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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 23:02

2. De 1932 à la fin des années 1970.


 Nous poursuivons notre lecture du livre de Mme Louise Pichard-Bertaux, « ECRIRE BANGKOK, La ville dans la nouvelle contemporaine en Thaïlande », pour donner quelques repères sur la littérature thaïlandaise dans ses rapports avec l’Histoire. Nous en sommes au 24 juin 1932, une date historique; la monarchie absolue est renversée pour instaurer un régime constitutionnel.* Cet événement majeur de l’Histoire thaïlandaise ne semble pas avoir produit d’effet littéraire immédiat. La première nouvelle sur ce bouleversement, Nuang tae arayatham (« A cause de la civilisation ») est écrite par Yot Watcharasathiern et est publiée en juillet 1935. La même année, le roi Rama VII part pour Londres et abdique.

1937 : une année prolifique.**


En 1934, Pridi (l’un des deux principaux protagonistes avec Phibun de la révolution), alors ministre de l’intérieur, avait créé l’Université de Thammasat, sur le modèle de Sciences Po de Paris. En 1937, l’université s’ouvre réellement aux étudiants  pour devenir assez rapidement le « centre du mouvement progressiste ».


 Quatre romans majeurs vont paraître  qui mettent « en scène la classe dirigeante, avant et après 1932, face au bouleversement des valeurs traditionnelles ».

  • Khanglang phap (Derrière le tableau) de Sri Burapha.
  • Phu di (Quelqu’un de bien) de Mme Dokmai Sot.
  • Ying khon chua (La prostituée) de K. Surangkhanang.
  • Phlai Maliwan (L’Eléphant Maliwan) de Mme Thanom Mahapaoraya.

 

Khanglang phap (Derrière le tableau) de Sri Burapha est son oeuvre la plus connue. « Au-delà d’une simple histoire d’amours contrariées, l’auteur dépeint l’opposition entre une classe moyenne émergente, avide de pouvoir et d’argent, et les aristocrates, qui ont perdu de leurs privilèges et parfois leur fortune, mais qui souhaitent conserver des valeurs morales qui se heurtent aux aspirations matérialistes de la nouvelle société thaïe ». Phu di (Quelqu’un de bien) de Dokmai Sot est considéré par beaucoup comme son meilleur roman et montre l’importance des valeurs traditionnelles pour rester une phi di « quelqu’un de bien ») malgré les  aléas dramatiques de la vie. Ying khon chua (La prostituée) de K. Surangkhanang est « le premier ouvrage littéraire en thaï qui traite de la prostitution ». Phlai Maliwan (L’Eléphant Maliwan) de Mme Thanom Mahapaoraya n’est pas politique et en donnant un rôle à un éléphant se veut plus « siamois ».


1938-1944. Phibun contrôle la culture et la littérature.


Il  faut connaître cette période de l’Histoire de la Thaïlande et le

rôle qu’a joué Phibun dès 1938 dans la mise en place énergique d’un ultra- nationalisme thaï, la thainess, qui s’est exercée dans tous les domaines (politique, économique et culturel) pour comprendre la place et les choix opérés par les écrivains.  (Cf. notre article sur le nationalisme ***). Pendant la guerre en 1942, il décrète les Ordonnances Ratthaniyom (Nationalites), une « révolution culturelle », une « occidentalisation » forcée qui impose de nouvelles normes aussi bien dans les façons de s’habiller, de se coiffer, de se saluer, que dans la morale, la langue, l’orthographe …

Phibun voulait imposer ses idées et tout contrôler. Il crée le 27 juin 1942, l’Association de la littérature de Thaïlande (Wanakhadi Samakhom Haeng Phratet Thai) et le 29 septembre le conseil National de la culture (Sapha Watthanatham Haeng Chat).


On retrouvera des écrivains pro-régime comme Seni Butsaoaket qui fera l’apologie de la xénophobie dans sa nouvelle Dokmai khlong chat (Fleur de la Nation), ou comme Sri Burapha qui se refusera à toute publication pendant cette période. D’autres s’auto-censureront avec des sujets sans danger. Peu, comme Bunyun Kolomlabut oseront défier les « Ordonnances », comme dans sa nouvelle de 1942,  Thoe hai pai nai (Toi, où as-tu disparu), « brocardant l’interdiction d’utiliser le pronom personnel thoe », ou comme  Malai Chuphinit (Riem Eng) en 1944 -alors que Phibun est contraint de quitter le pouvoir-  critiquer les choix du gouvernement, rappeler les devoirs du soldat, s’opposer à l’impérialisme japonais dans trois nouvelles, alors que la Thaïlande est encore l’alliée du Japon et de l’Allemagne nazie.


