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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 23:01

Pallagoix5/ Mgr Pallegoix.


La « Description du royaume du Siam »

 

de Monseigneur Pallegoix, quatorzième vicaire apostolique du Siam, est à la date de sa publication et toujours encore, l’un des plus sérieux manuels de l’histoire générale du pays sans qu’il s’attarde, comme Pierre Loti, à se remplir les yeux des splendeurs des tropiques ! Nous en avons parlé à plusieurs reprises. Traduits dans toutes les langues, y compris en thaï  et toujours réédité, il reste une référence fondamentale. Mais les connaissances encyclopédiques de notre prélat ne s’arrêtent point là.


A-t-il créé la première imprimerie siamoise ? La question a été discutée de façon forte érudite par Gérald Duverdier. Il est en tout cas responsable des superbes fontes siamoises qu’il utilisera.

fontes pallegoix

Si Low a fait imprimer son ouvrage à Calcutta, c’est probablement faute d’avoir trouvé une imprimerie au Siam. Mais les fontes de Low sont remarquables de laideur,

fontes low

celles de l’Evêque sont superbes comme celles de La Loubère :

 

fontes la louberejpg

Quoi qu’il en soit les ouvrages linguistiques de Monseigneur Pallegoix, injustement méconnus, devraient aujourd’hui encore être entre les mains de tous ceux qui s’intéressent sérieusement à la langue thaïe.

Bourguigon né à Cambertault, dans l’Ain, il est issu d’une pieuse famille de viticulteurs. Arrivé au Siam en 1829, il se lit d’amitié avec le futur Roi Mongkut avant son accession au trône. Celui-ci connait (évidemment) le sanscrit et le pali, mais encore le français et l’anglais et, nous apprend Léon de Rosny, également le latin que lui a enseigné Pallegoix. Pallegoix, pour sa part, conscient lui aussi de la nécessité pour ses missionnaires de connaître la langue vernaculaire, s’initie au sanscrit, au pali et au siamois et rédige et publie à Bangkok en 1850 la première vraie grammaire thaïe  (« Grammatica linguae thai ») imprimée sur les presses de l’imprimerie du Collège de l’Assomption dont il est le fondateur.

 

Grammatica Linguae Thai-6

Cette grammaire, imposant ouvrage de plus de 250 pages, n’est pas destinée aux écoles des missions. Elle est rédigée en latin, langue alors universelle de l’église catholique mais aussi de tout « honnête homme » européen... ou siamois puisque le monarque dialoguait en latin avec son ami ! Où notre Evêque a-t-il puisé ?


Quelles furent ses sources ? Il a eu l’avantage sur Low d’avoir pu en consulter de très érudites. Il a fort certainement bénéficié de ses entretiens avec le prince devenu roi. Membre comme lui des « Missions étrangères de Paris », il a aussi dû avoir accès aux manuscrits disparus de Monseigneur Laneau. Il nous détaille ensuite une impressionnante bibibliographie, les fameuses « annales historiques » (plusieurs dizaines de volumes) et les quarante volumes de ce qu’il appelle la « Bible sacrée » des bouddhistes, écrits soit en langue vernaculaire soit en pali, la langue sacrée qui s’écrit avec quelques modifications, en caractères thaïs.


Quatre ans plus tard, en 1854, fort du soutien de Napoléon III, il fait éditer par l’Imprimerie impériale (aujourd’hui nationale) son dictionnaire, un vrai dictionnaire, « dictionarium linguae thaie », le fruit de 25 ans d’un travail de bénédictin, probablement le premier vrai dictionnaire multilingue. Pour des raisons propres aux besoins de sa mission, le livre est rédigé en trois langues européennes et se présente donc ainsi :

écriture thaïe – thaï phonétique (prononciation) – latin – français – anglais.

Dictionarium linguae Thaĭ sive Sa̲mens-8

Léon de Rosny nous dit «  J’ai vu la plupart des matériaux qui ont servi à l’auteur pour rédiger son livre. C’étaient de petits vocabulaires dans lesquels les mots, généralement en désordre, étaient le plus souvent expliqués par des définitions thaïes fort médiocres ou fort équivoques.»

