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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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18 septembre 2013 3 18 /09 /septembre /2013 23:02


titreDans les épisodes suivants, les annales, le plus souvent sans la moindre précision chronologique, d’une façon toujours très événementielle, toujours hyperbolique, vont nous narrer la manière dont Naraï étend peu à peu l’influence de son royaume, par diplomatie d’usage ou simple menace d’usage de la force. Protection des petits royaumes contre la menace de puissants voisins, règlement de querelles familiales, querelles entre roitelets ou chefs de tribus, révoltes de vassaux, réalité ou prétexte ?

 

Dans le premier épisode, cambodgien, qui est l’histoire du premier pillage du Cambodge par les prédateurs vietnamiens, au prétexte d’un appel à l’aide, nous trouvons, rappelée à longueur de pages la bonté du roi Naraï à l’égard des réfugiés, fussent-ils musulmans en particulier. Nous pouvons recouper utilement nos annales avec ce que nous dit Aymonier de la chronique cambodgienne (1).

 

aymonier 2

 

Et nous pouvons faire aux annales siamoises le même compliment que celui-ci fait aux chroniques cambodgiennes : « Aride, sèche et indigeste compilation, la chronique cambodgienne où foisonnent les lacunes, les obscurités et l’incohérence, alors que nombre de faits dépourvus de tout intérêt historique y sont relatés, est d’une lecture que rend fatigante autant que confuse la répétition incessante des titres ou qualifications honorifiques qui désignent habituellement les princes et les princesses ».

 

Le Cambodge et le Vietnam.


Dans la capitale cambodgienne, Neak Chan (2) qui était l’un des fils du roi, avait été installé pour gouverner le pays. Mais lui-même et son plus jeune frère, Naek Prathum, commencèrent à se quereller. Naek Prathum envoya alors une lettre au prince du Vietnam (3) pour lui demander de s’emparer (recevoir ou conquérir selon les versions, la nuance est de taille) du pays. Celui-ci ordonna à un dénommé Chiang Thu de partir avec une armée à la conquête du Cambodge et de s’en revenir avec Neak Chan qui était à la tête du Cambodge après s’être emparé des richesses et des armes. Il renvoya ensuite Naek Chan dans son pays. Celui-ci, arrivé à Campa (4) y rencontra « à la fois son destin et son frère » (5). Il prit alors la tête de 773 (6) parents et amis et s’en alla vivre à Phutthaï (Banthaï, Pathai ou Phet selon les versions) (7).


roi du c 3


L’immigration de Mingkabao.


L’année du chien,

 

année du chien 4

 

dixième de la décade (8) Mingkabao (9), un kaek étranger (10) vivant au Cambodge et ne pouvant y trouver refuge, lui-même et quelques princes (dont les noms suivent) émigrèrent avec leur famille, en tout 773 personnes (11) et virent se placer sous la protection du roi. Celui-ci manifesta sa royale bonté en les comblant de cadeaux et leur attribuant des terres pour qu’ils puissent vivre à leur aise.


Le Cambodge à cette époque noire de son histoire est en proie à de violentes luttes intestines qui se traduisent en particulier par une réaction violente contre les musulmans dont la présence était considérée comme envahissante sur laquelle Aymonier insiste longuement (loc.cit. pages 773-783). Ce qui occupe quelques lignes des annales siamoises occupe de longues pages des chroniques cambodgiennes qu’il a analysées.


L’immigration depuis le Cambodge.

 

L’année de la chèvre,

 

année chèvre 5

 

première de la décade (8), un certain nombre de princes, leur entourage et leurs troupes (en tout 2.215 personnes) virent à leur tour se placer sous la protection du roi. Tous, avec en tête le patriarche Sakhon, lui-même apparenté au roi Neak Chan, trois de ses neveux, ne trouvaient en effet point de port d’attache. Le roi manifeste à nouveau sa royale bonté en les comblant de présents. Le patriarche, pour sa part, reçut l’autorisation de s’installer au temple du moine couché. Les autres notables et leur suite purent s’installer où bon leur semblait.

