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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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3 août 2013 6 03 /08 /août /2013 23:02

TitreVous avez pu « apprécier » la semaine dernière le nirat de Sunthorn Phu intitulé Nirat Phukao Thong, grâce à la traduction de Frédéric Maurel. *

Son livre « Clefs pour Sunthorn Phu », nous offrait la traduction d’un autre Nirat, le Phra Bat racontant son voyage à l’ Empreinte du Pied du Bouddha à Saraburi, avec son maître de l’époque, le Prince Pathomvong, et le Sawadi Raska, « un poème didactique très populaire et très représentatif de la culture thaïe (contenant) des règles d’hygiène de vie pratique qui sont censées procurer félicité, prospérité et longévité à celui qui les applique ».

 

Maurel analysait également deux œuvres représentatives de Suphon Phu, à savoir Phra Aphai Mani, un conte de 48 000 vers ( !) (pour mémoire, l'Odyssée a 12 000 vers) et le Sepha Ruang  Phra Racha Phongsavadan, racontant à sa façon, l’histoire du royaume d’Ayutthaya, du roi fondateur Thibodi I (U-Thong) jusqu’ à l’époque du roi Mahachakkraphat (1548-1569) (oeuvre inachevée). Outre ces nirat (poèmes de séparation) et les sepha (divertissement), Maurel évoquait la richesse et la variété de cette littérature traditionnelle avec d’autres genres comme  les nithan (conte versifié), les phleng yao suphasit (poème didactique), les bot lakhorn (pièce de théâtre), les bot he klom (berceuse)  … on entrait dans un domaine inconnu, d’autres formes culturelles pour appréhender les « réalités » d’une époque, que nous aborderons ultérieurement.  


Il fallait bien commencer, faire le premier pas,  « lire » notre premier nirat, sachant que « Celui qui déplace une montagne commence par déplacer de petites pierres.  »  (Confucius).


confucius


Le Nirat Phukao Thong, est donc un poème de 176 vers écrit en klon paet (vers en principe octosyllabique.) en 1828. C’est une œuvre traduite par Frédéric Maurel, qui, conscient des difficultés, explicite sa stratégie de traduction,  ses choix pour rendre sa traduction plus accessible, avec  plus de « simplicité (apparente) », contrairement aux traductions antérieures plus « sophistiquées », « surchargées ». Il déclare  avoir choisi la prose car il lui était impossible de pouvoir rendre « toutes les rimes intérieures et finales ainsi que les triples jeux de mots, voire quadruples dans certains cas  ».

 

Nous perdions ainsi  d’entrée  les « charmes » de la poésie de cour thaïe et surtout la force du style de Sunthorn Phu. (Cf. en note notre sentiment sur cette question**)


C’est un nirat, un « récit de voyage » qui exprime le désir amoureux de l’absent. Mais ici, « Pour la première fois dans l’histoire du nirat, le personnage de l’être aimé n’est pas une femme, mais un homme, qui plus est, le monarque défunt, Rama II.» (1809-1824).


Rama II


Ce nirat  « raconte » donc  un pèlerinage que Sunthorn Phu effectue au Stûpa Phukao Thong à Ayutthaya, une occasion pour nous de découvrir un genre, de cerner davantage l’état d’esprit de Sunphorn Phu à un moment de sa vie, de mesurer à quelle point le bouddhisme pouvait imprégner cette époque,  de glaner au passage quelques « réalités » culturelles,  et de savourer quelques scènes pittoresques de la vie siamoise au début du XIX ème siècle.


Ayuthaya-085-POW


La biographie de Sunthorn Phu en donne le contexte.


Le roi Rama II appréciait le talent de Phu et l’avait admis au Comité des  poètes-conseillers et comblé de faveurs (titre, terrain, maison…). Mais à sa mort en 1824, le nouveau roi Rama III, qui ne l’aimait guère, lui enlève tous ses privilèges, et le destitue.

 

220px-Rama III

 

« Désormais sans abri, sans protecteur, sans fortune personnelle, une seule solution s’offre à lui : entrer en religion ». Il restera moine de 1824 à 1842. (Cf. notre article A119).


Il se réfugie au temple Rajaburana (le Vat Lieb actuel). Le nirat nous apprend qu’il s’y sentit bien durant trois saisons, mais qu’après sa retraite terminée, et alors qu’il avait reçu avec joie ses « étoffes » que les laïcs offrent aux moines, il est « obligé  de quitter le temple dans la soirée. » Ses ennemis de la Cour ont dû juger qu’il était encore trop près d’eux, et ont obtenu gain de cause auprès du Supérieur du Monastère. « C’est parce que je suis tourmenté par des hommes mauvais que je pars ». Il décide alors d’effectuer un pèlerinage à la Montagne dorée à Ayutthaya.


