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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 23:02

king narai titreNous avons déjà beaucoup évoqué le règne du roi Naraï, mais nous n’avons pas encore « exposé » comment son règne avait été présenté par les chroniqueurs siamois, dans « Les Chroniques royales d’Ayutthaya ». On pouvait là, découvrir non seulement la façon siamoise de raconter leur Histoire, mais aussi leur échelle de valeurs, leur culture, du moins celle du pouvoir royal.

Notre introduction rappelait que les successions sont souvent sanglantes (5 voire 6 rois exécutés de 1605 à 1656). Le roi Naraï lui-même disions-nous, avait pris la couronne, après avoir aidé son oncle Phra Si Sutham Racha (frère de Phrasat Thong) à prendre le pouvoir en exécutant le roi Chao Fa Nai, et en l’exécutant deux mois et vingt jours plus tard.

 

Chao Fa Naï


De fait, Alain Forest in Le processus traditionnel de légitimation du pouvoir royal dans les pays de bouddhisme theravâda*, confirme que :

« Dans le Siam des XVIIe‑XVIIIe siècles, le moment de la suc­cession est particulièrement périlleux et il n’est pas rare que les habitants, notamment les commerçants, quittent la capitale d’Ayutthaya au moment où s’annonce la mort du roi. Les combats ne durent généralement pas mais ils sont d’une terrible violence, se terminant fréquemment par l’élimination de tous ceux qui peuvent constituer un danger pour le vainqueur : autres princes et chefs (ministres notamment) de leur parti ».


Mais une fois la victoire acquise, le nouveau pouvoir doit légitimer son accession au trône en suivant un processus traditionnel qui ne peut se comprendre  que dans le cadre mythico-religieux du bouddhisme theravâda, (avec les divinités indiennes Brahma, Vishnu, Shiva)


 

divinités indiennes

 

avec la cérémonie d’intronisation du nouveau roi et les funérailles solennelles du roi précédent.

 

obsèques


Ainsi les Chroniques royales vont commencer le récit du règne du roi  Naraï, en justifiant le  nouveau titre royal de Naraï,  par sa victoire acquise contre ses royaux adversaires et par les mérites acquis, et en donnant une date exacte pour le début de son règne, pour la cérémonie du couronnement.


1/ La date.


datation


Nous sommes toujours surpris que malgré la datation imprécise et aléatoire, le début de règne ou de certains grands événements soient données, dans les Chroniques royales,  avec une date exacte qui n’oublie pas les minutes. (Cf. notre article 59. Une chronologie incertaine pour écrire l’histoire d’Ayutthaya, indiquant des écarts de 20 ans entre les chroniqueurs). Cette tradition s’explique aisément par la volonté du nouveau pouvoir d’être intronisé le jour et l’heure voulus par les dieux et les astres, que donnent les brahmanes attachés à la cour. Ainsi ici :


« 1018 of the Era, a year of the monkey, eight of the decade, on the eleventh day of the waxing moon in the twelfth month, a Friday, at two nalika and four bat in the afternoon”.


(avec toutefois une autre date à la ligne suivante pour le couronnement “1018 of the Era, a year of the monkey, eight of the decade, a Thursday, the second day of the warning moon of the twelfth month, at two nalika in the afternoon”).


On peut être surpris par ce pouvoir accordé aux brahmanes dans une société que l’on présente comme une société bouddhiste.