Un noble fut alors chargé d’aller apporter ce témoignage à Naraï : « vous avez accordé votre protection du roi Neak Chan qui m’a mandaté pour aller vous rendre hommage avec cinq compagnons. Nous sommes venus à pied en passant par la forêt et Nakhon Nayok. J’ai perdu trois de mes compagnons en chemin. Nous avons rencontré en route trois moines qui nous ont appris que vous aviez reçu l’onction royale. Je m’en retournerai en aviser Neak Chan ».


Les présents faits par les étrangers au roi.


L’année du sanglier, première de la décade, au neuvième mois (8),  Mariala, pour marquer sa fidélité au roi fit préparer des plateaux de cristal de l’or, des pierres précieuses, des émeraudes (120 pierres) et demanda à Kosathibodi, d’aller en faire présent au roi en élevant le plateau au dessus de sa tête.

 

kosathibodi 7


La même année, ce fut au tour du prince de Kaduksa d’accomplir la même cérémonie, les présents étant offerts par le prince Rama Kamhaeng.

Ce fut ensuite celui de la princesse d’Acae par l’intermédiaire du même Kosathibodi.

L’année encore, d’autres princes ou commerçants de la ville de Machalipatam suivirent encore le même cérémonial, ainsi que le prince de Nakhonrachasima.

Tous les pays avaient ainsi manifesté leur fidélité au monarque par des cadeaux somptueux. Celui-ci répondit en faisant à son tour des cadeaux de toutes sortes.

***

Il est difficile de savoir quels étaient ces étrangers et quelle était leur origine, si ce n’est le prince de Nakhonrachasima. La transcription sui generis des noms propres par Cushman ne facilite pas la compréhension. Qui était ce Kosathibodi qui servait de truchement pour présenter les tributs au roi ? S’agit-il du  Chao Phraya Kosathibodi  (เจ้าพระยาโกษาธิบดี) que nous retrouverons comme ambassadeur en France quelques années plus tard sous son nom de  Kosa Pan (โกษาปาน? 

Peut-on assimiler Machalipatam avec la lointaine ville portuaire de la côte est de l’Inde, Machilipatnam ?

 

Machi


***


Ainsi sont terminés les rites d’intronisation et de légitimation du souverain.


Il reçoit l’hommage de ses sujets étrangers et des présents qui ressemblent à des tributs et à son tour les couvre de cadeaux. Nous y retrouvons cet usage constant sous l’empire romain à chaque prise du pouvoir du « donativum », le « don de joyeux avènement », de l’or pour les prétoriens pour s’assurer de leur fidélité,

 

Donativum 9

 

des vivres et des jeux (« panem et circenses ») au peuple de Rome pour s’assurer de sa bienveillance. La médaille eut son revers, une tendance malsaine des prétoriens à accélérer les distributions d’or en accélérant la fin d’un règne impérial, une peste dont le Siam eut le bonheur de ne pas être frappé!


Chiangmaï demande assistance.


Sous ce titre, les annales nous apprennent qu’en 1022 (ou 1122, c’est selon), année du rat, deuxième décade une lettre du prince Saen Luang de Chiangmaï avise Naraï qu’un prince de la ville chinoise de Ho (ou Huay), constituait une armée pour s’emparer de Chiangmaï.

Ne revenons pas sur ces fantaisies chronologiques, c’est évidemment la première date qui est la bonne (1660). D’après le courrier princier, faute de savoir où se réfugier et faute de trouver un havre de paix, le prince avait consulté un oracle officiant au temple du « Sihing Bouddha » (12) et celui-ci (le Bouddha, pas l’oracle, miracle ?) avait répondu en tournant son visage en direction de la capitale du céleste empire.

