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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 23:02

titreNous avons déjà évoqué l’histoire de ces étrangers, Portugais et Japonais entrés au service du Siam, que l’on appelle communément des « mercenaires » (1 à 3).

« Mercenaire », ce mot d’abord simple adjectif (Molière stigmatise souvent l’esprit « bas et mercenaire ») est devenu nom commun et prend de nos jours une connotation fort négative. Il y a longtemps déjà, Machiavel (en 1512) dénonce les « armes mercenaires » : « les capitaines mercenaires sont ou ne sont pas de bons guerriers : s’ils le sont, on ne peut s’y fier, car ils ne tendent qu’à leur propre grandeur, en opprimant, soit le prince même qui les emploie, soit d’autres contre sa volonté ; s’ils ne le sont pas, celui qu’ils servent est bientôt ruiné » (4).


Machiavel


Et pourtant ces mercenaires sont omniprésents au Siam, du XVIème au XIXème siècle, même si les « Annales » n’en parlent que de façon allusive, mais était-il séant d’attribuer à ces soldats étrangers de fortune bien des succès des armées siamoises ?


Les manuels d’ « Histoire de France » de notre école primaire se gardaient de nous dire que le succès de Jules César en Gaule fut dû pour une grande partie à la vaillance des mercenaires gaulois de la « Légion alouette ». Et Jules César lui-même se garde de parler du rôle précieux de ses auxiliaires, payés de ses deniers, que nous connaissons grâce à Suétone (5).


legion alouette


La venue des Japonais est plus tardive que celle des Portugais mais leur apport technologique et leur science du combat fut également profitable aux Siamois. Ne revenons pas sur ce que nous avons écrit sur cette sorte de garde prétorienne dirigée par Yamada. Les Japonais ont porté au stade de la perfection la métallurgie des armes blanches, leurs fameux katanas dont la confection nécessite une année de travail. Les Japonais d’Ayutthaya l’ont appris au Siamois.


samurai-swords-masahiro-flower-katana


Les Siamois avaient-ils alors besoin de « mercenaires » ?


Il n’y a aucune armée permanente autre que la garde du roi (6). Certes, régnant sur une population d’esclaves, le monarque peut en deux jours réunir une force de 60.000 ou 80.000 hommes, mais, mal armés, incapables d’utiliser leur artillerie, et, n’ayant rien à défendre, ne pouvant se battre avec le courage des hommes libres (7).


La réponse nous est donné par le Prince Damrong lui-même selon lequel, dès leur arrivée au Siam, les Portugais apprirent trois choses aux Siamois, « l’art de faire des armes à feu, celui de s’en servir et celui d’édifier des fortifications contre ces armes à feu » (8).


En contact depuis longtemps avec les Chinois, les Siamois n’ignoraient probablement pas l’existence des armes à feu mais il est constant que si les Chinois ont ou auraient inventé les armes à feu, ils n’ont jamais développé une technologie donnant à ces armes la redoutable efficacité que les Européens donnèrent à leurs canons et à leurs mousquets : Lors de la campagne franco-anglaise de Chine en 1860, quelques milliers de soldats français et anglais armés de fusils à répétition et de canons à longue portée ont défait des centaines de milliers de soldats mongols armés d’arc, de flèches et d’arquebuses à mèche que l’on ne trouvait déjà plus alors que dans nos musées (9).


arquebuse


Fondre un canon et le pointer, fabriquer de bons boulets, concocter une bonne poudre qui explose sans fuser, est une science sinon un art, n’oublions pas que les premières « bouches à feu » utilisées en Europe au XIVème siècle était aussi dangereuses pour leurs servants que pour leurs ennemis. La confection de la poudre à canon, c’est de la chimie et, nous apprend La Loubère, les chimistes siamois -« des imposteurs et leurs dupes »- ne se consacrent qu’à « la vaine recherche de la pierre philosophale ». (voir plus bas notre référence sur la chimie siamoise)


L’histoire des 120 mercenaires portugais est longuement abordée par Fernando Mendez Pinto  


Mendez pinto

 

(10) : leur participation et leur victoire lors de la campagne contre Chiang Maï en 1545 avec les armées royales composées de 400.000 ( ?) hommes comprenant 70.000 ( ?) mercenaires étrangers « de diverses nations », des Turcs, des Janissaires (11), des Mores, des Abyssins même (12)

 

Abyssin

 

et 120 ou 130 Portugais dont Domingo de Seixas.