Brahmanes


Mais nous avions montré dans nos article 5 et 6 que l' expansion indienne dans la région correspondant  au Vietnam, au Cambodge, à la Birmanie et au centre de la Thaïlande actuels s'était traduite sur le plan politique par la formation de cités/Etats de type indien, avec le Champa, le Founan, le Sri Ksetra et le Dvaravati, du IIème au VII ème siècle ;


Dvaravati

 

et comment à partir du VIe siècle, le royaume du Cambodge (que l'on appelle également l’empire khmer va prendre le dessus sur le Fou-nan dont il était autrefois le vassal, pour devenir le royaume indianisé dominant jusqu'au XIIIe siècle. En 1239, deux princes thaïs, Pha Muang et Bang Klang Hao, se révoltèrent contre les Khmers à Sukhotai, avant-poste du royaume d’Angkor et fondèrent le premier royaume thaï ;

Ils héritaient du modèle de la société khmère et d’une langue, le sanscrit,


 

Panini sanskrit 0

 

(langue sacrée de l’hindouisme et du bouddhisme), employée dans les chancelleries royales et langue de communication généralisée, (comme le latin en Europe), commun à l’ensemble du monde indien et indianisé. Bang Klang Hao devenait d’ailleurs le roi de Sukhotai sous le titre brahmanique de Sri Indraditya.


Toutefois Michel Jacq-Hergoualc’h, dans son livre sur « Le Siam » précisait que les brahmanes « n’eurent au Siam qu’une influence limitée au cercle royal, leur présence allant de pair avec leur connaissance des rituels royaux brahmaniques et des textes sanscrits afférents ». Mais on pourrait lui rétorquer que dans la mesure où le pouvoir était à la cour, leur influence fut différente selon les rois, et ceci d’autant plus que tous croyaient au pouvoir de leur divination. Rien ne pouvait se faire d’important sans leur divination, qui solennisait l’accord des dieux.  

Mais une chose est sûre, la date d’intronisation est décidée par les brahmanes et la cérémonie est conduite par le rituel brahmanique.

 

2/ Les mérites ?


D’entrée donc, les Chroniques royales légitiment le pouvoir de Naraï par les mérites acquis.


Cette légitimation est d’autant plus acceptée, nous dit Louis Gabaude**, « qu’elle obéit à la loi fondamentale, qui selon le Bouddha, régit les destinées : la loi de la rétribution des actes, autrement dit la loi du karma […] il n’y a pas de hasard ni dans la cité, ni dans les positions sociales,  ni dans les situations politiques car chacun se trouve là où il le mérite, là où ses actes passés l’on fait naître dans l’aujourd’hui de son histoire.» […] « Si le roi est roi, c’est qu’il le mérite, et s’il le mérite, il doit être respecté » ; comme les nobles de son royaume : « Vous tous, vous avez accompli des actes méritoires, observé la loi et accumulé des mérites dans votre existence antérieure, c’est pourquoi vous naquîtes seigneurs. » (Coedès et Archaimbault, Les Trois Mondes, cités par Gabaude, op. cit.).


Le roi règne selon le Dharma, (l’enseignement du Bouddha) d’où son titre de Dharmarâja ou de Dharmikarâja. Il est, comme Asoka, « le modèle historique réalisé »,

 

Asoka

le « monarque universel ». Il possède les 10 vertus royales, les 7 trésors (disque de gemme, éléphant, cheval, joyau, épouse, trésorier, fils) … Il protège, soutient la Sangha (communauté religieuse des bonzes). (in Religion et politique en Thaïlande : dépendance et responsabilité».*


Forest conteste ce modèle du roi Asoka :


« Contrairement à ce qui est souvent écrit, ce n’est pas le grand empereur indien Açoka qui constitue au Cambodge ou au Siam le modèle du roi bouddhique – ce modèle n’émergera que tardive­ment, sous l’influence des travaux orientalistes du XIXe siècle et demeure une production de cercles intellectuels. De même, les rois des pays étudiés ne se revendiquent‑ils pas, sur le modèle d’Açoka, comme des çakravartin, des souverains universels capables de faire rayonner l’universalité de la Loi bouddhique. Le modèle demeure plutôt de type angkorien, souverain « astral » qui demande à être reconnu comme un « roi des rois ». Quant aux rois thaïs ou khmers, ils s’identifient essentiellement au Ramâ du Ramâyâna – avatar du dieu Vishnou et modèle de la royauté humaine mais selon une épo­pée qui a été naturalisée et entièrement « bouddhisée » quand le bouddhisme theravâda s’est imposé à la région à partir des XIIe‑XIIIe siècles.***