 

Wqt singh 10


Le prince et ses nobles envoient donc au roi Naraï un messager, le prince Chakri,  pour demander la protection du « seigneur des éléphants albinos » (13) et lui offrir présents précieux, éléphants de guerre, chevaux, hommes de troupe armés et équipés pour l’aider à défendre leur ville, et pour échapper à la catastrophe, souhaitant en contrepartie devenir vassaux de la royale cité.

Le roi répondit favorablement à cette requête et chargea son vice-roi d’organiser une armée, éléphants de guerre, chevaux et hommes de troupe, « pour aller défendre Chiangmaï ». Il demanda alors au prince de Phichit,  à celui de Nakhonayok et à celui de Khayoï ( ?) de rassembler leurs armées (à Ayutthaya probablement), chacune comportant huit éléphants de guerre, seize chevaux, 4.000  hommes (ou 10.000, c’est selon), 29 canons de gros calibre, 145 (ou 120 ?) mousquets. Ces corps d’armée seraient commandées par le prince Ram Decho ( ?), général en chef, le prince de Saraburi serait chargé de l’approvisionnement et celui de Si Sawat (aujourd’hui simple amphoe de la province de Kanchanaburi) de l’intendance. Deux  autres armées constituées à Ayutthaya comprennent chacune un millier d’hommes armés, 10 canons de gros calibre, 1.000 mousquets, six éléphants de guerre et dix chevaux. Deux d’entre elles reçurent ordre de quitter la capitale « au cours du douzième mois ». Saen Surin Maitri (qui ne porte aucun titre de noblesse) est chargé de les guider jusqu’à Chiangmaï (14). 


°°°

La grande ville de Chiangmaï lance un appel au secours contre « la menace chinoise » ? Le titre est-il de Cushman ou est-ce de la dialectique siamoise ? En tous cas, le roi a reçu cet appel (ou utilisé ce prétexte » ?), il mobilise les troupes des princes vassaux de nombreuses provinces et les siennes propres, des dizaines de milliers d’hommes, des dizaines de canons, des milliers de mousquets, des dizaines d’éléphants de guerre et de chevaux, un choix stratégique du centre de commandement, une organisation bien rodée … On imagine ce que pouvait être le déplacement sur des centaines de kilomètres dans la jungle sur des pistes ou des rivières, même hors saison des pluies, de ces corps d’armée. L’intendance et le ravitaillement ont toujours été le problème majeur des troupes en campagne. Il faut nourrir les hommes et les bêtes, transporter les canons avec poudre et munitions. Naraï a créé tout un appui logistique qui va permettre cette longue marche qui ressemble beaucoup plus à une guerre de conquête des provinces du nord qu’à une guerre de « libération » avant la lettre. Nous verrons bientôt ce qu’il en fut. Mais il est permis de s’interroger sur le point de savoir s’il ne faut pas voir derrière cette organisation bien rodée et ces armements massifs la main, non visée par les annales, des mercenaires européens, portugais probablement ?


Procession royale à Phitsanulok. (15)

 

Phitsa 11


Au cours du premier mois de l’année du rat, seconde décade le roi se rendit à Phitsanulok où il arriva le troisième jour de la lune descendante. Il y célébra des cérémonies fastueuses et y établit sa résidence. Il est avisé que les deux armées sont en marche mais que Saen Surin Maitri a pris la fuite.


L’armée envoyée à Lampang et à Thoen. (16)


Le roi donna évidemment ordre de poursuivre le traitre. Nous apprenons que le prince de Chiangmaï Saen Luang avait confié un courrier au traitre (qui avait donc atteint Chiangmaï avec ou sans armée). Le roi, considérant que la ville de Nakhon (de tout évidence Lampang souvent appelée Nakhon Lampang) et celle de Thoen étaient sous dépendance de Chiangmaï, décide de s’en emparer.

