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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 23:02

002Nirat Phukhao Thong (« Le Nirat de la Montagne Dorée »)

Il nous a semblé intéressant de vous proposer la lecture du Nirat Phukao Thong qui est considéré « par bon nombre de spécialistes de la littérature thaïe comme le plus beau nirat de Sunthorn Phu ». Il est traduit par Frédéric Maurel dans son livre « Clefs pour Sunthorn Phu ». (Cf. article précédent). Il le présente comme un « poème de 176 vers écrit en klon paet (vers en principe octosyllabique) (…) Phu le composa vraisemblablement vers 1828, au début de sa « traversée du désert » (1824-1851), alors qu’il effectuait un pèlerinage au Stûpa Phukhao Thong à Ayuthaya. […] Pour la première fois dans l’histoire du nirat, le personnage de l’être aimé n’est pas une femme, mais un homme, qui plus est, le monarque défunt, Rama II (1809-1824). »

 

RAMA II


Nous vous le donnons tel quel, sans explications, pour que vous puissiez « l’apprécier » par vous-même. Notre prochain article vous proposera une lecture possible.

 

                                               _______________________

 

1                   Au onzième mois, ma retraite terminée,

2                   Je reçois mes étoffes avec une grande joie.

3                   Je salue le monastère et monte dans le bateau avec beaucoup de regrets.

4                   Je sors du temple et regarde ce lieu

5                   Où je suis demeuré durant le trut, le sat et le vassa,

6                   Trois saisons sans danger durant lesquelles je me sentais bien,

7                   Je suis obligé de quitter ce temple dans la soirée.

8                   Oh ! Temple Rajaburana, grand monastère,

9                   Dorénavant, et pendant longtemps, je compterai les jours avant de te revoir.

10              J’y songe profondément et mes larmes sont prêtres à couler.

11              C’est parce que je suis tourmenté par des hommes mauvais que je pars.


014

12              Avoir recours au Supérieur du Monastère,

13              C’est impossible, c’est comme si j’utilisais un bol à  la place d’un saladier, je ne suis pas satisfait.

14              Il est donc nécessaire que je quitte ce monastère.

15              Je pars, l’âme solitaire, sur le fleuve.

 

007


16              Arrivé devant le Palais Royal, c’est comme si mon cœur se brise,

17              Je pense à Votre Majesté.

18              Ô mon excellent roi !

19              Autrefois, j’étais à votre service matins et soirs.

 

010


20              Depuis que vous êtes parvenu au Nirvana, c’est comme si ma tête s’était cassée,

21              Car je suis sans parents et pauvre ; j’en suis fort malheureux.

22              De plus, je tombai malade et fus voué à toutes les calamités.

23              Je ne voyais aucun endroit où me réfugier.

24              Dorénavant, j’appliquerai la Loi avec persévérance et vous offrirai une part de mes mérites.

25              Je me comporterai sereinement pendant toute ma retraite.

26              Ces actes constitueront l’hommage de votre serviteur à votre vertu.

27              Je demande à être l’esclave de Votre Majesté, d’être près d’elle pour toutes les vies à venir.

 

011

28              Arrivé devant les maisons flottantes, j’aperçois les Barques royales.

29              En pensant au temps jadis, mes larmes coulent ;

30              Le Phra Chamoen Wai et moi avions l’habitude de nous prosterner pour vous accueillir.

31              Puis, nous montions dans la Barque Royale au Trône Doré.

001


32              Vous composiez des vers, puis vous les modifier ;

33              Je recevais l’ordre de les lire.

 

012


34              Jusqu’aux cérémonies du Kathin, sur les rivières et les canaux,

35              Je n’ai jamais été contrarié.

36              Je me prosternais près de vous et sentais votre odeur

37              Dont les effluves parfumés flattaient mon odorat.

 

