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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 23:00

timbre final1/ Vue par les « Chroniques royales d’Ayutthaya ». 

 

La nouvelle est d’importance, car c’est la première fois (l’unique ?) qu’une ambassade siamoise a les honneurs d’une Chronique royale.* On se doute que sa relation sur 7 pages en sera particulière. En effet, les Chroniques ne font aucune allusion aux différentes ambassades envoyées et reçues par le roi Naraï. Ainsi par exemple, aucun mot à propos de la première ambassade de 1681 envoyée en France, et qui fit naufrage, rien non plus à propos de l’ambassade du Père Vachet de 1684 ** et de son retour en 1685 avec la fameuse première ambassade dite de Louis XIV menée par le chevalier de Chaumont et de l’abbé de Choisy, dont nous vous avons parlé d’abondance. Nous avons de cette ambassade des dizaines de récits, de même pour  le séjour de l’ambassade siamoise de Kosa Pan en France. Mais les Chroniques royales vont choisir un récit fabuleux, fantastique, magique, surnaturel, sans aucun rapport avec la moindre réalité.


Voyez plutôt.


1/ L’ambassade siamoise de Kosapan vue par les Chroniques royales d’Ayutthaya.


(Nous nous sommes servis de la traduction de L. Bazangeon, publiée dans le Bulletin de la Société de géographie de Rochefort, bulletin 1890-1891)


L’origine de cette ambassade part d’une conversation entre le roi Naraï et Phaulkon qui lui vante les manufactures françaises et l’habilité des ouvriers français, les objets magnifiques et étonnants qu’ils produisent, l’abondance et la richesse de la France, avec son or, son argent, ses palais. Il décrit ensuite la salle d’audience du roi Louis XIV, (la galerie des glaces), 

 

galerie des glaces 2

 

sa magnificence avec ses décorations somptueuses, ses jeux de lumière, ses lustres monumentaux, avec un tel enthousiasme que le roi veut s’assurer de son exactitude et décide « de construire un navire qui porterait une ambassade siamoise en France ».


Le roi demande à son ministre des affaires étrangères Chao Phraya Kosa Thibodi, de lui choisir un homme possédant les qualités nécessaires pour cette mission. Il lui désigne son jeune frère Naï Pan (Kosapan).

 

Kosapan 3

 

Le roi lui confirme qu’il doit donc visiter le grand et puissant royaume et vérifier s’il est aussi riche et merveilleux que le prétend Phraya Wichayen (Phaulkon). Naï-Pan répondit qu'il serait très heureux de visiter la grande France et de plaire ainsi au roi.


Si Kosapan et sa suite s’embarquent en 1686, sur un  navire français, avec le chevalier de Chaumont et l’abbé de Choisy,

 

choisy 4

 

de retour de leur mission en France avec une proposition d’alliance entre le Siam et la France, les Chroniques signalent que Kosapan a son propre bateau et choisit capitaine et équipage et un astrologue compétent mais quelque peu alcoolique. On apprend que le ministre lui adjoint deux autres ambassadeurs et qu’ils sont porteurs d’une lettre royale et de présents d’amitié, comme il est d’usage. Il est précisé toutefois qu’ils doivent tout faire pour établir de bonnes relations entre le Siam et la France.


Une phrase plus loin, ils ont effectué la traversée en 4 mois (sic) et sont pris dans un cyclone (resic) près des côtes de France, croyant leur mort éminente.


tempoète 5

 

Cela était sans compter sans leur habile astrologue qui réussira à les sortir de « cette mort inévitable » avec force bâtonnets, cierges, offrandes et méditations. Le ton est donné.

 

invulnérabilité 7


A peine arrivés à la capitale qu’ils sont reçus par le roi Louis XIV à qui ils présentent la lettre et les présents du roi Naraï. Curieusement, on peut noter le peu d’attention porté ici au cérémonial dont les  Chroniques sont toujours friandes.


Les ambassadeurs siamois évoquent alors comment ils ont réussi à se sauver d’un cyclone. Un signe à leurs yeux qu’une grande alliance va pouvoir s’établir entre les deux grands rois. Louis XIV est dubitatif, mais il est dit qu’ils arrivent à le convaincre et qu’il en conclut que ce miracle prouve que le roi du Siam avait autant de mérites que lui.


