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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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28 août 2013 3 28 /08 /août /2013 23:02

cushmanin « Les chroniques royales d’Ayutthaya ». 

Louis Gabaude* nous apprend que « la légitimation bouddhiste des dirigeants politiques d’Asie du Sud-Est ne passait pas simplement par l’acceptation du fait accompli expliqué par la commune loi du karma et par des traités plus ou moins savants relayés par la prédication populaire. Elle était de surcroît visualisée, matérialisée, cristallisée par » ; et il évoque : la « grande relique », le grand stupa ou maha-dhâtu, les statues de Bouddha que l’on fait sculpter et que l’on  pare d’habits royaux, ou que l’on va « prendre » chez l’ennemi, pour ses pouvoirs. Une liste non limitative, dit-il, car  toute action royale participe d’un tel processus de légitimation et de citer : « découverte d’une trace de pied de Bouddha, d’un éléphant blanc, copie ou impression du Canon bouddhique, œuvres de bienfaisance, paix – mais aussi guerre victorieuse - , tout peut concourir à la grandeur d’un prince ».


Et de fait, après les cérémonies d’intronisation du roi Naraï et des funérailles de son prédécesseur, « Les Chroniques royales d’Ayutthaya » vont relater d’autres événements de nature religieuse et symbolique qui visent à exprimer et renforcer la fonction royale, d’autres légitimations. Ainsi peut-on « repérer » dans  le fatras chronologique des Chroniques: outre le titre royal, le rôle des brahmanes et de la divination, la commande de statues de Shiva, Brahma et Bouddha, pour honorer des cérémonies comme celle des cinq rites, le pèlerinage annuel à  « L’Empreinte du pied de Bouddha »,

 

Empreinte 2

 

la capture d’un éléphant blanc, l’importance des audiences royales (allégeance), l’attribution de cadeaux et de titres, les visites royales en Province et dans tous les cas, le respect du rituel, et le faste des processions royales. (Cf.  le plan des Chroniques en note**) 


1/ Le titre royal reçu par Naraï, lors de l’intronisation était déjà éloquent puisqu’ il faisait de lui le « le Maître des Dieux », « le seigneur des dieux sur terre », « le seigneur de la création », « le Dirigeant des Rois ». On précisait en le déclarant « l’ Incarnation de L'Omniscient et Originel Bouddha », « le Rama du Royaume », « le Suprême Shiva, Conquérant du Monde »,


 

Statue de SHiva 3

 

« le Maître des Trois Mondes », 

 

Maitre des trois mondes5

 

« le Génial et Brillant Agni »,  en lui donnant « la Puissance de Brahma »  … etc. (*** Cf. le titre complet en note).

 

Puissance de Braham 4


Le roi Naraï prenait ainsi la suite de glorieux prédécesseurs, mieux, il incarnait : Brahma, Shiva, Bouddha, Agni … Le roi Naraï assumait ainsi le brahmanisme, l’hindouisme, et le bouddhisme. En se déclarant« le Maitre des Trois Mondes », il se présentait comme l’incarnation du roi Asoka.

 

Asoka 6


Il faut savoir que le premier livre écrit en siamois (1345) par le roi Li Thay dit-on, a été le Trai Phum (les Trois Mondes). Sa traduction française de Coedès G. et Archaimbault C., nous dit Gabaude, comporte « la description du  monarque universel idéal et celle d’Asoka, le modèle historique réalisé, (qui) occupent 37 pages sur les 79 consacrés à l’étage des hommes ; cette proportion en dit long sur le message politique : si le roi est roi, c’est qu’il le mérite, et s’il le mérite, il doit être respecté. (p. 145, op. cit.) ****


De fait, les Chroniques royales du règne de Naraï indiquent qu’on est loin du seul bouddhisme theraveda, avec les hommages rendus à Brahma, Shiva, aux éléphants blancs (Vishnou),

 

elephant blanc 7

et la croyance au pouvoir de la divination des prêtres brahmanes.