013


38              Votre règne fini, le parfum s’en est allé.

39              Ma bonne fortune s’est évaporée comme lui.

40              En regardant dans le Palais, je vois encore la tour où sont conservées vos cendres.

41              J’acquerrai des mérites pour votre Majesté

42              Et pour le roi actuel,

43              Pour qu’il soit pur, qu’il échappe aux dangers et qu’il gouverne la Cité avec bonheur.

44              Arrivé au monastère du Temple du Pilier,

45              Je ne vois pas la borne ; on dit qu’il s’agit d’un pilier en pierre.

46              Il marque la limite de notre cité.

47              Eternel est son nom illustre.

48              Puisse la grâce du Bouddha m’aider :

49              Même si je meurs, je souhaiterais renaître

50              Et vivre longtemps pendant dix mille ans, autant que cette borne en pierre,

51              Et que le Ciel et la Terre, comme il me plaira.

52              Au-delà du Monastère, je contemple les quais au bord de l’eau.

 

004


53              Des rangées de maisons flottantes sont amarrées là en permanence, on y vend des marchandises :

54              Des soieries, des étoffes en tous genres de couleur pourpre ou verte,

55              Ainsi que des objets blancs et jaunes, et des marchandises pour les sampans.

56              Je parviens à une distillerie dont les alambics rejettent une épaisse fumée.

57              Une calebasse est attachée à l’extrémité d’un poteau.

58              Ô péché, ô breuvage infernal qui me brûle la poitrine !

59              Tu me rends ivre et comme fou ! Quelle honte !

60              J’ai acquis des mérites, pris le froc, pratiqué le rite de la libation et ai demandé

61              Au Bouddha-l’Omniscient de parvenir à l’état d’Illumination

62              Suprême auquel j’aspire.

63              Bien que l’alcool ne m’ait jamais détruit,

64              Je ne m’en approcherai plus, je détournerai mon regard et l’ignorerai.

65              Cependant, même si je ne suis plus ivre d’alcool, je suis encore ivre d’amour.

66              Comment cesser d’y penser,

67              Bien que mon ivresse causée par l’alcool se dissipe en fin de matinée,

68              Mon ivresse sentimentale, en revanche, s’empare régulièrement de moi toutes les nuits.

 

006

69              Arrivé au Village de la Séparation, je réalise que j’ai quitté le temple et que je suis séparé des miens.

70              Je me sens souillé, honteux et découragé.

71              Parce que l’amour est insipide et éphémère,

 