« La fin de la guerre provoque un renouveau littéraire. »


Mais si Mme Louise Pichard-Bertaux signale que les écrivains retrouvent leur liberté d’expression, elle ne cite pas d’œuvres, à l’exception de deux journaux, le Bow daeng (Ruban rouge) de San Thewarak, et le Sayam Samai qui encouragent à la création littéraire.


Après la mort du roi Ananda Mahidol le 8 juin 1946, trouvé mort une balle dans la tête. Son frère lui succède, mais il poursuit ses études en Suisse. (Il ne sera couronné qu’en 1950). Pridi est contraint à la démission et est remplacé par le maréchal Thamrong. Le 8 novembre 1947, un coup d’Etat le  renverse et en avril 1948, Phibun reprend le pouvoir avec l’appui du chef de la police, le général Phao et le chef de l’armée, le général Sarit.


Dans ce contexte, les écrivains estiment que la littérature a un rôle à jouer. Le 26 janvier 1950, les plus engagés créent le Chomrom nakpraphan (Club des Ecrivains).


Le Silapa  phuea prachachon ?  (L’Art pour le peuple).


Ce Club des Ecrivains va créer un mouvement de littérature engagée connu sous le nom de Silapa  phuea prachachon (L’Art pour le peuple), dont les chefs de file sont Sri Burapha, Seni Saowapong et Itsara Amantakun.  Ils « s’interrogent sur leurs choix politiques, leur engagement face aux disparités sociales et la position de l’art dans la société ». Mais là encore aucune référence littéraire n’est donnée. Mais cela n’empêchera pas le pouvoir d’emprisonner Sri Burapha de 1952 à 1957 pour ses tendances marxistes. On aurait aimé lire des prises de position. Surtout qu’il est précisé qu’ils retrouveront une audience auprès des écrivains  des années 1970 qui s’engageront dans le mouvement Wankham phuea (Littérature pour la vie).

Mme Louise Pichard-Bertaux s’appuyant sur Saithip Nukunkit (1994) note que la nouvelle devient le genre littéraire majeur et a évolué depuis 1932. Les auteurs ont une plus grande maîtrise de l’intrigue et du suspense. Si  entre 1932 et 1942, les écrivains sont plutôt sensibles au romantisme et à l’idéalisme, ils s’orientent après-guerre, sous l’influence occidentale, vers plus de symbolisme, de réalisme, et de  naturalisme. Une coupure s’est faite.

« Avant 1950, les thèmes sont surtout liés aux problèmes familiaux de personnages appartenant à la classe aisée ou moyenne : l’amour, la vengeance, les relations familiales forment très souvent le cœur du récit. Après cette date, la littérature engagée aborde les sujets de société, d’économie et de politique, puisant des modèles de personnages dans toutes les classes sociales, rêvant d’une société idéale ».


Mais si les écrivains se rencontrent, discutent, s’organisent, sont plus conscients des enjeux littéraires, leur audience est restreinte et le Pouvoir va redevenir dictatorial.


La vie politique thaïlandaise va connaître de nouveau un coup d’Etat le  16 septembre 1957 qui envoie Phibun et Phao en exil, et un autre le 20 octobre 1958 de Sarit Thanarat qui va abolir la constitution et installer un régime dictatorial  jusqu’à sa mort en 1963. Ce sera une période sombre pour les écrivains, enfin pour ceux qui ne partagent pas la vision idéologique américaine. Ce sera « la guerre froide », la période de confrontation idéologique et politique entre deux grands blocs, entre les Etats-Unis et l’URSS … la guerre de Corée (1950-1953), la guerre d’Indochine (1946-1954), la guerre du Viet Nam (1964-1975).


 Le Yuk muet, l’Age sombre, ou yuk thanin (Age sauvage) pour les écrivains progressistes, marqué par la censure et la répression.