2/ Les prêtres brahmanes et la divination.


Rien ne peut se faire d’important dans le royaume et dans la vie de chacun, sans avoir consulté les auspices, sans avoir recours à un prêtre-devin. Nous sommes dans un monde  sacré, où des forces du mal et du bien s’affrontent, où les planètes agissent, où des dieux interviennent dans le destin des humains et  dans les phénomènes naturels. Il faut savoir interpréter.

Les prêtres brahmanes ont cette fonction à la cour des rois du Siam.

 

rpetres bramanes 8

 

Ainsi -nous l’avons vu- le roi Naraï sera intronisé à la date donnée par les Brahmanes, mais il en sera de même pour tous les actes royaux importants de son règne : une cérémonie (Cf. la cérémonie des 5 rites), l’installation d’une statue (Shiva, Brahma, Bouddha) que le roi a commandée, un pèlerinage à l’empreinte du pied de Bouddha à Saraburi, une visite royale dans une cité, la réception d’un éléphant blanc, une guerre, etc … Les Chroniques royales, si imprécises de par ailleurs, donneront la date et l’heure, à la minute près, de « l’événement », choisies par les brahmanes.

Les Chroniques montreront aussi un autre aspect du pouvoir divinatoire des « devins », un pouvoir qui n’est pas réservé aux seuls brahmanes. (Cf. pp.280-282).


pouvoir divinatoire 8


Ainsi apprenons-nous que le roi Naraï, lors de la guerre contre les Birmans de 1662 ( ?), fait appel à Phra Phimon Tham, le royal abbé du monastère de la Cloche, pour connaître le sort de son phraya Siha Ratcha Decho qui a été capturé par les Birmans, pour savoir s’il est mort ou vivant. On apprend que Naraï a fait souvent appel à lui et qu’il a confiance en lui.

Phra Phimon Tham, en consultant la charte des « trois oculaires », va rassurer le roi Naraï, et lui confirmer que Phraya Siha Ratcha Decho avait été effectivement capturé par les Birmans, mais qu’il venait de se libérer, mieux, de vaincre et de récolter un grand butin. L’abbé invitait le roi à ne plus être anxieux et à croire la charte qui indiquait qu’il n’y avait plus de danger.

Les Chroniques confirmaient ensuite la juste divination de l’abbé en racontant ce qui s’était passé. (1page et demie).

Une brigade de l’armée birmane avait capturé Phraya Siha Ratcha Decho et 500 de ses soldats et les avaient emmenés sous bonne garde dans une « palissade » devant la cité d’Ava. Ils durent repousser une attaque des Thaïs venus secourir leurs compatriotes. Pendant ce temps-là, phraya Siha Ratcha Decho, enchainé, avait examiné le jeu des nuages et des ombres, pour y lire un bon présage. Il lut alors un mantra bouddhiste qui lui permit de se libérer de ses chaines. Notre héros put saisir l’épée d’un garde, tuer ses geôliers, et après quelques combats, libérer une dizaine de ses hommes, qui libérèrent les autres, et purent tuer un grand nombre de Birmans, et même prendre la « palissade ». Ils poursuivirent alors ceux qui s’étaient enfuis, et purent, à cause de la panique, prendre les autres « palissades». Mang Cole, le fils du roi d’Ava et le général de l’armée principale furent tués pendant cette bataille.


Ce fut une grande victoire thaïe où beaucoup de Birmans furent prisonniers, et pendant laquelle furent capturés des éléphants, chevaux et armes en grand nombre. Ils furent emmenés devant le général en chef Chao phraya Kosa, qui en fut fort satisfait et qui envoya un rapport au roi.


Le roi reçut cette bonne nouvelle pendant qu’il discutait avec le royal abbé, Phra Phimon Tham. Il en fut heureux et fit alors l’éloge de l’abbé, en déclarant que celui-ci avait prédit ce qui était impossible à trouver. Le roi récompensa l’abbé avec trois habits rouges et l’invita à retourner au temple. Le roi renvoya alors les messagers dans leurs brigades, en déclarant que Phraya Siha Ratcha Decho  était le meilleur de ses soldats et n’avait pas d’égal.

