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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 23:02

titreIl s’agit ici de profiter du travail de traduction et du livre de  Louise Pichard-Bertaux, in « ECRIRE BANGKOK, La ville dans la nouvelle contemporaine en Thaïlande »*, pour  tenter de comprendre  la  vision « littéraire » de Bangkok de cinq écrivains majeurs thaïlandais.


Les cinq auteurs choisis par Louise Pichard-Bertaux sont Atsiri Thammachot, Chart Korbjitti,


200px-Chart Korbjitti

 

Sila Khomchai,

 

sila khomchai

 

 

Wanich Jarungidanan, et Win Lyovarin. Ils sont tous dit-elle, lauréats du SEA Write**,

 

sea-write

 

« tous connus du grand  public et cités dans les diverses études faites sur la littérature thaïe contemporaine », tout en précisant que d’autres auteurs sont aussi talentueux.


Elle a sélectionné 10 nouvelles de ces auteurs « suffisamment variées sur le plan de l’intrigue, des personnages et des lieux pour offrir une image globale de la ville ».


Louise Pichard-Bertaux précise elle-même dans son préambule que deux parties bien distinctes composent son  livre :

  • La première, intitulée « Le livre et la ville », traite des aspects théoriques et de l’analyse des textes.
  • La seconde, « Les auteurs et leurs nouvelles », est dédiée aux notes biographiques et aux traductions de dix nouvelles dans leur intégralité. (p. 29)

 

Nous avons choisi de lire directement ces nouvelles pour ne pas être influencé par la lecture critique et savante de Louise Pichard-Bertaux.

  1. Atsiri Thammachot. Le Passé est le passé, et Quitter le canal.

 

La première nouvelle de sept pages, « Le passé est le passé »,

 

le passé c'est le passé

 

curieusement, ne se passe pas à Bangkok, même si il y est fait référence au chapitre 3, où nous apprenons que la jeune femme avait perdu son poignet dans une usine à Bangkok, par « une machine infernale (qui) l’avait transformée en une handicapée qui était rentré chez elle solitaire et désespérée.  En plus l’énorme somme d’argent qu’elle avait reçue pour compenser son poignet tranché lui avait fait perdre tout ce qu’elle avait jamais eu dans la vie ». On évoque « l’ombre du démon ».


Bangkok, est évoqué en un seul paragraphe, pour imaginer la jeune femme  « innocente »  qui « ne connaissait rien de la vie » employé dans une usine, découvrant les « bassesses humaines », et vivant la solitude, dans la nostalgie de la vie conviviale du village, avec « le devoir de soutenir sa famille envers toutes les difficultés ».


Bangkok la laisse handicapée à vie, mais la nouvelle est centrée sur le retour au village avec son indemnité, et cette question : que faire avec cet argent ?  « L’argent du démon » ?

 

argent du démon


L’occasion pour chacun d’exprimer ses désirs.


Avec la jeune sœur qui veut une radio et une gourmette ; le grand-père qui veut investir dans une charrette et un bœuf et donner le reste à la petite; le père qui pense au froid qui arrive et veut acheter des couvertures, des matelas et des oreillers. Et on songe à l’argent qui reste. Le père et la mère pensent à un pistolet pour protéger l’argent, et la jeune sœur avance l’idée de prêter l’argent aux paysans et de  toucher les intérêts annuels. Même le Maire était venu pour prendre l’argent et le « protéger » pour la nuit.

Heureusement, deux cambrioleurs essayeront en vain  de le voler dans la nuit et tueront le grand-père et son chien.  


La jeune femme qui était partie à Bangkok pour aider sa famille, était revenue handicapée, constatant qu’à part l’empathie exprimée par son grand-père, la famille ne songeait  qu’à l’utilisation de son indemnité, en fonction des désirs générationnels  de chacun.


Loin d’aider, la jeune femme découvrait finalement, que les billets de banque avaient amené la mort du grand-père, révélé la cupidité familiale, et la laissaient dans son désespoir. Elle avait décidé de fuir, sans savoir où aller.

La deuxième nouvelle Quitter le canal est une courte nouvelle de 4 pages.


Elle présente ce que peuvent vivre des centaines de milliers de pauvres dans les bidonvilles de Bangkok.

 

bidonvilles

 

Elle est ici centrée sur une scène de vie d’une mère avec sa petite fille et son fils de 11 ans vivant dans une baraque de tôle  à côté d’un pont bruyant et d’un canal à l’eau croupie et à l’odeur répugnante,  sur lequel passent des bateaux avec des prostituées offrant leur service. Une scène de vie d’une famille pauvre que le père a abandonné pour vivre avec une autre femme, essayant de survivre au jour le jour avec  ce qu’elle trouve dans  les rebus des marchés, des poubelles et des chapardages dans les restes des restaurants.


Une famille, qui comme tant d’autres, est venue à Bangkok en espérant une vie meilleure :


« On ne sera pas misérable comme on l’était chez nous. Tout va bien se passer. A la capitale, il y a tout ce qu’il faut pour qu’on s’en sorte. Ce sera toujours mieux que de travailler dans leurs champs et de les enrichir par notre travail. On va  y arriver ».


Mais une famille qui va connaître la désillusion, la pauvreté, la fuite du père, la misère dans un bidonville nauséabond, la promiscuité avec la prostitution, avec le sentiment d’une « vie en pièces », « cruelle », au milieu d’autres familles qui ont échoué près « de ce canal puant »,  conscientes de leurs vies « sales, vides et sans utilité ».


