Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur blogthailande@yahoo.fr

27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 23:07

un-92af9Au long des articles précédents sur le bouddhisme thaï en général et le bouddhisme Isan en particulier, nous avons essayé de comprendre ce qu’est cette « religion »  sans Dieu ni dogme, qui prend en Isan un aspect magique (sinon primitif, datant probablement de la civilisation de Ban Chiang ?). Il nous a semblé y voir quelques paradoxes et incohérences, dont nous voulons, aujourd’hui, vous parler.

L’omni présence de Bouddha en pays thaï est une réalité quotidienne. Les temples fleurissent comme ces moines au petit jour, partant à la quête de leur riz quotidien. Il y a, paraît-il,  383 temples a Bangkok, on en construit et en reconstruit en permanence partout,  plus que de cathédrales au Moyen-âge, temples modestes de village, temples fastueux d’ors et de sculptures en teck, dont la décoration plus spectaculaire que modeste est faite à grands renforts de dons des fidèles dont les noms s’affichent orgueilleusement en dessous de la porte finement sculptée ou du panneau peint avec délicatesse représentant un épisode de la vie du Bouddha sans oublier, de façon ostentatoire, le montant du don.


Les « saintes images », on en voit partout. « Royaume du démon », royaume des « idoles », il est facile de comprendre la stupéfaction des jésuites que Louis XIV vieillissant, envoya à la fin du XVIIème siècle à l’instigation de son confesseur, tenter de convertir « Siam », ce que les prêtres des missions étrangères, présents depuis bien avant eux, n’avaient jamais réussi autrement que dans la confusion, en baptisant des enfants morts- nés, en travestissant la traduction des saintes écritures en remplaçant le nom de Jésus-Christ par celui de Bouddha.

Il est évident que tous les signes extérieurs d’une religion monothéiste sont réunis ?


Telle ne semble pas être l’opinion des thaïs pratiquant le bouddhisme « orthodoxe » dont ils utilisent, toujours, en priant, la langue sacrée, le pali (pour la plupart sans en comprendre un traitre mot). Allez donc expliquer à une « fille de bar » qui va, avant de prendre son poste en début de soirée, faire brûler des bâtons d’encens devant le Bouddha qui trône en place d’honneur dans son établissement, ou à un paysan Isan allant écouter le sermon du temple, offrant boisson et nourriture au buste du Roi Rama V, seul ornement de son intérieur, ou couvrant de minces feuilles d’or un buste de Bouddha, qu’ils font de la «  philosophie » !

 

Cherchant à comprendre, nous avons  trouvé quelque intérêt à étudier le bouddhisme thaï « à la source », tout simplement dans un petit cathéchisme intitulé « Questions et réponses sur l’histoire de Notre Seigneur Bouddha à l’usage des jeunes gens ».

Le terme พระเจ้า - phra djao - que nous traduisons par « Notre Seigneur » pour qualifier Bouddha est celui qu’a repris l’Eglise catholique thaïe pour parler de «Notre Seigneur » Jésus-Christ. Mais ce sont les mêmes mots utilisés par le Thaï pour dire « Dieu » et ils débutent également les titulatures du Roi. C’est très exactement le «  Dominus » latin concernant à la fois l’Empereur déifié et Dieu le Père. Equivoque assurément.

Ce petit catéchisme est présenté comme l’étaient nos « catéchismes des diocèses », sous forme de questions - réponses. Nous le tenons du fils, âgé d’une quinzaine d’années, d’un voisin thaï que son père lui fait réciter quotidiennement. Cette lecture peut-elle apporter quelque lumière que ce soit ? Il ne faut en tous cas pas la prendre avec une logique occidentale. Pour éviter le moindre risque et la moindre équivoque, notre référence constante en matière de traduction est comme toujours le dictionnaire publié par l’Institut Royal (Royal institue) en 2002 (ISBN 974 958 8 045), qui constitue la somme de la langue thaïe au seuil du XXléme siècle.

Il n’y a aucun doute, le mot utilisé - ศาสนา - satsana - ne peut se traduire que par « religion ». La philosophie, c’est  ปรัชญา - prattaya. Le terme satsana s’applique également à la religion du Christ, à celle des mahométans ou à toutes les autres.

Ce « catéchisme » (en thaï, le mot n’existe que pour la religion chrétienne) commence par l’histoire de la vie de Bouddha sur l’historicité de laquelle je ne reviens pas.