03

72              J’ai dû me forcer à quitter Bangkok.

73              Parvenu au Village du Bétel, je pense à ma compagne qui

74              Avait l’habitude de me donner des chiques de bétel jaune.

75              J’arrive au Village de la Séparation ; comme ce village, j’ai été séparé et j’en ai été tourmenté :

76              J’ai été privé de ma Ville et de ma bien-aimée, je deviens anxieux.

77              J’arrive au Village du Pippal. Ô Saint, Splendide, Grand Figuier Sacré !

78              Ton ombre, propice à la Cessation, et ton tronc produisent tous leurs phala.

79              J’invoque la puissance du Bouddha

80              Afin d’être serein, d’échapper aux dangers du mal, et de garder un corps sain.

81              Parvenu au Village des Viêtnamiens, je vois de nombreuses échoppes

82              Où l’on vend des crevettes et des poissons entreposés dans des nasses.

83              Devant les boutiques, on a aligné des filets sur des piquets.

84              Des femmes et des hommes viennent ensemble regarder.

85              Je me retourne : je ne vois plus les endroits que j’ai traversés.

86              Je souffre, me sens triste, mon cœur se consume.

87              J’arrive alors au Temple de l’Aiguille qui brille de tout or.

88              On vient juste d’y célébrer une fête avant-hier.

89              Oh ! jadis, lorsque Votre Majesté

90              Etait venue lier les bornes de ce sanctuaire, j’avais fait des offrandes avec contentement.

91              J’avais admiré les tablettes votives fixées au mur.

92              Il y en avait quatre-vingt-quatre mille, et je leur avais rendu hommage.

93              Oh ! Aujourd’hui, je ne puis assister à la célébration de cette fête,

94              Parce je suis tombé en disgrâce.

95              J’ai acquis peu de mérites, et je dois accepter mon sort.

96              Dès que notre bateau atteint le fleuve, il est pris dans les remous.

97              On voit l’eau qui, en tournant rapidement, forme des tourbillons.

98              L’eau revient sur elle-même, nous éclabousse et s’abat en claquant sur l’embarcation.

99              Certains tourbillons, énormes et circulaires, pareils à des roues de charrettes, rejaillissent.

100         Il semble qu’ils changent de forme et qu’ils dérivent en tournoyant.

101         A la proue et à la poupe, nous tirons avec force sur les rames.

102         Puis, nous continuons notre route au milieu du chenal.

103         Oh ! Notre bateau a échappé aux tourbillons du fleuve,

104         Mon coeur, lui, est toujours pris dans les turpitudes de l’amour, et ne peut s’en dégager.

105         Parvenu au Marché Cristallin, je ne vois pas de marché.

106         Sur les deux berges, il n’y a que des vergers.

107         Oh ! La bonne odeur de fleurs qui flotte près de la rivière,


012


108         Pareille au parfum de la soie teinte en noir ébène.

109         Je vois un grand saraque à proximité de la rivière, dissimulé par des zalaques.

110         Le tout est entremêlé à des anacardiacées et à des lianes ; c’est très étrange,

111         Il en est de même de ma tristesse et de mon chagrin qui s’entremêlent,

112         Des sentiments motivés par une absence d’amour et de passion.

113         Nous arrivons dans la région de Nontaburi; sur le fleuve, se tient le Marché de l’Esprit Vital.

114         Des maisons flottantes sont amarrées les unes aux autres, et l’on y vend des oies de toutes sortes

115         Ainsi que des produits du jardin, dans des bateaux tous alignés.

116         Femmes et hommes se réunissent là, jour et nuit.

 

008


117         Arrivé au Village de la Terre, ma tristesse s’accroît.

118         Cette séparation, ajoutée à mon malheur, me fait sangloter.

119         Ô terre massive, tu t’étends à perte de vue,

120         Jusqu’à atteindre deux cent quarante mille yojana dans la totalité des Trois Mondes.

121         En cette période de malheur, même mon petit corps

122         N’a pas trouvé un seul endroit sur cette terre où se réfugier.

123         Des épines s’enfoncent partout en moi, je souffre,

124         Comme un oiseau sans nid  qui erre tout seul.

125         Nous arrivons dans la région du Village des Môns en empruntant un chenal. Autrefois,

126         Les filles nouaient leurs cheveux en un beau chignon, conformément à la tradition.

127         A présent, les femmes mônes s’épilent autour de leurs toupets à la manière des poupées;

128         Elles poudrent leurs visages et enduisent leurs cheveux de suie, comme le font les femmes thaïes.

129         Oh ! Ce changement est d’un commun ; quelle inconstance !

 

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130         Il en est de même des hommes et des femmes qui rejettent leur nature.

131         Je réfléchis : les hommes et les femmes n’ont-ils pas plusieurs cœurs ?

132         Que le cœur de quelqu’un soit unique, il ne faut pas y compter.

133         Nous arrivons au Village de la Parole : parler correctement y est bien vu.

134         Certaines gens, ici, se délectent des belles paroles.

135         Si on s’exprime de manière incorrecte, c’est la mort, la destruction de l’amitié.

136         On apprécie ou rejette un homme selon ce qu’il dit.

137         J’arrive au Nouveau Village ; il est dans mon intention de

138         Chercher un nouveau logis, conformément à mon désir.

139         Je demande aux divinités de l’exaucer,

140         Et d’avoir une vie heureuse et sans danger.

141         J’atteins le Village des Figuiers. Oh ! Ces figues sont fort étranges.

 

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142         Des moucherons surgissent de l’intérieur.

143         Il en est de même des personnes viles : elles ont une bonne apparence, mais elles sont mauvaises intérieurement.