Ensuite, on arrive dans une dimension fantastique. Louis XIV et les ambassadeurs siamois vont s’affronter dans le but de savoir qui a les soldats les plus émérites.

 

soldat louis XIV 6

Louis XIV fait procéder à une grande revue où deux divisions de 250 soldats, face à face, arrivent à tirer dans leurs canons respectifs, sans se blesser !

 

Louis XIV, sollicitant un compliment admiratif, apprend des ambassadeurs siamois que les soldats siamois ont des qualités oh combien, supérieures, puisque certains sont invincibles, avec la faculté de se rendre invisibles, d’autres invulnérables, car les coups qu’ils reçoivent demeurent inoffensifs.


 

sak-yant 12


Le roi de France, dit-on, taxa ces récits d’exagérations et de fanfaronnades  et demanda aux ambassadeurs siamois s’ils pouvaient en apporter la preuve. Ceux-ci, connaissant l’habileté de leur astrologue et bien qu’ils n’eussent pas pris avec eux des soldats médiums, est-il précisé, relevèrent le défi et prièrent Louis XIV d’autoriser les 500 tireurs français à tirer sur leurs soldats, sûrs qu’ils étaient de leur invulnérabilité. Craignant l’incident diplomatique Louis XIV hésita, mais céda devant l’insistance des ambassadeurs. 

 

Potion 8


Le lendemain, en présence du roi Louis XIV, 16 soldats siamois furent munis de talismans gravés de sentences magiques par l’astrologue et s’assirent devant les 500 soldats français à qui on ordonna de tirer, mais aucune balle ne sortit des mousquets. Après avoir festoyés, l’astrologue proposa alors une autre démonstration, où les balles pourraient partir. Mais si les balles partirent, certaines tombèrent au pied des tireurs, ou pas très loin, et d’autres devant les Siamois assis, et aucun soldat siamois ne fût touché.


Le roi ne put que déclarer exact  tous les récits des ambassadeurs et l’habileté et la vertu surnaturelle des soldats siamois.


Mais, les chroniqueurs estimant peut-être n’avoir pas donné assez de pouvoir aux soldats siamois ajoutèrent une autre scène, où Louis XIV voulut savoir si d’autres soldats avaient d’autres qualités surprenantes. Les ambassadeurs répondirent que les soldats qu’il avait vus appartenaient en fait à une classe inférieure, mais que les soldats de l’armée régulière chargés de la défense de l’Etat possédaient des qualités et des vertus bien supérieures.


Il est dit que le roi Louis XIV ajouta foi à cette déclaration.


Nota.

Non seulement, nous sommes dans l’invraisemblance, le fantastique, mais les Chroniqueurs tiennent à chaque fois, à déclarer les faits exacts, ou crus par Louis XIV. Plus loin,  on ajoute même que le roi « avait foi en leurs dires, parce qu’ils disaient toujours la vérité ».

Il s’agit toujours de magnifier la puissance du roi du Siam, l’invulnérabilité de ses soldats, l’intelligence supérieure des personnages officiels, de ses nobles.


Mais paradoxalement les ambassadeurs ne vont exprimer leur étonnement que sur les changements de costume et de couleur de Louis XIV au fil d’une journée, ou  les diamants du trône, décoré de rubis le matin, d’émeraudes à midi et de diamants le soir. Une admiration esthétique sur le jeu des lumières et des couleurs ! Ou bien encore le cheval du roi constellé de brillants, de diamants et de rubis, dont un gros au cou, réfléchissant les rayons du soleil, irradiant la personne royale et  le cheval d’une auréole rouge.


Louis XIV curieux, interroge les ambassadeurs.

On voit Louis XIV s’enquérir du rang des ambassadeurs et des privilèges que le roi du Siam pouvait accorder et d’apprendre que la plus grande distinction est l’honneur d’être en présence immédiate du roi et de se prosterner à ses pieds. Il leur accorda alors ce privilège. Une autre fois, pour savoir, nous l’avons dit, s’il y avait au Siam des rubis aussi gros que celui  porté au cou de son cheval.

rubis 9


Il est dit que le roi fit remarquer la finesse et l’élégance des réponses  des ambassadeurs à ses courtisans. Mieux, « il prescrivit donc de noter et de recueillir leurs conversations et leurs discours, et de les conserver pour les faire servir de modèles littéraires aux générations futures ». Louis XIV invitant à imiter les modèles littéraires siamois !