Vous le savez, il est né dans la forêt de Lumpini. Ici se situe une question relative à l’accouchement de sa mère dans la forêt, et une réponse !

« Question :

Mais accoucher dans une forêt, n’était-ce pas difficile ?

Réponse :

Pas du tout. Il y avait un récipient pour recevoir les eaux et des créatures célestes pour l’assister, de l’eau chaude et de l’eau froide, pour permettre la bonne arrivée de l’enfant ».  

Nous retrouverons plus bas ces « créatures célestes ».

Le choix du prénom (voir notre article 34) fut fait par 7 brahmanes qui convinrent qu’il devait s’appeler « Sitthatha », ce qui signifie « désir de la perfection ». Suit le récit de sa vie et la narration de son parcours spirituel, jusqu’à l’illumination. C’est ensuite l’exposé proprement dit de sa « doctrine » qui continue sous la même forme de « questions-réponses ».

J’en arrive à une question-réponse qui nous  a « perturbé ».

« Question :

Y- a- t- il des créatures célestes et des dieux ? Qu’a dit Notre Seigneur ?  

Réponse :

Il n’y en a pas du tout. Il faut s’acharner à découvrir la vérité de Bouddha uniquement pour atteindre l’illumination. »

atheisme

Voilà une affirmation strictement contredite par d’autres paragraphes de ce catéchisme. Mais c’est peut-être l’un des avantages de la civilisation thaïe de ne pas avoir généré de Descartes et de créer le paradoxe d’une « religion » monothéiste sans Dieu(x) ! Les « créatures célestes » omni présentes dans la tradition religieuse thaïe, bien qu’elles n’existent pas au dire de son fondateur, sont l’ensemble des habitants du Paradis.


La cosmologie bouddhiste thaïe venue des Indes, le Ramayana est devenu le Ramakian, parle du Paradis occupé par le plus grand des dieux, le bon et grand  Issawon (Siva) - il y a d’autre paradis occupés par d’autres dieux de moindre importance - et des créatures célestes des deux sexes. L’un d’entre eux qui s’était fort mal conduit est renvoyé par Issawon sur terre pour y connaître une fin humaine et à cette fin, il envoie également sur terre son dieu préféré, Naraï (Vishnou) qui se réincarne en être humain, Rama, aux fins de tuer l’ange du mal devenu le Roi Thotsakan. N’oublions pas, pour nous rappeler d’autres souvenirs, les serpents, les nâgas, qui sont dans le monde souterrain et prêtent main forte à Thotsakan et à son armée de démons. On fait vite le rapprochement avec les anges et les démons de la religion chrétienne, avec le serpent tentateur, même s’ils sont sexués. Il y en a de toutes espèces, tout comme les démons. Les chrétiens connaissent (ou connaissaient) les anges et les archanges, les trônes et les dominations, dans les chœurs de la hiérarchie et les anges déchus conduits par l’ange de lumière, Lucifer alias Satan. Le combat entre Rama et Thotsakan dure 14 ans et se termine par le triomphe du Bien sur le Mal.

L’épopée du Ramayana, devenue en thaï le Ramakian a fourni également au vieil Homère des pans entiers de l’Iliade et de l’Odyssée, ce qui rend d’ailleurs les doctes dissertations sur l’historicité des faits relatés dans ces épopées bien aléatoires.

Bouddha en arrive, avant le Nirvana à  l’état d’Arhanta. Les Arhantas sont les saints du Bouddhisme primitif, l’état d’Arhanta précède celui d’éveillé au Nirvana. Les querelles théologiques (ayant naturellement donné lieu à massacres et excommunications) sur les différences entre les deux états présentent (pour nous) à peu près le même intérêt que les querelles byzantines sur le sexe des anges.


Notre « catéchisme » donne ensuite les règles essentielles de « la morale de Notre Seigneur Bouddha » :

« Question :

Comme fondateur d’une religion et maître spirituel, doit-on l’adorer ?

Réponse :

On ne doit pas l’adorer mais le vénérer avec des fleurs et des bâtons d’encens.

A-t-il, comme le Christ, désigné un successeur, une pierre sur laquelle bâtir son « église » ?

« Question :

Avant d’atteindre le nirvana, désigna-t-il un successeur ?