144         Elles sont comme ces figues ; c’est vraiment détestable.

145         En parvenant au Village du renoncement à la Luxure, c’est comme si je renonçais à l’amour.

146         J’ai lutté pour me détacher des honneurs et de la vie conjugale, afin d’entrer en religion.

147         J’ai dépassé toutes formes de luxure.

148         Même si une fée venait, elle ne me satisferait pas.

149         Arrivé aux Trois Collines, j’éprouve de la tristesse en pensant à Votre Majesté

150         Qui veillait sur cette cité comme s’il s’agissait d’une Capitale.

151         Vous avez donné un nouveau nom à cette ville et vous l’avez établie cité de troisième de classe.

152         Vous l’avez baptisé la Ville du Lotus Royal parce qu’il y pousse des lotus.

153         Ô mon Bienfaiteur, bien que vous ayez disparu sans jamais revenir,

154         Le nom que vous avez donné à cette ville reste encore connu partout.

 

006


155         Oh ! Et moi, à qui vous avez donné le nom de Sunthorn,

156         Je n’ai pu échapper au temps comme a pu le faire cette localité, ce qui accroît ma tristesse.

157         Votre règne terminé, mon nom s’en est allé avec vous.

158         J’ai dû errer et chercher un asile.

159         Si je renais, quelle que soit ma condition,

160         Je demande à être l’esclave de Votre Majesté.

161         Quand a pris fin Votre Règne, j’ai demandé à ce que ma vie prenne fin aussi,

162         Et que je ne sois pas éloigné de Votre Majesté.

163         Une grande inquiétude s’empara de moi ; mon affliction augmenta.

164         Chaque jour, je me forçais à vivre.

165         J’arrive au Village des Kapokiers où l’on ne voit que d’immenses kapokiers.

166         Il n’y a aucun animal sur leurs branches

167         Parce que les épines y sont nombreuses.

168         Je réfléchis : ces épines sont terrifiantes, je les redoute.

 

011


169         Les kapokiers des Enfers en ont de seize pouces, et elles sont pointues

170         Pareilles à des piques acérées ; elles pénètrent, puis elles se brisent.

171         Après sa mort, celui qui a commis l’adultère

172         Doit grimper à ces arbres ; mes poils se hérissent.

173         Depuis que je suis né,

174         J’ai toujours vécu sans jamais me corrompre.

175         Mais aujourd’hui, on se conduit mal.

176         Devrai-je moi aussi grimper aux sommets de ces arbres ?

 

005


177         Oh ! Je pense à tout ce dont je me suis séparé.

178         Mais je n’arrive pas à me détacher de la passion et de l’amour.

179         Je m’assieds, réfléchis ; j’éprouve de la tristesse.

180         Je parviens à la grande Ile de Rajakhram dans la soirée.

181         Sur les deux rives, il me semble que les maisons s’éloignent les unes des autres.

182         Je prends garde aux animaux aquatiques qui pourraient me faire du mal.

183         C’est un repaire de bandits qui opèrent en permanence.

184         Ils rôdent, bien dissimulés, et pillent les bateaux ; c’est très fâcheux.

185         Le Soleil disparaît et laisse place à un ciel ouvert.

186         Il semble que l’obscurité soit totale et s’installe dans toutes les directions.

187         Nous atteignons un raccourci qui coupe à travers les rizières.

188         Des massettes, des roseaux, des sorghos et des joncs se dressent, tout enchevêtrés,

189         Formant des reflets dans l’eau de l’inondation; je regarde cette vaste étendue.

190         Cette immensité me rend sinistre, je ne peux m’empêcher de regarder en arrière.

191         Je vois des jeunes gens, l’air préoccupé, qui marchent bruyamment.

192         De nombreuses barques de pêcheurs, bien profilées, arrivent ensemble.

 