Toutefois le roi d’Ava put se réorganiser et défendre sa cité, malgré les nombreuses attaques des brigades siamoises.

Les Chroniques royales donc, au fil des règnes, relatent toujours des faits marquants de divination,     mais on se souvient de M. l’Abbé de Choisy qui dans son « Journal de voyage au Siam » indiquait que le roi Naraï savait aussi « composer » avec leur pouvoir et leur influence :


choisy 10


« Le jour est pris à jeudi 18 de ce mois (octobre). Les astrologues assurent qu’il fera beau ; on dit qu’ils ne se trompent presque jamais. Il y a pourtant douze ans que le roi ayant marqué un jour pour couper les eaux, il plut, et tous les beaux balons furent gâtés. Les astrologues en furent chassés, et depuis on n’a pas fait la cérémonie. Les missionnaires sont venus là-dessus et ont prouvé que c’était une superstition. Le roi allait commander aux eaux de se retirer de dessus ses terres et les talapoins ne l’y faisaient aller que quand ils voyaient que les eaux s’allaient retirer, ce qu’ils connaissaient à une certaine marque. »


3/ Des actes royaux et religieux : les cérémonies « religieuses » avec la construction de statues de Shiva, Brahma, Bouddha ; la cérémonie des cinq rites ; le pèlerinage à « L’Empreinte du pied de Bouddha » à Saraburi.


saraburi 13


La cérémonie des 5 rites. (pp.243-245)


Une chose est sûre, le second mois de l’année du singe, le roi, pour acquérir des mérites, est-il écrit, fait sculpter quatre différentes statues de Shiva (solaire, lunaire), les fait recouvrir d’or et  décorer, afin de servir aux cérémonies royales.

Le même mois, le roi ordonne au Phraya (ou Chaophraya) Chakri de construire un bâtiment, décoré de bannières et d’ombrelles, afin de célébrer les 5 rites ( ?). Un hall fut construit, Ensuite, il est même précisé que le mois suivant, Phra Thai Nam, Khun Amarin et les autres khun et mün virent une lumière se former, semblable à un palmier, sur la place où devait se faire la cérémonie ; cela annonçait un heureux présage qui annonçait gloire, fortune, prospérité et bonheur.


Les préparations finies, à une date précise (« le vendredi, le 5ème jour de la lune  croissante du 4 ème mois, à 8 « bat » du lever du jour »), la cérémonie royale des 5 rites pouvait commencer. Le convoi royal s’élança avec magnificence, le roi installé sur le trône de sa barge royale avec à la proue Garuda, et décoré de toutes sortes de figures;

 

Barges procession 11

 

Il était encadré par toutes les barges comprenant tous les thao phraya, et la cour, selon un ordre hiérarchique bien défini, La cérémonie dura trois jours, au cours de laquelle les 5 rites furent accomplis, scrupuleusement, en chaque détail, selon les traités, pour une grande victoire future. Le dimanche, le roi procéda au don des vêtements merveilleux ornés d’or et de bijoux.


Ensuite les Chroniques vont de nouveau s’attarder sur la description de la procession royale, avec le roi sur son véhicule royal paré d’or et de bijoux, entouré de toutes sortes d’ombrelles de protection contre la pluie, le soleil, les esprits, entouré de son armée et tout ce qui compte à la cour de dignitaires, de tao phraya, de ministres, de chefs, disposés en un ordre hiérarchique sur la droite et la gauche du roi, au-devant et derrière, insistant sur les décorations et les ornements d’or et de bijoux, au milieu des voix et des musiques de gongs, tambours, conques, trompettes, et sur la pompe des palissades ornées d’ombrelles et de bannières, pour se diriger vers le Hall des Voleurs. Là, le roi assista à l’exécution de voleurs selon la coutume,  et procéda ensuite à une autre cérémonie, avec purification, récompenses, cadeaux  pour les plus méritants de la royale cérémonie, et pour la future grande victoire.