Ensuite et enfin, lors d’une nouvelle audience, (que de rencontres !), les ambassadeurs, après avoir reconnu que les descriptions merveilleuses faites de la France par les négociants français au Siam correspondaient bien à la réalité,  présentent à Louis XIV l’objet de leur ambassade : « Notre maître, ajoutèrent-ils, désireux de vérifier l’exactitude de ces descriptions merveilleuses, nous a envoyés en ambassade, porteurs d’une lettre d’amitié et de présents, afin de nouer d’une manière indissoluble des relations amicales ».


Les ambassadeurs furent invités à visiter le palais et les appartements privés, et reçurent l’autorisation de faire un rapport détaillé de ce qu’ils avaient vu. Ils purent ainsi constaté, dit-on, que les descriptions faites au roi du Siam par Phraya Wichayen (Phaulkon) étaient exactes.


Ils remercièrent si bien le roi (évoquant les splendeurs royales du palais digne de servir à une divinité céleste), que le roi, non seulement leur accorda de hautes faveurs, mais proposa à Kosopan une dame de la Cour afin qu’il puisse laisser en France, « à titre de souvenir de leur mission, une ligne directe de descendants ».

 

mme de maintenon fdxminnie 11

 

On précise même que Kosapan eut un fils « d’une beauté remarquable, car il était tout le portrait de son père ». Et qu’à la fin de la troisième année (sic), en prenant congé, Kosapan confia sa femme et son fils aux soins du roi de France !


Le roi les chargea de porter au roi du Siam des présents et une lettre d’amitié en réponse à celle qu’il avait reçue, et regagnèrent leur navire.

A leur retour, les ambassadeurs remirent bien sûr, lettre et présents au roi du Siam, et firent la relation détaillée de leur voyage et des merveilles qu’ils avaient vues. Le roi loua les talents de Kosa Pan et ils furent tous récompensés.


Ainsi s’achève le récit de l’ambassade siamoise menée par Kosapan auprès de Louis XIV.

                                               ___________________________

 

 

Nous avions une preuve de plus que les Chroniques royales n’avaient aucune prétention historique, et nous pouvions ici en mesurer le parti pris merveilleux, fantastique et surnaturel. Certainement une forme de propagande, à usage interne. Une hagiographie siamoise. Après tout, on croyait à cette époque (aujourd’hui ?) aux pouvoirs étendus des brahmanes devins et médiums. Alors un cyclone que l’on fait cesser par magie, des soldats assis que l’on rend invulnérables sous les tirs de 500 soldats français ! Pourquoi pas ?


Que les Chroniques racontassent que le roi Naraï soit tout puissant, que les nobles aux charges officielles, aient des qualités exceptionnelles, les ambassadeurs, des talents littéraires dignes d’inspirer les Français, et que les soldats soient  invulnérables, quoi de surprenant. Le roi n’est-il pas, comme Asoka, « le modèle historique réalisé »,

 

asoka 13

 

le « monarque universel », qui possède les 10 vertus royales et les 7 trésors ; « Le Maître des Dieux », « le seigneur des dieux sur terre », « le seigneur de la création », « le Dirigeant des Rois », « l’ Incarnation de L'Omniscient et Originel Bouddha », « le Rama du Royaume », « le Suprême Shiva, Conquérant du Monde », « le Maître des Trois Mondes »,  « le Génial et Brillant Agni ». (Cf. 93).


Les autres rois et Louis XIV ne peuvent qu’être admiratifs.


Il n’est pas difficile de comprendre que les récits « royaux » ne sont là que pour magnifier le roi. Chacun avec sa culture. Après tout, Louis XIV se prenait pour le roi Soleil.


versailles-grille-roi-soleil 14

 

N’avait-il pas en 1685, en révoquant l’Edit de Nantes, décider ce qu’il fallait croire dans le royaume et ce qui était interdit. N’avait-il pas transformé ses nobles en courtisans, imposant ainsi leurs dires à sa gloire exclusive.


