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24 août 2013 6 24 /08 /août /2013 23:03

titreDe 2006 aux manifestations de Phan Fa/Ratchaprasong du « 3 avril 2010 - 19 mai 2010 »

Si vous suivez quelque peu la situation politique de la Thaïlande, vous avez dû quelquefois vous demander ce que pouvait bien représenter ce mouvement politique majeur, qu’on appelle  « les chemises rouges », conscient qu’il représentait un acteur essentiel de la vie politique du pays, surtout après leur victoire électorale importante aux élections du 3 juillet 2011. L’étude d’Eugénie Mérieau, récemment parue en ce mois de juillet 2013, sous l’égide de l’IRASEC, intitulée Les Chemises rouges de Thaïlande, arrivait à point pour nous éclairer.*

 

Photo 2


 « Cette étude, dit-elle, retrace les différents événements fondateurs du mouvement dit des Chemises rouges, depuis leur création embryonnaire à la veille du coup d’Etat du 19 septembre 2006,

 

Coup d'état 2006 2

 

jusqu’à leur écrasante victoire électorale du 3 juillet 2011.

 

elections 2011

 

Offrant un examen détaillé des actions et des motivations des différentes organisations et groupuscules qui composent les Chemises rouges ».


Elle choisit d’aborder son  étude des Chemises rouges par un récit des manifestations de Phan Fa/Ratchaprasong, du « 3 avril 2010 - 19 mai 2010 », « alors que le mouvement des Chemises rouges a déjà bientôt quatre ans, c’est pour deux raisons : tout d’abord, parce que les acteurs clés du mouvement se mettent en scène à Ratchaprasong ; ensuite parce que la répression sanglante de mai 2010 est un moment charnière de l’histoire des Chemises rouges en tant que mouvement social, constituant son mythe fondateur.

 

ratchaprasong 3

 

Paysans et intellectuels, Bangkokiens et provinciaux, « opportunistes » et « idéalistes », différentes composantes du mouvement des Chemises rouges jusqu’alors relativement étrangères les unes aux autres, ont noué des solidarités indéfectibles à la faveur de la tragédie de mai 2010. Les futurs historiens de la Thaïlande choisiront peut-être d’enterrer la prophétie auto-réalisatrice des « deux démocraties » ****à Ratchaprasong, en 2010, qui constitue à ce jour la plus grande manifestation pro-démocratique de l’histoire du pays.

 

Aussi, estimant de même, que les événements de mai 2010 à Bangkok sont, sinon le mythe fondateur, du moins un moment clé de l’histoire de la Thaïlande et des « chemises  rouges », nous vous proposons deux articles :

 

  • De la chute de Thaksin en 2006 aux manifestations de mars 2010.
  • Des  manifestations de Phan Fa/Ratchaprasong, du « 3 avril 2010 - 19 mai 2010 » à la victoire de Yingluck Shinawatra et du Phuea Thai, le 3 juillet 2011.

 

yingluck-Shinawatra- 5

 

Pour ce premier article, nous vous proposons deux versions. Une version simplifiée (6 pages) et une version plus détaillée (14 pages), centrée sur l’identification des différentes composantes des chemises rouges, les différentes étapes de son évolution, l’ensemble de ses manifestations, reliées aux différents épisodes politiques.

                                      ______________________

 

 

Version simplifiée.


Pour comprendre le combat des chemises rouges, il faut tout d’abord distinguer les périodes, quand ils sont au pouvoir ou sont dans l’opposition, à savoir :

  • La période du coup d’Etat militaire du 19 septembre 2006



chute de Th 2006


  • à la victoire des pro-Thaksin et des rouges aux élections législatives du 23 décembre 2007.

 

elections 2007

 

  • La période 23 décembre 2007 à la prise de pouvoir du 17 décembre 2008 par Abhisit, (chef du le parti démocrate) et ses alliés.
  • La période Abhisit, 

Abhisit-Vejjajiva.jpg



  • du 17 décembre 2008, jusqu’à la victoire du 3 juillet 2011 du  parti Phuea Thai, menée par Yingluck Shinawatra, (la sœur de Thaksin).

yingluck-shinawatra-24-copie-1.jpg

 

                                        ______________________ 

 

  • La période du coup d’Etat militaire du 19 septembre 2006, à la victoire des pro-Thaksin et des rouges aux élections législatives du 23 décembre 2007.