Il constitue alors plusieurs corps d’armée toujours commandées par des princes, toujours composées de plusieurs milliers d’hommes armés, canons de gros calibre, mousquets, éléphants de guerre et chevaux, un prince chargé de l’approvisionnement et un autre de l’intendance. Ces corps d’armée sont constitués en armées, un corps d’avant-garde, une aile droite, une aile gauche et une arrière garde. C’est le prince de Nakhonrachasima qui est le général en chef, et nous notons comme commandants des corps d’armée le prince de Suphanburi, celui de Chainat, celui de Sawanburi et celui de Kuiburi.

Lorsqu’ils atteignirent ces villes, les notables virent faire leur soumission, à l’exception de l’un d’entre eux qui partit avec ses troupes se réfugier à Chiangmaï. Ils avisèrent le roi de ce succès et celui-ci leur demanda de rester à Lampang, de rassembler les habitants qui avaient pris la fuite et de les reconduire chez eux. Il ordonna ensuite au prince de Nakhonrachasima et à celui de Supanburi de s’emparer de la ville de Tang (probablement Ban Mae Tang dans la province de Lampang). IIs le firent et conduisirent son prince rendre hommage au roi à Phitsanulok.


L’armée royale à Sukhothaï.

 

800px-Sukhothai Historical Park 12


Le second jour de la lune descendante du troisième mois, le roi se transporta avec toutes ses troupes jusqu’à Sukhothaï et « s’installa confortablement » aux environs de la ville. Il constitua alors quatre armées (toujours la même stratégie, avant-garde, aile droite, aile gauche, arrière garde, intendance et approvisionnement, hommes de troupe, éléphants de guerre, chevaux, canons et mousquets), dont le général en chef était le prince de Khamphaengphet pour s’emparer de la ville de Ram ( ?). La population fit sa soumission sans attendre même l’arrivée des armées et, apprenons nous, pour manifester cette soumission, ils se laissèrent pousser les cheveux comme il était d’usage au Lawa. Ils furent récompensés par le prince de Khamphaengphet et celui-ci par le roi (17).


Le serment administré au Lawa.


Ce sera tout simplement celui des notables du Lawa, de leur prince et de 1008 habitants, de vassalité au Roi à grands renforts de bénédiction à l’eau lustrale. Les Lawas ont à leur tête le prince de Phrom Kiri, mais difficile de savoir où ce trouvait cette ville (18). Lors de cet hommage, ils étaient accompagnés de prince de Chiang Ngoen, actuellement un petit village de la province de Tak à quelques dizaines de kilomètres à l’ouest de Sukhothaï. De toute évidence, Cushman aurait été mieux inspiré de donner pour titre « le serment administré par le Lawa » ?


La réception (19) de Inthakiri.


Après s’être emparés de Trang, les généraux s’avancèrent en direction de Intha Khiri (20). Mais son prince envoya l’un de ses fils et plusieurs de ses féaux faire leur soumission roi à Sukhothai. Le roi leur fit des cadeaux somptueux.


La réception des Mons et des Lawas. (21)


Nos généraux sont stationnés au poste frontière d’Umaruk ( ?) Ils avaient envoyé à Ayutthaya un grand nombre de notables du Lawa qui furent récompensés par le roi non seulement par l’attribution de présents en or et en argent, d’armes précieusement damasquinés, de coupes d’or et d’argent, d’étoffes précieuses mais par l’attribution aussi de nouveaux noms (sur la symbolique des quels il nous est difficile de donner une interprétation). Le prince de Phrom Kiri fut comblé de cadeaux et reçut pour sa part le titre de prince Suthatsana Thani. Il fut ensuite renvoyé avec ses hommes dans la ville de Intha Khiri pour la diriger comme ville féale de la cité royale.


Evénements dans le royaume de Ava et guerre avec la Chine.