La Thaïlande sera un allié des Américains qui lui donnera une aide militaire et économique. « Le gouvernement de Sarit lutte contre la propagation des idées considérées comme subversives, et notamment communistes, aidé par les services spéciaux américains et la CIA. » « Toutefois, avions-nous dit****,  Sarit utilisera l’aide américaine pour un grand programme d’infrastructures (routes, électricité, irrigation). Près de 3 milliards de dollars seront investis chaque année, pour atteindre jusqu’à 8 % du PNB au moment où plus de 40 000 soldats américains sont  sur le sol thaïlandais. »


La Thaïlande se transforme, les écrivains décrivent ses changements, et les nouvelles disparités, l’écart entre Bangkok et les zones rurales, enfin dans les limites définies par la censure. Mme Louise Pichard-Bertaux cite un long extrait de l’article 17 de la constitution provisoire de 1957 qui interdit en fait toute critique contre le roi et la famille royale, la politique étrangère du gouvernement, et tout autre institution gouvernementale, bien sûr interdit le communiste et toute « prophétie » susceptible de troubler l’ordre public …  La répression est active.


L’autodafé du 1er juillet 1959.


Le gouvernement Sarit va appliquer à la lettre l’article 17 en procédant sur la place de Sanam Luang à Bangkok, à un autodafé où seront brûlées «  toutes les oeuvres interdites et saisies. Plusieurs écrivains, dont Itsara Amantakun, sont emprisonnés, alors que d’autres choisissent l’exil (Sri Burapha en Chine, Khamsing en Isan) ». Khamsing (alias Lao Khambhom) avait publié un recueil de nouvelles intitulé Fa bo kan (Le ciel n’est pas une barrière), nous dit Mme Louise Pichard-Bertaux, où il dénonce les inégalités entre le milieu urbain et le milieu rural, l’attitude de l’Administration centrale face aux paysans.


Bref, les écrivains n’auront plus le choix qu’entre le silence, l’exil,  ou ce qui sera intitulée plus tard « la littérature de l’eau croupie » (wannakam nam nao) ; Une littérature uniquement divertissante, sans aucune critique ni référence à la société présente.


« La littérature de l’eau croupie » ?


« La littérature de l’eau croupie se divise en trois genres : les romans Kamlang Phai nai (Force intérieure), les romans Sayong Khwan (Terrifier le kwan), et les romans à l’eau de rose.


 (le khwan, est-il précisé en note, « âme, essence vitale, force » est un organe essentiel du corps humain, au même titre que le cœur et l’esprit).


Les romans Kamlang Phai nai (Force intérieure), sont des adaptations de romans chinois avec des héros aux pouvoirs surnaturels dans  un univers fantasmagorique. Les auteurs les plus connus sont W. Na Muanglung et N. Nopparat. Les romans Sayong Khwan (Terrifier le kwan), mettront en scène les phi, ces esprits malins aux pouvoirs maléfiques. Le maître du genre est Phanom Thien dont le roman le plus connu est Phet phra uma (Les diamants de Phra Uma). Enfin les romans dits à l’eau de rose que l’on connaît en France sous la collection Harlequin. Cette littérature sera très populaire, et sera reprise plus tard en BD, ou en feuilletons à la télévision et au cinéma.


Les groupes littéraires des années 1960.


Si les écrivains sont muselés, paradoxalement dit Mme Louise Pichard-Bertaux, à l’été 1959, l’Association Langue et livres de Thaïlande (Samakhom Phasa lae Nangsue haeng Prathet Thai) créée le 28 mai 1958, est reconnue par l’association internationale du PEN club. ***** Il est vrai que ses écrivains ne s’intéressent qu’aux œuvres classiques. D’autres vont suivre dans les années 1960, « tourné(s) vers l’esthétisme dans la littérature et dans l’art, et ne revendiquant aucun engagement politique. » Ainsi le Klum num nao sao suai (Groupe de beaux jeunes gens et jeunes filles), avec Suwanni Sukkonta, le club de poésie, le Chomrom Wanasin composé d’étudiants des universités de Chulalongkorn et de Thammasat.


Trois autres mouvements, plus engagés politiquement, seront la plupart du temps censurés. Ainsi, le Klum prachan siaw fondé par Suchat Sawatsi, suscite des débats qui ne sont pas appréciés par le Pouvoir. De même pour le « Chet sathaban (Sept institutions), qui rassemble des étudiants de sept universités, et le Klum sapha na dom (Groupe de l’Assemblée du dôme), fondé par des étudiants de Thammasat ». Les étudiants n’ont plus peur, se réunissent, s’organisent, comme par exemple le Centre national des étudiants de Thaïlande, créé en 1965. (qui manifestera en 1972 contre l’impérialisme économique du Japon).


