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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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1 juin 2013 6 01 /06 /juin /2013 23:02

TITRE 0 3. Les années 1980-2000.*


Rappel. Nous avions précédemment évoqué la période de 1932 jusqu’ à la fin des années 70, pour repérer surtout comment la littérature ou plutôt les écrivains avaient « répondu » aux événements historiques vécus par les Thaïlandais. Nous avions appris que le renversement de la monarchie absolue en 1932 n’avait pas « inspiré » les écrivains, mais avait ouvert le pays aux étudiants avec par exemple  la création de l’Université de Thammasat en 1937


thammasat 2

 

qui jouera un rôle important dans leur prise de conscience d’une action à mener pour changer la société.  Ensuite, malgré la censure et le contrôle de la culture par Phibun de 1938 à 1944, de nombreux écrivains affirmaient leur volonté d’agir, et se reconnaissaient dans un mouvement, « L’Art pour le peuple », dont les chefs de file étaient Sri Burapha,


sriburapa2

 

Seni Saowapong et Itsara Amantakun.


Mais la dictature de Sarit de 1957 à 1963,

 

Field Marshal Sarit Sarit Dhanarajata 3

 

le contexte de la guerre froide, l’alliance avec les Américains et la lutte « contre la propagation des idées considérées comme subversives, et notamment communistes » allaient entraîner ce qu’on appellera le Yuk muet, l’Age sombre, ou yuk thanin (Age sauvage) avec la répression sévère contre les écrivains progressistes.

D’autres choisiront une littérature a-politique avec les romans Kamlang Phai nai (Force intérieure), les romans Sayong Khwan (Terrifier le kwan),


Sayong KWAN

 

et les romans à l’eau de rose.


Les années 60 verront surgir de nombreux groupes littéraires et mouvements étudiants, aux orientations esthétiques et idéologiques très diverses, qui iront du  classique, à l’art pour l’art, à la contestation du pouvoir en place. (Cf. notre article 108). Même durant la dictature du gouvernement Thanom et Phrapas (1963-1973) avec la loi martiale en 1971, des textes contestataires mettront en cause de façon virulente la politique menée par les Etats-Unis en Thaïlande et en Asie du Sud-Est. Des étudiants radicaux se tourneront vers le marxisme. Les « événements d’octobre 1973 », le massacre du 6 octobre 1976 et  le coup d’Etat marqueront cette période.


« La traduction des penseurs politiques, les idées marxistes, la lecture des auteurs thaïs radicaux de la première génération comme Sri Burapha, Seni Saowaphong, Issra Amanrakun et surtout l’ouvrage de Chit Phumisak,


Phumisak

 

(L’Art pour la vie, l’art pour le peuple) … vont encourager une nouvelle génération d’écrivains à s’engager ou à être profondément influencé dans ce qu’on appellera « la littérature pour la vie », comme les auteurs Charles Korbjitti, Sila Khomchai, Wanish Jarungidanana, et Win Lyovarin …


Win lowarin


Les nouvelles écrites entre 1973 et 1976 reprendront ces principes pour s’engager auprès des étudiants, des travailleurs, le combat des paysans, des opprimés. On est loin, dit Mme Louise Pichard-Bertaux des palais, des aventures princières, des histoires d’amour et de fantômes.


Suchat Sawatsi, et sa femme Wanna Thappanon (Sidaoruang) sont les meilleurs représentants de cette époque, et Sila Khomchai ou d’autres qui commencent à écrire comme Khamphun Buntawi, Seksan Prasertkun, Khamman Khonkhai et Atsiri Thammachot  …


Mais, « A la fin des années 1970, la plupart des intellectuels qui avaient pris le maquis en octobre 1976 reviennent à Bangkok » […] « Face à un remise en question rendue nécessaire par les changements de société, assure Mme Louise Pichard-Bertaux, les auteurs issus des années 1973-76 réagissent différemment », entre la recherche de nouvelles voies d’écriture jusqu’à l’abandon de la littérature.


Cette répression sera si efficace, si traumatisante, que les écrivains qui pouvaient se reconnaître dans la « Littérature pour la vie » renonceront aux thèmes les plus politiques.


Même Suchat Sawatsi s’en étonnera. Passe encore, dit-il, pour la lutte armée pour le pouvoir, la situation politique ayant changée, mais comment comprendre l’abandon du thème de la vie des ouvriers dans les usines. « S’il est en effet indéniable que la montée de la classe moyenne constitue un des phénomènes fondamentaux de ces dernières années, cette classe moyenne, que je sache, n’en a pas pour autant éliminé la classe ouvrière. Cette dernière s’est au contraire développée de façon non négligeable, et des problèmes graves comme celui du travail des enfants ont pris l’importance que l’on sait. Alors pourquoi la condition des ouvriers d’usine est-elle pratiquement ignorée par la nouvelle contemporaine ? »


ouvriers d'usine


Il continue, non sans humour, « Serait-ce à dire que l’effacement de la dictature du prolétariat du discours politique a eu pour corollaire l’avènement de la dictature des classes moyennes dans la littérature ? ». (Cité par Mme Louise Pichard-Bertaux, Panorama de la nouvelle thaïe, Bangkok, Naga Press, 1994).