En parlant du Siam, Pinto est cruellement réaliste, rêvant manifestement d’une « colonisation » manquée : « La conquête nous en eut été beaucoup plus utile que ne sont aujourd’hui tous les états que nous avons dans l’Inde joint que nous la pouvions faire avec beaucoup moins de frais ».


L’armement des Siamois ? « Pour toute artillerie, il n’y avait que quelques fauconneaux et quelques mousquets de bronze ».


Leur art des fortifications ? « La plupart de ces peuples n’ont point d’autres fortifications ou murailles dans leurs bourgs que des palissades de bois, tellement qu’il serait facile à quiconque les attaquerait de s’en faire maître. D’ailleurs avec ce que les habitants de ces villes sont naturellement efféminés, ils n’ont pas accoutumés d’avoir des armes défensives »

palissades-copie-1

Un siècle plus tard, La Loubère n’est guère plus tendre (13) :


« L’art de la guerre est fort ignoré à Siam : les Siamois sont peu portés à ce métier. L’imagination trop vive des pays trop chauds n’est pas plus propre au courage que l’imagination trop lente des pays froids. Il ne faut que la vue d’une épée nue pour mettre en fuite cent Siamois ».

Il n’est pas plus tendre non plus avec les métis : « Je dis bien plus : tout homme né aux Indes est sans courage, encore qu’il soit né de parents européens, et les Portugais nés aux Indes en ont été une bonne preuve. Une société de Hollandais ne trouvé (sic) en eux que le nom et le langage et non la bravoure des Portugais ».


Il cite le cas d’un Provençal nommé Cyprien, oublié de l’histoire,  au service du roi de Siam comme canonnier qui, lassé de la mauvaise qualité de ses troupes lors d’une guerre contre le roi de Singor, entra seul la nuit dans le camp adverse et s’empara du roi sous sa tente.


« Or, quoique les Siamois nous paraissent peu propres à la guerre, ils ne laissent pourtant pas de la faire souvent et avec avantage parce que leurs voisins ne sont ni plus puissants ni plus braves qu’eux »… « Le roi de Siam n’a d’autre troupes entretenues que sa garde étrangère ».

« Le royaume de Siam étant assez fort pas ses forêts impénétrables et le grand nombre de canaux dont il est coupé et enfin par l’inondation annuelle de six mois, les Siamois n’ont point voulu jusqu’ici de places bien fortes de peur de les perdre et de ne pouvoir les reprendre ».

« Les Siamois n’ont pas beaucoup d’artillerie. Un Portugais de Macao qui est mort à leur service leur a fondu quelques pièces de canon mais pour eux je doute qu’ils sachent jamais en faire de médiocrement bons ».


La Loubère est tout aussi critique quand il analyse la stratégie et les tactiques des armées siamoises.

 

La partie forte de leur armée, faute de cavalerie significative, ce sont les éléphants mais leur efficacité tactique est limitée. Nous savons, lorsqu’on apprenait l’histoire dans les écoles primaires, que si les éléphants d’Hannibal (« le chef borgne monté sur l’éléphant Gétule ») effrayèrent les légions romaines qui n’en avaient jamais vu, très vite les Romains constatèrent qu’il s’agissait d’animaux peureux qu’ils apprirent à mettre en fuite en lançant des troupeaux de truies hurlant à cause de lumignon attaché au derrière.


traversee-du-rhone-par-les-elephants-d-hannibal


Les Siamois, nous apprend-t-il, ignorent tout de l’art de fortifier une place et plus encore de l’investir.