Le gouvernement Thanom et Phrapas (1963-1973)****** ne peut juguler cette contestation ; et le premier ministre institue en 1971 la loi martiale. Mais des textes contestataires circulent comme le pamphlet d’étudiants de l’université de Thammasat intitulé « Phai khao (Le Péril blanc), qui met en cause de façon virulente la politique menée par les Etats-Unis en Thaïlande et en Asie du Sud-Est. Les étudiants radicaux se tournent vers le marxisme … ».


La « Littérature pour la vie »  et  la période historique de 1973-1976 (les « événements d’octobre 1973 », le massacre du 6 octobre 1976 et  le coup d’Etat).


La guerre froide, la présence américaine, la guerre du Viet Nam, la contestation étudiante, le régime corrompu de Thanom Phrapas, le désir de plus de liberté, de démocratie, d’une vie meilleure pour les laissés pour compte … la traduction des penseurs politiques, les idées marxistes, la lecture des auteurs thaïs radicaux de la première génération comme Sri Burapha, Seni Saowaphong, Issra Amanrakun et surtout l’ouvrage de Chit Phumisak, Silapa pheua chiwit silapa pheua prachachon (L’Art pour la vie, l’art pour le peuple)******* … vont encourager une nouvelle génération d’écrivains  à s’engager ou à être profondément influencé dans ce qu’on appellera « la littérature pour la vie », comme les auteurs Charles Korbjitti, Sila Khomchai, Wanish Jarungidanana, et Win Lyovarin.


Mme Louise Pichard-Bertaux souligne l’importance qu’ont pu jouer la vie, l’oeuvre et les idées de Chit Phumisak ; Elle rappelle quatre de ses principes qui formeront la base de « la littérature pour la vie », à savoir (citant Rungrat) :

  • Dénoncer la laideur de la vie (injustice, oppression …).
  • Dénoncer les causes et les conséquences de cette laideur.
  • Exposer les moyens  de supprimer cette laideur.
  • Exposer les possibilités d’une vie nouvelle, qui s’appuierait sur la beauté, la simplicité et la clarté.

 

Les nouvelles écrites entre 1973 et 1976 reprendront ces principes pour s’engager auprès des étudiants, des travailleurs, le combat des paysans, des opprimés. On est loin, dit-elle,  des palais, des aventures princières, des histoires d’amour et de fantômes.


Suchat Sawatsi, et sa femme Wanna Thappanon (Sidaoruang) sont les meilleurs représentants de cette époque, et Sila Khomchai ou d’autres qui commencent comme Khamphun Buntawi, Seksan Prasertkun, Khamman Khonkhai et Atsiri Thammachot  …


Mais ce mouvement qui avait pu se développer après la chute des deux dictateurs en octobre 1973  (Le 14 octobre, Thanom avaient donné l’ordre à l’armée de tirer dans la foule, tuant une centaine de manifestants. Le roi était intervenu, l’armé divisée n’avait pas soutenu les deux dictateurs, qui avaient dû s’exiler), pendant une période d’instabilité politique (six gouvernements avec 3 premiers ministres en 3 ans), va s’achever le 6 octobre 1976, par un massacre de la police qui tire sur les manifestants et tue plus de 400 personnes. Un coup d’Etat s’ensuivit, avec le pouvoir confié à un civil (Thanin), mais la même faction  militaire procéda à un autre coup d’Etat en 1977 avec le général Kriangsak.


La répression sera sévère. Beaucoup seront arrêtés, d’autres se cacheront (comme Sucaht Sawatsi et Sisaoruang) ou prendront le maquis (comme Sila Khomchai). La plupart des écrits de 1973-1976 seront interdits à la publication et à la vente ; « La littérature pour la vie » ne peut plus désormais s’exprimer. Une note de bas de page est très explicite. « De nombreux intellectuels qui possèdent des livres interdits les enterrent dans leur jardin et ne les ressortiront de leur cachette qu’au début des années 1980 ».


Mais pour comprendre cette répression et le traumatisme qui a suivi, il est nécessaire de lire d’autres études pour comprendre ce que peut représenter le pouvoir militaire en Thaïlande.*******(Cf. nos articles A 50, 82, 83)

Par exemple Jean Baffie,  « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale » :


« Pour faire court. L’armée a été l’élément moteur de la « révolution de 1932 » et s’est considérée dès lors « comme la gardienne d’une identité proprement thaïe » et après le coup d’état du maréchal Sarit en 1959, gardienne de la royauté et du respect dû au roi. Une idéologie efficace à laquelle s’est rajoutée une culture du coup d’état permettant d’assurer en fait des intérêts économiques puissants ».