Le nirat est construit sur deux axes : un axe spatial qui nous permet de suivre le moine au long des 21 étapes de son pèlerinage, et un axe temporel marqué par l’opposition systématique entre autrefois et aujourd’hui, l’opposition entre le bonheur et le malheur.

 

bonheur malheur

 

Le bonheur passé au temps de sa relation avec Rama II et le malheur présent du moine chassé du monastère Rajaburana. Mais deux axes qui  se confrontent ; le présent qu’il décrit rappelant des scènes du passé heureux.


 1/ On va donc suivre le narrateur dans toutes les étapes de son voyage :


Il quitte le temple Rajaburana (le Vat Lieb) après sa retraite, et les multiples « arrivé » ou « arrivons » permettent de le suivre aisément :

Le Palais Royal, les barques royales, le monastère du Temple du Pilier (Vat Dusitaram),

 

wat dusitaram

 

limite de notre Cité, le Village de la Séparation, le Village du Bétel, le Village du Pippal, le Village des Viêtnamiens, le Temple de l’Aiguille, le fleuve, le Marché Cristallin, dans la région de Nonthaburi, sur le fleuve,

 

marché nonthaburi

 

le Marché de l’Esprit Vital, le Village de la Terre, la région du Village des Môns, le Village de la Parole, le Nouveau Village, le Village des Figuiers, le Village du Renoncement à la Luxure, les Trois Collines baptisé la Ville du Lotus Royal, le Village des Kapokiers, la grande île de Rajakhram, et son arrivée au district de l’Ancienne Cité Ayutthaya avec le Temple du Mont Meru,

 

temple du mont meru

 

le Stûpa de la Montagne Dorée, les reliques de Bouddha ; le but du voyage.


Et le retour à la capitale, en un jour, en descendant le courant du fleuve,

 

en descendant du fleuve

 

pour arriver à l’embarcadère du Temple de l’Aube.

 

temple de l'aube bangkok


Il faut ici distinguer, les lieux religieux, les scènes pittoresques, les marchés,  le long passage consacré à la grande Ile de Rajakhram, et ces noms de village quelque peu surprenant et si « évocateur », comme le Village de la Séparation,  le Village de la Parole, le Village du Renoncement à la Luxure, dont Maurel nous dit : « nous avons opté pour la traduction des noms de lieu (plus poétique, à notre avis, que le terme thaï laissé en brut »).


Cette vingtaine de lieux est l’occasion pour Sunthorn Phu soit de rappeler un souvenir, de décrire ce qu’il voit, sent, pense, ressent, vit  …  au milieu des complaintes, des références aux préceptes de Bouddha, des confessions et des prières, à son désir d’acquérir des mérites pour être plus « heureux », avec les regrets exprimés de cette époque bénie où il était au service de Rama II, qu’il vénère et chérit.


2/ Le nirat est donc basé sur cette opposition fondamentale entre autrefois et aujourd’hui,  l’occasion de confronter sa situation actuelle à celle d’autrefois.


Dès la première étape par exemple : il est devant le Palais-Royal, il « pense » à Rama II, à « autrefois » (« Autrefois, j’étais à votre service ») et « depuis » que le roi est au « Nirvana », sa vie a basculé : il est désormais : malheureux, pauvre, malade, « voué à toutes les calamités ». « Dorénavant » il applique «  la Loi avec persévérance », et désire bien se comporter.


A la deuxième étape, devant les « Barques Royales », il pense encore « au temps jadis »  au temps où il pouvait monter dans la « Barque Royale » avec Rama II, participer aux « cérémonies », lire les vers du roi, respirer son « parfum » … Mais aujourd’hui, il ne peut que se plaindre, conscient que sa vie a basculé le jour où :


                       « Votre règne fini, le parfum s’en est allé.