« Il n’y a proprement point de places fortifiées dans le royaume de Siam ; elles sont petites et mauvaises et soutiendraient à peine la première insulte de nos soldats. »

Il n’est pas plus tendre pour la marine siamoise, quelques barques utilisées pour le commerce et parfois pour la course « mais les officiers et les matelots à qui il  (le roi) les confie sont étrangers, et jusqu’à ces derniers temps, il les avait choisis anglais ou portugais, depuis peu d’années, il y avait aussi employé des français ».


navire


Nous pouvions penser que La Loubère, observateur scrupuleux du Siam, avait en la matière une vision négative eu égard à ses propres connaissances ? Le Prince Damrong, en ce qui concerne la marine aussi, donne une éclatante confirmation à ses propos (14). Il est vrai qu’au XVIème et au XVIIème, la marine de guerre siamoise est inexistante.


N’oublions pas que beaucoup plus tard encore lors de l’incident de Pak Nam en 1893, le plus beau fleuron de la marine de guerre siamoise était le yacht royal et la marine royale commandée par un amiral de bateau lavoir qui se faisait pompeusement appeler « de Richelieu » (15).


richelieu-04

 

Il n’y a pas non plus d’armée permanente, si ce n’est la garde personnelle du roi. La garde japonaise, nous en avons parlé d’abondance (3) avait du temps de la Loubère été dissoute. Toujours du temps de La Loubère, le roi a une garde composée de "volontaires" laos, d'une compagnie maoresque (qu'il considère comme des "francs poltrons"), une compagnie particulièrement courageuse composée de Tartares et de Chinois, mais armés seulement d'arcs et deflèches et une autre de "Rasbouttes" (sic) venus des Indes (problablement d'Hyderabad (?)), dont le courage et la férocité seraient essentiellement  dus à la consommation d'opium.

 

 

Quelles étaient les motivations de ces mercenaires ?


La réponse, pensons-nous, est limpide.


Le Portugal est un pays minuscule comportant tout au plus à cette époque un gros million d’habitants. Pour être pauvres comme job (« misérable en mon pays durant ma jeunesse » nous dit Pinto en tête de ses mémoires), les hobereaux ibères sont orgueilleux comme des coqs, ils n’ont point d’autre avenir, et ils l’ont démontré, que de partir à la conquête du monde. Pinto nous donne dans le premier volume de ses mémoires la liste des officiers commandant les cinq navires partis vers l’est. C’est un armorial de la noblesse portugaise (10).


armorial


Le Japon à l’époque de Yamada est aux mains de la caste militaire et l’avenir est bouché pour quiconque n’appartient pas à la caste des samouraïs, Yamada fit le choix de l’expatriation obligée et termina sa vie comme vice-roi au Siam.


roninG


Nulle trace au moins apparente d’esprit de lucre chez ces aventuriers, en tous cas, nulle autre récompenses que l’autorisation de résider au Siam, d’y commercer et de pratiquer librement leur religion. Probablement, tels Jules César, préféraient-ils « être le premier dans leur village que le second à Rome » ?


***


Si l’existence de ces bataillons de « prétoriens » portugais ou japonais nous est bien connue, n’ayons garde d’oublier une autre catégorie de volontaires entrés individuellement et pour des raisons diverses au service du Siam.

Des ces marins, hollandais, français ou portugais, obscurs et sans grades, nous ne savons hélas  rien d’eux. Si les Siamois ignoraient tout de l’art de la guerre, il en était probablement de même en ce qui concerne celui de la navigation en haute mer, naviguaient-ils autrement qu’en cabotant, savaient-ils le faire au vu des étoiles ou de la boussole, nous l’ignorons mais leurs pilotes étrangers le savaient.


Au-delà de ces modestes techniciens, fondeurs de canons, constructeurs de fortifications, professeurs de balistique, tireurs d’élite, fondeurs de sabres, pilotes de navires et courageux combattants, les Siamois n’ont pas craint de confier non plus à des étrangers de très hauts postes de responsabilité. Ne parlons pas de Phaulkon, l’aventurier grec devenu premier ministre, nous le connaissons bien.