Réponse :

Non, mais il disait en état d’illumination «regardez moi, la vérité c’est l’enseignement que je vous ai donné. Je suis votre maître et je m’en vais. Contentez vous d’appliquer mon enseignement. »

La langue thaïe traduit le mot athée par ผู้ที่ไม่เชื่อว่ามีพระเจ้า phouthimaïtchuawamipradjao, littéralement « personne qui ne croit pas qu’il y a un (des) dieu(x) ». Singulier ou pluriel ? La langue thaïe ne fait pas la différence entre le singulier et le pluriel mais la rédaction nous fait préférer un singulier, donc « Dieu ». Peut-on être plus clair ?

L’homme qui dit qu’il n’y a pas de dieux est un athée ! Et pourtant, l’homme qui dit qu’il n’y a pas de dieu(x) a été déifié ! Nous rejoignons ce que l’Eglise catholique romaine considère comme une déviance hérétique de l’église grecque orthodoxe, la « théosis », la déification proportionnelle à la pureté de l'homme. Plus il est purifié des passions, plus haute sera l'expérience qu'il recevra de Dieu, il voit Dieu comme cela fut écrit : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu »  (Matthieu 5:8).

Saint Mathieu a-t-il connu Bouddha ? Fonctionnaire de l’Empire, le plus érudit des quatre évangélistes, ce n’est pas exclu.

220px-Saint Matthieu

Le bouddhisme était connu à cette époque dans l’angle sud-est de la méditerrannée. Un argument en faveur de ceux qui considèrent (un peu vite) le christianisme comme un schisme du bouddhisme.

 

Pour le Bouddha, il n'y a pas de Dieu créateur de l'Univers, pas de paradis, pas d'enfer, pas de Messie, pas de Résurrection. Tout au contraire. Le bouddhisme ne s'intéresse pas à la métaphysique, à l'origine du monde, aux notions de bien et de mal. C'est une doctrine finalement très pragmatique qui part d'un constat évident : tout est souffrance. Pessimisme total qui rejette même la notion d'âme et rend caduque toute attitude religieuse. Dans la mesure où Dieu n'existe pas, à quoi bon la mystique, les sacrifices, les sacrements ou n'importe quelle forme de culte? Le salut dépend uniquement de la causalité du karma et des moyens de sortir du cycle infernal du samsara. Le Bouddha est authentiquement athée. Sa doctrine vise un seul but : la délivrance.

 

N’ayant aucune prétention à avoir des connaissances théologiques, mais m’étant contenté de ces constatations (qui me semblent d’évidence), j’ai retrouvé les fameuses déclarations du pape Jean-Paul II (qui ont tant fait hurler les bouddhistes de comptoir) sur le bouddhisme.

B0501G

« ……. L'illumination expérimentée par le Bouddha peut se résumer dans cette conviction que le monde est mauvais, qu'il est une source de malheurs et de souffrances pour l'homme. Pour se délivrer de ces maux, il convient donc de se livrer au monde ; il faut couper nos liens avec la réalité extérieure, donc les liens que nous impose notre constitution humaine, psychique et corporelle. Au fur et à mesure de cette libération, nous devenons de plus en plus indifférents à tout ce qu'il y a dans le monde et nous nous libérons de la souffrance, c'est à dire du mal qui provient du monde. Nous rapprochons-nous de Dieu de cette façon ? Il n'en est même pas question dans l'illumination proposé par le Bouddha. Le bouddhisme est en grande partie un système athée. Nous ne nous délivrons pas du mal à travers le bien qui vient de Dieu; nous nous en libérons seulement en nous éloignant d'un monde qui est mauvais. La plénitude de ce détachement n'est pas l'union avec Dieu, mais ce qu'on appelle le nirvâna, c'est-à-dire une indifférence totale envers le monde. Le salut est avant tout une libération du mal, obtenue grâce à un parfait détachement du monde, ou réside la source du mal. Voila le sommet de la démarche spirituelle du bouddhisme... Saint Jean de la Croix préconise de se libérer du monde, mais afin de s'unir à ce qui est distinct du monde; et ce qui est distinct du monde n'est pas le nirvâna, mais c'est une personne, c'est Dieu, car celle-ci ne peut s'accomplir que dans et par l'amour.... »

 

 Mais le bouddhisme, tel que nous le connaissons ici et plus spécialement en Isan, c’est la transformation singulière en religion monothéiste tintinnabulante du culte intérieur institué par Bouddha... Un culte religieux incontestablement fondé sur la base de l’athéisme et d’innombrables divinités peuplant le  panthéon bouddhiste, dont le fondateur a dit qu’elles n’existent pas.


