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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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23 janvier 2012 1 23 /01 /janvier /2012 00:09

têteSaneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Portrait de l’artiste en jeune vaurien.

  (Littérature thaïlandaise 3.) 

Nous avons déjà  proposé  une introduction à la littérature thaïlandaise, en nous appuyant sur une étude de Jean Marcel *, « L’œuvre de décentrement : le cas de la littérature siamoise », et une interview et conseils de lecture  recommandés par Marcel Barang, nous demandant naïvement, ce qu’il fallait lire de la littérature de Thaïlande ?**  

Nous avions commencé  avec Pira Sudham, un écrivain de l’Isan*** et présenté une lecture de son Terre de mousson****, et signalé déjà que Saneh Sangsuk était l'écrivain thaïlandais le plus célèbre en France. *****

 

Notre lecture de L’Ombre blanche confirmait que nos compatriotes avaient vu juste et nous comprenions pourquoi en 2008, Saneh Sangsuk avait été fait chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres par le gouvernement français. Mais peut-être la France se serait honoré aussi en reconnaissant le travail « remarquable » de MONSIEUR Marcel Barang, non seulement le bon  traducteur de Sangsuk, mais aussi celui qui se bat  depuis plus de vingt ans, pour que les lecteurs anglais et français aient accès aux plus grandes œuvres de la littérature thaïlandaise.

 

1/ bio et bibliographie.


On trouve peu d’éléments biographiques sur cet auteur.

On peut apprendre qu’il est né en 1957, dans la campagne thaïlandaise près de Bangkok, qu’ il est le fils d'un chef de village, qu’il est  diplômé de langue et de littérature anglaise, qu’il a eu de nombreux emplois, a travaillé pour USAID

 

 

usaid

 

(l'Agence américaine pour le développement national), pour la publicité à Bangkok, et qu’il a été traducteur pour un éditeur thaïlandais, de Joyce, d’ Oscar Wilde...

 

wilde


« Aujourd'hui, il vit à Phetchaburi, au sud-ouest de Bangkok, loin de la vie littéraire d'un pays qui ne s'est intéressé que tardivement à son œuvre, par ailleurs traduite en une demi-douzaine de langues. En 2008, il a été fait chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres par le gouvernement français.

Il publie aussi sous le pseudonyme de Daen-Aran Saengthong. »

(http://www.bibliomonde.com/livre/venin-6831.html).

Un écrivain thaïlandais

Mais ce qui nous intéresse ici, est qu’il est un écrivain thaïlandais, que Marcel Barang (son traducteur), place parmi les dix meilleurs (Cf. sa liste en note).

Son site lui-même (http://daen-aran-saengthong.blogspot.com/)

 présente peu d’informations et nous donne la liste de ses œuvres : Abus, L'ombre blanche, Une histoire vieille comme la pluie Venin, Karakét, L'additionneur, Sauvage civilisé, Wendigo, desolate field.

Il a été inspiré, dit-on, par Oscar Wilde, Rabindranath Tagore, Juan Ramón Jiménez, Franz Kafka et James Joyce. Sa première œuvre publiée est Funeral Song (thaï: เพลง ศพ) qui a paru dans un hebdomadaire local. Son premier succès est un court récit : (thaï: ทุ่งร้าง). desolate field. Mais c’est avec Venin que l’auteur s’est fait connaître.


venin


Il doit son succès en France notamment au travail de Marcel Barang qui a traduit sa trilogie dite  autobiographique, à savoir :

 

  • Le premier volet autobiographique : Venin donc. Traduit par Marcel Barang, 2005, 74 p., Première édition : Le Seuil - 2001

« Court récit d’une lutte à mort entre un petit pâtre infirme et un redoutable cobra femelle, l’auteur crée l’événement littéraire : un pur classique. Ce récit est fascinant, le suspense extraordinaire, la tension terrible. Imprégné de tendres- se envers l’enfance, il en émane une lucidité dévastatrice sur l’avenir de nos rêves.
Un vrai succès éditorial puisqu'il s'est vendu à 25 000 exemplaires dans sa seule version française
 ».

(http://www.bibliomonde.com/livre/venin-6831.html)

 

  • Le deuxième volet du récit autobiographique est L’ombre Blanche - Portrait de l’artiste en jeune vaurien, (Le Seuil, Collection Cadre vert, Traduit par Marcel Barang, 2000, 449 p.)

l'ombre blanche 


Publié en 1986. Le travail a peu d'impact pour le public thaïlandais. Cependant, il a été bien reçu par le public international. Finalement, le livre a été traduit en sept langues différentes (dont l'anglais, l’allemand, le français et l'espagnol).

 

  • La troisième œuvre de cette trilogie se nomme Histoires vieilles comme la pluie. (Le Seuil Collection Cadre vert Traduit par Marcel Barang, 2004, 228 p.)

une histoire vieille comme la pluie

 

Elle raconte différents contes thaïlandais par récits enchâssés lors d’une veillée dans un petit village. Un vieil homme narre aux enfants les histoires qui les font rêver.