220px-Constantin Phaulkon


Michael Smithies nous rappelle opportunément l’existence de quelques Français qui ont atteint de très hauts postes de responsabilité dans le royaume de Siam (16).

 

Citons La Loubère (note 13 – page 345 s.) après Smithies : « IX – Les Siamois ne savent pas faire un fort de bois. Il y a quelques années que voulant faire un fort de bois sur la frontière de Pegu, n’eut pas de plus habile homme à qui il en pût commettre le soin, qu’un nommé frère René Charbonneau, qui, après avoir été valet de la mission de Saint Lazare à Paris, avoir passé au service des Missions étrangères, et était allé à Siam. Frère René, qui pour toute industrie savait faire une saignée et donner un remède à un malade (car c’est par de pareils emplois de charité, et par des présents, que les missionnaires sont soufferts et aimés en ces pays là) se défendit tant qu’il put de faire ce fort, protestant qu’il n’en était pas capable : mais il ne put enfin se dispenser d’obéir, quand on lui eut témoigné que le roi de Siam le voulait absolument. Depuis, il a été trois ou quatre ans gouverneur de Jonsalam (Phuket) par commission et avec beaucoup d’approbation … »   Ni missionnaire (c’était un laïc) mi médecin ni architecte ni ingénieur quoiqu’on puisse lire sur Wikipédia ! (17). S’il est entré au service du roi de Siam, à son corps défendant, ce n’est probablement que par respect de l’obéissance qu’il devait à son Ordre et sans la moindre arrière-pensée mercenaire.


« Le sieur Billy, maître d’hôtel de Monsieur de Chaumont lui succéda dans l’employ de Jonsalam » nous apprend ensuite La Loubère.

Smitihies faisant référence à des documents de la Bibliothèque nationale, auxquels nous n’avons pas accès, nous apprend l’existence d’un provençal nommé Rival et qui aurait été gouverneur de l'un des « quatre petits gouvernements » de la région de Phuket (18). Nous ignorons tout de ce Rival.


Le Chevalier de Forbin, nous avons longuement parlé de lui (19), fut en 1685 bien à son corps défendant, contraint de rester au Siam pour assumer le poste de gouverneur de Bangkok, sans esprit mercenaire non plus mais par fidélité à son roi.

 

Forbin


Un jeune cadet de famille, le Chevalier de Beauregard, succéda à Forbin, d’abord à Bangkok, ensuite à Mergui en remplacement de l’anglais Samuel Blanc, jusqu’en 1687. Celui là, s’il est resté au Siam (comme Billy, le maître d’hôtel promu au rang de gouverneur), cadet d’une famille noble sans avenir en France, c’est probablement pour y trouver fortune, il n’y trouva, en 1692, que la mort en esclavage aux côtés du jésuite Pierre d’Espagnac.


Au Chevalier de Beauregard succéda au poste de gouverneur de Bangkok, de par la volonté de Versailles, un militaire, Monsieur de Vertesalle. Il dut prendre la fuite après le siège de Bangkok de 1688 pour se retrouver à Pondichery l’année suivante. Il périt probablement lors de son voyage de retour vers la France sur le navire « l’oriflamme » perdu en février 1691 au large des côtes de Bretagne, transportant les trésors de Phaulkon et les fils du Général Desfarges.

 

 

***


Si les Siamois ont des connaissances balbutiantes dans l’art de la guerre, qu’en est-il de leur médecine ?


Faisons une fois encore appel à La Loubère : « La médecine ne peut mériter chez les Siamois le nom de science. Les principaux médecins du roi de Siam sont Chinois et il y en a aussi de Siamois et de Pégouans et depuis deux à trois ans, il a pris en cette qualité Monsieur Paumart, l’un des missionnaires français séculiers auquel il se confie plus qu’à ses autres médecins » (voir note 13, pages 238 à 245 : « De ce que les Siamois savent en médecine et en chymie », ce qu’il nous dit de la médecine siamoise est effarant).