Enfin, quel que soit le modèle reconnu par les spécialistes, Asoka ou Ramâ du Ramâyâna (– avatar du dieu Vishnou), le roi est divin,  l’incarnation d’un dieu, d’un roi mythique, de Bouddha même pour certains. « En tout état de cause, le roi doit être un dhammarâja, un roi selon la Loi bouddhique. » (Forest)


3/ La cérémonie d’intronisation royale. Le titre royal.


Au jour et à la minute J, selon les traditions des rois glorieux du passé, la cérémonie commence, alors que tombe du plafond de l’eau parfumée. Les « professeurs »  royaux souhaitent au roi, bonheur, prospérité et fortune et lui attribuent selon ses mérites reconnus, les titres suivants, qui pourraient donnés en français approximativement : 


intro 1


« Le Saint Suprême Souverain Roi des Rois, Éminent Seigneur Rama, L'Unique Glorieux Omniscient, Shiva, le Suprême et Grandiose Conquérant du Monde, Rama Régnant, Éminent Seigneur des Lois et des Royaumes, Glorieux et Éminent Seigneur de la Création, Préservation et Conservation de la Montagne Cakkrawan, Éminent maître du Soleil Agni, Glorieux, Merveilleux et  Étendu Mérite, Agni le Génial et Brillant, Soleil des Trois Mondes,

Puissance de Brahma, Maître des Dieux, Seigneur des Dieux sur Terre, Atmosphère Précieuse de la Race Humaine, Incarnation des Redoutables Onze Individus, Unique Pur et Orgueilleux, Souverain de la Détermination, Origine des Mantras Daro (des Morts?), Vertueux Infini, D'une Portée Considérable, Éloquent et Roi du Triomphe de par le Refuge de la Puissance et Maitre des Trois Mondes,  Dirigeant des Rois, Incarnation du Triomphe sur les Ordres et Savoirs des Dix Puissances, Seigneur du Royaume de  Lignée Royale Triomphant sur les Étendues et Éminentes Montagnes de Puissances, Incarnation de l’Éminent Seigneur Suprême, Éminent Seigneur des Trois Mondes, Ancien Frère Supérieur du Monde, Couronne Pure et Diadème Précieux, Glorieux Lotus de Lignée Solaire, Incarnation de L'Omniscient et Originel Bouddha, Révérence Souveraine et Saint Seigneur Bouddhique, Saint Seigneur de la Capitale Céleste et Grandiose Métropole de l' Excellente Thawarawadi et Glorieuse, Ayutthaya,  Magnifique Royaume Pré-Imminent, (Neuf fois) Précieuse Cité Royale ».

(Cf. traduction du thaï par Cushman en anglais****)

 

Un titre impressionnant, non ? Que seuls les  spécialistes peuvent interpréter. Même Mgr Pallegoix au XIXème siècle, pourtant habitué au cérémonial siamois, disait : « Les titres des rois sont très emphatiques; on l'appelle chao phen din, le maître de la terre; chao xivit le maître de la vie; phra-maha-krasat l'auguste grand empereur, etc. Il est en effet le maître de tout le pays, car il perçoit lui-même tous les impôts, et il congédie sans façon tous les habitants d'un endroit s'il lui vient fantaisie de prendre leur terrain pour y faire une pagode ou autre chose; néanmoins, il les dédommage en partie des frais de déménagement. Il n'est pas permis de le nommer par son propre nom il faut le désigner par les titres rapportés (…) autrement on serait mis en prison ».


