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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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21 septembre 2011 3 21 /09 /septembre /2011 23:05

CucheroussetLe projet et le combat de Cucherousset pour désenclaver l'Isan dans les années  20, vous connaissez ?

L'existence d'un service postal en Isan dans les années 20, vous saviez?

Qui était Henri Cucherousset ?

Henri Cucherousset est né dans le Doubs en 1879 et est mort à Hanoï le 30 septembre 1934. Il commence sa carrière en Chine à Changhaï comme avocat dans le cabinet de Me d’Auxion de Ruffé. Mais il prend très vite goût au journalisme au sein de l’équipe de « l’écho de Chine » et y  fera carrière après avoir abandonné le barreau. Grand voyageur, curieux de tout, il visite la Corée, le Siam et la Chine puis décide de se fixer en Indochine à Hanoï. Libre de voler de ses propres ailes, il fonde en 1917 « l’éveil économique de l’Indochine » devenu « éveil de l'Indochine » qui déborde perpétuellement sur le Siam et le Laos siamois, omniprésent.


journal

 

Il est l’auteur d’un ouvrage estimable « Quelques observations sur le Siam » publié à Hanoï en 1925 reprenant pour l’essentiel un numéro de sa revue consacré au Siam. Le journal ne lui survécut que de quelques numéros

 

Perpétuel frondeur, raleur, talentueux, connaissant l’Indochine comme le fond de sa poche, il mène des combats incessants contre les empiétements d’une administration coloniale tatillonne, la stupidité des douanes, le trafic des animaux sauvages et surtout la politique coloniale incohérente de la France. Défenseur des « indigènes », il proteste avec véhémence contre l’usage colonial de les tutoyer, un article au vitriol qui serait peut-être encore d’actualité dans certains commissariats de police ou brigades de gendarmerie. Défenseur acharné de la la langue annamite que d’aucun baptisaient de « patois » ! « Les ânes qui braient l‘anglais ... » nous rappelle-t-il lorsque certains préconisaient froidement la suppression de l’étude de la langue locale dans les écoles au profit du seul français et de l’anglais en seconde langue. Son franc-parler lui vaudra d’ailleurs quelques désagréables rencontres avec le juge d’instruction de Hanoï.

 

Paradoxal et émouvant, ce « bon » colonialiste français qui, au début du 20ème siècle, des années 1917 à 1934, est entré en guerre, Don Quichotte contre les moulins à vents, avec l’administration indochinoise et l’Etat colonial français.

Son souci incessant est le bon developpement de la colonie, il passe par celui des transports et la nécessité de désenclaver (« débloquer » dit-il) le Laos au sud et à l’ouest par le Siam, et le Cambodge vers l’ouest par le Siam aussi. 

N’oublions pas que l’Indochine n’était pas une colonie de peuplement comme le furent l’Algérie ou la Calédonie, mais une « colonie d’affaires » où le colon en réalité n’est pas le blanc mais l’indigène ! Coloniser, c’est « mettre en valeur ». Les préoccupations mercantiles ne sont probablement pas absentes de l’idée fixe de Cucherousset, le journal vit de publicité et de bric et de broc ; des difficultés financières en interrompent parfois la publication. La puissante « Banque de l’Indochine », son principal publicitaire, se fait peut-être tirer l’oreile ? Et « mettre en valeur » c’est aussi favoriser les échanges commerciaux de nos deux colonies frontalières avec le Siam.

 

Les transports à l’époque ? 

 

On à peine à s’imaginer ce qu’étaient les transports à cette époque. Cucherousset nous décrit le difficile voyage d’un vaillant journaliste belge, Monsieur de Schliers, depuis Bangkok jusqu’à la frontière du Cambodge en 1922 :

Le premier jour, il emprunte le chemin de fer embryonaire sur la ligne qui conduit aujourd’hui à Aranyaprathét, aujourd'hui, 255 kilomètres et 5 heures et demi de voyage.


fisrttimetrain

 

Il s’arrête à Chachoengsao, le terminus, après deux heures et demi. Brisé de fatigue, il s’y attarde quelque peu en beuveries et parties de billard dans un hôtel tenu par un chinois francophone et en manque la « correspondance ».

La journée du lendemain, deuxième jour, six heures de chaloupe à vapeur jusqu’à Prachinburi (une soixantaine de kilomètres).

Le troisième jour, jusqu’à Kabinburi, une quarantaine de kilomètres,  en char à boeufs, tel un roi fainéant. Six heures de pistes cahotiques.

Encore une journée de char à boeuf jusqu’à Phromsaeng, toujours une quarantaine de kilomètres. Il n’y trouve qu’un Sala pour passer la nuit.