                          Ma bonne fortune s’est évaporée comme lui. »


Certes parfois, comme à la troisième « station », le pilier marquant la borne de la Cité, est l’occasion d’exprimer un désir « de vivre longtemps pendant dix mille ans », ou ensuite au-delà du Temple du Pilier,


temple du pilier

 

de s’abandonner, un instant, à la contemplation des quais au bord de l’eau, la vente des marchandises pour les sampans, des soieries et des étoffes, le jeu des couleurs … mais ces moments sont rares et ne durent que peu de temps, car ici, la vue de la distillerie,  d’une calebasse est là pour lui rappeler son alcoolisme, sa honte, son « pêché », son désir d’y renoncer : « Je ne m’en approcherai plus ». Avec le plus souvent une invocation à Bouddha, une prière …


Sa vie semble ainsi faite, la souffrance l’empêche de savourer le présent trop longtemps et lui rappelle constamment le passé. Il n’est pas insensible aux paysages, aux scènes qu’il voit, les vergers, l’odeur des fleurs près du Marché cristallin par exemple, mais là encore, voit-il des anacardiacées et des lianes entremêlées qu’il songe aussitôt à sa tristesse et son chagrin également entremêlés.


Il ne peut oublier son malheur présent, il a même le sentiment qu’il s’accroît au fil de l’eau (« ma tristesse s’accroît »).


Et son voyage va se poursuivre de village en village, de la Séparation, du Bétel, du Pippal, des Vietnamiens, exprimant de façon lancinante son malheur, sa souffrance : « Je me sens souillé, honteux et découragé » (v.70), « Je souffre, me sens triste, mon cœur se consume. »(v.88), mais avec à chaque fois, une réaction différente, une description, une réflexion, ou une explication (« « Parce que je suis tombé en disgrâce » (v. 98)), un rappel heureux du passé, ou une remarque sur les changements  (les filles mônes ont abandonné leur tradition pour leur coiffure. (Cf. v. 125-129) ) …


Un rythme qui donne son originalité, vie au nirat, passant ainsi d’un lieu à un autre, d’une pensée à une autre, mais toujours avec deux dominantes, le rappel du passé heureux, l’expression du malheur présent, avec un seul recours : Bouddha.


3/ Un seul recours : Bouddha.


le seul recours

 

Dès le début du poème, il s’agit d’acquérir des mérites pour Rama II, « Votre Majesté » dit-il et pour Rama III, qu’il qualifie de « le roi actuel ». (Toute la distance subtile entre autrefois et aujourd’hui.)


On retrouvera  au long du poème, la référence à Bouddha, l’invocation de son nom, de sa puissance, le rappel de sa doctrine avec le cycle des renaissances, l’acquisition des mérites,  l’espoir d’arriver à « l’ lllumination Suprême à laquelle il aspire ». A la fin de son voyage, arrivé près du lieu du pèlerinage, près du Mont Meru, il est heureux qu’un voleur n’ait pris « aucun de ses huit accessoires » (les huit accessoires traditionnels nécessaires au bonze), c’est dit-il, « parce que j’ai fait pénitence que j’ai acquis des mérites, et grâce aussi au Bouddha ».


Et à la fin du nirat (vers 274 à 321),  après avoir décrit le Stûpa de la Montagne dorée, à la fois « resplendissant » mais « fissuré », « délaissé », il peut accomplir le rituel (les trois tours autour du stûpa,

 

trois tours

 

les bougies en guise d’offrande, le salut au bouddha, l’hommage à la Sainte Relique) et méditer sur « l’impermanence ». (« Je pense que tout est impermanent »), devant le stûpa qui tombe en ruine, en pensant à sa renommée et son honneur perdu, aux riches qui s’appauvrissent, méditer sur les Préceptes du Bouddha, pour dans une  future renaissance, échapper à : la douleur, la tristesse, les maladies, la cupidité, la colère, l’égarement, aux mauvaises femmes et mauvais hommes, prier :


   « Faites que je réalise mon espérance et mon but : arriver  à                    l’Illumination Suprême

Et atteindre le Nirvana dans le futur, pour toujours ».

 


Le nirat du pèlerinage se terminera en arrivant à Bangkok devant le temple de l’Aube sur une note optimiste : « Peu à peu, en observant les préceptes du Bouddha, mon état s’améliore. ».


4/ Ensuite, le nirat va se terminer sur une conclusion quelque peu surprenante et  nous inviter à le lire autrement. (vers 334-351)


                J’ai voulu, dit-il, et cela on l’avait compris :

           « Aller rendre hommage à la statue de Bouddha,

             Au Stûpa et à la Sainte Relique de notre Religion ».


Et          « cela m’a apaisé ».