Ensuite le roi reçoit les 5 insignes royaux et autres récipients royaux, les 8 signes ( ?) qui l’établissent dans sa majesté selon les saintes écritures (ils ne sont pas cités), et les bénédictions de bonheur, gloire et prospérité. Le roi intronisé, sous le son des conques, assure sa protection  à tous : moines et brahmanes, phraya, ministres et fonctionnaires, chefs et sujets de toutes les cités du royaume, ainsi que le bonheur, la joie et la prospérité (cela est ainsi répété). Ensuite, tous ceux qui dépendent du roi, les thao phraya, ministres et chefs  de chaque ministère, rendent hommage au roi et lui font allégeance, selon les anciennes traditions. (Lesquelles ?)

 

Intronisation 2

 

Et « cela est terminé », concluent les Chroniques.

 

Ici, les chroniqueurs ont vraiment fait au plus court, en consacrant plus d’espace aux titres de Naraï, qu’à la cérémonie elle-même, qui devait comporter plus d’étapes, de rites, de cérémonial.

 

Forest nous  donne une description générale plus détaillée :


« Dans la salle, le roi se revêt du simple tissu blanc de l’ascète et de la mort et est alors aspergé d’eau par les brahmanes (les bakou) qui opèrent encore dans les palais de la Thaïlande et du Cambodge. Ainsi purifié, il accède enfin à l’état de roi. Revêtu des parures et de la majesté royales, il monte s’asseoir sur le très haut trône semblable à une montagne ; là, les brahmanes viennent lui présenter les regalia (épée et lances sacrées, parasol, mais aussi plusieurs sortes de récipients et de vases…) ainsi qu’un peu d’eau et de terre tirées des divers fleuves et rivières et de divers endroits du pays. Au terme de cette présentation, et au Cambodge tout au moins, le roi déclare solennellement : « L’eau, la terre, les forêts et les montagnes ne peuvent être prises par nous. Je les laisse aux religieux bouddhiques, à tous les gens du peuple, à tous les animaux afin qu’ils y trouvent honnêtement leur subsistance ».


Les moines bouddhiques, présents et psalmodiant des sûtra, ont assisté à la purification du roi mais ils se sont éclipsés au moment où le roi est monté solennellement sur le trône. Quelques commentateurs ont interprété ce retrait des moines comme un refus d’assister à la suite de l’intronisation parce que celle‑ci prendrait alors une tournure trop brahmanique. L’explication est quelque peu simpliste… avec une part de pertinence. À la différence de ces commentateurs – dont l’un des grands exercices fut de dégager les diverses strates (substrat originel, brahmanique, bouddhiste, etc.) qui seraient perceptibles au sein des expressions de la culture khmère –, aucun des participants de cette cérémonie n’imaginait que la cérémonie d’intronisation pût être comme une sorte de mille‑feuille rituel ! L’exercice de dichotomisation procède d’une archéologie occidentale du savoir, qui n’a que peu à voir avec le rituel tel qu’il était reçu et perçu, au moins jusqu’à un passé très récent, à savoir comme un tout cohérent et parfaitement « bouddhisé ».


Il se trouve pourtant que, par sa montée sur le haut trône, le roi va manifester à tous qu’il est désormais le maître absolu dans le monde des humains – c’est à ce moment qu’il devient le souverain au pouvoir indiscutable. La communauté (sangha) des moines bouddhiques, qui ne peut se passer d’un roi (ou d’un chef d’État) protecteur de la religion, ne saurait certainement pas protester contre le pouvoir absolu des souverains et le départ des moines à un moment crucial du rituel n’est certainement pas mouvement d’humeur contre le caractère trop brahmanique du rite. Seulement, en bouddhisme theravâda, il y a des « existences » qui sont supérieures au roi : à savoir les renonçants, les moines bouddhiques. En se retirant quand le roi va manifester qu’il est véritablement devenu le « maître des existences », les moines marquent seulement que la souveraineté du roi est limitée, qu’elle ne saurait s’exercer « absolument » à l’égard de ces existences que sont les moines. Le retrait de ces derniers et, en retour, le geste du roi qui après avoir pris « possession » de toutes choses, les donne à la communauté des moines, aux hommes et aux animaux, ne sont que des traductions du complexe rapport entre le sangha et le roi  ».


