trouva beaucoup de fiente d'éléphants, qui servit deux ou trois jours à l'entretien de notre feu. Enfin ce dernier secours nous ayant aussi manqué, la rigueur du froid nous fit abandonner un lieu qui nous avait fourni pendant six jours des rafraîchissements si nécessaires à nos besoins ». En désespoir de cause, les Siamois partent à la recherche de Hottentots « pour nous abandonner à la discrétion des plus barbares de tous les hommes. Mais à quoi ne nous serions-nous pas exposés pour sauver une vie qui nous avait déjà coûté si cher ? ».


Les Portugais sont-ils morts en chemin ? Croyaient-ils eux - mêmes les Siamois morts ?


Nouvelle nuit passée au bord d’un lac d’eau salée et boueuse et rien autre à manger que des herbes et des feuilles d’arbre. Les Siamois voient alors venir trois Hottentots, ils fument la pipe, ils ont donc « quelque commerce avec les Européens ». Mais le dialogue est difficile, les Hottentots de contentent de crier  « Hollanda, Hollanda ». « Après un peu de délibération, nous nous déterminâmes à suivre ces guides, dans quelque lieu qu'ils voulussent nous mener, par la seule raison qu'il ne pouvait nous arriver rien de pire que ce que nous avions déjà souffert, et que la mort même était le remède de tant de malheurs qui nous rendaient la vie insupportable ». Mais ces « sauvages » n’en sont pas, et ils acceptent de vendre de la nourriture en étant payés avec les boutons d’or et d’argent des vêtements des mandarins. Il faut les suivre, le chemin est rude, de quinze qu’ils étaient, les Siamois se retrouvent huit.


Il faut abandonner les sept plus faibles en leur lassant quelques vivres et promesse de leur envoyer des secours. « Quelque dure que leur parût cette séparation, la nécessité les força d'y consentir ». Les rescapés sont dans un état pitoyable : « il n'y avait pas un de nous qui n'eût le corps très enflé, particulièrement les cuisses et les pieds ; les malheureux surtout que nous abandonnions étaient si défigurés qu'ils faisaient peur ». Il faut tout de même suivre les Hottentots pendant six jours de marche, pire que les précédents, vivant des moules qu’ils faisaient sécher au soleil, d’herbes, de grenouilles, de sauterelles, de mouches et de hannetons vivant dans la fiente d’éléphants.


Ce calvaire se termine le trente et unième jour de marche où leurs guides Hottentots rencontrent deux Hollandais qui manifestent le désir de rencontrer les ambassadeurs du roi du Siam. Leur arrivée était donc attendue. Les Siamois peuvent alors s’abreuver et se nourrir de pain, de viandes cuites et de vin. Pour manifester sa reconnaissance, Chamnan leur offre des diamants enchâssés dans des bagues d’or qu’il avait avec lui. Constatant l’état d’épuisement des Siamois, les Hollandais envoient les Hottentots chercher des voitures pour rejoindre le village hollandais. Les Siamois n’ont garde d’oublier le premier ambassadeur et lui font envoyer une charrette avec vivres et rafraichissements. Quelques heures plus tard, ils ont rejoint enfin Le Cap où ils sont accueillis fastueusement par le Gouverneur qui fait donner le canon en l’honneur du roi de Siam.


Les Portugais (qui les avaient abandonnés) sont là depuis huit jours, mais probablement peu habitués à se nourrir de sauterelles, de mouches, de crapauds et d’herbes sauvages, avaient beaucoup plus souffert que les Siamois. Leurs pertes (cinquante ou soixante personnes) avaient été énormes. Les Siamois les retrouvent avec joie et sans rancune.


Il fallut deux mois aux Siamois pour retrouver leurs forces en bénéficiant des soins attentifs des médecins hollandais et quatre mois pour attendre un vaisseau hollandais qui fît voile à Batavia. Les Portugais s’embarquèrent pour la plupart sur des vaisseaux hollandais vers Amsterdam et quelques autres firent voile avec les Siamois vers Batavia. Ils quittèrent le Cap en juin  et arrivèrent au Siam dans le cours du mois de septembre. « Le roi notre maître nous reçut avec des marques extraordinaires de tendresse et de bonté ; il nous fit donner aussitôt des habits et de l'argent ; il eut même l'attention de nous assurer lui-même qu'il ne nous oublierait point dans les occasions favorables à notre fortune ».


Chamnan avait profité de son voyage pour apprendre le portugais mais il ne nous dit pas si des Portugais en avaient profité pour apprendre le siamois, ce qui décida le Père Tachard à le demander au roi pour l'ambassade de France et de Rome.