Mais une fois de plus, on apprend peu sur ce pouvait représenter cette « cérémonie religieuse des 5 rites », comme si, la procession seule était importante, montrant à tous, sous les bons auspices, la majesté du roi, sa pompe et son faste, le maître de l’ordre de son royaume, avec les dignitaires et servants, défilant dans leur ordre hiérarchique ; un roi garant des règles bien établies de cette cérémonie religieuse, montrant sa puissance de justicier implacable pour les voleurs de son royaume, récompensant les plus méritants, dans l’assurance d’une nouvelle victoire à venir.


En fait, une belle légitimation du pouvoir royal.


Les Chroniques vont relater ensuite la décision royale de faire sculpter une statue de Brahma, avec l’ordre donné au Phraya Chakri de prévoir un bâtiment et un véhicule pour procéder à une cérémonie des éléphants au travail, qui aura lieu dans le coral royal des Eléphants. Suit une description type où sont rappelés la date exacte de la cérémonie, la décoration d’or et ornements de Brahma, le respect scrupuleux de tous les détails des traités dans le déroulement de la cérémonie, la durée (3 jours) et le retour du roi à sa résidence royale.


De même, après la réception d’un éléphant blanc dans la capitale (Cf. ci-dessous), le roi fera « construire » une série de bouddhas. Le nom, la taille, l’ornementation, leur destinations seront données … sans cacher l’objectif : acquérir des mérites dont la renommée va s’étendre à  tous les pays. (p.247).

Boucchas d'orb 12


(***** Cf. en note un rappel, selon wikipédia, des définitions de Shiva, Brahma, Avi, Rama, Garuda.)

 

  • « L’Empreinte du pied de bouddha » à Saraburi. (p.308) 

Les chroniques royales évoquent le fait que chaque année, le roi Naraï ne manque pas de venir vénérer « l’Empreinte du pied de Bouddha » à Saraburi. A cette occasion, le roi offre un grand festival de trois jours, en accord avec les anciennes traditions royales. (Lesquelles?)


Il est dit que cette fois-ci (quand ?) le roi de retour à Lopburi ordonna qu’on améliorât la route pour en faire une route royale de « l’Empreinte du pied de Bouddha » jusqu’ à la ville,  au lac « pur profond », et à l’embarcadère royal. Il ordonna également qu’on réparât l’édifice de « l’Empreinte du pied de Bouddha » quelque peu endommagé et délabré. Le roi, est-il précisé, se présentait ainsi comme le défenseur de la Foi.

Nous avions déjà dans notre article 71, évoqué « La découverte de la sainte Empreinte du pied de Bouddha. », lors du règne du  roi Song Tham, (1610 ou 1611 – 1628)******.


En note nous avions précisé que le terme « pied de Bouddha », พุทธบาท Phutthabat ou Putthabattha, désignait une marque de Bouddha avec ses 108 signes auspicieux,  conques dé­corant les doigts de pied, animaux, végétaux, roue de la loi, etc. , disposés suivant  un schéma toujours identique située en général sur un sommet. Il est difficile de penser qu’un thaï, aussi crédule soit-il puisse s’imaginer aujourd’hui que ces traces aient été miraculeusement laissées par le passage de Bouddha (encore que ...). Il ne s'agit évidemment pas de l'empreinte du pied de Bouddha (comme pourrait le laisser entendre la stupide traduction anglophone Bouddha footprint) mais de la représentation symbolique de la marche vers le Nirvana et le poids des enseignements de Bouddha sur le monde.

On pouvait aussi comprendre « le pied » comme le fondement du corps et dans ses titulatures, le Roi, tous les rois, sont aussi qualifiés de พระบาท « Saint pied royal » au sens de fondement sacré de la nation.