La société a changé, avions-nous dit, beaucoup d’anciens ont renoncé à leurs idéaux, une nouvelle génération d’écrivains arrive.


Si on voulait poursuivre dans la veine de Suchat Sawatsi, nous pourrions dire que si la « Littérature pour la vie » voulait dénoncer les méfaits et changer la société de leur temps, les écrivains des années 1980 seront changés par la nouvelle société thaïe en mutation.


Mme Louise Pichard-Bertaux nous donne les principaux traits de cette société marquée par une expansion économique, avec le développement de l’industrialisation, l’exode vers les villes, une urbanisation accélérée, l’ouverture au tourisme de masse … et surtout la croissance spectaculaire de la classe moyenne qui va imposer son modèle de vie et ses valeurs (la famille réduite, la maison, la voiture, la consommation …). Cette industrialisation (et cette nouvelle société de services pourrait-on rajouter) va donc aussi  accélérer l’exode rural ( La Thaïlande était largement rurale dans les années 1980. L’agriculture employait encore 59 % de la population active, en 2008) et par là même désorganiser les familles et les valeurs traditionnelles, provoquer une perte d’identité.


La crise économique de 1997 va provoquer, nous dit Mme Louise Pichard-Bertaux, « chez les intellectuels une remise en question de la société de consommation capitaliste. Plusieurs mouvements de retour aux valeurs traditionnelles – et parfois ultra-nationalistes, voire xénophobes (contre les Occidentaux) (…) se mettent en place pour contrer ce que certains appellent la déliquescence de la société thaïe : corruption, débauche, destruction de l’environnement, perte des valeurs bouddhistes, drogue, prostitution, sida … » 

 « En renonçant à notre propre échelle des valeurs en haut de laquelle figure le bouddhisme, dit  Ekavida Na Thalang, nous avons déclenché une réaction en chaîne que nous ne maîtrisons plus (…) Nous avons engagé notre société dans une voie sans issue en reniant notre patrimoine culturel. » (Thalang 2001, Ekavida Na Thalang, secrétaire général de la Commission de la Culture de 1988 à 1991)


D’autres, sans être aussi conservateurs et traditionnalistes,  déplorent cette évolution et « leurs écrits sont souvent emprunts d’une certaine nostalgie, pour une vie plus simple, moins matérialiste », mais, nous dit Mme Louise Pichard-Bertaux, ils appartiennent à la  classe moyenne, « participent eux-mêmes à cette société de consommation ». Peu vivent de leur plume, précise-t-elle, et travaillent souvent dans la publicité, les médias ou l’édition commerciale.


Mme Louise Pichard-Bertaux montre ensuite l’importance « En 1981, (de) la parution de Khamphiphaksa (Le Jugement)


 

KAMPHIPAKSA

 

de Chart Korbjitti (qui) annonce un nouveau tournant dans la littérature thaïe ». Elle en donne quelques caractéristiques : le roman se situe dans un milieu rural. Il n’oppose plus comme pour la « Littérature pour la vie », oppresseur et opprimés, mais l’individu face à la  société des « honnêtes gens », un « héros » « sans le sou et alcoolique », « face à la population d’un village en proie au mirage de la modernisation ». Ce premier roman aura un grand succès public et sera récompensé en 1982 par le Southeast Asian Writers Award.


Mme Louise Pichard-Bertaux va ensuite signaler une série d’auteurs et œuvres qui ont compté dans les années 80.

  • 1983, Nikhom Rayawa, « Iguane et branche pourrie » (Takuat kap kop phu). 1984, « Hautes berges, lourdes grumes » ( Taling sung sung nak), (prix SAW de 1988)
  • 1984, Phraphatson Sewikun, « Le Temps mis en bouteille » (Wela nai khuat kaew)
  • 1984, Wimon Sainimnuan, « Serpents » (Ngu). Dénonce les injustices sociales. Aura en 2000 le SEA Write avec son roman Amata.
  • 1985, Atsiri Thammachot, « La Mer et le temps » (Thalae lae kanwela)
  • 1987, Wanich Jarungidanan, “Cobra” (Mae bia). Le conflit entre tradition et modernité.
  • 1988, Chart Korbjitti, « Les Chiens enragés » (Phan ma ba). L’individu et sa place dans la société et le thème de la marginalité (alcool, drogues, amitié et dérive).
  • 1989, Sila Khomchai, « La Place du tigre » (Thang seua)

 

Et au milieu des années 90, deux romans forts :

 

Les auteurs de nouvelles.