 

rosny

Celui-ci fit découvrir cet ouvrage au monde savant français mais l’égratigne (courtoisement) en lui reprochant beaucoup de place perdue avec une colonne d’anglais et une faiblesse dans l’étymologie. C’est peu de chose.  Sur le premier point, nous pouvons partager son avis. Sur le second, Rosny, encyclopédie linguistique vivante, maniait couramment à peu près toutes les langues asiatiques de la création, vivantes ou mortes, du chinois au coréen, du japonais au siamois, du cambodgien au birman, du sanscrit au pali, sans parler évidemment du grec et du latin, et se trouvait plus à l’aise dans ce domaine.

C’est, à notre connaissance (mais nous ne sommes pas infaillibles) encore le seul outil de travail pour les thaïs latinistes (il y en a quelques-uns mis à part notre Roi), c’est probablement la raison pour laquelle il a fait l’objet d’une réimpression à Bangkok en 1972. Les exemplaires originaux de son premier dictionnaire se négocient en effet sur le marché des bibliophiles plusieurs milliers d’euros. Plus de 900 pages, probablement près de 30.000 mots.

Sa grammaire ne peut être prise en défaut. 

Parfait analyste du délicat mécanisme des tonalités en fonction des paramètres alphabétiques, il en donne une première définition musicale.

 

tons

 

Son analyse de la syntaxe démontre, contrairement à ce qu’on lit beaucoup trop souvent, qu’il n’y a « pas de grammaire en thaï ». Il en a déjoué les subtilités. Son analyse de l’ « art poétique siamois » beaucoup plus complexe que celui mis en règle par Boileau, son analyse des fautes d’orthographe, toujours d’une actualité brulante, sont pour le lecteur, un véritable miel.

Ses contacts avec les milieux proches de la Cour tout autant qu’avec ses ouailles plus modestes lui ont été précieux pour approfondir toutes les subtilités de cette langue à plusieurs étages :

Ses exercices, exemples de dialogues, («  deux enfants entre eux, un homme avec des petits enfants, un domestique avec son maître, un laïc à un moine, un moine à un laïc, le roi à un moine, dispute entre deux femmes, 

 

disputes

 

etc... »), son analyse du « Rachasap », le langage de cour, démontrent que le Vicaire apostolique connaissait toutes les subtilités et les finesses de la langue siamoise tout autant que son royal ami connaissait celles du latin !


Sa grammaire et son dictionnaire furent et restent à ce jour, un siècle et demi plus tard, d’exceptionnels outils de travail dont il est permis de penser que  beaucoup par la suite y ont puisé d’abondance sans avoir la pudeur de le citer dans leur bibliographie.


6/ Monseigneur Jean-Louis Vey (1840 – 1909),  Evêque  « in partibus » de Gérasa (Ethiopie) seizième victaire apostolique du Siam de 1875 à 1909 est injustement méconnu.

 

mgr-louis-vey-18401909

 

Il remplit ses fonctions à une époque critique des rapports franco-thaïs. Il a au moins reçu l’hommage appuyé d’un Thaï, Surachai Chumsriphan.


vey

 

Celui-ci cite Monseigneur Biet qui lui remit la croix de chevalier de la légion d’honneur en 1893 : «  C’est une récompense des longs services qu’il a rendu à la France, l’autre, la grande et éternelle récompense, lui sera plus tard donnée par Dieu ». Lors de ses obséques, le représentant du Roi Rama V déclara « Sa Majesté et ses ministres sentons que dans sa Grandeur, le Siam a toujours eu un ami très sincère ... Le regretté Monseigneur Vey ne fut jamais considéré comme un étranger ni par sa Majesté ni par son gouvernement ».

Abondant écrivain en siamois de littérature pieuse (commentaires des évangiles du dimanche) il est surtout le modeste mais remarquable auteur de la réimpression du dictionnaire de Mgr Pallegoix à Bangkok en 1896. Il s’y présente comme « ayant revu » le dictionnaire de son prédécesseur, il est toutefois probable que sa contribution fut fondamentale. Il abandonne la colonne latine, conserve la colonne anglaise, étoffe le dictionnaire de plus de 300 pages et de probablement 10.000 mots (il en contient presque autant que le « Dictionnaire de l’académie royale » qui est la somme de la langue au XXIème siècle) et rédige une longue introduction grammaticale en français et en anglais qui dépoussière un peu sans la trahir celle de Mgr Pallegoix (notammant pour tout ce qui concerne les niveaux les plus élevés du langage – langage sacré et langage de cour que nous n’avons guère l’occasion de pratiquer au quotidien) mais qui est tout aussi exhaustive.