La nouvelle se terminera avec la décision de la mère de partir, de « prendre les enfants et  quitter tout ça ».

Elle pensait alors bien sûr à leur condition misérable, mais voulait éviter à sa petite fille de devenir comme la tante Daorueang, « belle et maquillée » et du « vernis aux ongles » qui tapinait sur le canal.


  1. 2.      Chart Korbjitti, « La ville Mai pen rai », et « De retour au village ».

 

La troisième nouvelle La ville Mai pen rai  est très courte (3 pages). Elle se présente comme un conte avec une chute finale, qui transforme ce que nous venons de lire en « antiphrase », une invitation humoristique à comprendre qu’il est difficile voire impossible à un Thaïlandais de renoncer au Mai pen rai.

mai pên rai

Mai pen rai ? Une note en bas de page nous apprend que : « Cette locution signifie littéralement « ça ne fait rien », « ça n’a pas d’importance ». Mais plus qu’une simple expression de langage, elle résume une façon de vivre, une philosophie du quotidien qui permet de prendre ses distances par rapport aux problèmes de la vie. Quiconque passe du temps en Thaïlande apprend très vite l’importance et l’omniprésence de cette expression, qui revient sans cesse, même dans les situations les plus graves ».


Le conte commence par un ordre du chef du parti qui ordonne que « Les habitants de la ville doivent impérativement renoncer à leur comportement man pen rai », pour le Progrès, sous peine d’amende et d’emprisonnement.

Les habitants ne comprenant pas pourquoi ils doivent renoncer au man pen rai, cette « manière de vivre venue de leurs ancêtres », le chef est obligé de justifier cette mesure à la foule rassemblée.


On apprend alors que la ville est entrée dans une ère nouvelle, l’ère des usines, des machines, l’ère du progrès, qui va éliminer les grosses fatigues, les dos courbés des travaux de plantation, un ère qui va apporter le grand bonheur du futur. Mais cela implique de « renoncer à ce comportement mai pen rai aujoud’hui même.


On ne peut plus, dit-il, comme autrefois, décider de son  temps de travail, de planter des pois et du sésame, man pen rai, selon  sa convenance individuelle. Désormais, « Quand les machines fonctionnent, les hommes doivent fonctionner ». Nulle place pour le man pen rai.


Mais à la fin du conte, à une question posée sur le nom de la ville, le chef répond « man pen rai ». Comme pour indiquer que, quelles que soit les transformations de la ville moderne, de la ville « industrielle », du « progrès », il sera difficile de renoncer au man pen rai, à cette philosophie de vie ici proposée, comme le dernier rempart aux fausses valeurs modernes, aux fausses promesses « d’économie de temps, économies d’argent ».


Avec le man pen rai du chef, Chart Korbjitti, nous invite à relire alors tout le conte à l’envers, critiquant la vie en ville, défendant le mode vie paysan ou du moins indiquant que les paysans en allant à la ville ne gagnent pas au change, et que leur man pan rai  est leur meilleure garantie contre les cadences imposées par la production moderne.


La quatrième nouvelle « De retour au village » évoque une visite au village natal d’un narrateur, accompagnant, par hasard, sa mère venue vendre le terrain de l’ancienne maison familiale, 14 ou 15 ans après le départ à la ville de la famille alors qu’il était en classe de  7ème.


1862-villageois-Siam


Curieusement la nouvelle ne décrit aucune ville, mais s’attarde sur quelques étonnements du narrateur qui  a bien du mal à reconnaître les habitants de son ancien village et inversement. Il se rend compte que les souvenirs de son monde d’enfance sont différents aujourd’hui. (« ce qui paraissait si grand avant que ne quitte le village était à présent si petit »), et constate qu’il avait même oublié Phi Hua To, un handicapé à la grosse tête, qui ne pouvait pas marcher, et chez lequel, dit-il, il était toujours fourré.  Il lui fabriquait tous les jouets qu’il désirait avec un bout de bois. Il est étonné car Phi Hua To lui réclame une sarbacane qu’il aurait dû lui ramener il y a 14 ou 15 ans, et il s’aperçoit que son univers est toujours le même « Il n’avait pas changé du tout ». Il est surpris de le voir lors de son départ lui réclamer encore une sarbacane, comme si le temps  s’était arrêté.


L’occasion pour lui de réfléchir à la fin de la nouvelle sur sa vie, qu’il décrit de façon banale en énumérant après son mariage, l’achat de la maison, et puis de la télévision, et puis du réfrigérateur, et puis de la voiture … et puis ces jours-ci le futur achat d’un terrain à Mae Hong Son pour y passer la saison fraiche.


L’attitude de « Phi Hua To lui fait comprendre sa vie « insignifiante », et cette course vaine « aux choses ». Pour autant, il n’éprouve nulle nostalgie du village, et nul désir d’y retourner.


Et moi, en six ans, j’avais voulu toujours plus de choses. Je ne comprenais pas pourquoi j’avais besoin de tout ça, alors qu’une personne handicapée comme Phi Hua To ne voulait qu’une sarbacane ».


Chart Korbjitti ici, n’évoque nullement la ville si ce n’est son mode de vie qui « obligerait » à entrer dans la société de consommation, à vouloir « toujours plus de choses ».