Mme Louise Pichard-Bertaux évoque de nouveau les auteurs choisis pour son étude :

  • Atsiri Thammachot, Chart Korbjitti, Sila Khomchai, Wanich Jarungidanan, et Win Lyovarin, lauréats du SEA Write. (Cf. nos articles 104 et 105) 
  • Et Wat Wanlayangkun, Chamlong Fangchalachit, et trois nouvellistes appréciés des lecteurs et critiques : Phaithun Thanya (SEA Write 1987 pour son recueil « Construire en sable » (Ko kong) ), Anchhan (SEA Write 1990 pour son recueil « Choses précieuses de la vie » ( Anani heng chiwit) ), Kanokpong Songsomphan (SEA Write 1996 pour son recueil « Un autre royaume » (Phen din uen) )

 

On ne peut ici reprendre tous ses romans et nouvelles, tant leur diversité de style et d’intrigues sont nombreuses, mais avec Mme Louise Pichard-Bertaux on peut signaler les trois principaux thèmes qui concernent les changements de la société thaïlandaise en milieu urbain et rural, avec ses travers.


 Ainsi, les écrivains thaïlandais critiquent la société de consommation, son individualisme et la montée de la classe moyenne. Beaucoup regrettent les valeurs traditionnelles et fustigent les nouvelles marginalités et la pollution.


La société rurale est traitée avec sa modernisation, la migration vers les villes, la difficulté du retour au village, les valeurs religieuses et croyances ébranlées …


En fait, c’est l’ensemble de la nouvelle société qui est racontée dans ses excès et ses aspirations, comme une meilleure reconnaissance du rôle de la femme. Les écrivains osent désormais aborder « la corruption qui gangrène la politique et le clergé », la prostitution, le sida et la drogue.


Mais Mme Louise Pichard-Bertaux se contente le plus souvent d’énumérer, et continue avec les nouvelles d’inspiration philosophique, la science-fiction, les récits de fantômes, d’épouvante, d’horreur, humoristiques, et autres histoires d’amour à l’eau de rose ou de familles déchirées par les jalousies … sans signaler l’importance, le rôle joué par ses différents genres dans les changements sociétales.


Pire, elle ne donne aucune information quantitative sur  ces publications, On ne peut pas ainsi mesurer la place et l’importance qu’occupe la littérature au sein de la société thaïlandaise.


Or, dans un autre article, nous rapportions les propos de Marcel Barang, l’un des meilleurs connaisseurs et traducteur de la littérature thaïe, qui indiquait que l’activité littéraire thaïlandaise était faible et que la population s’en désintéressait.

(Cf. notre article : http://www.alainbernardenthailande.com/article-23-notre-isan-la-litterature-thailandaise-1-79537350.html)


On peut ajouter qu’il en est de même pour les études en français sur la littérature thaïlandaise.


Jean Baffie, dans la préface du livre de Mme Louise Pichard-Bertaux, ne citait que Paul Schweisguth,

 

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qui avait publié une étude sur la littérature thaïe en 1951 ( !), les travaux de Mme Jacqueline de Fels pour les décennies 1970 et 1980 et Gilles Delouche pour la littérature classique. Cela faisait peu. Même si nous  avions lu avec intérêt l’étude de Jean Marcel, écrite en 2006 : « L’œuvre de décentrement : le cas de la littérature siamoise » (Cf. A23), nous n’étions pas en mesure de préciser le rôle qu’a pu jouer la littérature thaïlandaise dans l’évolution de son Histoire.

 

JEAN MARCEL


Alors comment pouvions-nous conclure à propos des rapports de la Littérature thaïlandaise avec son Histoire ?


Nous savons que la relation entre la littérature et l’histoire a suscité et suscite encore de multiples débats, même si pour le moins l’historien considère la littérature comme une source, et que les études littéraires s’efforcent de situer les œuvres littéraires dans leur contexte historique. Il en est ainsi car la littérature a de nombreuses définitions, et que l’histoire a de nombreuses écoles et des fonctions diverses.


On peut dire par exemple avec Simone de Beauvoir


 

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que : « la littérature est une activité exercée par les hommes pour les hommes afin de dévoiler le monde où nous vivons», ou avec Georges Mounin


MOUNIN

 

que «la littérature reste considérée souvent comme la seule, et toujours la meilleure ethnographie de la culture d’un pays donné...» ;

 

mais nous préférons l’historien Paul Veyne : « L’histoire est récit d’événements : tout le reste en découle. Puisqu’elle est d’emblée un récit, elle ne le fait pas revivre, non plus que le roman (…) Comme un roman, l’histoire trie, simplifie, organise » (« Comment on écrit l’histoire »).

 

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 Les historiens racontent donc des intrigues comme les romanciers avec leurs choix (personnages, événements, espaces et temporalité …), leur style. Nul historien, nul écrivain ne dit la Vérité, mais nul ne doute que les événements choisis par Mme Louise Pichard-Bertaux sont les événements majeurs de l’histoire du Siam et de la Thaïlande et que les mouvements littéraires et les écrivains qu’elle nous a présentés ont joué un rôle dans cette histoire.


Son livre, « ECRIRE BANGKOK, La ville dans la nouvelle contemporaine en Thaïlande» nous donne quelques clés, des références essentielles pour poursuivre notre « compréhension » de la société thaïlandaise.



___________________________________________________________________________

 

 

*selon le livre de Mme Louise Pichard-Bertaux, « ECRIRE BANGKOK, La ville dans la nouvelle contemporaine en Thaïlande »

 

 

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