4/ Ensuite, les Chroniques royales, sans oublier les formules d’usage concernant le roi nous apprennent que le roi Naraï, va manifester sa compassion envers ses sujets en accordant une réduction des taxes sur les droits de douane et  des marchés, pendant  trois années.


5/ Suit les funérailles du roi défunt.


Phra Si Sutham Racha, n’est plus le roi assassiné par son successeur Naraï, mais le roi saint bouddhiste, le seigneur impérial. Les Chroniqueurs ne font aucune référence aux événements sanglants de la succession, à l’histoire. On est désormais dans un recyclage religieux, où le roi Naraï autorise la mise à feu du corps saint royal, décoré de magnifiques objets, et placé dans une espèce de petite pagode d’or au milieu d’un dispositif composé d’autres petites pagodes magnifiquement décorées d’ombrelles d’or, d’argent, et aux cinq couleurs fondamentales, avec de nombreuses bannières et fanions cylindriques. Les Chroniques soulignent la magnificence de la parade, avec l’or en excès, la musique (les conques, trompettes, et gongs), la beauté des chars de la procession, avec les thao phraya, les conseillers royaux, tous les chefs, suivi par le roi, les danseuses du ballet royal, et 10 000 moines. Tous sont invités à donner cadeaux et aumônes au corps saint.


Ensuite le roi envoie les cendres, les nouvelles saintes reliques, au monastère de la sainte et glorieuse Omniscience, où les saints moines furent invités à méditer et à prier. Le roi y accomplit les rites religieux,  et quitte le cortège comme le saint de la lignée solaire des trois mondes, pour retourner dans son palais royal, où il se retire en signe de deuil.


Nul doute que ses funérailles suivent un cérémonial savamment orchestré qui honore le roi précédent, qui le sanctifie, et qui inscrit ainsi le roi Naraï dans la légitime succession des rois, sous l’autorité de Bouddha.

Il peut désormais régner.

 

sceau

 

Nota.

Forest estime que : « l’intronisation solennelle ne suit quasiment jamais immédiatement la prise de pouvoir. Récits et pratiques sont clairs sur ce point : au moins deux conditions sont préalablement requises, qui renvoient toujours à la nécessité de montrer une particulière puissance. 

La première est que le roi doit avoir pacifié et restauré l’ordre dans toutes les parties de son royaume. La seconde est qu’il doit procéder et présider à l’incinération solennelle de son prédécesseur. (Cf. la suite, note *****)

 

Forest

 

Mais si ensuite, les « Chroniques Royales d’Ayutthaya » racontent avec abondance les rumeurs, complots, révoltes et guerres (Cf. article 94), elles présenteront le roi Naraï, dans l’exercice de sa fonction royale : les réceptions d’allégeance, les visites royales de quelques muang vassaux, les cérémonies religieuses (cérémonie des cinq rites, L’Empreinte de Bouddha à Saraburi),


pied de bouddha

 

 

« l’inauguration » religieuse de nouvelles statues, avec la surprise de constater que beaucoup sont brahmaniques (Shiva, Brahma), la réception en grande pompe des éléphants blancs, symbole de sa puissance, de « sa chance » ... autant de « légitimations secondaires » de son pouvoir, que nous évoquerons dans l’article suivant. ******

 


 

 

___________________________________________________________

 

* Alain Forest, « Le processus traditionnel de légitimation du pouvoir royal dans les pays de bouddhisme theravâda », Journal des anthropologues [En ligne], 104-105 | 2006, mis en ligne le 17 novembre 2010, consulté le 23 juin 2013. URL : http://jda.revues.org/496

 