Mais ensuite Suphorn Phu va, avec désinvolture et humour, revenir au genre :


Il n’y a, dit-il (faisant allusion sans doute au genre qui veut que l’on évoque l’amour absent) « ni bien-aimées. Ni de personnes chères dont je suis séparé ». Par contre, il y a bien les longues complaintes « conformes à l’ancienne tradition poétique ». Mais elles sont feintes, précise-t-il, se comparant à un cuisinier qui prépare des ragoûts avec toutes sortes de condiments, comme les femmes « pareilles à du poivre et à la feuille de coriandre. Il faut en saupoudrer un peu pour que ce soit agréable ». Pour terminer son poème en prenant une posture « nakleng », (« Un poète qui dort (nakleng) sans rien faire se trouve bien affligé ») que Maurel traduit aussi en note, par « dilettante », « joueur », « polisson », « risque-tout » avec un dernier vers :


          « C’est pourquoi j’ai écrit ce nirat pour vous divertir ».


Sens de « Divertir » au XIXème siècle au Siam ?


Nous n’en savons rien. On se doute que ce n’est pas dans le sens actuel de « se distraire » mais plus près de son étymologie latine « action de détourner de », voire des Pensées de Pascal, « L’homme ne peut être heureux ni en repos ni dans l’agitation qui fait l’ordinaire de sa vie », il doit esquiver, ne plus penser à ce qui l’afflige, il doit éviter de penser à sa misérable condition, la souffrance, la maladie, la mort :


« Mais quand j’ai pensé de plus près et qu’après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs j’ai voulu en découvrir la raison, j’ai trouvé qu’il y en a une bien effective et qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable que rien ne peut nous consoler lorsque nous y pensons de près. »


De fait, Sunthorn Phu dans ce nirat, expose sa souffrance, (même s’il dit qu’il doit accepter son sort (v.95)) : il est affecté par la mort de Rama II (« j’ai demandé à ce que ma vie prenne fin aussi » (V .167) ; il avoue être  tombé en disgrâce, tourmenté par les hommes mauvais, chassé du temple où il séjournait, pauvre, sans appui ; il  vit dans le regret de sa splendeur passée avec son protecteur Rama II … il sait qu’il ne le peut plus vivre sans l’aide de bouddha, mais sa conclusion nous rappelle qu’il est avant tout poète et que la poésie a des pouvoirs. Nous « divertir » ? La poésie comme force de vie ?


 Et puis l’humour.


On se confesse, on écrit ses maux et les mots nous sauvent, nous « divertissent ». « En me servant du verbe, dit-il, je ne me sens pas bien, mais cela m’a apaisé ». (v. 339)


On comprend que Sunthorn devait choquer le roi, ainsi dans ce nirat,  le nomme-t-il,  « le roi actuel », et devait par son attitude « énerver » les poètes nobles de la Cour,  aussi  compare-t-il le poète de ce  nirat, « à une cuisinière », ou aux femmes « pareilles à du poivre et à la feuille de coriandre ; Il faut en saupoudrer un peu pour que ce soit agréable ».


Un certain humour, qui invite à voir des « feintes « là où on voyait des « plaintes » , et à voir le poète comme un « dilettante », un « joueur », un « polisson »,  un  « risque tout ». Mais ce qui n’empêche pas comme le dit Frédéric Maurel, par l’« interpellation directe du lecteur par le narrateur », de donner à ses vers une valeur morale et démonstrative, d’autant plus efficace, qu’ « il fait entrer le lecteur dans sa vie » donnant ainsi à sa confession « plus de poids », et à son bouddhisme, plus d’humanité. (Cf. notes p. 229, in « Clefs pour Sunthorn Phu ».)  Ce nirat comme un bouddhisme « humain », accessible.


Vous avez compris, nous avons aimé ce nirat qui pourtant dans une lecture linéaire, et traduite en prose française, paraissait quelque peu léger. Mais toute lecture d’un poème, - disait nous ne savons plus qui -, est le début d’un poème nouveau. Un nirat reconnu de l’un des plus grands poètes thaïs devait forcément nous séduire et nous « divertir ».

 

 

 

Merci M. Frédéric Maurel.

 


 potes nobles

____________________________________________________________

 

*In Clefs pour Sunthorn Phu,  L’Harmattan, 2001.

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Cf. Notre article A119. Sunthorn Phu (1786-1855). L’un des plus grands  poètes thaïlandais.


**Peut-on traduire la poésie ? Problématique de la traduction ? Le sujet est sans fin.


Paul Valery et Pagnol ont traduit les bucoliques de Virgile (en bons alexandrins), Chateaubriand a traduit le paradis perdu de Milton, un long poème en prose, Apollinaire a traduit, en bons alexandrins aussi, la Lorelay , mais ils étaient de grands poètes.