       

2/ Lecture de L’Ombre blanche, Portrait de l’artiste en jeune vaurien.

 

La première lecture nous plonge dans un univers particulier, dense, riche, un portrait comme l’annonce le sous-titre, intransigeant, impitoyable, « anti-conformiste et sans concession »,  une confession  machiavélique sur ses « méfaits » surtout « sexuels », dont les trois champs lexicaux des titres des 14 chapitres donnent la « tonalité » mortifère : un chant funèbre (ch. 1), avec la mort, la peine capitale, ensuite nous plongeons dans  « la destruction , la voie du péché, le sacrifice » dans un univers de « rêves » plutôt destructeurs (3 fois).

 

Le 4ème de page de couverture nous avait prévenu : c’est un tableau tragique, une descente aux enfers, une  confession diabolique, une quête sauvage marquée « par l’obsession d’une faute originelle»…

 

Outre ces aveux de cette « vie désolée tout en ruine », de  ce « vaurien vil vicieux abominable, un salopard sans qualité qui ne mérite que des épithètes négatives, de ce « tyran imprévisible vis-à-vis de moi » de ce « chef d’orchestre démoniaque » …

 

Outre ce puissant style écoutant «  une voix qui résonne dans mon crâne, résonne venue du lointain horizon jusque sous ma voûte crânienne, déferlant par-dessus les champs craquelés jonchés de fragments de ruines à l’avant-plan de ma boîte crânienne », ces styles devrions-nous dire, où se mêlent introspection, confessions, critiques sociales, lutte contre soi, contre les dressages de la pensée, critiques virulentes contre les tabous,  l’éducation, l’école, les sentiments convenus, discours transgressifs, atteignant la « part maudite «  qu’avait décrit Georges Bataille en son temps, où l’homme vacille, ne sait plus, se sent en faute quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, mais cherche, écrit pour ne pas devenir fou… 

 

Un style particulier comme tous les grands écrivains, avec une syntaxe complexe jouant sur le rythme des phrases, longues et souvent reprises, comme des vagues qui arrivent , et qui assomment,  des phrases distancées avec un « tu » du narrateur qui se raconte, s’observe comme un « autre », s’accusant de façon lancinante et inlassablement  sur ces fautes commises (viol de Nâtaya, abandon des femmes successives, trahison de ses tuteurs …) décrivant les différents états par lesquels il passe, les jugeant, les méprisant … et des phrases souvent  sans virgule  ou ponctuées de 2  points ( : ) pour reprendre l’idée, la résumer ou la développer, la mener plus loin, au bout du souffle  « de la vie », la cassant parfois par une courte phrase volontairement choquante , du style « L’homme est fait pour être esclave, la femme pour être prostituée.».

 

L’histoire se présente comme une autobiographie donc, sous la forme d’une confession, fort du sentiment des vilénies accomplies, par un narrateur, intraitable, agressif, provocant, méchant, sauvage … avec tous ceux qu’il rencontre (amours de  passage, femmes qu’il  a aimées, amis) et aussi avec lui-même. « Je suis un dictionnaire d’imprécations », contre les « gens biens », contre les femmes rencontrées,  ses amis, contre les bonzes, les révolutionnaires,  l’école, la politique, les tabous …et même contre  l’écriture considérée comme la mort. « Ecrire c’est la mort. Essayer d’écrire, c’est essayer de se donner la mort ».

« Ecrire est la pire des tortures. Ne pas pouvoir écrire également » (p. 312). Seule Kagsadâne Sakâwarate, celle qu’il a aimée, a droit, en fin de livre, à une forme d’hommage.

 

3/ L’histoire. 

 

L’histoire ? Peut-on parler d’une histoire ?  

 

Certes le narrateur a  « décidé de passer aux aveux », et raconte ses souvenirs, mais dit-il, « j’ai la flemme d’arranger mes souvenirs selon l’ordre chronologique » (p. 391). Toutefois, on va pouvoir le suivre de son enfance jusqu’à environ 30 ans dans les principaux événements qui l’ont marqué.

Le narrateur s’est retiré dans « un village du Nord, isolé à l’écart de tout » dans une « maison désolée tout en ruine, moi qui ait une vie désolée tout en ruine ». Il va revenir sur sa vie comme un « vaurien vil vicieux abominable », comme le sous-titre du livre l’affirme : un « Portrait de l’artiste en jeune vaurien » en suivant une forme chronologique.