Mieux, nous citions M. Lorrillard, qui dans son étude « Aux origines du bouddhisme siamois », signalait que « Les témoignages les plus anciens concernant le bouddhisme siamois - en particulier ceux de la région de Sukhothai - mettent en évidence un culte important voué aux empreintes du Buddha (buddhapâda). Présenté au milieu du XIVe siècle comme un fait nouveau, ce culte bénéficia pourtant d'une légitimité religieuse immédiate et incontestée. Il est très certainement à mettre en rapport avec des traditions cinghalaises qui, via la Birmanie, revivifièrent à partir du XIIe siècle le bouddhisme theravâda d'Asie du Sud-Est. 

De la même façon qu'aux inscriptions qui évoquent le sujet, il est nécessaire d'accorder aux premières empreintes « siamoises » du Buddha - dont plusieurs ont été conservées -une véritable attention. Elles nous renseignent en effet sur des croyances et des pratiques que les siècles ont très largement modifiées. Elles reflètent surtout un patrimoine intellectuel ancien, et éclairent du même coup des pans de l'histoire religieuse du peuple thaï. » (Cf. son étude******)

 

4/ Une légitimation importante : Le pouvoir des éléphants blancs. (pp.245-246, p.268, p. 290)


Les Chroniques, après avoir évoqué l’hommage rendu à Shiva et à Brahma au cours de cérémonies royales, pour accomplir les cérémonies des 5 rites, et le travail des éléphants dans le coral royal, vont raconter une royale visite du roi à Nakhon Sawan,


Nakhon Sawan 16

 

qui vient de capturer une éléphante blanche, avec  ensuite la cérémonie de sa réception à Ayutthaya.

 

Il faut se rappeler ce que représente un éléphant blanc, pour mesurer « l’événement religieux et historique » ici rapporté.

 

L’éléphant est la monture d’Indra, qui au sein du védisme ancien, est le dieu guerrier invaincu, et seigneur des .hommes.

 

Monture d'indra 15

 

Il représente un symbole du pouvoir royal. La découverte d’un éléphant blanc est toujours interprétée par les devins de la Cour comme un avènement heureux qui assure prestige, puissance, prospérité au roi et au royaume.

 

Il devient un enjeu politique,  suscite de nombreuses convoitises et peut entraîner des conflits  ou des guerres avec les  pays voisins.

Nous avons déjà montré par exemple, comment Ayutthaya fut en guerre contre les Birmans à cause de deux éléphants blancs en 1568. Le roi Chakkraphat (1548-1568), grâce à la capture de nombreux éléphants blancs, s’était vu décerné  le titre de P'ra chao xangp'uek, le Seigneur des éléphants blancs, par les prêtres du culte brahmanique et les chefs des religieux bouddhistes de son royaume. (Cf. nos articles 52, 55 et 56.*******)

Le roi d’Ayutthaya, le seigneur des éléphants blancs, était devenu alors un royal sujet vénéré et renommé. « Sa renommée s'était répandue partout; mais il était en même temps devenu un objet d'envie pour tous les rois voisins. » (Lorgeou.)

 

Dans ce contexte, le roi d’Hongsawadi eut le désir de demander à son estimé vassal le don de deux éléphants blancs. Devant le refus du roi Chakkraphat, le roi birman d’Hongsawadi décida de venger l’affront en déclarant sa troisième guerre contre le royaume d’Ayutthaya (1568 ?). Les conséquences furent dramatiques pour Ayutthaya.


Nous avions, à cette occasion, profité des explications de Lorgeou, qu’il n’est pas inutile de rappeler : ******

« Les éléphants blancs, ou plutôt de couleur claire (car le mot dont les Siamois font usage n'a pas d'autre signification et s'applique également à d'autres animaux), sont caractérisés par des taches de couleur blanchâtre, légèrement rosée, répandues sur la trompe, sur la face et d'autres parties du corps. Suivant le nombre et l'étendue de ces taches, on distingue des éléphants blancs de premier, de second et de troisième ordre. Les honneurs qu'on leur rend non seulement au Siam, mais en Birmanie et au Cambodge, et dans tous les pays laos, sont fondés en principe sur la valeur généralement attribuée aux choses rares, extraordinaires, et qui sortent pour ainsi dire de l'ordre naturel.