Il est à vingt-cinq kilomètres de Sakèo, encore une journée, il doit loger à l’école. Et encore une journée jusqu’à Wattana et une dernière encore pour arriver à la ville frontière ! Nous vous épargnons la description de la suite du voyage jusqu’à Saigon ! Naturellement, tout ceci est impossible en saison des pluies, laquelle dure ce que vous savez et rend les pistes impraticables.


Le seul moyen de pratiquer les « échanges commerciaux », ce sont donc les chars à boeuf sur piste boueuse. Sachant qu’un boeuf peut tracter environ deux quintaux, on s’imagine aisément qu’il est plus facile de véhiculer un journaliste belge peu soucieux de son confort que quelques tonnes de sacs de riz.


Il y évidemment d’autres moyens de communications, la voie fluviale ou maritime. Bangkok est relié à Saïgon en une journée et demie. Il y a le Mékong, plus ou moins « navigale et flottable ». Voila bien où le bât blesse ! Politique coloniale oblige, la navigation sur le Mékong est sous le quasi-monopole d’une société française.


Cucherousset a trouvé sa bête noire en la personne du représentant de cette compagnie, le Colonel Bernard. Polytechnicien brillant, affecté dans l’artillerie de Marine, Il l’est ensuite au Tonkin en 1898. Il est, ensuite de 1904 à 1906, le chef de la commission de délimitation de la frontière du Siam et obtient la rétrocession des trois provinces cambodgiennes conquises par le Siam 50 ans plus tôt, dont celle d’Angkor. Promu lieutenant-colonel, il est admis à la retraite, « pantoufle » et devient directeur de la « Compagnie des Messageries fluviales » de Cochinchine. Cucherousset taille des croupières, pas toujours courtoises, toujours féroces, avec celui qui défend les intérêts de ses puissants mandants. Les difficultés financières que Cucherousset éprouve pour mener son combat me laissent à penser que s’ils défendait des intérêts, ils ne pesaient guère face à ceux que défendait le Colonel.

 

La solution ? Le développement du chemin de fer au Laos (où il n’existe toujours pas, peut-être le projet de liaison avec la Chine verra-t-il le jour en cette décennie ?) ou au Cambodge (où il n’existe toujours qu’à l’état embryonnaire), est lié à son développement au Siam.

Si le développement des chemins de fer siamois vers la Laos a été freiné, c’est tout simplement, nous explique et martèle Cucherousset, du fait du lobby anti-ferroviaire, mais aussi parce que les Siamois avaient des raisons (bonnes ou mauvaises) de penser qu’ils pourraient servir à une invasion ferroviaire française par le nord, Nongkhai, et l’est, Nakohnphanom, Mukdahan et Aranya, sans oublier le souvenir cuisant des canonières françaises braquées en 1893 sur le palais royal face à une dérisoire marine de guerre thaïe. Ces motifs légitimes ont disparu, la question frontalière est réglée (la guerre franco-thaïe de 1941 et le conflit frontalier actuel avec le Cambodge successeur de la France démontrèrent que non). Aujourd’hui, les Siamois sont devenus nos amis en effectuant un bon choix en 1917 nous dit-il. Un seul chiffre disponible, sur la piste de Nongkhai à Khorat transitaient annuellement 184.000 charettes à boeufs de 200 kg.Il n’existe toujours aujourd’hui en Isan vers le nord que la ligne de Bangkok à Nongkhaï et vers l’est, celles de Bangkok à Aranya et celle de Bangkok à Ubonrachathani.

 

Nous sommes dans le courant des années 30, la grande idée de Cucherousset, la ligne de chemin de fer de Singapour à Hanoï en passant par Khorat, Roïét, Kalasin, Sakhonnakhon, Nakhonphanom pour rejoindre la Laos français à Thakhek, déviation vers Mukdahan puis Savanaket, Hanoï jusqu’à la Chine n’a pas vu le jour, le « lobby » des transports fluviaux du Colonel Bernard a triomphé. La construction d’une ligne de chemin de fer entre l’Indo-Chine et Savanakhet (face à Mukdahan) était inscrit en « projet d’urgence » en France en 1899 et a été bloqué par le parlement (français) en 1907 (à l’instigation de quel lobby ?). Le projet de liaison depuis Udonthani jusqu’à Nakhonphanom puis Thakkek (Laos) a subi le même sort. Oublié aussi le projet Hanoï –  VientianeUdonthaniNongbualamphuChumphae - PitsanulokRangoon.  