  1. 3.      Sila Khomchaï. Une Famille dans la rue et Merci Bangkok.

 

La cinquième nouvelle Une Famille dans la rue est une nouvelle de huit pages qui tente, avec beaucoup d’humour,  de nous convaincre que la vie peut être heureuse en voiture dans les embouteillages de Bangkok, enfin, à condition que la voiture ait « tout l’équipement nécessaire aux activités familiales. »

 

vivre en voiture


C’est la première nouvelle du corpus qui traite d’un problème majeur de Bangkok : les embouteillages monstres qui transforment chaque jour,  tout trajet en un moment pénible et incertain, et le temps pour aller au travail et retourner au domicile en un cauchemar. Si bien que des millions de « Bangkokiens » passent chaque jour des heures dans leur voiture (ou les transports publics).


e,bouteillages


Sila Khomchaï a choisi de traiter le sujet avec humour en présentant une famille se disant elle-même de la classe moyenne se rendant au travail et commentant leur « séjour » dans leur voiture, et les étapes de leur trajet. Mais un humour noir, une forme de politesse du désespoir pour paraphraser Duhamel, une forme de « sélection naturelle » qui oblige ses habitants à adapter leur voiture aux conditions de transport dans la ville encombrée et polluée.


Il y a désormais, dit le narrateur, une vie en voiture comme il y a une  vie au bureau et une vie à la maison. « Avoir une voiture est indispensable, parce qu’on y passe autant de temps qu’à la maison ou au bureau. »


Aussi notre héros apprécie les efforts de sa femme, pour rendre leur voiture confortable et la transformer « en maison et bureau mobiles ».


Il décrira les différentes « activités » de ce périple quotidien : camper dans la rue, déjeuner sur la voie express, faire l’amour, écouter la radio, regarder ce que font les passagers des voitures arrêtées derrière eux, descendre de la voiture « pour marcher et s’étirer », et rencontrer ainsi les gens et parler de leurs problèmes, de politique, des  affaires ou du sport; penser au travail urgent à faire, rêver (d’une voiture neuve) ; assister à des scènes cocasses, comme cet homme qui jardine et plante un ou deux bananiers  sur un terre-plein chaque jour, pour « absorber la pollution », créer un jardin et qui l’invite ce jour à faire de même et à venir « prendre un café dans sa voiture »… bref, on comprend qu’il faille une voiture :


« une nouvelle voiture, assez spacieuse pour accueillir père, mère et enfant, avec tout l’équipement nécessaire aux activités familiales.

C’est urgent et indispensable pour une vie heureuse dans les rues de Bangkok ». (La nouvelle conclut avec ces mots).


Mais si Sila Khomchaï a choisi l’humour et évoque un nouvel art de vivre dans la voiture, il ne cache pas ce qu’il pense de cette vie à Bangkok :


« nous, humains, avons détruit la nature tout autour de nous, notre propre nature intérieure a été ravagée par la vie urbaine, le travail, la pollution, la circulation saturée … la vie de famille, qui constituait un hymne au bonheur de par son rythme et ses composantes, a basculé dans l’incohérence et l’instabilité ».

 

embouteillages 2


On ne peut pas être plus clair.


La sixième nouvelle Merci Bangkok, de sept pages et demie, se déroule, la nuit à Bangkok : un grand type émerge de l’ombre, il appelle un taxi, une lumière rouge d’une enseigne …lui donne « un air sarcastique et sombre, effrayant ». « Il serrait dans ses bras un gros sac noir ». Un chauffeur de taxi le prend. Il est crispé sur son volant, « son cœur battait plus vite, en alerte », il est inquiet, il se pose plein de questions … « c’était que ça n’annonçait rien de bon ».


Dès la première page, l’atmosphère est donnée, le suspense est créé. Que va-t-il se passer ? Qu’y-a-t-il dans ce sac noir ?

En fait les deux hommes ont peur et se demandent ce que l’autre va faire. Chacun interprète négativement le physique et l’attitude de l’autre. Ils ont entendu tellement d’histoires sur Bangkok, la nuit.

Le chauffeur de taxi avait eu un collègue qui s’était fait braqué le mois dernier et s’était fait taillé l’oreille par un coup de rasoir d’un passager.


Bangkok-Dangerous-2008


« Il sentait la peur se mêler à sa colère. On sait qu’à Bangkok, les voyous sont partout, au point qu’on ne les remarque même plus. Une sale histoire se produit à chaque heure … », précise le narrateur.


Le passager trouve le chauffeur « bizarre ». « Le regard et l’attitude du chauffeur de taxi le mettaient mal à l’aise ». Il a peur. Lui aussi sait que Bangkok est dangereux.


« Au cours de ces dernières années. Il n’avait pas vu un seul journal sans un article sur un vol, un meurtre, un viol ou un kidnapping. Des histoires qui donnent à réfléchir quand on promène sur soi une grosse somme d’argent au cœur de la ville. Ce matin encore, un cadavre sans tête s’étalait à la une des journaux », rappelle un commentaire en italiques du narrateur.


Au fil de la nouvelle, chacun va essayer de se rassurer, de raison garder, mais en vain. « Est-ce qu’il (le passager) n’était pas en train de rendre les choses plus effrayantes qu’elles n’étaient ? ». Ils ne peuvent pas oublier ce qu’ils ont lu dans les journaux, « les photos en noir et blanc de tous ces morts à la une des journaux. ».  « L’odeur du meurtre ».