 

dictiobnnaire-6

Cet ouvrage a le mérite exceptionnel, comme le premier, d’adopter et c’est une « première » une translitteration cohérente de la langue thaïe en caractères romains en marquant tout à la fois le son des consonnes, le son des voyelles, et surtout deux paramètres essentiels, la longueur des voyelles et la tonalité de la syllabe en utilisant des signes diacritiques conventionnels, selon une méthode qui est depuis lors reprises peu ou prou par TOUS les ouvrages d’apprentissage de la langue. La question de la translittération du thaï en caractères romains est toujours plus ou moins d’actualité. Elle ne s’impose pas comme s’est imposée celle du vietnamien en caractères romains, oeuvre du jésuite avignonais, Alexandre de Rhodes.


Tem Alexandre de Rhodes

 

La langue vietnamienne n’avait pas alors d’écriture spécifique et les lettrés utilisaient les idéogrammes chinois qui ne sont pas accessibles au commun des mortels. Les Chinois utilisent actuellement le « pidyin », leurs idéogrammes étant difficilerment compatibles avec l’informatique. Les Siamois ont leur écriture spécifique qui a été créée au XIIIème pour permettre l’écriture d’une langue à 5 tons. Elle a parfaitement passé le cap informatique et sa romanisation ne s’impose que pour la transcription des noms propres et l’établissement des cartes géographiques, la romanisation officielle est suffisante pour cela. S’il advenait qu’intervienne une décision arbitraire et brutale (Attaturk


turko-italian war 1912 mustafa kemal ataturk

 

a imposé l’alphabet romain aux Turcs, les arabes ont imposé l’alphabet arabe aux persans), la romanisation de Monseigneur Pallegoix pourrait être utilisée sans en changer un iota.


7/ A partir de 1858, le royal ami devenu Rama IV parfaitement conscient de la necessité pour son pays d’avoir une unité linguistique, publie plus de 30 décrets concernant l’usage de la langue. Il entendait donner à la langue les « definite grammatical rules » dont Low regrettait légitimement l’absence. L’influence du prélat sur des textes normatifs est certaine ainsi que l’a constaté Babu. A partir de 1891, le « Département de l’éducation » débute la publication d’une grammaire du siamois en plusieurs volumes qui est toujours d’actualité. Une réédition récente de cette grammaire, simplifiée mais complète, sous le titre « J’aime la langue thaïe », superbement illustrée, est un outil fondamental pour les amoureux de la langue.


grammaire

Ce sera toutefois à un missionnaire baptiste américainDean Beach Bradley,


Bradley

 

que les Siamois devront le premier dictionnaire monolingue « dictionary of the siamese language » publié à Bangkok en 1873, monumental et précieux ouvrage de près de 900 pages.


dico bradley


Et ce sera enfin Etienne Lunet de la Jonquière 


lunet de la j

 

qui publiera en 1903 le premier dictionnaire français – siamois (« Dictionnaire Français-Siamois, précédé de quelques notes sur la langue et la grammaire siamoises »).

=====

Quand le 18 juin 1862, Monseigneur Pallegoix rendit son âme à Dieu, on comprend l’émotion que ressentit son auguste et royal ami, l’un de ses meilleurs conseillers, l’un de ses plus intelligents collaborateurs. Il voulut saluer trois fois en personne sa dépouille, lui organisa des obsèques royales et sollicita en signe d’amitié que lui fut remis son anneau pastoral, ce que firent les pères des Missions étrangères.


obseques-solennelles-de-mgr-jean-baptiste-pallegoix 

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* Monseigneur Louis Laneau, évèque « in partibus infidelium» de Métellopolis (Turquie), né en 1637, arrivé au Siam en 1663, ordonné prêtre en 1668, second vicaire apostolique du Siam de 1669 à 1696, date de sa mort à Ayuthaya.