(Cf. en note la structure des chapitres ).******

 

(Chapitres 1 à 5 : De l’enfance à la fin  du secondaire. Il évoquera ses origines, ses parents, sa petite enfance dans un village du Nord. Adopté par un tuteur improbable et militaire, il racontera sa vie en garnison, ses escapades, les vadrouilles avec ses copains, sa haine de la discipline, son peu d’intérêt pour l’école (« Tu trouvais les cours ennuyeux à vomir »), mais le nœud du livre sera sa rencontre avec Nâtaya, la sœur de son nouveau tuteur, qu’il désire et qu’il violera…) Les chapitres 6 à 8 seront consacrés à cette période où l’étudiant découvre Bangkok, les études et la culture, de nouveaux amis « en marge et anticonformiste » , et son grand ami, Nât Itsarâ, le modèle admiré et détesté. Dans les chapitres 9 et 10 le narrateur exposera ses rapports ambigus et contradictoires à la culture, la politique, la Thaïlande. Dans les chapitres 11 à 14, il effectuera un retour sur soi, et examinera son passé récent, pour terminer sur l’évocation de son seul véritable amour, Kangsadâne.)

 

Evidemment, il y aurait beaucoup à dire sur le comportement du narrateur vis-à-vis des femmes, de ses amis, sur sa « morale », sur sa vision du monde, de son monde.

 

 4/ Sa représentation de la Thaïlande ?  


La 4 ème page de couverture annonçait :

« Cette danse d’amour et de mort, éperdue, folle, pulvérise les clichés, platement racoleurs sur un pays thaï qui ne serait qu’un refuge hédoniste ou bouddhiste de notre ère post-moderne. »


Bigre ! Il pouvait être intéressant pour un blog qui se targue de présenter une Histoire de la Thaïlande de repérer les clichés, ou pour le moins de  donner quelques éléments de  la Thaïlande ici représentée. Une première lecture nous donnait aussi le sentiment que cet « artiste en jeune vaurien », terrassait tous « les liens qui unissaient les Thaïs ». Il évoquait avec désinvolture l’Hymne national, discutait sexe avec Bouddha, n’aimait pas les bonzes, les politiques et la politique, et « les fils de pute épris de justice » …  revendiquait « d’enfreindre la loi et la morale ».

On croyait tenir un écrivain connu qui osait combattre la Thainess, l’idéologie nationaliste, les « clichés racoleurs « de ce « beau » pays. Nous trouvions un adolescent révolté à l’école, mais qui faisant semblant de prier et de chanter l’Hymne national et  qui n’osait pas  affronter les autorités professorales,  et ensuite un étudiant, certes en marge et anticonformiste,  prétendant refuser les conditionnements et les postures sociales, mais qui profitaient des chèques de son tuteur. Un jeune homme peu courageux et « opportuniste ».

Un jeune « vaurien » qui ne disait rien sur le Roi, qui faisait l’éloge de Bouddha, revendiquait son désintérêt profond pour la politique, et qui voyait dans les filles de bar de Bangkok, la « beauté triste de  la vie ». Ma deuxième lecture pouvait faire douter qu’on avait là « une pulvérisation racoleuse des clichés ».

 


 4.1 Mais on était bien en Thaïlande.


Les références culturelles et  politiques sont multiples.

On se promène à Bangkok, (la capitale mondiale de la libido, la Sodome des temps modernes »),


Sodome et Gomorrhe


dans Sukhumvit et Hua Lampong, on cite des hôtels, on mange le meilleur tom yam au poisson-bite, on boit un verre dans les gogos, on est dans un camp militaire à Phetchaburi et à Pattani, dans quelques villages de Province, à Preknâmdeng, on rêve « d’aller vivre à Kula Rong Hai, la zone aride au coeur du Nord-Est », on évoque la beauté touristique de Phuket, on escalade une montagne à Mae Hong Son , on participe au festival de Nakhon Si Thammarat avec  ses combats de taureaux, on approuve le style de vie des Karens, on fait un camp « révolutionnaire » dans le district de Bua Yai dans la province de Nonthaburi. On participe à une retraite dans le temple bouddhiste de Souane Môk, on discute sur Bouddha,  sur le Râmakiäne, sur les « événements politiques » qui ont marqués la Thaïlande (Par exemple, les événements du 14 octobre et du 6 octobre, on évoque le journal Chao Phraya du gouvernement Thanin, la directive politique 66/33 de Kriangsak Chamanant, premier ministre…)…

Mais une Thaïlande vue par Saneh Sangsuk, ou pour le moins par le narrateur de Saneh Sangsuk.


4.2 Les références culturelles.


Un style  nourri à la fréquentation des plus grands, des auteurs occidentaux comme des  auteurs thaïlandais. Il cite Joyce, Sartre, Genet, Flaubert, H.G. Wells, Orwell, Koestler, Bellow,  Proust, Rimbaud, Ginsberg, Steinbeck, Sade , Sacher Masoch, Dostoïevski, Tolstoï (et le philosophe indien Tagore) et d’autres … mais aussi des poètes et conteurs thaïlandais , des plus classiques aux romanciers populaires, comme Angkâne Adjne Pandjapane, Rong Wongsawane, Panomtiane, Yacop, Maï Meuang Deum, Keukrit Prâmôte, Ing One, Tchit Bouratat, Souwanni Soukontä (romancière et nouvelliste (1932-1984), les romans d’amour estudiantines de Soupaksone (p. 389) au plus grand poète thaï du XIX ème siècle Sountoune Pou…(que Marcel Barang a soin de nous signaler en notes ), et des moines célèbres thaïlandais comme Pouttatât (Buddhadasa, influent prêtre bouddhiste prônant un retour à la simplicité de la doctrine bouddhiste, nous dit Barang en note) ; Beaucoup d’œuvres, de héros sont aussi cités, comme ceux du Râmakiâne (la version thaïe du Ramayana). Le narrateur lit  le Tripitaka des enseignements de Bouddha…