« (L)a violence, qui avait augmenté jusqu’à devenir un élément indissociable de la ville de Bangkok » ,  accentue encore un commentaire en italiques.


Bangkok est devenu le grand personnage, l’esprit malin, qui tue, viole, kidnappe … s’insinue dans les consciences, les bouscule, et qui transforme l’autre en un danger, un criminel potentiel, surtout la nuit.


Ici, dans l’huis-clos du taxi, la tension monte, « comme si le doigt était déjà sur la détente », « l’atmosphère équivoque et oppressante », les deux hommes se sentent à la merci de l’autre et se préparent à répondre à une attaque surprise.


A la fin, quand le passager descend, et pousse le portail de sa maison, « il se sentit soulagé », « le chauffeur de taxi ressentait la même chose ». Il est dit dans le dernier petit paragraphe « qu’ils leur avaient été donné de s’en tirer sains et saufs encore une fois. Bien que rien n’est changé à Bangkok ».


Sila Khomchaï,  a su de manière originale avec ces deux nouvelles,  Une Famille dans la rue et Merci Bangkok, présenter deux caractéristiques évidentes pour Bangkok : le cauchemar des embouteillages et le temps passé en voiture et la violence qui inocule la peur à ses habitants.

 

  1. 4.  Wanich Jarungidanan, Capitale, Nous habitons dans le même soi.

 

La septième nouvelle Capitale  est une nouvelle de 11 pages qui raconte le long retour d’un employé de bureau à son domicile en bus, l’occasion d’évoquer le calvaire quotidien des employés et ouvriers de retour dans leur banlieue après leur travail de la journée.


Une occasion pour notre narrateur d’exprimer ce qu’il ressent, ce qu’il observe et de s’interroger sur sa présence dans « cette fin du monde » en pensant avec bonheur et nostalgie  à sa province et à son village natal, en écoutant une chanson d’un passager qui doit être du Nord-Est, et qui lui rappelle celle qu’il aime, et un certain art de vivre qu’il a perdu en venant à la Capitale.


Donc après la traversée de Bangkok en voiture, en taxi, nous avons ici le retour interminable en bus à la maison en  fin de journée, alors que notre « héros » se sent déjà « faible et fatigué » parmi les embouteillages, un chemin de croix, feu rouge après feu rouge, carrefour après carrefour, « chaos » après « chaos, arrêt de bus après arrêt de bus, parmi les vapeurs polluées, la chaleur humide … dans les bus bondés, la promiscuité, l’indifférence des uns et des autres, (« Personne ne prête attention aux autres », « ne parle à personne »),  les combats pour monter et descendre, le manque d’air, la suffocation, l’odeur de la sueur, et la fatigue grandissante après plus de deux heures de bus, l’épuisement, le découragement …


On peut penser en contraste à  la voiture  de Sila Khomchaï d’Une Famille dans la rue. Il y a là deux façons différentes de vivre les mêmes embouteillages géants de Bangkok. Mais ils ont en commun le temps passé sur les routes encombrées de la capitale, et la même nécessité d’habiter en banlieue, quand on est de la classe moyenne.


Mais ici, notre « héros », regrette sa province et se demande « pourquoi les gens sont venus s’entasser à Bangkok » « dans cette affreuse grande ville » ?


Bankok sois


Mais il sait et dit de suite : « Si seulement on pouvait choisir ». Et un peu plus loin : « Si seulement j’avais un peu d’argent … Je ne serais pas obligé de subir la torture de rester assis là. Je pourrais épouser ma fiancée ». Eh oui, ils sont tous à la recherche d’un salaire qui peut les faire vivre et aider la famille pour  beaucoup.


Mais le prix à payer est terrible. Surtout ce jour pour notre héros qui entend un « cinglé », un jeune gars du Nord-Est, qui se met à chanter « Idylles », une chanson mélodieuse dont les paroles lui rappellent le bonheur perdu et sa triste condition : « je suis pauvre », la nécessité de quitter la maison , et l’espoir de revenir « Lorsque je serai riche, tout ira bien … ». Et la chanson d’évoquer la nature, les senteurs, les parfums, « le parfum de terre sous la pluie », « Le doux parfum de la joue d’une très jolie fille », la pêche, « le doux son des chants populaires » … les charmes de la vie au village.

 

logo-village-thai


Mais aussi la triste réalité de la pauvreté « je suis si pauvre, personne ne me regarde », et les gens doivent partir, quitter, la maison, le père, la mère, Malaï, la fiancée… pour trouver un dur travail en ville.


La huitième nouvelle est donc « Nous habitions dans le même soï », une nouvelle de 9 pages et demie, sur les efforts quotidiens de notre personnage  pour « rencontrer » une jeune fille étudiante qu’il croise chaque matin en allant à la station de bus, et dont il est tombé amoureux, , mais qu’il n’ose pas aborder à cause d’une timidité extrême.

Mais c’est aussi l’occasion de décrire la vie d’un soï, « semblable aux 56 000 autres soï de Bangkok et de Thon Buri, étroit et populeux »,comme le précise le personnage.