**L. Gabaude, In « Revue d’études comparatives Est-Ouest », Vol. 32, n°1 (mars2001), pp.141-173.


*** Un autre modèle royal, peut‑être plus tardif mais immensément populaire, est constitué par l’antépénultième existence du futur Bouddha Gautama, alors roi Vessantara, exemple d’absolu détachement, qui accepte de se dépouiller de tous ses biens, y compris de ses enfants, de sa femme et de son trône… mais qui, une fois son immense compassion reconnue, finit par revenir triomphalement en sa capitale. Ici, l’exemple de Vessantara – qui semble se populariser à partir du moment où la supériorité des Européens apparaît fatale – a pu être reçu comme porteur d’espérance : dépouillés ou affaiblis du fait des dominations occi­dentales, les rois bouddhiques pouvaient entretenir, via l’image de Vessantara, l’espoir d’un triomphe final. »


**** Traduction en anglais de Cushman du titre du roi Naraï :

« -of the Supreme Holy Paramount King of Kings, great Lord Rama, Glorious Omniscient One, Paramount Grand World Conqueror Siva of Kings, Reigning Rama, Great Lord (CD : of the Law) and the Realm (BDEF), Glorious Great Lord of the Creation, Preservation  and Destruction of the Cakkrawan Mountains, Great master of the Sun, Hari-Hari-Indra-Thada Great Lord, Glorious Wonderful and  Extensive Virtue, Agni the Brilliant and Shining , Sun of the Three Worlds, Porency of Rama, Master  of Gods, Earth Lord of Kings, Jeweled Atmosphere of the Race of man, Manifestation of the Eleven Dreaded Ones, Pure and Arrogant One, Paramount in Purpose, Origin of Daro (ou Taro) Mantras, Infinite Virtuous, Far-Reaching, Eloquent, and King of Victory through Power Refuge and master of the Three Words, Ruler of Kings, Incarnation of the Victor over the Directions and over the Knowledge of the Ten Power, Realm Lord of Royal Lineage Triumphant over the Extensive and Great Mountains of Potency, Manifestation of the Paramount Great Lord, Great Lord of the three Worlds, Superior Older Sibling of the World, Pure Crown and Jeweled Diadem, Glorious Lotus of the Solar Lineage, Manifestation of the Omniscient One and Incipient Buddha, Paramount Reverence and Holy Buddhist Lord, Holy Lord of the Celestial Capital and Grand Metropolis of Excellent Thawarawadi and Glorious Ayutthaya, Great Pre- Imminent Realm, Nine Jeweled Royal City and Beauteous Borough.”


On trouvera aussi plus « simplement » :สมเด็จพระนารายณ์มหาราช Somdét Phra Naraï Maharacha - « L’excellence, le sacré, Naraï le grand roi »


***** Forest estime que : « l’intronisation solennelle ne suit quasiment jamais immédiatement la prise de pouvoir. Récits et pratiques sont clairs sur ce point : au moins deux conditions sont préalablement requises, qui renvoient toujours à la nécessité de montrer une particulière puissance. 

La première est que le roi doit avoir pacifié et restauré l’ordre dans toutes les parties de son royaume. La seconde est qu’il doit procéder et présider à l’incinération solennelle de son prédécesseur. Cette dernière pratique remonte sans doute aux temps d’Angkor où s’étaient imposées, pour le nouveau roi, l’habitude puis l’obligation de faire survivre l’« essence » de son prédécesseur dans une image représentant une divinité brahmanique ou une entité bouddhique: il s’agissait là de faire « renaître » le défunt roi en puissante entité protectrice de son successeur. Si l’adhésion au bouddhisme thera­vâda introduit un changement dans le rituel, avec l’incinération solennelle du roi défunt mais aussi avec le dépôt de ses restes dans de majestueux reliquaires, la finalité reste la même : faire que ce roi, dont on pense qu’il est sans doute allé renaître en tant que divi­nité au paradis d’Indra, protège son/ses successeurs.

Alors peut s’effectuer l’intronisation. »

 

****** selon le titre de Gabaude (1.3. les légitimations secondaires : stupa, images et ordination royale, op. cit.)

 

 Loi du Karma

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