Tripitaka

 

Bref, les références culturelles thaïes sont effectivement multiples, mais aucune n’est privilégiée, discutée, constitue un modèle. Il ne s’en sent pas le droit : « je comprenais plus ou moins le génie d’un Tolstoï ou de Gandhi, mais parler de Tolstoï ou de Gandhi à des étudiants qui n’en avaient que pour la révolution me valait des drôles de regards (…) Si j’avais un minimum de conscience politique, c’était bien plutôt parce que j’avais lu des ouvrages illustrés de photos sur les événements du 14 octobre et du 6 octobre imprimés et vendus sous le manteau. Ils m’avaient fait sentir l’inconvenance, l’injustice, voire la terrible cruauté de ce que l’Etat avait fait à ceux dont les opinions divergeaient de façon objective ». Il nous explique qu’il était trop jeune. Pour les événements du 14 octobre, il était, au début du secondaire un « garnement » avec ses copains « à planer dans la fumée du haschich », et 3 ans plus tard, pour les événements du 6 octobre, il était «  en fin de secondaire dans le Sud et trop stupide pour comprendre le sens véritable de la liberté et de la démocratie »  (p. 311).

 

Il n’a qu’un modèle, son ami Nât, mais un modèle qu’il doit « tuer » pour exister. Pour l’heure,  il ne sent pas à la hauteur (« Tu ne pouvais me contraindre à être pareil à toi »).

 

4.3  Les références politiques, et la haine du politique du narrateur. 

 

Le narrateur en arrivant à l’université à Bangkok, va se sentir proche d’un groupe d’étudiants « des beaux-arts » de 3 ème année, anticonformiste, vivant « en marge des lieux et de l’époque » et exprimant « librement leurs sentiments », avec « le courage de contester l’Etat (p. 203). « Je me suis mis à les imiter ».

 

Il va  se former à leurs contacts (littérature, cinémas, « art engagé »,  discussions sur la Société, la Révolution …)  et surtout se confronter au plus populaire d’entre eux, celui qui deviendra son meilleur ami, vous l’aurez compris : son modèle Nât. Mais cette « imitation » va vite se transformer en contestation voire en haine. (« je le tuerai …la seule façon pour moi de vivre sans devenir fou  »).

 

Le narrateur n’approuve pas le  discours politique de Nât Itsarâ (pp. 203-204), l’évocation de son passé marxiste et « révolutionnaire »,  son renoncement « révolutionnaire » et sa participation à la commémoration des événements du 6 octobre ou du 14 octobre, son coup de main à la célébration de la journée Rapi ( Du nom du père du système judiciaire thaïlandais, le prince Rapî Râtchâbouridirék-rit. Note de Barang) ou du premier Coup de Feu.

 maquis-communiste

 

(Une fusillade entre paysans et militaires à Sawang Daendin, dans la province de Nakhon Phanom, dans le nord-Est, le 7 août 1965 a marqué symboliquement, pour le PCT, le début de la lutte armée du peuple. Note de Barang).

 

Le narrateur ne  supporte pas ces « préoccupations politiques et éthiques ». « Salopard ! Plus tu t’enfonçais dans tes préoccupations éthiques à la con et plus j’étais occupé à détruire mon sens du bien et du mal ».

 

Toutefois il suit son ami dans un camp « révolutionnaire » où les étudiants aux grandes vacances vont travailler au milieu des ouvriers et paysans « en vue d’accéder au statut de « jeunesse nouvelle » selon l’idéal maoïste » (p. 307).


 mao

 

« On tournait les boutons du poste pour écouter les émissions de la radio clandestine du parti communiste de Thaïlande et radio Pékin. A l’époque, les « oiseaux de feu » du maquis n’étaient pas encore rentrés en ville. La révolution fonçait espoir en tête. Le parti communiste de Thaïlande grandissait comme jamais auparavant. La stratégie d’ « encerclement des villes par les campagnes » (PCT dixit) rapprochait l’heure de la victoire. Le petit livre rouge de Mao Tsé-toung était interdit et, parce qu’il était interdit, il était facile de se le procurer et on le lisait la nuit à la lueur d’un feu de camp nourri comme si c’était un livre sacré (interdiction de prononcer le nom de Mao Tsé-toung sans témoigner de respect) après une journée de labeur et la séance officielle de récréation en début de soirée » (p.308).