Pagnol bucoliques


Existe-t-il un équivalent siamois  de « l’art poétique » de Boileau » qui traite des règles l'écriture en vers et de la manière de s'approcher de la perfection ? La question reste posée.


Nous avons une bonne approche des principes élémentaires de la poésie thaïe dans ce superbe petit ouvrage คำร้อยกรอง (« la versification » - ISBN 974 08 3691 7) qui contient les rudiments de la prosodie sous forme de schémas et d’exemples.


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Ceux que la poésie siamoise intéresse consulteront avec profit une très érudite étude d’un ancien consul et premier interprète de notre consulat à Bangkok, Edouard Lorgeou qui fut le premier professeur de siamois aux «  Langues O » : « Principes et règles de la versification siamoise » in  « Actes du dixième congrès des orientalistes, session de Genève, 1894 » pp 156 – 166. 


Un exposé rapide de ces règles laisse à penser que la poésie siamoise ne peut être traduite en bonne poésie française : Les vers siamois se divisent en deux grandes catégories, les khlongs et lesklons qui ont en commun la mesure et les assonances. (L'assonance  consiste en la répétition d'un même son vocalique dans plusieurs mots proches, recherchant comme effet la mise en relief d'un son donc d'un sentiment en visant l’harmonie, et ne doit pas être confondue avec la rime : Racine dans Phèdre nous en donne un magnifique exemple « Tout m'afflige et me nuit et conspire à me nuire ». Mais la langue française la rejette en principe de sa métrique au profit de la rime, comme procédé « barbare et primitif », Larousse dixit.)


La mesure résulte du nombre de syllabes, longues ou brèves. Les assonances sont de plusieurs sortes : La rime proprement dite, comme en versification française, mais elle ne porte pas essentiellement sur la dernière syllabe du vers, elle peut être renfermée à l’intérieur d’un même vers ou d’un vers sur partie de l’autre ;  Les autres assonances  sont des rimes incomplètes :+ L’une est le retour d’un son vocalique sans tenir compte de la consonne de la ou des consonnes qui le portent,+ L’autre consiste à utiliser des syllabes commençant par la même consonne,+ La troisième consiste au retour à certain stade du vers de syllabes affectées d’un certain ton, mais jamais le ton neutre.


Les khlongs sont organisés en quatrains de vers de sept, neuf ou dix syllabes, ayant un sens complet. Il y a classiquement cinq espèces de khlongs.


Il y a vingt-six espèces de klons  qui différent entre elles par le nombre de syllabes, de cinq à neuf, par la nature des rimes et celles des assonances et par le nombre et la place de ces rimes et assonances. Elles portent des noms poétiques, le serpent qui avale sa queue, l’oiseau qui déploie ses ailes ou encore le lotus qui s’épanouit. Ces noms correspondent peu ou prou aux figures que l’on trouve dans des constructions composées de rimes entrelacées. Mais tous ces vers se caractérisent par leur sonorité, toutes les syllabes sont accentuées et leur tonalité mélangée.


Les khlongs représentent plus volontiers les préceptes moraux, sujets didactiques, les klons expriment plus volontiers les sentiments, douleur, passion, amour évidemment, chansons ou complaintes.


Les quelques lignes que nous avons données des vers de Sunthorn Phu traduits en prose française, d’une morne platitude, apportent la preuve éclatante de l’impossibilité de transposer le souffle poétique du poète siamois.


***Pour en savoir plus sur le nirat :


Cf. Gilles Delouche, Le Nirat, Poème de séparation, Étude d'un genre classique siamois, 2003,
216p, Peeters, Vrin.

 

Delouche Nirat


Il donne ici une analyse d'un genre littéraire spécifique au Siam, le Nirat.
Défini comme poème de séparation par les premiers chercheurs français (Paul Schweisguth et Jacqueline de Fels), ce genre a connu, depuis sa première manifestation à la fin du XVème siècle jusqu'à nos jours, des évolutions divergentes qui sont ici étudiées. Cet ouvrage se situe en fait à la convergence de l'histoire littéraire, de la description formelle et d'une analyse des valeurs sociales qu'il sous-tend.


Cf. Émilie TESTARD-BLANC. (Maître de conférences à l’Inalco – Paris, Docteur en études siamoises), Le cas du Nirat Muang Klaeng (1806) de Sunthorn Phu.

http://www.archae.su.ac.th/MAFCT/Patrimoine%20culturel%20et%20pratique%20touristique%20en%20Thailande/2%20-%20Emilie.pdf


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