La nouvelle commence avec la description de ce milieu criminogène et violent : « ici, comme dans les autres soï, il y a « les habituels marginaux bruyants. Des groupes de bons à rien vantards qui trainent toute la journée », « des dealers et des accrocs à la drogue », « des voyous princiers et des voyous minables », « des spécialistes dans toutes les branches du crime ». Une violence que chaque habitant va connaître un jour ou l’autre : « J’ai déjà vu deux hippies battus presqu’à mort devant le café ». Et surtout la nuit où « Très peu de femmes osent emprunter ce soï à la nuit tombée ; les vols et les attaques physiques y sont monnaie courante ».


Soi


Un soï avec l’alternance du bruit du jour et du silence de la nuit,  avec sa typologie particulière : bordé de bâtiments et de boutiques dans la première partie, et ensuite une « alternance de maisons et de terrains vagues », un bidonville, « en fait », mais où, plus on pénètre « plus avant, (plus) on entre dans un autre monde ». On y trouve aussi le « traditionnel » canal, plein d’herbes et d’ordures, « avec l’odeur infecte qui se répand partout », et avec cette caractéristique si courante à Bangkok, d’être situé « à une dizaine de minutes de marche des immeubles luxueux de l’avenue. », que notre « héros » traduit, en plaisantant : Bangkok, enfer ou paradis ?


 


Après ces deux pages de description du soï, nous allons apprendre qui est ce « nous  » du titre Nous habitions dans le même soï, qui commence avec « Et un bon matin, je l’ai vue ». A l’arrêt de bus.


Et ensuite nous avons droit à six pages de l’amoureux transi, par la timidité, par son ignorance en matière de drague (dont il est conscient et qu’il s’avoue), par son impossibilité d’aborder la jeune fille. « Je ne trouvais pas de moyen de la connaître vraiment. Je ne savais pas comment faire sans me montrer impertinent ». Et jour après jour, semaine après semaine, on assistera à ses nombreuses et vaines tentatives pour lui parler, bien qu’il ait préparé longuement la situation, les mots à dire … Il pensait à elle tout le temps, même la nuit.  Il la suivra jusqu’à son Université, ira jusqu’à organiser son emploi du temps pour la voir partir et revenir de l’Université, essayant de lui parler, mais il ne pouvait sortir un mot de sa bouche, tant son anxiété était grande. Il la suivait, la regardait, espérait un miracle …mais la nouvelle se terminera sur un drame (2 pages).


Un jour, « mon attente fut déçue : elle ne revint pas avec le bus ». Et puis,  deux voitures de police entrèrent dans le soï, et il va peu à peu craindre, deviner et apprendre  qu’ « il y avait un mort, qu’une femme avait été tuée. »

Le lendemain, dans le journal, à la Une, il apprenait qui était celle qu’il avait aimée, « comment elle s’appelait, d’où elle venait, avec qui elle vivait, …mais cela n’avait plus d’importance ».


Bangkok ici, à travers la vie d’un soï, semblable aux autres soï, avait précisé Wanich Jarungidanan, apparaissait comme dangereuse, violente, criminelle ... brisant les amours naissants.


  1. 5.      Win Lyovarin, Petit lexique à l’usage des Bangkokiens de la classe moyenne, La ville des pêcheurs.

 

Petit lexique à l’usage des Bangkokiens de la classe moyenne , est une nouvelle de 15 pages et demie, qui présente donc comme le titre l’indique, un lexique de 45 entrées, sensées décrire une journée d’une famille bangkokienne, puisque la nouvelle commence et se termine avec la définition particulière  et humoristique du « réveille-matin » : « Outil que l’homme a inventé pour se torturer lui-même. (…). »


Entre ses deux « réveille-matin » Lyovarin va donner les définitions de 45 mots, sur un mode humoristique, toujours sur deux formes, avec une définition humoristique proprement dite en italiques, suivie d’un commentaire ou d’une scène familiale de la vie d’une  famille, avec là aussi avec l’humour toujours présent. Un lexique qui formerait en quelque sorte les unités significatives du mode de vie  de la  classe moyenne de Bangkok. Un code de compréhension humoristique !


Mais justement pour notre sujet « Bangkok », ici « Krungtep »,  Lyovarin précise « Pas de définition », comme pour mieux en souligner la complexité, la diversité , le mélange détonnant, en proposant toutefois plusieurs analogies ; « Si Bangkok était un livre … », « Si Bangkok était une femme … », « Si Bangkok, était un cocktail, il serait composé de : 10% de douceur naturelle, 40% de douceur synthétique,  30% d’essence de plomb, 20% de déchets ».


Le ton est donné, il ne se relâchera plus.


Sawang Rongsawat, 42 ans, de la classe moyenne, vice-directeur d’une société d’export, marié avec Uraï, 32 ans, employée,  3 enfants, va donc raconter sa journée bangkokienne. La journée d’un robot (« C’est un homme simple, qui aime sa vie répétitive de tous les jours, comme plusieurs millions de robots à Bangkok »).


Robocop-towatchpile


Il se lève tôt, à 5 heures, a mal à la tête, prend deux cachets, écoute la radio avec la pub, est pressé par sa femme, qui pense déjà aux embouteillages à venir. (Embouteillage : « Equipement de série sur toutes les voitures achetées).