 

Mais si le narrateur respecte les « révolutionnaires » (« des militants qui se battent pour la société leur donnait une aura brillante »), il  n’est pas intéressé par la politique (« La politique est un des trucs qui m’intéresse le moins », « en particulier la politique active »).

Il avoue : « j’étais tellement ignorant de l’histoire de la lutte révolutionnaire ». Mais là comme ailleurs, il  se contente de la provocation : « J’en ai marre et je vomis les camarades activistes », jusqu’à l’insulte en les traitant de « fils de pute épris de justice » (p.312)).  

 

Dans le chapitre « L’amour offert en sacrifice »  évoquant sa relation avec Kagsadâne Sakâwarate. (« Pendant les trois ans où j’ai été ton amant, mon univers a semblé se rétrécir et j’ai été heureux »  (p.389)), le narrateur va en fait nous livrer en une page son désintérêt pour toute l’actualité nationale et internationale, politique mais aussi sportive et culturelle en donnant dix exemples suivis d’un « je n’avais pas d’opinion ».

 

« Kriangsak Chamanant était premier ministre. Je n’avais pas d’opinion sur sa pipe ou son fricot de poulet au cognac ou sa directive Politique 66//33. Les étudiants qui avaient pris le maquis après les événements du 6 octobre se rendaient les uns après les autres, ce qui provoquait bien des remous parmi les progressistes à la fac. Je n’avais pas d’opinion. »

 

Et pour que l’on comprenne bien, il tient à nous dire qu’il n’avait pas d’opinion même à propos de la formule populaire de  l’époque  «  J’en ai ras le bol ».

 

Ici, on est dans  l’indifférence la plus complète, ou du moins dans l’indifférence affichée. Il nous l’avait dit : « La politique est un des trucs qui m’intéresse le moins ». Il estime que la littérature dite progressiste, dans la plupart des cas, « que c’était superficiel et répétitif à en mourir d’ennui » (p. 311) » et que les gens qui manifestent, protestent, agissent en moutons de Panurge.  De plus, il se rend compte qu’aucun de ses copains « n’avait pris le maquis pour lutter afin de libérer les masses thaïes ».

 

On a bien un étudiant qui se cherche, et qui n’accepte pas les valeurs et les traditions imposées. Il se rend compte que ses amis anticonformistes sont aussi des moutons et dans la posture, dans le « discours » creux ( « Toutes ces nuits, nous les avons passées à discuter ensemble de ces histoires à la con », et les bonnes « intentions » («  ses bonnes intentions le révoltent (à propos de Nât»).

 

Seul le sexe, l’outrance, trouvent grâce à ses yeux.

 

J'ai fait l'expérience du bonheur sous bien des formes et bien des fois, mais quand j'essaie de mesurer la taille et le volume et la qualité de ces expériences, il se trouve que celles qui m'ont donné le plus de bonheur c'était lorsque je couchais avec une femme, non pas lorsque je suivais les préceptes ou tâtais de l'opium de la marie-jeanne de l'héroïne de la philosophie des arts de la musique et de la littérature à la con. (p. 357).

 

On ne peut pas être plus explicite.

 

4.4 Une vision « transgressive » de la Thaïlande ?  ( l’idéologie nationaliste, Bouddha, les bonzes, les « filles » ….

 

Dès l’école  « Enfeindre la loi et la morale passait pour de l’audace. L’obéissance était le symbole de la rédition » (…)  « la volonté de se poser en affreux était fortement ancré en chacun de nous » (…) « la famille et l’école n’étaient rien d’autre que des établissements de formation de chiens bâtards » (p.131).

 

Il ne veut pas être « un chien », il ne veut pas obéir, mais simule :

 

« Tu chantais l’hymne national. Tu récitais les prières. Tu reprenais le serment d’allégeance d’une voie rendue atone par l’ennui – Nous autres Thaïs De la nation Reconnaissants et gna gna gna …- alors que c’était chiant comme tout » (p. 123).

 

Il ne conteste pas le nationalisme ambiant, le sens de l’hymne. Ainsi à l’université, au milieu de ses amis « révolutionnaires », il apprécie au début leurs contestations, mais là aussi : c’était superficiel et répétitif à en mourir d’ennui. Il préfère la posture de celui qui revendique n’avoir pas d’opinion.

 

Et pourtant il n’hésite pas à dire que Gandhi est un autre homme sublime que j’admire et il est vraiment super, autant que le bouddha.*******

 

Certes, il ose certaines questions peu conventionnelles  comme de savoir le nombre de fois que Bouddha a couché avant de prendre l’habit  (Avant de prendre l'habit, avec combien de femmes le Bouddha a-t-il couché? Essaie d'en faire le compte. Et il n'a jamais mis de femme enceinte - tu en es sûre? - mise à part Yasodhra, son épouse).Ou  En tant que prince, il lui revenait de procréer plusieurs autres petites princesses. Rahul n'était sans doute pas la seule chair de sa chair. Et sa progéniture née de ses nombreuses concubines a des descendants, aujourd'hui encore, dans le nord de l'Inde ou au Népal, tout comme la progéniture de Confucius, qui existe encore aujourd'hui. (pp. 357-358).