AVA 13


Pendant ce temps Mang Nanthamit (22) vivait dans la ville de Martaban et par ailleurs oncle paternel du prince de Ava. Les armées venues de Ho composées de 10.000 hommes vinrent attaquer Ava. Mang Nanthamit se porta au secours de son neveu à la tête des armées de Martaban et celles de 22 autres villes, regroupant des brigades de Mons qui « manquaient d’enthousiasme ». Mang Nanthamit s’empara de déserteurs et les fit périr après les avoir mis en cage. Malgré ce, une troupe de 5.000 Mons virent mettre le feu à Martaban et s’empara de la personne de Mang Nanthamit.

Mais par crainte de représailles du royaume d’Ava, ils décidèrent de se placer sous la protection du roi d’Ayutthaya en compagnie de Mang Nanthamit et de sa famille. Une rencontre avec Naraï eut lieu près de Kanchanaburi au lieu-dit « les trois buttes ». A cette occasion, apprenons-nous, le souverain de Kanchanaburi rendit hommage à Naraï. En reconnaissance, Naraï lui fournit des hommes de guerre et installa un groupe de Mons au voisinage des « trois collines » (23).


En 1023 (donc 1661 ?) Mang Nanthamit conduisit une troupe de migrants (12 .000 Mons) au voisinage de « Big Thaï » (?) en passant par Kamphaengphet. Il rend une fois encore hommage à Naraï qui, comme à son habitude, couvre ses féaux de cadeaux précieux.


La réaction de Pegu à la révolte de Martaban.


 

Martaban14


C’est alors que, ayant appris les événements de Martaban, les princes de Takoeng et de Siang (24) ainsi que celui de Hongsawadi et la fuite des Mons vers la ville de Thaï ( ?), prirent contact avec le prince de Ava en même temps que les armées de Ho assiégeaient la métropole royale. Le prince de Ava leva de son côté une armée de 30.000 hommes pour se joindre à celle de Tongu, de Takoeng et de Hongsawadi.

Nous vous faisons grâce d’un très long épisode d’une totale confusion, faisant l’objet de versions plus ou moins convergentes des annales ; nous y trouvons comme toujours l’intervention de princes de villes aujourd’hui inconnues et le nom de chefs de guerre qui n’ont laissé aucune trace dans l’histoire.


Chiangmaï, les Shans et le Ava.


Nous apprenons ensuite, toujours au bénéfice d’explications souvent fuligineuses que les princes de Chiangmaï et de Lamphun, effrayés de savoir que les troupes de Ho assiégeant le Ava et pourraient ensuite se retourner contre eux, envoyèrent un émissaire au roi Naraï pour solliciter son aide et sa protection, l’assurant qu’en retour, ils seraient ses fidèles vassaux. Mais Ho ne put investir la ville et dut s’enfuir poursuivi par les armées birmanes.


Les Birmans et les Mons envahissent Kanchanaburi.

 

Kanchan 14


Sur un appel au secours de cette ville, les armées royales conduites par Kosathibodi (celui-là probablement que nous retrouverons sous le nom de Kosapan ambassadeur à la cour de Louis XIV) vainquirent l’envahisseur.


Le roi Naraï rappelle les armées du nord.


Compte tenu de l’hommage rendu par les princes de Chiangmaï et de Lamphun, Naraï joint ses propres armées à celles de Nakhonsawan, de Surathani, de Songkhla, de Thong Pha Phum (25) et de Sisawat (25) pour protéger les deux villes. Les annales nous donnent plusieurs versions de cette campagne, la conclusion est similaire, les armées birmanes furent défaites.


Les armées victorieuses sont convoquées pour se retrouver à Ayutthaya.


C’est le grand défilé de la victoire, les chefs de guerre présentent leurs cadeaux au roi, fruit évident de leur butin, éléphants de guerre, chevaux et de nombreux prisonniers birmans et mons dont nous ignorerons le sort. En retour, comme à son habitude, Naraï couvre ses troupes de cadeaux proportionnels au rôle que les uns et les autres avaient joué dans les opérations.


Le rassemblement des éléphants, 1662 et 1663.