Quand il s'agit des éléphants, animaux qui dans la hiérarchie des êtres vivants occupent certainement le premier rang après l'homme, cette valeur s'accroît en proportion de leur force, de leur intelligence et de leur utilité; mais pour les éléphants blancs elle est de plus consacrée par les doctrines brahmaniques qui lui donnent un caractère presque divin. De même en effet qu'on divise les hommes en plusieurs castes suivant l'origine de leur création, on distingue de même des castes parmi les éléphants, suivant qu'on les suppose issus de parents qui furent créés à l'origine par tel ou tel dieu, dans telle ou telle circonstance, pour tel ou tel usage; et c'est à la couleur, à la disposition des défenses, à certaines singularités de la conformation qu'on reconnaît cette descendance.

 

« Les éléphants blancs des trois ordres appartiennent à la création de Vishnou, et l'on suppose que ce dieu leur a communiqué quelque chose de ses qualités. C'est ainsi qu'ils assurent au souverain dont ils sont la propriété toutes les faveurs de la fortune. Il acquerra des trésors; il sera puissant et célèbre; il triomphera dans toutes les guerres qu'il aura à soutenir contre ses ennemis; il deviendra Chakravartin. »

 

On comprend ainsi pourquoi la capture d’un éléphant blanc était un événement important pour le roi Naraï.


Les Chroniques racontent donc que le roi vient en personne à Nakhon Sawan pour recevoir en cadeau royal une éléphante blanche ; on y apprend le jour de sa prise au lasso, qui l’a capturé, les canons de sa beauté, et le jour où il fut procédé à son acheminement « royal » à la capitale. 


Ensuite une page entière est consacrée à son arrivée, à la cérémonie de son « investiture », de son « intronisation ». (p. 246)

L’éléphant blanc est reçu en grande pompe, et est installé dans un « Palace » royal (enclos). Le roi lui attribue un nom « religieux » (le saint éléphant blanc d’Indra) et invitent tous les dignitaires du royaume à la grande cérémonie de trois jours, pendant laquelle, il sera paré d’ornements royaux, d’or et de bijoux, et lui sera attribué le titre de phraya, un titre de noblesse important.


Les Chroniques s’attardent ensuite sur les récompenses données par le  roi à tous ceux qui avaient participé à la capture de l’éléphant blanc ; le fils de khun Si Khon (celui qui avait organisé la capture), (il sera en outre nommé le khun de l’éléphant « royal »), sa femme, son père (obtiennent le titre de luang de l’éléphant blanc),  le cornac, le servants, en accord avec les traditions chacun recevant selon son rang (plateaux en argent orné d’or, vêtements de soie …etc). (Chaque cadeau ayant une valeur symbolique).  Le chapitre se termine en précisant le montant de tous ces cadeaux, comme pour indiquer la générosité royale. (17 chang et 11 tamlüng d’argent).


Les Chroniques évoquent une autre capture d’un éléphant blanc à Nakhon Sawan. (pp. 290-291).

Le roi va exprimer sa joie, en apprenant la prise d’un éléphant blanc dans la région de Nakhon Sawan, et il va donner l’ordre royal au thao phraya, et aux phra, luang, khun et mün du « ministère » de l’éléphant, d’aller chercher l’éléphant blanc, de rang de phraya, de le ramener en grande pompe et de l’installer dans l’enclos royal. Il est précisé que le roi va manifester sa « compassion » dans une célébration animée par le clergé bouddhiste et les brahmanes de l’art divinatoire et décréter une fête de sept jours.

Le roi va conférer à l’éléphant blanc le titre de chao phraya, lui donner un nom, et les bijoux,  et ornements royaux correspondant à son rang. Et ensuite comme deux ans auparavant, mais là sans donner de noms, le roi récompensera, selon la coutume (est-il précisé) ceux qui ont capturé l’éléphant blanc par les titres de khun et mün avec les cadeaux correspondants (vêtements, plateaux d’argent), et cette fois, avec en plus, un descrit fiscal sur les droits de douanes et de marché.