Et c’est la voiture, « le temps de la compétition », du gagne temps, des invectives, du petit déjeuner, du regret de ne pas pouvoir déménager au centre faute d’argent ; l’arrivée à l’école, là où « la qualité de de l’enseignement est proportionnelle au prix des études », au bureau (« Endroit où l’on doit se montrer au travail du lundi au vendredi pour augmenter le stress »), la pause du déjeuner (« Fin du premier round ».


Là suit 7 pages où Sawang discute avec son ami Wibun au restaurant, l’occasion pour eux d’aborder de nombreux sujets de discussion : le nombre d’enfants, l’assurance, le salaire mensuel (« Argent versé pour le fait de se lever à cinq heures du matin, de déjeuner dans la voiture et … (voir au début »), le paiement de impôts (« Service le plus efficace (que j’ai jamais vu) de l’administration »), le crédit (« Encore trois ans à payer pour l’emprunt immobilier, huit mois pour la voiture. Et ma femme pense acheter un four à micro-onde à crédit »), avec « les frais scolaires des enfants et l’essence, il me reste de quoi acheter de l’alcool et des cigarettes ». Ah, la carte de crédit ! (« en sixième position sur l’échelle de l’indispensable, après la voiture. Pourquoi indispensable ? ma foi, vous pouvez oublier de mettre votre pantalon avant de sortir de chez vous, mais n’oubliez pas votre carte de crédit »).


Sawang, contrairement à Wibun n’apprécie pas le progrès, (« chose qui nait avec le développement d’un pays. Visible concrètement dans la rue : gratte-ciel, essence de plomb et déchets de plastique. En général, le progrès est inversement proportionnel à la surface verte d’un pays ») et de donner ensuite l’exemple du portable (« ce pilon high-tech à la mode qui devient indispensable » et que les gens ne quittent plus, même en faisant l’amour.


Ensuite suit une discussion avec son médecin (3 pages et demie), qui permet d’aborder de façon humoristique le problème de l’alcool, « Remède relaxant utilisé contre le stress. Peut changer le comportement des gens » ou ensuite sa pression sanguine élevée (« Sang qui se conduit mal. Provoque une augmentation inutile du budget national de la santé »).

Et on arrive à l’heure de sortie du travail. « Fin du 15ème round. Commence environ une  demi-heure avant la sortie du travail ».


Et le retour et de nouveau les embouteillages.


Et s’il pleut, cela signifie « encore plus d’encombrements et un retour à la maison encore plus tardif que d’habitude. » Et « deux millions huit cent soixante-seize mille cinq cents habitants de Bangkok » qui disent « à la même minute » :   « il faut qu’elle tombe à cinq heures, quand on sort du travail, pour faire des saletés d’embouteillages ».


Et Sawang d’aller chercher sa femme, et toujours ce retour lancinant avec ces satanés embouteillages. « Regarde ça, les voitures n’avancent plus », lui dit sa femme.  Un peu plus tard, en prenant l’un des fils à l’école, « Il y a des embouteillages, mon chéri » pour justifier le retard.


Et le diner à acheter au centre commercial, la location d’une cassette vidéo pour les gamins (une bande dessinée japonaise), la pensée de pouvoir enfin écouter un disque compact …  et l’évocation d’un rêve de la nuit dernière à sa femme :


« La nuit dernière, j’ai fait un drôle de rêve. Je voyais Bangkok comme la ville Utopia, il n’y avait pas de voiture, l’eau des canaux était propre, il n’y avait pas de fumées de pots d’échappement, je voyais des arbres d’un vert tendre … ».

Et sa femme, de l’interrompre : « T’es dingue ! N’importe quoi ! Va te coucher ! tu te lèves tôt demain. » 

Et le « réveille-matin » de sonner.


Une fois de plus, la nouvelle avait porté sur les embouteillages, le stress, la course contre la montre, le quotidien qui transforme les hommes en robots, au milieu de la pollution, des déchets de plastique, du gigantisme des gratte-ciels … Le « progrès » ?


Le progrès qui avait éliminé le temps de vivre, la douceur, la pureté des canaux, l’ombre et le vert des arbres  … et imposé un nouveau mode de vie, avec la publicité, le crédit, les objets de consommation que tout le monde doit avoir, la voiture, les téléphones portables … « les outils que l’homme à inventer pour se torturer lui-même », pour paraphraser  Win Lyovarin.


La  dixième nouvelle est donc la nouvelle de  Win Lyovarin, la ville des pêcheurs. Une nouvelle de 9 pages et demie encore originale dans la forme puisque Win Lyovarin,choisit de nous embarquer dans un taxi avec un chauffeur isan accomplissant 10 courses, 10 itinéraires, avec bien entendu des clients de toute condition et d’âge différent, un panel ?


Une occasion d’appréhender les préoccupations du moment de deux jeunes prostituées, de trois chanteurs de 25-30 ans, d’un couple et d’un adolescent blessé isan, de deux « hommes d’affaires », de deux femmes de la classe moyenne ou supérieure de 40-50 ans, d’un guide thaï et d’un étranger, d’un jeune couple , d’un homme de la classe moyenne d’une trentaine d’années, puis d’un autre de 40 ans.


Le taxi commence à 17h30 à Samyaek Kaset pour aller à Patpong pour terminer sa journée à 3h 40 pour rejoindre sa maison de Phetkasem.