Alors que les annales nous narrent les événements précédents pratiquement sans la moindre précision chronologique, nous connaissons enfin la date précise de deux faits qui ne nous paraissent pas avoir marqué l’histoire du Siam, en 1662, naissance d’un éléphant blanc à Ayutthaya, et quelques jours plus tard, décès de la petit bête. Et l’année suivant, Naraï fait construire un vaste enclos pour ses éléphants !


La rivalité entre le prince Phetracha et Chai Khan.


Cet épisode ne présente sur le fond guère d’intérêt, mais nous voyons apparaître le personnage du prince Phetracha  qui est opposé dans une querelle relative à la conduite des éléphants à Chai khan, présenté comme simple « page royal ». La querelle se termine par la victoire de Phetracha auquel Naraï fait cette reflexion : « N’étais-tu pas conscient que ce petit Chaikhan n’était soldat qu’en paroles ? »


La rébellion de Ram et de Goldi à Phetchaburi.


Ces deux personnages, probablement de haut lignage (« celestial lord ») voulurent tendre une embuscade à Naraï, ils furent dénoncés par la population de Phetchaburi, soumis à la question, avouèrent leur noir dessein et furent pardonnés.


***


Il faut découvrir derrière cette longue liste de guerres, d’alliances ou de renversement d’alliances, de révoltes, de complots, de sièges et d’invasions présentée de façon apparemment désordonnée la manière dont Naraï réussit à faire de son royaume le plus grand de la péninsule indochinoise dans le dernier tiers du XVIIème siècle. La synthèse que n’en font pas les annales, l’a été par le missionnaire Nicolas Gervaise, resté quatre ans au Siam dont il écrit, le premier en français, l’histoire recueillie de la bouche de « mandarins » avec lesquels il s’était lié d’amitié.


Naraï, conseillé par son « premier ministre » Phaulkon, qui va bientôt apparaître dans les annales, va désormais pouvoir considérer sans forfanterie qu’il sera pour Louis XIV un « interlocuteur valable ».


Gervaise écrit en 1688 (26) :

« …Chaou Naraïe estant monté sur le trône ne se laissa point corrompre comme ses prédécesseurs par les délices d’une vie molle et paresseuse, telle que l’est encore aujourd’hui celle de la plupart des rois des Indes, on le vit incontinent après marcher à la teste de ses troupes contre les ennemis ses voisins, qui avaient osé l’attaquer. Après qu’il les eut mis tous en déroute, et forcé de rentrer dans leur pays, il quitta la frontière et vint s’appliquer au-dedans de son royaume à la recherche des moyens de le gouverner en paix : les semences des guerres civiles dont ils étaient menacés furent étouffées dès leur naissance par la sagesse et la discrétion de sa conduite. Plusieurs villes qui se disposaient à secouer le joug furent par lui flattées de l’espérance de nouveaux privilèges dont il les favoriserait, si elles demeuraient dans l’obéissance, et il sut, sans répandre beaucoup de sang, punit et faire rentrer dans leur devoir celles qui s’en étaient déjà éloignées… ».

 

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Nota.

Les annales sont par contre muettes sur la révolte des Macassars de 1687 dont nous avons parlé à diverses reprises (notamment dans notre article A99. « Le faucon du Siam » d'Axel Aylwen). Nicolas Gervaise, revenu en France en 1685 n’avait donc pu la connaître de la bouche de ses amis mandarins siamois. Il n’y fait aucune allusion non plus dans sa « Description historique du royaume de Macaçar » publiée à Ratisbonne en 1700. L’écrasement de la révolte de ces farouches mahométans des Célèbes fortement implantés au Siam est pourtant un événement majeur de l’histoire de ce pays. Si elle n’avait été écrasée par Forbin, peut-être le Siam aurait-il basculé dans la religion du Prophète et le cours de son histoire en eut été changé ?


 Gervaise

 

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Notes :

(1) « Le Cambodge -  III le groupe d’Angkor et l’histoire » p. 742. 1904)


(2) Une fois encore une transcription plus ou moins fantaisiste de Cushman, Nak Can, celle d’Aymonier (Neak Chan) nous semble plus appropriée.