**  Il n’apparaît en tous cas pas dans l’inventaire des énormes archives des Missions étrangères de la rue du bac.

(http://archives.mepasie.org/inventaires-des-archives/missions-etrangeres-1663-2001)

*** «  Grammatica linguae siamicae  ad usum eorum  qui eam addiscere volunt », ouvrage très sommaire de 7 feuillets, et le même, incomplet qui s’arrête au 3ème chapitre « de accentibus » de 3 feuillets, inventoriés dans la série des manuscrit indochinois de la bibliothèque nationale -  n° 279 et 280 -  (« Bibliothèque nationale, département des manuscrits, catalogue sommaire des manuscrits indiens, indo-chinois et malayo-polynésiens » par A. Cabaton, à Paris en 1912.)

         

Sources 

  • Louis Chorin « Eveil économique de l’ L’Indochine, Monseigneur Pallegoix, sa vie, son oeuvre au Siam » numéros des 6 et 13 mais 1923.
  • Jean Baptiste Piollet « L’égise catholique en Indo-Chine », à Paris, 1905.
  • Surachai Chumsriphan « The great role of Jean-Louis Vey apostolic vicar of Siam in the church history in Thailand during the reformation period of Jing Rama V the great », Université grégorienne de Rome, 1990.
  • Gérald Duverdier « La transmission de l’imprimerie en Thaïlande : du catéchisme de 1796 aux impressions bouddhiques sur feuilles de latanier » Bulletin de l’école française d’extrème-orient », tome 68, 1980
  • Maspero « Contribution à l’étude du système phonétique des langues thaïes » in « Bulletin de l’école française d’extrème –orient », 1911, tome 11.
  • Léon de Rosny « Etudes asiatiques de géographie et d’histoire » Paris 1864.
  • Léon de Rosny « Quelques observations sur la langue siamoise et son écriture » in «  Journal asiatique » n°17 de 1855.

·         Site de la commune de Combertault : www.combertault.com/

·         Site des Missions étrangères : http://www.mepasie.org/

•    ปิยรัตน์ บุณยรัตนกลิน « การศึกษาภาษาไทยของมุขนายกมิซซังปาลเลอกัวซ์ - Une approche de la langue thaïe par Mgr

Pallegoix » : http://www.thaithesis.org/detail.php?id=57254 une analyse extrément positive par un universitaire thaï.

  • Dean Beach Bradley « dictionary of the siamese language »  Bangkok en 1873. (Reprint)
  • La Loubère «  Du royaume de Siam » à Paris, 1690
  • La collection รักภาษาไทย (« J’aime la langue thaïe ») remarquable et somptueusement illustrée (En thaï) en 8 fascicules fondés sur les textes de 1891
  • การอ่าน ISBN 974-08-5118-5 (la lecture)
  • โครงสร้างของคำ ISBN 974-08-4634-3 (construction des mots)
  • ชนิตของคำ ISBN 974-08-4632-7 (les différentes sortes de mots)
  • ราชาศัพท์ ISBN 974-08-4633-5 (le rachasap)
  • การไช้เครื่องหมาย ISBN 974-08-3883-9 (l’utilisation des signes diacritiques)
  • คัคล้องจอง ISBN 974-08-4633-5 (harmonie de la phrase)
  • คำร้อยกรอง  ISBN 974-08-3691-7 (l’art poétique)
  • สระและมาตราตัวสะกค ISBN 974-08-4731-5 (les voyelles)
  • La Loubère et la musique : voir
  • http://www.alainbernardenthailande.com/article-is-30-la-musique-traditionnelle-thailandaise-vue-par-les-voyageurs-85320934.html)
  • Tous ces ouvrages (hors ceux dont nous donnons les références ISBN ou qui ont fait l’objet d’un « reprint ») se trouvent numérisés soit sur le site de la bibliothèque nationale, soit sur books.google.fr soit sur le monumental site américain « archives.org »
  • http://www.archive.org/details/texts

La « British library » de Londres détient dans un énorme fonds de manuscrits remarquablement numérisés, un dictionnaire manuscrit thaï-anglais de plus de 500 pages, les dernières contenant quelques explications grammaticales sommaires, mais aucun élément n’est donné ni sur son origine, ni sur sa date (d’une superbe calligraphie du XIXème ?), ni sur son auteur ?

http://www.bl.uk/reshelp/findhelplang/thai/thaicollection/thaicols.html#Thaimss

 

Manuscrit anglais2

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