« Quoique je fusse à peine remis des maux que j'avais soufferts, le récit des mandarins qui venaient de France  me fit bientôt naître une passion extrême de voir un pays dont ils publiaient tant de merveilles, et surtout d'admirer de près un monarque dont la renommée avait porté la gloire et les vertus jusqu'aux régions les plus éloignées ».

 

« Ce récit est significatif des aléas de la navigation transocéanique à cette époque »  avons-nous écrit ; mais comment peut-on se tromper de 50 kilomètres en mer et être incapable de trouver son chemin sur terre ?

 

__________________________________________________________________________

 

 

Nous sommes en 1686, à la fin du XVIIème siècle.


130 ans plus tard, alors que la marine disposait d’instruments « modernes », une erreur d’estimation a causé le dramatique naufrage de « la Méduse ».

 

le-radeau-de-la-meduse-a01

 

En 1901, Aymonier, munis d’instruments encore plus précis donne pour coordonnées « approximatives » du fameux temple de Preah Vihar 14° 20’ nord et 102° 20’ est.  Elles sont de 14° 23’ 18’’ nord et 104° 41’ 02’’ est, une erreur dans les deux sens de 2  et 3 degrés … quelques dizaines de kilomètres (8) alors que Cambodge et Thaïlande se battent aujourd’hui pour quelques centaines de mètres.

 

Comment se situe-t-on en mer ?


Nous savons tous que la latitude est la distance entre l’endroit où se trouve la navire et l’équateur (les « parallèles »), elle est mesurée en degrés, minutes et secondes. La longitude est la différence entre le méridien local (les lignes qui rejoignent les deux pôles) et le méridien de référence (les Portugais utilisaient probablement à l’époque le Méridien de l’île de fer » - une île des Canaries - qui fut le méridien généralement utilisé Europe avant l’adoption en France du méridien de Paris par la Convention) également mesurée en degrés, minutes et secondes.

La latitude se détermine en mesurant la hauteur du soleil (ou de l’étoile polaire dans l’hémisphère nord, la croix du sud n’est pas utilisable faute de luminosité suffisante dans l’hémisphère sud) au dessus de l’horizon à l’aide d’un instrument qui donne l’angle entre la ligne d’horizon et l’astre.

Et ensuite les tables nautiques qui existent depuis longtemps, au moins depuis le siècle précédent. La longitude se détermine en faisant la différence entre l’heure locale (midi lorsque le soleil est à son zénith) et l’heure du méridien de Paris déterminée par une horloge réglée sur l’heure de Paris tout au long du voyage.


L’altitude ne joue évidemment pas en mer, nous restons donc en géométrie plane.

La circonférence de la  terre étant de 40.000 kilomètres, une erreur en latitude de un degré (sur les 360° de la circonférence) entraîne une variation de 40.000 / 360 soit 60 miles nautiques et une minute, un mille nautique (1852 mètres). La définition du mile nautique est justement de un degré d’angle en latitude.

La boussole bien sûr donne le nord mais la variation entre le nord géographique et le nord magnétique est sensible (quelques dizaines de kilomètres selon les années). Au XVIIème, le phénomène est connu mais non quantifié avec précision.


Au XVIIème siècle, le sextant n’a pas encore été inventé et encore moins l’octant, on utilise donc un astrolabe qui permet à la fois de déterminer la hauteur de l’astre au dessus de l’horizon et l’heure locale.


 

Astrolabe

 

L’heure locale ? A midi, le soleil est au zénith. L’heure de Paris ou du méridien de référence est donnée par un chronomètre sur lequel elle est conservée. Il n’est pas possible d’embarquer sur le navire une horloge de parquet (à cette époque, elles sont à peu près précises, comme celle du clocher de l’église … à 15 minutes par jour), les montres ou chronomètres ne le sont qu’à une heure par jour. Il ne reste que le sablier qu’il ne faut pas oublier de surveiller et de retourner. Les véritables chronomètres de marine ne seront inventés qu’au siècle suivant.


sablier

Ce sont les instruments dont s’est servi Christophe Colomb qui s’est trompé de 150 lieux sur le trajet qu’il avait parcouru, l’heure lui étant donnée par un sablier qu’il fallait prendre soin de retourner à la chute du dernier grain toutes les 30 minutes.


Nos marins portugais de 1686 n’avaient rien d’autre. L’incertitude de la boussole, l’incertitude du sablier et le roulis et le tangage qui ne facilitent pas la mesure de l’angle que fait l’astre avec l’horizon avec l’astrolabe (plus ou mois 4 ou 5° degrés).