Nous savons beaucoup de choses sur le père Etienne Paumard, des Missions étrangères, auquel Smitihies ne fait qu’une brève allusion, par Monseigneur Launay : Né à Laval, en Mayenne, vers 1640, arrivé au Siam en 1676 en même temps que le frère René Charbonneau, et mort à Ayuthaya le 20 octobre 1690 (il est enterré à l’église Saint Joseph d’Ayuthaya),


 

Paumard

 

Monseigneur Pallegoix lui attribue des guérisons miraculeuses (évidemment) dont « le bruit se répandit dans tout le royaume et vint aux oreilles du roi » (21). Il fut le médecin avant d’être le confesseur de Phauklon avant son martyr. « Ça a été une providence que M. Paumard ait donné des médecines au défunt roi car cela l’a fait connaître à quelques mandarins qui l’ont sauvé de la prison et fait et lui ont fait accorder toute liberté » (21).


Nous connaissons par Smithies l’existence d’un autre médecin, Daniel Brouchebourde, français de Flandres, protestant probablement (22), arrivé en 1672, à l’origine d’une dynastie de médecin au service du roi de Siam. Protestant, il a probablement fui la France à l’époque où Louis XIV engagea une procédure de conversion forcée des protestants, à partir de 1660 (début des célèbres dragonnades) et y resta certainement volontiers après la révocation de l’édit de Nantes en 1688.


  ***

Il nous faut maintenant revenir à nos militaires, aventuriers ou mercenaires.

 

Nous savons que Vientiane a été rasé et ravagé par les Siamois en 1828. Lunet de la Jonquère parle d’une armée siamoise commandée par le général Bodin (23), Paul Neis (24) parle de Phya Bodin « dont on ne parle encore qu’en tremblant dans le Laos ». Pour Pavie (25) il s’agit de Phya Soupha Védy « devenu Chao Phya Bodin ». Ce général Bodin fera encore parler de lui (en mal) au Cambodge quelques années plus tard. Commandant en chef des armées siamoises, son nom laisse à penser qu’il s’agit probablement d’un mercenaire français sur lequel, malheureusement, nous ignorons tout.

Nous avons fait la connaissance d’un autre aventurier, un vrai, tout autant aventurier que mercenaire même s’il mourut pauvre, pittoresque à défaut d’être vraiment sympathique, Paul Ganier, éphémère commandant en chef des modestes armées royales, nous lui avons consacré un – long – article, sur lui, les sources abondent (26).


C’est probablement aussi l’esprit de lucre qui guidait « l’amiral en chef de la marine siamoise », ce danois, marin pour de bon puisqu’il convoya du Danemark au Siam un yacht que le roi y avait fait construire. Probablement d’origine française puisqu’il se serait nommé Duplessis, portant beau, se parant d’un nom prestigieux sur lequel il n’avait aucun droit (27) il fut néanmoins nommé Amiral en chef de la très modeste marine siamoise. Il n’y brilla pas par ses exploit guerriers mais il mourut riche même si ses héritiers furent il y a quelques années contraints de vendre ses dépouilles à l’encan à Bangkok (28).


  ***


Les plus hauts postes de responsabilités dans l’état siamois, civils ou militaires, la santé même du roi,  confiés à des « farangs », voilà bien une étonnante constatation à l’heure où la simple évocation du seul droit de vote des étrangers en France suscite des discussions passionnées.

 

 vote

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(1) « L’arrivée des premiers européens au Siam, les Portugais ».


(2) « les Portugais au Siam selon Madame Rita Bernardes de Carvalho ».


(3) « Yamada Nagamasa, le Japonais qui devint vice-roi au Siam au XVIIème siècle ».


(4) « Le Prince » chapitre 12 « Des diverses espèces de milices et des soldats mercenaires », traduction Ferrari, à Paris, 1897.


(5) « Vie des douze César » César XXIV – 2 – édition folio 2001.


suetone


(6) L’ébauche d’une armée permanente sera, en 1852 seulement, l’œuvre du roi Mongkut.


(7) Ces considérations sont de Jérémias Van Vliet « Les révolutions arrivées au royaume de Siam », à Paris, 1663. Ces chiffres sont beaucoup plus plausibles que les centaines de milliers de combattants souvent visés dans les Annales.