002


193         Ils font avancer l’embarcation avec agilité à l’aide d’une perche, et se déplacent en file.

194         Notre bateau se meut toujours avec difficulté.

195         Nous devons constamment utiliser la perche, ce que nous n’avons pas l’habitude de faire.

196         En poussant, à un moment, on entend un bruit : nous sommes rentrés tout droit dans les herbes touffues.

197         Nous reculons lentement à l’aide de la perche avec précaution.

198         Le bateau tangue : le crachoir se renverse.

199         Tranquilles et silencieux sont les animaux sauvages et les oiseaux.

200         La rosée tombe en gouttelettes, tandis que le Vent souffle.

201         Ne voyant pas notre chemin, nous devons rester immobiles au milieu des champs.

202         A peine sommes-nous arrêtés que de nombreux moustiques nous piquent.

203         Il s’agit d’un essaim qui nous assaille, comme du sable projeté.

204         Nous devons nous asseoir et les chasser avec la main, sans pouvoir dormir.

205         Je me sens vraiment inquiet et seul.

206         Dans l’immensité des champs, je ne vois que des sorghos, touffus et saillants.

 

003


207         Quand la nuit arrive, les étoiles scintillent dans le ciel.

208         A minuit, une grue plane au-dessus de nous et trompette bruyamment.

209         Le coassement perçant des grenouilles et des reinettes se joint aux stridulations continuelles des grillons.

210         Le Vent souffle doucement et continuellement, j’en suis saisi d’effroi.

211         Je me sens seul, je pense

212         Au temps jadis, lorsque j’éprouvais encore un grand bonheur.

213         J’étais heureux avec mes amis et nous étions toujours ensemble.

214         J’étais entouré de personnes qui prenaient soin de moi.

215         Oh ! En ce temps de douleur, je ne vois que le petit Phat

216         Qui m’aide à chasser les moustiques de mon corps et qui ne s’éloigne pas de moi.

217         Lorsque la lune est bien visible, j’aperçois des grappes de marrons d’eau et des touffes de laitues d’eau,

218         Puis, quand arrive la pleine lune, je vois de nombreux lotus.

219         Je distingue le canal et les deux berges.

220         A la proue et à la poupe, nous poussons à l’aide de la perche, et le bateau avance sur l’eau.

221         Quand la lumière du soleil apparaît, je vois toutes sortes de plantes.

222         Elles sont superbes à regarder, et elles répandent délicatement leur pollen.

223         J’aperçois des lotus bien saillants au bord du chenal.

224         Des goémons se chevauchent et poussent des algues sous l’eau.

225         Des lianes s’entremêlent à des champignons d’eau,

226         En bouquets, tant à gauche qu’à droite.

227         Les châtaignes d’eau, les laitues et les fleurs de lotus, bien fleuries,    

 

228         Sont nombreuses, et paraissent blanches comme des étoiles qui scintillent.

229         Oh ! Si une femme pouvait voir cela,

230         Elle voudrait flâner au milieu de ces champs, à son gré,

231         Et arracherait des tiges de lotus et des ottélies;

232         Quant à moi, si j’avais une compagne,

233         Je ne m’attarderais pas pour lui cueillir une fleur.

234         J’ordonnerais probablement au disciple qui m’accompagne

235         D’aller chercher ces fleurs et de lui offrir ; je suis si démuni.

236         Mais voilà, je suis pauvre, je n’ai pas un rond.

237         Je suis trop paresseux pour pouvoir les cueillir ; aussi je poursuis mon chemin.

238         Quand la lumière du Soleil pâlit,

239         J’atteins le district de l’Ancienne Cité et ma tristesse s’accroît.

240         J’arrive à l’embarcadère qui se trouve devant la Résidence du gouverneur.

241         En pensant au temps jadis, mes larmes coulent.

242         J’irais lui rendre visite s’il était, comme autrefois, le Phra Chamoen Wai.

243         Il m’inviterait dans sa Résidence.

244         Mais aujourd’hui, en ces temps difficiles, s’il avait changé,

245         Mon cœur ne se serait-il pas brisé sous ses moqueries ?

246         Je suis pareil à un pauvre malheureux qui vise trop haut, ce n’est pas convenable.

247         Et il me faudrait revenir grandement honteux.

248         J’amarre le bateau à l’embarcadère qui se trouve devant le Temple du Mont Meru.

249         Au bord du temple, des embarcations sont alignées parallèlement.

250         Dans certaines d’entre elles, montant et descendant au gré du courant, on chante des lam en s’amusant gaiement,