Le bouddhisme n’a été véritablement connu en France que par Simon de la Loubère, envoyé de Louis XIV à la cour du roi du Siam, mais l'orientalisme connut un un essor rapide au siècle suivant. La publication en 1844, de l'ouvrage magistral d'Eugène Burnouf, « Introduction à l'histoire du buddhisme indien » suscita un formidable engouement pour le bouddhisme.

220px-Burnouf Eugène

Pour les contemporains, Baudelaire et Hugo, le bouddhisme, apparaît avant tout comme une doctrine athée qui prétend ne s'appuyer que sur la raison, place l'expérience individuelle au centre de sa praxis, ne repose sur aucun dogme intangible et propose une morale humaniste sans référence à une quelconque révélation divine. La plupart des intellectuels athées ou anti-cléricaux, Taine, Renan, Nietzsche, Renouvier, Michelet, exaltent le «  rationalisme », « l'athéisme » et le « positivisme » bouddhique contre le christianisme qui représente, selon Auguste Comte, un « stade infantile de l'humanité ». Le Pape 150 ans plus tard n’a rien dit de plus sur l’athéisme fondamental du bouddhisme en chaussant de façon singulière les bottes des mécréants du siècle précédent !

L'enseignement du Bouddha, morale utilitaire sous tendant un égoisme raffiné, a donné lieu à trois écoles d'interprétation différentes ayant suscité conciles, encycliques, excommunications, inquisitions et sanglantes guerres de religion :

Le Grand Véhicule, ou Mahayana, puise son inspiration dans la découverte d'écrits postérieurs - les sutras - selon lesquels le Bouddha ne se limite pas à sa personne physique ni à son enseignement.

Le Petit Véhicule, ou Hinayana, qui considère ces sutras comme hérétiques, reste fidèle aux seuls préceptes donnés par Bouddha à ses disciples. Cette tendance est majoritaire en Asie du Sud-Est - Cambodge, Vietnam, Thaïlande - mais aussi à Sri Lanka. C’est l’orthodoxie.

Le Véhicule de diamant, ou tantrisme, très ésotérique, s'appuie sur une méditation très poussée et sur une primauté du maître initiatique. C'est le bouddhisme du Tibet et de la Mongolie.

 

Il est de bon ton en Occident de se dire « bouddhiste » dans les salons. C’est le bouddhisme d’Hollywood aussi. Le bouddhisme de comptoir souvent. Il est plus distingué de se dire bouddhiste que de s’avouer catholique ou musulman. Le dernier bouddhiste en date est un acteur pour lequel j’ai un faible, Jason Statham (chacun a ses faiblesses), « le Transporteur » bouddhiste, ça ne vous fait pas rigoler ?

24345800

Mais référence est systématiquement faite au bouddhisme tibétain popularisé en particulier par Hergé (« Tintin au Tibet »),

tibet tintin

déviance hérétique qui n’a strictement rien à voir avec le bouddhisme thaï tel que nous l'avons décrit précédemment, et à la personne sur-médiatisée et sur-financé (essentiellement par la CIA pour em.....er les chinois) du Dalaï Lama, ancien chef spirituel du dernier pays ouvertement esclavagiste au monde et bénéficiaire d’un formidable marketing. Ce sont là déviances du bouddhisme sur lesquelles nous reviendrons bientôt.

 medium existence de dieu

 

Partager cet article

Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Culture : film - livres - article...
commenter cet article

commentaires

Jeff de Pangkhan 29/07/2011 03:51



Bravo pour l'article et sa conclusion avec notre "transporteur bouddhiste".Cela ,'a bien fait rire!J'ai cotoyé des moines tibétains et leur intolerance(si si)envers ceux qui ne pensaient pas
comme eux, était génante loin de l'attitude  médiatique de leurs chefs et surtout leur "guide suprême".Lorsqu'on leur parlait du bouddhisme "srilankais"(je ne conaissais pas la Thailande à
l'époque)qui est le meme qu'au pays du sourire,eh bien ils riaient à la limite du dédain pour ce Bouddhisme d'apparat!Mais il est vrai que le Bouddhime est athé,pas de dieu;c'est une
doctrine;c'est peut-etre pour cela que les pratiques animistes y sont si bien tolérées?


Bonne continuation...


Jeff