(8) Prince Damrong « The Introduction of western culture in Siam » in « Journal of the Siam society » 1925.


(9) Bernard Brizay « Le sac du palais d’été »,éditions du rocher, 2003.


(10) « Les voyages adventureux de Fernand Mendez Pinto », traduction de Bernard Figuier, trois volumes, à Paris, 1830, essentiellement sur le Siam, volume 3, chapitres 181 à 187.


Pinto


(11) Les janissaires étant recrutés par les Turcs essentiellement dans leurs territoires Illyriens actuellement la Croatie, la Slovénie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, l'Albanie et le Kosovo, écrira-t-on un jour sur la « présence illyrienne au Siam » ?


janissaires


(12) D’où venaient-ils ?


(13) « Du royaume de Siam » par Monsieur de la Loubère, tome Ier, à Paris 1691 notamment troisième partie, chapitre VIII « De l’art de la guerre chez les Siamois et de leurs forces de mer et de terre » et XI « Du Palais et de la garde du roi ».


(14) Prince Damrong « Histoire des bateaux de guerre siamois » traduit par Jean-Claude Brodbeck in « Arts asiatiques », Tome 34, 1978. pp. 173-237.


(15) voir notre article « Monsieur Duplessis de Richelieu, Commandant en chef de la marine siamoise en 1893 ».


(16) Michael Smithies  « Les gouverneurs français de Phuket, Bangkok et Mergui au XVIIème siècle » In : Aséanie 7, 2001. pp. 59-78.


(17) Sur Charbonneau, voir « Historical retrospect of Junkceylon island » par le colonel G.E. Gerini, in « annals of the Siam society » 1905m volume II. « Phra Sarasasana Balakhandh », le Colonel Emilio Gerolamo Gerini, un « mercenaire » (encore un !) italien fut le premier directeur général du « Département de l'éducation militaire de l'Armée royale siamoise » au début du siècle dernier et l’un des piliers fondateurs de la Siam society.


(18) Manuscrit anonyme « Relation de Jonsalem au Royaume de Siam » novembre 1686, Archives nationales, Cl 23 fs.H6-117v.


(19) Voir notamment notre article 7 : « Les relations franco-thaï, le comte de Forbin ».


(20) « Description du royaume thaï ou Siam », premier volume, pages 164 s.


(21) « Histoire de la mission de Siam – 1662 – 1811 » par Adrien Launay, volume I, à Paris en 1920. Voir aussi sur le site des Missions étrangères la notice qui lui est consacrée :


http://archives.mepasie.org/notices/notices-biographiques/paumard


(22) « Relation succinte du  changement surprenant arrivé dans le royaume de Siam en l’année 1688 » (traduit du hollandais – 30 novembre 1688), inventaire des manuscrits des archives nationales établi par Ferréol de Ferry sur le site des archives nationales d’outre-mer :


http://anom.archivesnationales.culture.gouv.fr/ark:/61561/br783qkksor.form=complexe


(23) « Vieng Chan » in : « Bulletin de l’école française d’extrême orient » tome 1, 1901 pages 99 s.


(24) « Sur le Laos » in : « Bulletin de la société d’anthropologie de Paris » IIIème série, tome 8, 1885, pages 41 s.


(25) « Mission Pavie – Indochine – recherches sur l’histoire du Cambodge, du Laos et du Siam ».


(26) Voir notre article « Paul Ganier, un voyou de Montmartre, commandant en chef des armées du roi du Siam »


(27) Pas plus qu’il n’a consulté le casier judiciaire de Ganier (l’institution existait depuis 1848 remplaçant avantageusement le marquage au fer rouge) le roi consulta-t-il le célèbre « Almanach de Gotha » qui existait depuis 1820


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et qu’il lui aurait appris qu’il n’y avait de vrai Richelieu que le Duc français. L’ambassadeur de France, le comte de Kergaradec aurait pu le renseigner utilement.


(28) Voir notre article « Monsieur Duplessis de Richelieu, commandant en chef de la marine siamoise en 1893 ».

 

 

 

 

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