 

Il n’a pas la langue de bois et peut critiquer les bonzes : Mais je n'aime pas tellement les bonzes. Peut-être que je les aimerais un peu plus s'ils produisaient quelque chose de leur propres mains, mais reconnait que Bouddha est vraiment « super » ! (Parfois je me surprends à penser à lui, surtout quand je lis le Tripitaka en essayant de voir à travers le brouillard de l'illusion. Je sais. Il est vraiment super).

Finalement, il n’est pas si transgressif. Il ne dit rien sur le roi, admire Bouddha, accepte le Pouvoir en place, a des mots gentils pour les filles de gogo, « la beauté triste de la vie »( p. 317)********

 

Il ne  revendique que le sexe et déprécie « la philosophie des arts de la musique et de la littérature à la con ».

Il ne suffit pas d’avouer ses turpitudes, ses trahisons, d’être un violeur, un provocateur, de se complaire en salaud, en vaurien, en nihiliste…pour retrouver une quelconque valeur. Il ne suffit pas d’avouer son admiration pour Gandhi et Bouddha, pour ne tirer que cette leçon : :  En tout cas, le sexe est quelque chose de merveilleux et qui vaut la peine qu'on s'y adonne.

 

Certes, Saneh Sangsuk est un grand écrivain, mais son narrateur est un minable.

 L'ombre blanche, Portrait de l'artiste en jeune vaurien est un grand livre, mais il nous apprend peu sur l’Histoire de la Thaïlande. Les clichés peuvent perdurer.

 

 

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*23. Notre Isan : Introduction à la littérature thaïlandaise ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-23-notre-isan-la-litterature-thailandaise-1-79537350.html


**24.Notre Isan : Que faut-il lire de la littérature de Thaïlande ?

http://www.alainbernardenthailande.com/article-24-notre-isan-la-litterature-dethailande-2-79537520.html 

La liste recommandée par Marcel Barang :Win Liaowarin, (SEAWrite «Démocratie sur Voies parallèles, roman (ประชาธิปไตย บน เส้นขนาน)), Chart Korbjitti, La Chute de Fak, Seuil, 2003. Saneh Sangsuk, Venin, Poche - Seuil, 2002, Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Seuil, 2000, Nikom Rayawa, L’Empailleur de Rêves, Editions de l’Aube,1998. Seksan Prasertkul, Vivre debout, Editions Kergour,1998. Pira Sudham, Terre de Mousson, Picquier, 1998. Lek Nakarat, J. Nakarat et C. Juliet, La Goutte de miel, Picquier, 1998., Chart Korbjitti, Une histoire ordinaire, Picquier, 1992. Mais, dit-il,  il faudrait aussi mentionner Atsiri Tammachote, Sila Komchai, Wanit Jarounkit-anan, Kanokpong Songsompan, d’autres encore.

 *** 25 . Notre Isan :  Pira Sudham, un écrivain de l’Isan, http://www.alainbernardenthailande.com/article-25-pira-suddham-un-ecrivain-de-l-isan-79537662.html

****26. Pira Suddham, Terre de mousson, http://www.alainbernardenthailande.com/article-26-un-ecrivain-d-isan-pira-sudham-terre-de-mousson-79884217.html

*****Saneh Sangsuk est l'écrivain thaïlandais le plus célèbre en France. Il a été fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en 2008. (Il était dans la liste de Marcel Barang)

 

ùédaille


Il fut révélé au public français avec le roman L'ombre blanche, Portrait de l'artiste en jeune vaurien (Seuil, 2000), reconnu par les critiques européens comme un chef-d'œuvre. Ce roman autobiographique est la confession d'un jeune Thaïlandais, qui déballe ses faits d'armes peu reluisants et passe aux aveux. Il raconte sa poursuite du bonheur dans un Bangkok violent et hostile qui l'a amené à se réfugier, tel un ermite, dans un village du nord de la Thaïlande.
Venin (Seuil, 2001) une de ses nouvelles, s'est vendu à plus de 25 000 exemplaires en France
Son dernier roman, Une histoire vieille comme la pluie, (Seuil, 2003) relate les récits envoûtants du père Tiane au cours d'une veillée dans un petit village thaïlandais à la fin des années 60. Contes, légendes et récits : ce livre ouvre une fenêtre sur l'histoire de la Thaïlande en soulignant l'importance de la tradition orale.

*****Cf. notre article sur : Les Liens qui unissent les Thaïs, Coutumes et culture, de Pornpimol Senawong, 2006. http://www.alainbernardenthailande.com/18-categorie-11719711.html

 

 

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Nous n’allons pas ici raconter l’histoire, mais indiquer quelques points de repères.