Il y a aussi l’estime des pilotes, leur expérience et leur connaissance des trajets et du profil des côtes, celle là même qui a conduit « la Méduse » à s’échouer sur le banc d’Arguin au lieu de se retrouver à Saint Louis du Sénégal et les pilotes portugais à confondre le Cap des Aiguilles avec celui de Bonne Espérance.


Ce sont les principes, leur application pratique mets en cause et nécessite des notions d’astronomie, de géométrie, de trigonométrie sphérique et de calculs logarithmiques, qui ne devaient pas à cette époque être à la portée du premier venu (9).

 

traité


Nous trouvons un mode d’emploi espagnol en plus de 200 pages, de 1554 (10) qui nécessite également des connaissances mathématiques assez solides.

 

 

art de naviguer-1544

 

Et les cartes ?

L’absence de possibilité de déterminer un point précis rend également la confection de cartes marines aléatoires, les fameux portulans sont évidemment approximatifs, jugez sur ce superbe document de 1511 présentement à la bibliothèque nationale de France :

 

Portulan 1511


Elles sont évidemment inexactes géométriquement. En outre et pour protéger leurs secrets de navigation, certains, les Portugais notammant, auraient diffusé de fausses cartes ?

Au XVIIIème siècle encore, les cartes utilisées par la marine française portent non seulement le plan des lieux avec leurs coordonnées mais souvent encore un ou plusieurs profils qui permettront au marin de s’apercevoir s’il est à bon port d’une façon peut être plus sûre qu’en utilisant son sextant, cette carte du détroit de Malaca est datée de 1700 :

 

Sumatra


Nos voyageurs ne sont pas mieux lotis sur terre.


Cette carte de 1752 nous montre des fleuves qui se jettent dans l’Océan, des montagnes symbolisées, quelques bancs rocheux signalés et en référence au « Méridien de l’île de fer » :

 

Hotentots 1752


L’extrait de cette carte anglaise de 1766 n’est guère plus précis, et ne donne aucune indications sur les fonds marins (les hauts fonds rocheux au Cap des Aiguilles) et encore moins sur l’intérieur des terres. Les coordonnées par référence au méridien de Londres et celui de Paris sont bien posées (vérification facile sur Google earth) mais l’intérieur des terres, c’est « land of Hotentots », tout ce qu’elle permet de déterminer, c’est qu’entre le Cap des Aiguilles et celui de Bonne Espérance, il y a des montagnes et que c’est le pays des Hotentots !

 

Carte 1766

 

 

 

 

 

 

___________________________________________________________


Notes 

 

 
(1) Par exemple « Histoire des naufrages ou recueil des relations les plus intéressantes des naufrages, hivernements, délaissement, incendies, famines et autres événements funestes sur mer; qui ont été publiés depuis le quinzième siècle jusqu’à présent » ; par J.B.B Eyriès, à Paris, 1828, p.83 s.



2) « A siamese ambassy lost in Africa -  The odyssey of  Ok Khun Chamnan » par Michael Smithies, Silk Worm Books, 1999.

« Ok Khun Chamnan » par Lambert M Surhone, Mariam T Tennoe et Susan F Henssonow éditions Paper back 2010 -


« Ok Khun Chamnan » par Jesse Russell et Ronald Cohn 2012.

 

(3) «  Second voyage du père Tachard et des jésuites envoyez par le roy au royaume de Siam contenant diverses remarques d’histoire, de physique, de géographie et d’astronomie » publié en 1689 à Paris chez Daniel Horthemels, Pages 308- 374.

 

(4) http://www.rencontredespaces.org/renespace/voyages/ASIE%20SE/Thailande/m%E9moires%20de%20Siam/mapage.noos.fr/memoires-de-siam/presentation_chamnan.html

 

(5) voir nos articles  78 : Les Portugais Au Royaume Du Siam Au XVIe Siècle, Selon Madame Rita De Carvalho et  79 : Les Portugais au Siam au XVIIe siècle  (Suite). Madame de Carvalho fait une brève allusion à l’ambassade perdue.

 

(6) voir nos articles 82 : La première ambassade siamoise en Hollande en 1608 et 84 : La première ambassade siamoise en Hollande en 1608.)

 

(7) Un canon de marine « de 12 » pesait environ une tonne et demi. Pour les chercheurs de trésor, le marché des canons de marine est limité, nous avons trouvé sur Internet à vendre à 2.200 euros (2013) des canons du XVIIème ayant manifestement longuement séjourné au fonds des mers.