La chronique se termine en spécifiant que la paire d’éléphants blancs lui accordait davantage de mérites et de pouvoir sur ses vassaux et le faisait craindre davantage par ses ennemis.


Mais il est d’autres formes de légitimité et d’exercice du pouvoir comme les audiences royales, la réception de nouveaux vassaux, l’attribution des récompenses (cadeaux et titres), les visites royales en province … (Cf. article suivant).

 

 

________________________________________________________________________

 

*selon le titre de L. Gabaude « 1.3. Les légitimations secondaires : stupa, images et ordination royale », in  « Revue d’études comparatives Est-Ouest », Vol. 32, n°1 (mars 2001), pp.141-173


Gabaude notes


** Plan dans « Les chroniques royales d’Ayutthaya »

  • D’autres formes du « religieux », d’autres « croyances » : (Shiva, Brahma, cérémonie des 5 rites, pp.243-245, image de Bouddha, p. 247, divination, p. 280, l’Empreinte du pied de Bouddha, p.308, et l’importance des  éléphants blancs. (p. 246, p. 268), l’éléphant blanc de Nakhon Sawan, (p. 290)
  • Les audiences royales, visites et réceptions d’allégeance, et « cadeaux » : (p.245) (Nakhon Sawan), (p.249) (cadeaux au roi), (p. 251) (procession royale à Phitsalunok), (pp.253-255) (serment et réception), (pp.300-302) visite royale à Phitsalunok et les immigrations volontaires de Minangkabao et du Cambodge. (p.248). Avec une importance accordée aux descriptions des processions royales.

 

*** « Le Saint Suprême Souverain Roi des Rois, Éminent Seigneur Rama, L'Unique Glorieux Omniscient, Shiva le Suprême et  Grandiose Conquérant du Monde, Rama Régnant, Éminent Seigneur des Lois et des Royaumes, Glorieux et Éminent Seigneur de la Création, Préservation et Conservation de la Montagne Cakkrawan, Éminent maître du Soleil Agni,

Glorieux, Merveilleux et  Étendu Mérite, Agni le Génial et Brillant, Soleil des Trois Mondes,

Puissance de Brahma, Maître des Dieux, Seigneur des Dieux sur Terre, Atmosphère Précieuse de la Race Humaine, Incarnation des Redoutables Onze Individus, Unique Pur et Orgueilleux,

Souverain de la Détermination, Origine des Mantras Daro (des Morts?),Vertueux Infini, D'une Portée Considérable, Éloquent et Roi du Triomphe de par le Refuge de la Puissance et Maitre des Trois Mondes,  Dirigeant des Rois, Incarnation du Triomphe sur les Ordres et Savoirs des Dix Puissances, Seigneur du Royaume de  Lignée Royale Triomphant sur les Étendues et Éminentes Montagnes de Puissances, Incarnation de l’Éminent Seigneur Suprême, Éminent Seigneur des Trois Mondes, Ancien Frère Supérieur du Monde, Couronne Pur et Diadème Précieux, Glorieux Lotus de Lignée Solaire, Incarnation de L'Omniscient et Originel Bouddha, Révérence Souveraine et Saint Seigneur Bouddhique, Saint Seigneur de la Capitale Céleste et Grandiose Métropole de l'Excellente Thawarawadi et Glorieuse, Ayutthaya,  Magnifique Royaume Pré-Imminent, (Neuf fois) Précieuse Cité Royale 

 

**** in, Les Trois Mondes (Traibhumi Brah R’Van), Paris, Ecole Française d’Extrême-Orient.

 

Cf. aussi in, Larousse, « Dictionnaire mondial des littératures » :