Ainsi :

Il va donc dans sa « confession » raconter les différents épisodes de sa vie en passant rapidement sur sa petite enfance (ch. 3) à Preknâmdeng ; « Un gosse ordinaire pareil à tous les gosses ordinaires », dont le père, simple bouvier, aspire à la réussite de son fils. Un gosse qui, de 7 à 10 ans, va fréquenter,  l’école du monastère. Un ami « improbable » de son père, Den, un jeune officier, va devenir son tuteur et lui permettre de poursuivre ses études, au camp militaire Pra-djomkalo de Phetchaburi, puis ensuite au camp militaire Atchita de Pattani, On apprendra le suicide de sa mère (« une putain désespérée »)  et que son père « avait dérivé vers la folie » .

 

Il racontera sa vie en garnison, ses escapades, les vadrouilles avec ses copains, sa haine de la discipline, son peu d’intérêt pour l’école (« Tu trouvais les cours ennuyeux à vomir »), mais le nœud du livre sera sa rencontre avec Nâtaya, la sœur de San, un autre officier, collègue et ami de Den, qui est devenu de fait son tuteur, après le départ en mission de Den au Vietnam et au Laos. Nous sommes dans les années 1970 ; (Il est revenu en 1971, blessé, « tu commençais le secondaire »).  

Et on va le suivre dans son admiration de cette fille sérieuse, qui « était comme une soeur ainée » et qu’il va  pourtant violée (fin du ch 3), avec le  sentiment d’avoir aussi trahi Den et San, ses tuteurs, qui subviennent à son éducation et à ses besoins.

 

Le titre du chapitre 4 pourrait être explicite avec  « la destruction d’un rêve ». Mais il reçoit son aveu (enceinte) comme une « condamnation à mort ». De plus, il se voit en porte à faux car il ne l’aime pas et qu’il la voit malheureuse, avec le sentiment de sa vilénie vis à vis de ses tuteurs. Au chapitre 5, il envisage toutes les possibilités : s’enfuir ? le mariage ? « avec des idées noires et le cœur en miettes ». Ce sera la menace et l’avortement… avec la honte ressentie, mais pour Den. Ensuite va commencer une autre période de sa vie à Bangkok, sa vie d’étudiant.

 

II. Chapitres 6 à 9 : la recherche de soi.

Le temps de la faculté à Bangkok : temps des amours, des amis, de la culture… temps de la formation et de la contestation ….

 

Bangkok, la fac, la formation, un style de vie et de pensée, les rencontres (l’ami, le modèle Nât Itsarâ, la mort de Nâtaya et la liaison amoureuse avec Daret) 

 

  • Bangkok, la fac : le nouveau milieu, découverte de la culture, des façons de vivre, l’anticonformisme…
  • La rencontre du « héros », de l’ami Nât Itsarâ, séduction et répulsion
  • Son rapport aux femmes. La mort de Nâtaya. La liaison avec Dârét (il a 19 ans. il raconte 9 ans après), leur vie commune », le refus du père qui envoie ses hommes de main deux fois. Poignardé.(Ch. 7et ch. 8)
  • Revient sur l’ami, Nât Itsarâ, rapport ambigu et contradictoire, rapport à la culture, la politique (Ch. 9)

 

III. Chapitre 10 : Le principe de réalité. Son meilleur ami « héros » se case.

 

  • Ses ballades avec Nât Itsarâ, la découverte de la Thaïlande.
  •  La trahison des idéaux. LE changement. Nât Itsarâ se case, nouveau look (cheveux courts), un travail régulier avec ‘l’ennemi » japonais, rêve petit bourgeois (un métier, argent sûr, achat voiture,  confort, maison/terrain) » (« Qu’est-ce qui ta pris de faire une chose pareille ? »)

 

 

IV. Chapitres 11 à 14 :

  • Les pensées diverses du fond de sa retraite.
  • Son seul véritable amour Kangsadâne (il me semblait que j’étais heureux) (7 ans qu’il la connait) évocation de sa vie, de leurs ballades, mais il l’a abandonnée.
  • L’évocation du drame de celle qu’il a aimé. Kangsadâne  et son professeur de musique (alcoolique et génial), les  leçons de violon, les rapports avec sa fille laissée à elle-même, et   LE VIOL !
  • La descente aux enfers du prof de musique (alcoolique, perd son job, sa jeune  femme volage, le jeu, l’alcool, tue sa femme, sa fille, se suicide en prison)
  • Et la fin (2 pages). Enfin lucide ?  adulte ? fatigué ? :

 

« je t’ai quitté une fois que je t’ai réduite en bouillie. Je n’avais jamais pris le temps de réfléchir. Je n’avais pas assez grandi. Je n’avais pas eu le temps de passer en revue mes actes en tout genre. (…) A cet âge-là, j’étais un barbare romantique, une bête immonde (…) Consciemment ou non, j’ai passé ma vie à faire de ma vie un désert (…) Mon Sahara (…) Ma solitude (…) Adieu, Kagsadâne Sakâwarate.