 

Canons 2200 euros

 

S’agissant vraisemblablement d’un pillage d’épave, nous ne vous donnons la source. Une pièce en bon état semblerait se négocier aux environs de 10.000 euros.

 

(8) Etienne Aymonnier « Le Cambodge – les provinces siamoise ».

 

(9) Joaquim Bensaude « L’astronomie nautique au Portugal à l’époque des grandes découvertes » publié à Berne en 1912 et « Les Portugais et l’astronomie nautique à l’époque des grandes découvertes » par L. Gallois in « Annales de géographie », n° 130 du 15 juillet 1914, pp 189-302.

 

(10) « L’art de naviguer  de Pierre de Médine, espagnol » traduit et publié à Lyon en 1601.

Tachard afrique 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans "Notre" Histoire de la Thaïlande
commenter cet article

commentaires

F. D. 11/07/2013 04:27


Bonjour,


Je viens de voir la réponse à mon commentaire.


En France la mesure légale d'un angle est exprimée en grade.


La déviation d'un angle s'obtient en multipliant le sinus de cet angle par la longueur.


Ainsi tous les géomètres de ma génératyion savent encore qu'un écart de 1 centigrade à 100 m. entraine une erreur de 1,57 cm. Alors qu'une faute de 1 grade à 100 m. entraine 1 déviation de 1,57
m.


Les contestations des communes proviennent de la différence entre les superficies cadastrales et celles de l'IGN. L'IGN calcule la superficie de l'ensemble du périmètre communal, alors que le
cadastre ne tient pas compte (en général) des superficies du domaine public (chemins, rues ,routes, cours d'eau....) qui ne paye pas l'impot foncier.

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 11/07/2013 05:35



Merci de votre commentaire « trigonométrique » et de vos explications sur ces divergences qui entraînent d’amusantes querelles de clocher ! L’avocat de
l’équipe s’est consacré pendante trente ans à beaucoup de « procès de la terre », toujours assisté d’un ami géomètre « de terrain » et s’est souvent la question de savoir si
la géométrie était bien une science exacte ! A discuter un jour autour d’une bière ! Alors, quant à la navigation à l’estime il y a plus de trois siècles, avec des instruments plus ou moins
fantaisistes, nous en voyons le triste résultat !



Bernard Suisse 07/07/2013 18:26


Bonjour,


Comme toutes les généralisations, ce texte (écrit il y a déjà quelques d'années) est évidemment discutable et ne prétend pas refléter une réalité universelle. Mais lorsque je considère mes
nunuches françaises, gâtées, pourries, largement survalorisées par leurs parents, et à qui tout est dû sans contrepartie, je ne peux m'empêcher de les mettre en regard avec mes nunuches
thaïlandaises (des rizières), qui n'ont pas grand-chose, - et encore moins que ça ! - et savent s'en contenter. Mais qu'on se rassure ! avec l'élévation du niveau de vie, l'abandon des valeurs
traditionnelles de respect et de solidarité au profit du libéralisme forcené et du "chacun pour sa gueule" qui est devenu la norme de l'Occident, les nunuches thaïlandaises, même celles des
campagnes, deviendront vite aussi insupportables et exigeantes que leurs homologues européennes. Ce qui ne les empêchera pas d'être tout aussi paumées, vulnérables, et finalement bien
attachantes.


Cordialement.

F. D. 04/07/2013 09:41


Merci pour ce bel article.


En complement je voudrais vous dire que les techniques de positionnement terrestres ou maritimes n'ont evoluees qu'a partir des annees 1970-80 avec l'apparition de l'informatique, des
'lasermetres' et de l'exploitation des satellites. Avant l'utilisation de ces nouvelles techniques les sources d'erreurs et d'imprecisions etaient nombreuses. L'IGN a fait plusieurs erreurs lors
de l'etablissement des cartes de la Nouvelle Caledonie : erreur de calcul de la base 'astro' de la Tontouta qui a entrainee une deformation des cartes de plusieurs dizaines de m. vers le sud et
le nord. Erreur de positionnement de l'ile de Tiga entre Lifou et Mare....L'IGN a refait toutes les cartes de la N.C. en 1972. Mais chut il ne faut pas en parler l'IGN etant par principe infaill

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 04/07/2013 23:01



Merci au GPS et google earth...


mais une erreur d'une minute d'angle, ça fait environ 30 mètresnon ?


Si me souvenirs sont bons, l'IGN a été vivement prise à partie par une ou plusieurs communes qui se disputent  le rang de commune à la plus grande superficie de France