251         Et on se fait la cour en chantant à tue-tête.

252         Dans d’autres, on rend hommage aux étoffes en récitant des sepha.

253         Et on joue du xylophone avec virtuosité à la manière du maître Seng.

254         Des rangées de lanternes brillent comme à Sampheng.

255         Ayant été en période d’austérité, je n’ai guère eu l’occasion de pouvoir les regarder.

256         Dans un bateau, quelqu’un récite quelques vers.

257         C’est trop long, cela traîne, si bien que mes oreilles se fatiguent.

258         Cela n’en finit pas, les vers s’enroulent à la manière d’un serpent,

259         Au point que les accompagnateurs sont fatigués, et disent qu’ils tombent de sommeil.

260         J’écoute, à côté du temple, ces multiples divertissements

261         Jusqu’à ce que le calme revienne ; après quoi, je m’endors sur mon oreiller.

262         Aux environs de la troisième veille, alors que le ciel s’est assombri,

263          Un maudit voleur s’introduit soudainement pour cambrioler notre bateau.

264         L’embarcation s’incline avec un bruit de clapotis ; je me lève et pousse un cri.

265         Le voleur plonge dans l’eau à toute à toute allure et disparaît.

266         Je ne vois pas le visage de mon disciple habituellement proche de moi.

267         Il est pareil à une bête stupide et maladroite.

268         Mais le petit Phat allume une bougie pour éclairer.

269         Je n’ai perdu aucun de mes huit accessoires.

270         C’est parce que j’ai fait pénitence que j’acquis des mérites, et grâce aussi au Bouddha.

 

004


271         Que j’ai pu triompher de ce voleur, selon ma volonté.

272         A l’aube, c’est un jour Saint qui commence :

273         Nous rendons hommage à la Loi et faisons des offrandes.

274         Je me rends au Stûpa de la montagne dorée.

275         Il est si haut qu’il semble flotter dans les cieux.

276         Il trône au milieu des champs, resplendissant, isolé et bien visible.

277         Un bateau navigue bien dans ces eaux limpides.

278         Dans la cour, au pied de l’escalier, se trouve un soubassement en forme de lotus

279         Qui est entouré d’un fossé d’eau.

280         Un stûpa et un sanctuaire se trouvent sur l’aire du temple,

281         Lequel est encerclé par un mur.

282         Le stûpa est bâti en pointe, par degrés superposés.

283         Il comporte trois étages formant terrasses. Quelle majesté ! Quelle beauté !

284         Il y a un escalier sur chacun des quatre côtés. Quel ravissement !

285         Chacun de nous, saisi d’admiration, s’encourage à monter au troisième étage.

286         Nous effectuons une circumambulation autour de l’édifice en méditant avec application.

287         Nous faisons trois tours et nous nous prosternons.

288         Il y a une crypte dans laquelle on a allumé des bougies en guise d’offrandes

289         Parce que le Vent souffle en tournoyant autour

290         Il effectue une circumambulation ! C’est merveilleux !

291         Mais aujourd’hui, ce stûpa est très vieux.

292         L’ensemble de l’édifice, depuis sa base, est fissuré en neuf endroits.

293         Il a été négligé et il se fend ; son sommet s’est détaché et s’est cassé

294         Oh ! Stûpa construit puis délaissé !

295         C’est vraiment regrettable ! En y pensant, mes larmes sont prêtes à couler.

296         De la même façon, notre renommée et notre honneur

297         Ne disparaîtront-ils pas durant notre existence ?

298         Certaines nobles personnes sont très riches et puis s’appauvrissent

299         Je pense que tout est impermanent.

300         J’implore  le Vénérable Stûpa de la Montagne Dorée

 