Ou le livre d’Arnaud Dubus et de Nicolas Revise, « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande » :


« Mais l’armée pouvait à juste titre justifier cette guerre, surtout en 1975, où le Laos et le Vietnam tombaient sous le régime communiste et que la  guérilla communiste menait « sa guerre » au cœur même de la Thaïlande. (en 1979, la guérilla communiste a pu compter jusqu’à 14 000 hommes en armes, disent nos auteurs).  L’armée « royaliste » était là dans son rôle.

Mais, au nom de la lutte contre le communisme, « l’armée devient un instrument de répression politique utilisé contre les syndicats, les intellectuels et les étudiants. » Une page noire de l’histoire de ce pays. »

Cette répression sera si efficace, si traumatisante, que les écrivains qui pouvaient se reconnaître dans la « Littérature pour la vie » renonceront aux thèmes les plus politiques.


Même Suchat Sawatsi s’en étonnera. Passe encore, dit-il, pour la lutte armée pour le pouvoir, la situation politique ayant changée, mais comment comprendre l’abandon du thème de la vie des ouvriers dans les usines. « S’il est en effet indéniable que la montée de la classe moyenne constitue un des phénomènes fondamentaux de ces dernières années, cette classe moyenne, que je sache, n’en a pas pour autant éliminé la classe ouvrière. Cette dernière s’est au contraire développée de façon non négligeable, et des problèmes graves comme celui du travail des enfants ont pris l’importance que l’on sait. Alors pourquoi la condition des ouvriers d’usine est-elle pratiquement ignorée par la nouvelle contemporaine ? »


Il continue, non sans humour, « Serait-ce à dire que l’effacement de la dictature du prolétariat du discours politique a eu pour corollaire l’avènement de la dictature des classes moyennes dans la littérature ? ». (Cité par Mme Louise Pichard-Bertaux, Panorama de la nouvelle thaïe, Bangkok, Naga Press, 1994).


« A la fin des années 1970, la plupart des intellectuels qui avaient pris le maquis en octobre 1976 reviennent à Bangkok » […] « Face à un remise en question rendue nécessaire par les changements de société, assure Mme Louise Pichard-Bertaux, les auteurs issus des années 1973-76 réagissent différemment », entre la recherche de nouvelles voies d’écriture jusqu’à l’abandon de la littérature.

 

La société a changé !  Les anciens ont renoncé à leurs idéaux, une nouvelle génération d’écrivains arrive.



                                                           __________________

 

(Cf. notre article 52 http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-52-saneh-sangsuk-un-grand-ecrivain-thailandais-96922945.html 

« L’ombre blanche, Portrait de l'artiste en jeune vaurien » de Saneh Sangsuk : (…) Si j’avais un minimum de conscience politique, c’était bien plutôt parce que j’avais lu des ouvrages illustrés de photos sur les événements du 14 octobre [1973] et du 6 octobre [1976] imprimés et vendus sous le manteau. Ils m’avaient fait sentir l’inconvenance, l’injustice, voire la terrible cruauté de ce que l’Etat avait fait à ceux dont les opinions divergeaient de façon objective ».

Il nous explique qu’il était trop jeune. Pour les événements du 14 octobre, il était, au début du secondaire un « garnement » avec ses copains « à planer dans la fumée du haschich », et 3 ans plus tard, pour les événements du 6 octobre, il était «  en fin de secondaire dans le Sud et trop stupide pour comprendre le sens véritable de la liberté et de la démocratie »  (p. 311).

 

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http://www.alainbernardenthailande.com/article-29-les-relations-franco-thaies-l-entre-deux-guerres-67544057.html


** Sous-titre de Mme Louise Pichard-Bertaux.


***Article 9 : Vous avez dit «  nationalisme thaï » ? http://www.alainbernardenthailande.com/article-article-9-vous-avez-dit-nationalisme-thai-66849137.html


****Cf. Nos articles. 15. Notre Isan : les bases US en Isan, les Américains en Isan ! A.46. « L’agent orange » en Isan ? Les autres « retombées » américaines en Thaïlande et en Isan.


***** Le PEN club international est une association d'écrivains internationale, apolitique et non gouvernementale, fondée en 1921 par Catherine Amy Dawson Scott avec l’appui de John Galsworthy. Elle a pour but de « rassembler des écrivains de tous pays attachés aux valeurs de paix, de tolérance et de liberté sans lesquelles la création devient impossible ».

La section française du PEN Club est fondée en 1921. (wikipédia).