 

Avec cette dernière phrase, cette dernière provocation :

 

« Que périssent les femmes bien, et que tous les hommes de mauvaise volonté s’unissent ! »

 

Evidemment, il y aurait beaucoup à dire sur le comportement du narrateur vis-à-vis des femmes, de ses amis, sur sa « morale », sur sa vision du monde, de son monde

*******

"Ô hommes aveugles, vous seriez mieux avisés de placer votre organe de vie dans un four brûlant que dans le yoni de la femelle, vous seriez mieux avisés de glisser votre organe de vie dans la bouche d'un serpent venimeux que dans le yoni de la femelle". C'est ainsi que le Bouddha s'est adressé à des moines mendiant surpris en congrès sexuel. Je ne sais pas grand-chose sur la religion bouddhiste, mais le Bouddha est super. Je sais bien qu'il est super. Je l'admire en tant qu'homme sublime. Mais je n'aime pas tellement les bonzes. Peut-être que je les aimerais un peu plus s'ils produisaient quelque chose de leur propres mains. Gandhi respectait scrupuleusement le vœu de célibat des brahamanes. Gandhi est un autre homme sublime que j’admire et il est vraiment super, autant que le bouddha (…) J'ai fait l'expérience du bonheur sous bien des formes et bien des fois, mais quand j'essaie de mesurer la taille et le volume et la qualité de ces expériences, il se trouve que celles qui m'ont donné le plus de bonheur c'était lorsque je couchais avec une femme, non pas lorsque je suivais les préceptes ou tâtais de l'opium de la marie-jeanne de l'héroïne de la philosophie des arts de la musique et de la littérature à la con. Avant de prendre l'habit, avec combien de femmes le Bouddha a-t-il couché? Essaie d'en faire le compte. Et il n'a jamais mis de femme enceinte - tu en es sûre? - mise à part Yasodhra, son épouse. En tant que prince, il lui revenait de procréer plusieurs autres petites princesses. Rahul n'était sans doute pas la seule chair de sa chair. Et sa progéniture née de ses nombreuses concubines a des descendants, aujourd'hui encore, dans le nord de l'Inde ou au Népal, tout comme la progéniture de Confucius, qui existe encore aujourd'hui. Ne vas pas croire que c'est une question historique, une question qui relève des sciences humaines. Passons. En tout cas, le sexe est quelque chose de merveilleux et qui vaut la peine qu'on s'y adonne. Mais le Bouddha l'a rejeté alors qu'il était encore dans la force de l'âge. Il n'était plus performant? C'est là un soupçon d'individu au coeur vil. Il a rejeté le monde des jouissances en tout genre car il savait qu'il est des choses plus sublimes, plus délicates, plus subtiles, plus profondes et c'est vers ces choses qu'il s'est tourné et il lui était indispensable de rejeter le mode de vie ancien. Parfois je me surprends à penser à lui, surtout quand je lis le Tripitaka en essayant de voir à travers le brouillard de l'illusion. Je sais. Il est vraiment super. J'essaie seulement de le voir de façon réaliste. Je ne suis pas du tout présomptueux. (pp. 357-358)

 ********Bangkok et la « beauté triste de la vie ».

 p. 317 Ce qui voulait dire que s'en était fini des dérives dans les nuits fébriles de Bangkok, de toutes ces fois où je rentrais saoûl pendu à ton cou, vacillant titubant parmi les lumières de couleur qui font de tout homme un immortel provisoire, de ces nuits où je commençais à m'habituer aux poses provocantes des voyous protecteurs de bars; aux obscénités con-cul-pissantes des filles de bars à gogo, les filles les moins vêtues au monde, qui se contorsionnent lascives au rythme de la musique et qui, parfois, quand elles ôtent sournoisement leur dernière frusque, lèvent haut la jambe pour frapper du pied un mobile fait de coquillages accroché au plafond bas; à la solitude des filles au coeur brisé, qui vernissent de gaieté feinte leur esseulement d'oiseau loin du nid; aux débits de boissons aux serveuses aux seins nus et aux débits de boissons qui ont un miroir pour plancher et des serveuses en minijupe sans sous-vêtement et aux bordels en tout genre qui pullulent, autant d'endroits où la morale est raide morte, mais c'est dans ces putains d'établissements qu'on voyait une barquette d'offrande aux bonzes dont l'arbuste artificiel était fleuri de billets de banque de dénominations diverses que les papillons de la nuit iraient offrir à quelque monastère, celui de leur village natal probablement. Telle était la beauté triste de la vie. Peut-être avait-elle toutes sortes d'autres beautés cachées, mais toutes tristes. ( p. 317)

  

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Culture : film - livres - article...
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commentaires

alain de Sisaket 23/01/2012 06:57


Vraiment tres interessant...les livres en francais de Saneh Sangsuk sont-ils commercialises en Thailande ?


Amities a vous deux. (desole pour l'absence d'accent...j'ai la flemme d'ouvrir mon note-book francais.)

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 24/01/2012 01:05



Merci.


 


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