009


301         Qui fut bâti pour contenir les reliques de Bouddha.

302         J’ai fait l’effort de venir lui rendre hommage.

303         J’en retirerai de nombreuses conséquences bénéfiques pour ma personne.

304         Quelle que soit la condition dans laquelle je renaîtrai parmi les hommes,

305         Faites que je sois pur et serein, conformément  à mon intention,

306         Que ne je ne connaisse ni la douleur, ni la tristesse, ni les maladies, ni les dangers,

307         Et que je sois très heureux avec mes proches.

308         Quant à la cupidité, la colère et l’égarement,

309         Faites qu’ils ne puissent vaincre mon esprit.

310         Faites que je sois pourvu d’une grande sagesse,

311         Et que les Préceptes soient ancrés en moi.

312         Encore deux choses, les mauvaises femmes et les mauvais hommes :

313         Faites que je ne m’éprenne pas d’eux.

314         Faites que je réalise mon espérance et mon but : arriver à l’Illumination Suprême

315         Et atteindre le Nirvana dans le futur, pour toujours.

316         Lorsque je salue le Bouddha, je remarque un lotus

317         Et une Sainte Relique conservée dans le pollen de cette fleur.

318         Je suis heureux ; je la salue.

319         Je cueille le lotus et le porte jusqu’au bateau.

320         Après que le petit Phat et moi avons rendu hommage à la sainte Relique,

321         Je mets le lotus dans une bouteille de verre que je place près de ma tête.

322         Puis je vais dormir en ville, avec l’intention de lui rendre hommage le lendemain.

323         Mais je ne l’aperçois plus; je suffoque et ressens une grande frayeur.

324         Je regrette vraiment la disparition de cette Sainte Relique que je comptais admirer.

325         Mon cœur se brise en y pensant, et mes larmes se mettent à couler.

326         Oh ! Quelle malchance, le lotus a disparu.

327         Je déplore cette perte; je suis sur le point de mourir en me tordant de douleur.

328         Je ne puis rester à regarder autre chose, je ne puis surmonter mon chagrin.

329         Et ma maladie et mon angoisse empirent à force d’y penser.

330         Dès l’aurore, le soleil rayonne, puis monte et scintille avec éclat,

331         Ce qui nous permet, en descendant le courant du fleuve, d’arriver à la capitale en un jour.

332         Nous nous amarrons à l’embarcadère devant le temple de l’Aube, monastère royal.

333         Peu à peu, en observant les préceptes du Bouddha, mon état s’améliore.

334         Ce nirat au sujet de notre Ancienne Cité,

335         Je l’offre au plaisir du lecteur.

336         Aller rendre hommage à la statue du Bouddha,

337         Au Stûpa et à la sainte Relique de notre Religion,

338         C’est l’usage, et c’est comme si j’avais répandu la foi

339         En me servant du verbe; je ne me sens pas bien, mais cela m’a apaisé.

340         Il n’y a ni bien-aimées

341         Ni de personnes chères dont je suis séparé.

342         Quant à ces longues complaintes, feintes,

343         Elles sont conformes à l’ancienne tradition poétique.

344         Je procède comme une cuisinière qui, lorsqu’elle prépare des ragoûts ou des plats épicés frits,

345         Met toutes sortes de condiments pour assaisonner les viandes.

346         Les femmes sont pareilles à du poivre et à la feuille de coriandre :

347         Il faut en saupoudrer un peu pour que ce soit agréable.

348         Sachez que la vérité sur toutes ces choses.

349         N’allez point me dénigrer, me railler ou me soupçonner :

350         Un poète qui dort sans rien faire se trouve bien affligé.

351         C’est pourquoi j’ai écrit ce nirat pour vous divertir.

 

Dessins de เดชาชาดี เทียนเสม - "คำร้อยครอง" 2547. ISBN 974 08 4635 1 :


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et de สหคม พงค์เจตน์พงศ์ - "พระบาทสมเด็จ พระพุทธเลิศหลานภาลัย" 2552. ISBN 978 974 07 1975 8 :

 

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