Le chauffeur va pouvoir entendre les conversations de ses clients qui portent sur les sujets les plus divers : la nécessité d’avorter pour une prostituée, la critique des embouteillages,  des « fils de pute » de députés, la corruption des flics, l’hôpital interdit aux pauvres, l’argent qui permet l’accès aux filles « de classe supérieure » dans les karaokés, le lifting pour ne pas perdre son mari volage, les étudiants et leur famille indifférente, l’excès de travail, les rentrées tardives des pères et les enfants qui ne les voient plus, avec leur lot de « foyers brisés », et la décision finale du chauffeur de taxi, de rentrer au  pays, à Buriram, rejoindre sa famille.


Les sujets sont effectivement variés, mais ont en commun pour la plupart, une fois de plus, la critique des embouteillages et les réactions qu’ils provoquent :

  • Critique et virulent : “Un vrai système de transports en commun, c’est pas  demain la veille qu’on l’aura. Comment peuvent-ils (ces fils de putes de députés) nous laisser mariner dans ce embouteillages », disent les chanteurs.
  • Résigné, fatigué, écoeuré : «  oui, c’est dur. Mais comment faire ? Je ne suis pas né fils de banquier », ou plus loin : « Moi, je suis un vrai chauffeur de taxi, mais à présent, je suis fatigué de tout cela. Toutes les professions ont leurs difficultés, mais franchement, j’ai chargé des gens à Phetchaburi, et pour venir ici, j’ai mis plus d’une heure ! Il est déjà minuit, et c’est toujours aussi embouteillé. Il faut que je supporte ça… »,  dit le chauffeur de taxi.
  • Exaspéré et en colère : « Quel foutu encombrement ! On pourrait mourir au milieu de la rue que ça ne bougerait pas plus », dit le couple en route en urgence vers un hôpital.

 

Au temps passé dans les embouteillages s’ajoute le temps passé au travail, avec ses conséquences : la fatigue, les enfants délaissés, les foyers brisés … 

  • « Ca fait plusieurs soirs que je finis tard comme ça. Mes enfants ne se souviennent pratiquement plus de la tête que j’ai. Je suis trop crevé, dès que j’arrive, je me couche », dit un père de famille.
  • «   - Je suis ton père.

-          Un père qui n’a jamais eu du temps à donner à ses enfants… Tout le temps à travailler. », reproche à son père, une fille d’un autre père de famille.

 

Et le père de reconnaître :

  • “Je n’ai pas eu beaucoup de temps à consacré à mes enfants. Je passe mes journées à travailler pour rapporter de l’argent à ma famille. Le résultat est là : un foyer brisé. »

 

Il interrogera alors le chauffeur de taxi :

- « Mais vous, c’est pareil ; vous conduisez tard toutes les nuits. Vous avez du temps pour votre famille ? »

- « Elle n’est pas ici, elle est en province. »

- « C’est dur la vie de couple quand on est chacun de son côté ».

Et le chauffeur de taxi lui confier sa décision :

-“Oui, j’espère que ça ne va plus l’être ! Car ce soir, c’est ma dernière nuit comme chauffeur de taxi. Demain, je rentre à Buriram ».


Et la nouvelle s’achève sur la dernière course :

« Itinéraire : Phetkasem- Maison. Heure : 3h40 ».

 

        Atsiri                           ___________________________

 

Il s’agissait pour nous de tenter de comprendre  la  vision « littéraire » de Bangkok, de la ville écrite par cinq auteurs majeurs thaïlandais, Atsiri Thammachot, Chart Korbjitti, Sila Khomchai, Wanich Jarungidanan, et Win Lyovarin, dans 10 nouvelles,  choisies et traduites par Mme Louise Pichard-Bertaux.


Nous avons maintenant les principaux éléments de notre lecture linéaire, qui peuvent nous permettre de proposer UNE VISION de Bangkok, la vision de nos cinq auteurs.


Il y a bien sûr d’autres auteurs***, et donc d’autres perceptions comme celle de Saneh Sangsuk par exemple que nous avons déjà étudiée.****


Un nouvel article est donc nécessaire.  

 

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*Connaissances et Savoirs, 2010.


Louise Pichard-Bertaux 


http://gsite.univ-provence.fr/gsite/document.php?pagendx=8562&project=chinois 

Diplômée de l’INALCO en thaï et en Birman, docteur en langues et littératures orientales.



Parcours : De 1984 à 1989, j’ai travaillé comme professeur de Français Langue Etrangère à Bangkok, en Thaïlande, pour l’Alliance Française et l’Université Thammasat.
En 1986, j’ai quitté la Thaïlande pour un an et suis partie en Birmanie où j’avais obtenu une bourse d’études grâce à un programme d’échanges INALCO-MAE / Gouvernement Birman.
En septembre 1989, lors de mon retour en France, j’ai enseigné le FLE à Rouen puis, en 1993, j’ai intégré l’IRSEA (CNRS-Université de Provence) à Aix-en-Provence sur un poste de documentaliste. Depuis 2005, je suis responsable du Fonds Asie du Sud-Est de la Maison Asie-Pacifique (CNRS-Université de Provence)

Le doctorat que j’ai présenté en 2004, intitulé « Fiction, ville et société : le milieu urbain dans les nouvelles thaïes contemporaines » est basé principalement sur la traduction de nouvelles thaïes.

Publication de la thèse remaniée : manuscrit accepté aux Editions Connaissances et Savoirs sous le titre de « Ecrire Bangkok : la ville dans la nouvelle thaïe contemporaine ».