Puis vint la guerre et le rève de Cucherousset ne verra jamais le jour :

carte 3

Depuis 1922 un service aérien postal et sanitaire hebdomadaire en Isan ? 

 

Une information nous a surpris. Répondant en 1924 à une stupide agression épistolaire du Colonel Bernard, prétendant que cette région (le « Laos siamois ») était un « désert inconnu des Siamois», Cucherousset lui rappelle vertement qu’il existe dans ce que le Colonel appelle un « désert » un tiers de la population siamoise, nous le savions, et, ce que nous ne savions pas, depuis 1922 un service aérien postal et sanitaire hebdomadaire avec atterrissages (peut-on parler d’aérodromes ?) à Nongkhaï, Loeï, Sakhonakhon, Nakhonphanom, KhonkaenMahasarakham, Kalasin, Roïét, Chayaphum, Buriram, Sisaket, Khorat, Surin et Ubon (seul aéroport international).

 

Le service postal, ce sont lettres, colis et journaux.

 

postal

 

Le service médical ?

 

sanitaire

 

Il y eut en 1921 une épidémie dans la Province d’Ubon et l’on manqua rapidement de médicaments. Médecins et médicaments y arrivèrent en trois heures, il aurait fallu deux semaines par terre. Le service médical conduit les malades des régions dépourvues de bons soins là où ils peuvent être mieux soignés. Compte tenu des difficultés d’effectuer des levées topograpohiques sur le terrain, il est utilisé pour la confection des cartes géographiques, le plan aérien de Bangkok est établi en 1920. Il est assuré par des Spad,


spad 2

 

le biplan emblématique de la guerre de 14, celui de Guynemer, Nieuport-Delage,

 

nieuport

celui de Nungesser et Breguet, celui de l’épopée de l’aéropsotale (Saint-Exupéry).

Si les aristocrates siamois partis se former au pilotage des avions chez les Français avant, pendant et après la grande guerre ont ensuite profité de leurs connaissances pour les utiliser plus civilement,  c’est bien que le besoin s’en faisait sentir.

aviateurs

 

Le matériel de l’époque ne necessitait pas, dans notre plat pays, d’énormes investissements pour y construire les pistes d’atterissages. Combien en subsiste-t-il ? Sauf erreur, Udonthani,  Khonkaen, Sakonnakhon, Buriram, Nakhonphanom, Nan et Loei. Pour chatouiller un peu plus le Colonel, Cucherousset lance le projet de bases aéronavales sur le Mékong parfaitement capable (paraît-il) d’accueillir les Nieuoport « à flotteurs », mais il crie une fois de plus dans le désert.

Il est complètement oublié des Français, je crains même que sa commune natale (Maiche) n’ait oublié de l’honorer du nom d’une modeste rue ou par l’apposition d’une plaque sur sa maison natale ? Il ne l’est pas des Vietnamiens qui le connaissent bien, « un bon colon » ! Historien et géographe compétent, il est toujours la référence fondamentale : ses innombrables articles sur les îles géographiquement et historiquement indochinoises de Paracels dont la Chine s’est emparé par la force en 1974 sont la source principale de la justification des droits toujours revendiqués par son ancienne colonie d’adoption.

 

hoang-sa-truong-sa

 

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Sources :

625 numéros de « L’éveil économique de l’Indochine » (1917-1935) disponibles sur le site de la Bibliothèque nationale... pas toujours bien numérisés ce qui explique la médiocre qualité de la plupart des photographies ci-dessus. La collection est malheureusement incomplète.

Article du Colonel Phra Chalemhakas, commandant l’aviation siamoise (numéro du 8 juillet 1923)...

et tous les sites vietnamiens qui font de Cucherousset leur prophète, il n’est pas un site irrédentiste vietnamien qui ne le cite (par exemple

http://www.nguyenthaihocfoundation.org/lichsuVN/hsts5.htm).

 

Cucherousset 2

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Isan
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commentaires

Jeff de PangkhanCelq qurqit fqit un 07/10/2011 02:57



Cela aurait été un "bô" voyage! J'aurais adoré! le must que j'ai pratiqué en Inde(72 heures de train: Cochin/Ernakulam vers Bénarès) ça calme?


Jeff...



bernard de guilhermier 29/09/2011 12:40



Merci de nous avoir indiqué ce site...


 


Si Cucherousset avait gagné, j'aurais pu aller de Marseille à Kalasin en train



Jeff de Pangkhan 27/09/2011 11:49



Pour les amoureux des trains: Le fan club des trains de Thaïlande!


jeff des rizieres de Roi-Et ou hélas aucun train ne passe...


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