Pour Naraï ou Louis XIV, la vérité historique n’était pas une valeur reconnue.


 

2/ L’ambassade siamoise de Kosapan de 1686 en France ?


Nous disposons de nombreux témoignages qui permettent d’avoir une idée de l’emploi du temps de l’ambassade siamoise en France, des personnes rencontrées, des discours prononcés, des lieux visités, et des enjeux diplomatiques.


L’ambassade siamoise de Kosapan part en France avec la première ambassade française menée par le chevalier de Chaumont et de l’abbé Choisy, qui arrivée au Siam le 23 septembre 1685, était repartie le 22 décembre 1685, après trois mois  de séjour siamois. Elle revient avec la deuxième ambassade française, menée par Simon de La Loubère et Claude Céberet du Boullay, qui partie le 1er mars 1687, arrive en rade de Siam le 27 septembre 1687, avec cinq navires transportant 1300 personnes, dont 630 militaires commandés par le général Desfarges, composée de diplomates, missionnaires (dont 14 jésuites), soldats et artisans.

Imaginez le nombre de témoins.


De fait, si vous ajoutez le témoignage des interprètes, vous avez de quoi composer, en se rappelant que les missionnaires de Lionne et Vachet et leur rival  le père jésuite Tachard (« ambassadeur officieux du ministre Phaulkon auprès du père de La Chaise et du roi de France ») étaient du voyage.  On pourrait encore rajouter le journal du marquis de Dangeau, les Mémoires du baron de Breteuil, l’abbé de Choisy, de La Loubère … Et même, les soixante-huit feuillets écrits en siamois par les ambassadeurs eux-mêmes qui relatent les deux premières semaines de leur séjour en France. (traduit en anglais par Visudh Busyakul), ou “The Siamese ambassy to the King sun, The personal memorials of Kosa Pan”, écrit par Michael Smithies, (ed. Duang Kamol), vous aurez de quoi vous faire votre opinion et de proposer une autre version possible. (Cités par l’ex-Mémoires de Siam).


Mais il semble que Le voyage des ambassadeurs de Siam en France par Donneau de Visée (écrit pour le Mercure Galant), et Le Mercure Galant donnent une idée juste et souvent détaillée de leur séjour en France.


Mais souvent, il n’est retenu que des anecdotes, le côté folklorique. On oublie le politique, les intrigues, comme le disent  Morgan Sportès,  et  Kanika Chansang, dans le Journal of Siam Society ***:

 

« On a souvent évoqué le côté folklorique de 1' ambassade siamoise en France en 1687, mais assez peu les intrigues qui se nouèrent alors à Versailles, dans le dos de l'ambassadeur Kosapan. Les "minutes," jusqu'ici inédites, d'un entretien entre le marquis de Seignelay

 

Marquis de seignelay

 

et ledit Kosapan permettent, à cet égard, de mieux percer les véritables intentions des Français dans cette affaire, et l'habileté du mandarin, Kosapan à les deviner… ».

 

Que d’histoires à raconter !

 

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*Le voyage des ambassadeurs de Siam en France par Donneau de Visée - Mercure Galant - Réédité par les éditions Charlemnit à Bangkok en mars 1985.

 

** Cf. nos articles : 82. 84. 85. 1686. Un récit étonnant du naufrage de l’ambassade siamoise partie pour le  Portugal en 1684. 86. Histoire du vaisseau « Le Soleil d’Orient ». Un mauvais karma. 1671-1681 ( ?). 89. Nous avions aussi par exemple relaté la confidence de Morgan Sportès, qui avait lu, dit-il, 20 000 pages d’un manuscrit écrit à la plume d’oie pour écrire Pour la plus grande gloire de Dieu afin de comprendre cette tentative de Louis XIV de mettre la main sur le Siam. (Cf. notre article A89. Louis XIV a voulu coloniser le Siam ?).


*** Kosapan face aux intrigues françaises, Morgan Sportes,  Kanika Chansang, Journal of Siam Society, vol. 83, part 1et 2, 1995,  79-91.


http://www.siamese-heritage.org/jsspdf/1991/JSS_083_0h_SportesKanika_KosapanFaceAuxIntriguesFrancaises.pdf

 

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