** Le Southeast Asia Writers Award, le SEA Write, après plusieurs avatars a été restauré en 1979. C’est le prix le plus prestigieux attribué chaque année à un auteur de chaque pays des 10 membre de l’ASEAN, composé de la Birmanie, Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, et Vietnam.


***24. Notre Isan : Que faut-il lire de la littérature de Thaïlande ? 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-24-notre-isan-la-litterature-dethailande-2-79537520.html 

  • La liste recommandée par Marcel Barang :

Win Liaowarin, (SEAWrite «Démocratie sur Voies parallèles, roman (ประชาธิปไตย บน เส้นขนาน)), Chart Korbjitti, La Chute de Fak, Seuil, 2003. Saneh Sangsuk, Venin, Poche - Seuil, 2002, Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Seuil, 2000. Nikom Rayawa, L’Empailleur de Rêves, Editions de l’Aube, 1998. Seksan Prasertkul, Vivre debout, Editions Kergour,1998. Pira Sudham, Terre de Mousson, Picquier, 1998. Lek Nakarat, J. Nakarat et C. Juliet, La Goutte de miel, Picquier, 1998. Chart Korbjitti, Une histoire ordinaire, Picquier, 1992.

Il nous fallait poursuivre la recherche avec notre réflexe google, wikipédia :

  •  7 auteurs étaient répertoriés :1/ Chart Korbjitti  2/ Kukrit Pramoj  3/ Pira Sudham  4/ Siriphan Taechachiadawong (ou Koynuch). 5/ S. P. Somtow, 6/ Chit Phumisak 7/ Khamsing Srinawk

 

Et puis au fil de recherches « hasardeuses », on nous disait que :


 8/Saneh Sangsuk est l'écrivain thaïlandais le plus célèbre en France. Il a été fait Chevalier de l'Ordre des Arts et des Lettres en 2008. (Il était dans la liste de Marcel Barang


9/Zakariya Amataya est le lauréat 2010 du SEA Write pour son premier recueil de poésie, No women in Poetry. Il regroupe près de dix ans de travail et d'écriture. Sa prose est emplie d'images, de métaphores et de paradoxes pour évoquer différents thèmes allant des limites du langage au temps qui nous échappe.


10/Siriworn Kaewkan fait partie des auteurs les plus remarquables de la nouvelle génération. Sa plume est versatile : il publie des poèmes, des nouvelles, des essais et des romans. Il a reçu plusieurs prix littéraires, dont une nomination pour le prix SEA Write de 2006 pour son livre The murder case of Tok Imam Satorpa Karde (Ed. Pajonphai, 2006, version anglaise 2010). Ce roman traite du conflit qui oppose les séparatistes musulmans au gouvernement thaïlandais dans le sud du pays.


11/Dans les années 70, un mouvement littéraire, nommé « La littérature pour la vie », émergea suite à la situation politique qui entravait la liberté d'expression. Les principaux thèmes abordés étaient alors les inégalités sociales et une critique de la société. Quel était ce mouvement, son importance ?


12/ Sunthorn Phu, était considéré comme le plus grand des poète thaïlandais du XIX ème siècle, reconnu et honoré par l'UNESCO en 1986 à l'occasion de son bicentenaire


On pourra désormais rajouter 4 autres auteurs choisis par Louise Pichard-Bertaux  (Chart Korbjitti ayant été déjà cité)Atsiri Thammachot, Sila Khomchai, Wanich Jarungidanan, Win Lyovarin.

Tous lauréats du SEA Write.

 

****Bangkok et la « beauté triste de la vie ». Cité dans notre article

A 52. Un grand écrivain thaïlandais : Saneh Sangsuk, L’Ombre blanche, Portrait de l’artiste en jeune vaurien.

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-52-saneh-sangsuk-un-grand-ecrivain-thailandais-96922945.html 

 

 

p. 317 Ce qui voulait dire que s'en était fini des dérives dans les nuits fébriles de Bangkok, de toutes ces fois où je rentrais saoûl pendu à ton cou, vacillant titubant parmi les lumières de couleur qui font de tout homme un immortel provisoire, de ces nuits où je commençais à m'habituer aux poses provocantes des voyous protecteurs de bars; aux obscénités con-cul-pissantes des filles de bars à gogo, les filles les moins vêtues au monde, qui se contorsionnent lascives au rythme de la musique et qui, parfois, quand elles ôtent sournoisement leur dernière frusque, lèvent haut la jambe pour frapper du pied un mobile fait de coquillages accroché au plafond bas; à la solitude des filles au coeur brisé, qui vernissent de gaieté feinte leur esseulement d'oiseau loin du nid; aux débits de boissons aux serveuses aux seins nus et aux débits de boissons qui ont un miroir pour plancher et des serveuses en minijupe sans sous-vêtement et aux bordels en tout genre qui pullulent, autant d'endroits où la morale est raide morte, mais c'est dans ces putains d'établissements qu'on voyait une barquette d'offrande aux bonzes dont l'arbuste artificiel était fleuri de billets de banque de dénominations diverses que les papillons de la nuit iraient offrir à quelque monastère, celui de leur village natal probablement. Telle était la beauté triste de la vie. Peut-être avait-elle toutes sortes d'autres beautés cachées, mais toutes tristes. ( p. 317)


 fin

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