(3) On ne sait pourquoi Cushman parle sans le traduire du prince de Yuan, ญวน, c’est tout simplement le nom thaï du Vietnam.


(4) Camphot ou Larat selon les versions. Quelle est cette ville ? Probablement Kamphot, sur la mer de Chine et à quelques dizaines de kilomètres de la frontière actuelle ?


(5) Une belle figure de style, les annales ne nous y ont pas habitués.


(6) Il y a certainement un symbole derrière ce chiffre – que nous allons retrouver plus bas – mais lequel ? Les Thaïs sont toujours férus de numérologie. Celle-ci nous échappe complétement.


(7) Quelle est cette ville ? Son nom laisse à penser qu’elle était au Siam ? Pour Aymonier (loc.cit) il est mort au Cambodge d’un excès de consommation d’alcool de riz.


(8) Pas d’équivalence de date donnée par Cushman.


(9) S’agit-il d’une personne de ce nom ? Plus probablement un groupe de Mingkabau, une population musulmane (qui subsiste encore aujourd’hui malgré les massacres de khmers rouges) implantée au Cambodge via le Champa dont les chassaient les Vietnamiens, originaire de Sumatra, qui a toujours constitué l’élite politique, intellectuelle et artistique de l’Indonésie.


(10) On se demande pourquoi Cushman ne nous traduit pas le mot แขก keak, pourtant bien significatif la mentalité siamoise, c’est à la fois un invité ou un étranger non farang ou les deux à la fois.


(11) L’une des annales en annonce 772, voir la note 8.


(12) De toute évidence, le wat phra singh qui existe toujours, célèbre pour contenir des statues de Bouddha en or massif.


(13) Traduction singulière, on comprend mal pourquoi le texte traduit ne parle tout simplement pas des éléphants blancs ?


(14) Il y a plus de 500 kilomètres à vol d’oiseau entre Ayutthaya et Chiangmaï. Par ailleurs, si Nakhon nayok est aux portes d’Ayutthaya, Phichit en est à plus de 200 kilomètres. Le rassemblement de ce qui ressemble plus à une armée d’invasion qu’à une armée de libération dut tout de même prendre un certain temps.


(15) Ce que les annales vont présenter comme un pèlerinage religieux nous semble bien plutôt un choix stratégique de Naraï qui se trouve à Phitsalulok, très exactement à mi-chemin entre sa capitale et Chiangmaï.


(16) Lampang n’est plus qu’à quelques dizaines de kilomètres de Chiangmai et Thoen est aujourd’hui un modeste amphoe de la province de Lampang.


(17) Naraï s’est avancé de 50 kilomètres en direction de Chiangmaï. Il ne reste plus aujourd’hui que 10.000 Lawas, combien étaient-ils à cette époque et que représentait leur « royaume » ?


(18) Il existe bien actuellement un Phrom Kiri, mais c’est un amphoe de la province de Nakhonsrithammarat !


(19) Pas d’autre moyen de traduire le titre de Cushman (« the reception of Inthakhiri » alors que le mot « soumission » nous semblerait plus approprié.

(20) Il existe bien actuellement un Inthakhiri mais c’est (encore) un village de la province de Nakhonsrithammarat !


(21) Que vienne faire les Mons dans cette galère ? Le paragraphe traduit par Cushman n’en dit pas un mot ?


(22) Probablement Prince de Martaban ou chef des armées ?


(23) Probablement l’actuel amphoe de Sam Khok au nord de la province de Pathumthani.


(24) Les seules villes ainsi nommées dont nous trouvons trace se trouvent en Indonésie actuelle ?


(25) Actuellement, un amphoe de la province de Kanchanaburi.


(26) « Histoire naturelle et politique du royaume de Siam », chez Claude Barbin, MDC. LXXXIII.

 

 

 Gervaise-fin

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