*****Thanom Kittikachorn, né le 11 août 1911 à Tak en Thaïlandeet mort le 16 juin 2004 à Bangkok) a été le 13e premier ministre de Thaïlandeen 1958. Il a été réélu en 1963 et est resté à la tête du pays pendant dix ans, jusqu'en 1973. Il est le premier ministre thaïlandais à avoir gouverné pendant le plus longtemps.  

Praphas Charusathien,général de l' armée royale thaïlandaiseet ministre de l'Intérieur dans les gouvernements de dirigeants militaires Sarit Thanarat et Thanom Kittikachorn .  En 1957, Sarit l'a nommé ministre de l'Intérieur, une position dans laquelle il a continué à servir après la mort de Sarit en 1963. Le nouveau Premier ministre a été Thanom Kittikachorn, dont le fils a épousé la fille de Praphas. De 1963 à 1973, il était en outre vice-premier ministre et commandant en chef de l'armée royale thaïlandaise . Pendant ce temps, Praphas était l'homme fort en arrière-plan qui tirait les ficelles dans le gouvernement Thanom. Il était connu pour les transactions financières obscures et des intrigues politiques.


******Chit Phumisak (thaï: จิตร ภูมิศักด, 25 septembre 19305 mai 1966) est un historien et poète thaïlandais.

Né dans une famille pauvre, dans la province de Prachinburi, dans l'est de la Thaïlande, il étudia la philologie à l'Université Chulalongkorn à Bangkok. Ses écrits, anti-nationalistes, ont été considérés comme dangereux pour l'État par le gouvernement anti-communiste de Sarit Dhanarajata. Il est arrêté en 1957, accusé d'être communiste, et après six ans de prison il est déclaré innocent par une cour et remis en liberté. En 1965, il rejoint le Parti communiste thaïlandais dans la jungle des montagnes Phu Phan dans la province de Sakhon Nakhon. Le 5 mai 1966, il est abattu par des villageois, près du village de Nong Kung dans le district de Waritchaphum. Son corps fut brûlé et aucune cérémonie n'a été célébrée pour sa mort avant 1989, quand ses cendres ont été installées dans un stûpa.

Son livre le plus important est Le Visage du féodalisme thaï (โฉมหน้าศักดินาไทย, Chomna Sakdina Thai) écrit en 1957 sous le pseudonyme de Somsamai Srisootarapan. Kawi Kanmuang et Kawi Srisayam sont d'autres noms de plume de Chit Phumisak. (wikipédia)


*******

La fin de la dictature Thanom Phrapas de 1973.  « Pour la première fois, la bourgeoisie urbaine, menée par les étudiants, avait défait les forces combinées de la vieille classe régnante et de l'armée et gagné la bénédiction apparente du Roi pour une transition vers la pleine démocratie, symbolisée par une nouvelle constitution qui prévoit une législature entièrement élue. » (wikipédia)


Le coup d’Etat de 1976.


Selon wikipédia ; mais la présentation de ces événements sera différent selon l’idéologie défendue.

. À la fin de 1976, la bourgeoisie modérée a tourné le dos au radicalisme de plus en plus militant des étudiants basé à l'université Thammasat. L'armée et les parties de droite ont lutté contre les radicaux de gauche avec des groupes paramilitaires tels que les « Village Scouts » et le « Red Gaurs ». L'exemple s’est présenté en octobre quand Thanom est revenu en Thaïlande pour entrer au monastère. Des manifestations violentes d'étudiants se sont heurtées à des contre-manifestants. Le 6 octobre 1976, l'armée a lâché les paramilitaires sur les manifestants, et a utilisé cette orgie de violence, dans laquelle des centaines d'étudiants ont été torturés et tués, pour suspendre la constitution et reprendre le pouvoir. À partir de cette date, de nombreux gauchistes prennent le maquis pour rejoindre le parti communiste thaïlandais (PCT) d'obédience maoïste.


Mieux :Jean Baffie :


« Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale », in Thaïlande contemporaine, Sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a-50-cles-pour-comprendre-la-politique-en-thailande-90647687.html


Ou Cf. Notre lecture de Arnaud Dubus et Nicolas Revise, « Armée du Peuple, Armée du roi », « les militaires face à la société en Indonésie et en Thaïlande », l’Harmattan, IRASEC, 2002.

In

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a83-les-militaires-thailandais-maitres-du-jeu-politique-112148298.html

http://www.alainbernardenthailande.com/article-a82-les-militaires-thailandais-face-a-ou-contre-la-societe-112050105.html

 

 

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