« Au XIIe siècle, le roi Ramkhamhaeng du Royaume de Sukhothaïse convertit au Theravāda et invente l'écriture thaïe. La stèle (1292) qui porte son nom, la plus célèbre de toutes les inscriptions lapidaires de l'époque de Sukhothai (xiiie-xive s),  magnifie la dynastie naissante, et décrit la vie des Thaï sous ce régime paternaliste, où le bouddhisme joue un rôle primordial (…) C'est également de la période de Sukhothai que daterait le premier livre écrit en siamois (1345), le Trai Phum (les Trois Mondes), dû au roi Li Thay. Ce traité de cosmologie bouddhique décrit le monde des désirs sensuels, celui des apparences ou de l'absence d'apparences. »

 

*****D’après Wikipédia :

 

  • Shiva (en sanskrit शिव / Śiva) — transcrit parfois par Çiva, « le bon, celui qui porte bonheur » — est un dieu hindou, un des membres de la Trimoûrti avec Brahmā et Vishnou, les deux autres aspects premiers du concept hindou de divinité.

 

 

  • Mais que « Depuis le début de l'ère chrétienne au moins, sinon plus tôt, la plupart des hindous lettrés sont des adorateurs, soit de Vishnu, soit de Shiva — c'est-à-dire qu'ils considèrent soit Vishnu, soit Shiva, comme le premier des dieux, voire comme dieu unique identifié au brahman indifférencié, tous les autres ne représentant à leurs yeux qu'une expression secondaire de la divinité. »

Et que :

  • Dans l'hindouisme, Agni est un des dieux principaux, que l'iconographie représente chevauchant un bélier. Agni est aussi vénéré dans le bouddhisme ésotérique.

 

  • Rāma ou Rām (राम en devanāgarī, இராமர் en tamoul) est un roi véritable ou mythique de l'Inde antique, dont la vie et les exploits héroïques sont relatés dans le Rāmāyana, une des deux épopées majeures de l'Inde, écrites en sanskrit. Des données astronomiques extraites du poème épique permettraient de dater son règne approximativement au XXe siècle av. J.-C. La tradition hindouiste prétend qu'il aurait apporté le bonheur et la paix durant le Trêta-Yuga.

 

 

Le Rāmāyaṇa a été fixé par écrit plusieurs dizaines de siècles après le règne supposé de Râma, probablement autour du début de l'ère chrétienne. Cependant, les dévots hindous acceptent le Rāmāyaṇa comme un compte-rendu fidèle de la vie du Rāma historique.

 Ramakian final

 

 

******71. Les  huit rois du début du XVIIème (1605-1656, 3.Le roi Song Tham, 1610 ou 1611 – 1628.


On y écrivait : 

« La découverte de la sainte empreinte du pied de Bouddha. Ce sera et cela reste pour les Siamois l’événement le plus important de son règne. Il efface en tous cas tous les autres. La découverte dans la forêt est le fait d’un chasseur. Le roi en est avisé et se rend avec toute sa cour et son armée à Saraburi. La découverte est miraculeuse.  Le roi avait appris par des moines de Ceylan l’existence de cette relique dans une montagne de son royaume et l’avait fait rechercher en vain. Il fit alors construire une route d’accès (« par deux brigades de farangs ») et un temple pour l’abriter. Détruit et reconstruit, ce lieu est à ce jour l’un des endroits les plus sacrés du bouddhisme thaï. 


Cf. Aussi l’étude de Lorrillard Michel. Aux origines du bouddhisme siamois. In Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 87 N°1, 2000. pp.23-55.

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_03361519_2000_num_87_1_3469

 

******* Cf.  52. « Le roi Chakkraphat, le seigneur des éléphants blancs (1548-1568) et le roi Mahin » (1568-1569) 55. « Ayutthaya en guerre pour deux éléphants blancs ».

.http://www.alainbernardenthailande.com/article-52-le-roi-chakkraphat-1548-1568-et-le-roi-mahin-1568-1569-111345508.html


Cf. E. Lorgeou, in « Somdet Phra Maha Chakkrapat, roi du siam, Seigneur des Eléphants blancs ».

 

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