 

L’étude nous confirme que les Chemises rouges est un mouvement social qui comprend  plusieurs composantes, qui regroupe paysans et intellectuels, Bangkokiens et provinciaux, « opportunistes » et « idéalistes ». Ces différentes composantes n’ayant pas forcément la même conception de leur action politique, ni les mêmes objectifs, surtout dans leur rapport à Thaksin, à l’aristocratie royaliste, et au roi.

 

En effet, depuis le coup d’État de septembre 2006 à la première manifestation officielle de Chemises rouges sous les auspices de PTV (People’s TV) en mars 2007 à Bangkok, Eugénie Mérieau signale qu’au moins sept groupes méritent d’être mentionnés :

 

Le « Réseau du 19 septembre contre le coup d’État ». 2/ « Les Gens du samedi contre la dictature ». 3/ le groupe « Révolution citoyenne ». 4/ la « Fédération démocratique ». 5/ « Les Amis de la Constitution de 1997 ». 6/ le « Groupe du 24 juin démocratique ». 7/ les« Radios communautaires des gens qui aiment les taxis ».

 

Deux mouvements de défense de Thaksin et de son parti, le Thai Rak Thai (« les Thaïlandais aiment les Thaïlandais »), vont émerger au début de 2006.


 

Thai rak thai

 

1/ Le premier est constitué de populations rurales du Nord et du Nord-Est du pays, « la  Caravane des pauvres » animé par le vétéran de la politique Newin Chidchob, alors membre du Thai Rak Thai. et le second, des conducteurs de taxi et de mototaxi de Bangkok et des alentours, sous le nom « Association de défense des intérêts des taxis » mené par Shinawat Haboonpat.

Ils vont s’allier pour ouvrir un « Village de la Caravane des pauvres » (Muban kharawan khon chon) à Chatuchak le 18 mars 2006, pour soutenir Thaksin et encourager l’organisation d’élections démocratiques, face aux Chemises jaunes qui manifestent depuis fin 2005 pour réclamer la démission de Thaksin.

 

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A Bangkok, des jeunes fondent le « Réseau du 19 septembre contre le coup d’État » comme Sombat Boongamanong ou Chotsak Onsoong, pour la plupart hostiles à Thaksin, mais certains feront une scission, pour créer le groupe « Révolution citoyenne» dirigé par Sombat Bunngamanong, qui aura un rôle de leader dans la campagne contre la Constitution de 2007. On voit donc assez vite la nécessité de se définir par rapport à Thaksin,

 

2/ Mais une nouvelle forme de lutte va apparaître avec internet et les réseaux sociaux, animée par des personnes de la classe moyenne de Bangkok, qui en grande majorité est anti- Thaksin. Les réseaux sociaux vont permettre aux « minoritaires » de sortir de leur isolement, se reconnaître, s’organiser, comme par exemple « Les Gens du samedi contre la dictature »

 

 

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La junte au lendemain du coup d’État fermera ces forums Internet, mais les internautes se retrouveront rapidement sur d’autres forums comme le « Week end Corner », site anti-coup d’État et pro-Thaksin. Ils lanceront le rendez-vous du samedi à Sanam Luang pour ceux qui s’opposent au coup d’État

 

3/ Mais d’autres groupes, ayant déjà une expérience de lutte, comme « La Fédération démocratique », « Les Amis de la Constitution de 1997 », Le  « Groupe du 24 juin démocratique », vont aussi se mobiliser contre le coup d’Etat.

 

communistes

 

Les deux premiers sont dirigés par « d’anciens communistes ». Ils ont donc une expérience de lutte ; certains ont combattus dans les maquis. « La Fédération démocratique » est une organisation créée en 1992 contre le gouvernement militaire du général Suchinda Krapayoon. En 2006, elle renaît de ses cendres avec Thida Thavornseth, future présidente de l’UDD et son mari Weng Tojirakarn, futur député du Phuea Thai. « Les Amis de la Constitution de 1997 » est un groupe créé avant le coup d’État, qui avait été actif pour le vote de la Constitution de 1997. Son leader, Jaran Ditapichai, est également un ancien communiste. Le « Groupe du 24 juin démocratique » est un groupuscule radical, qui considère qu’ilest temps d’achever la révolution du 24 juin 1932 qui a aboli la monarchie absolue. Son leader principal, Somyot Phrueksakasemsuk, sera bientôt arrêté et emprisonné pour lèse-majesté. 


 somyos.jpg


En dehors de ces sept groupes, dit Eugénie Mérieau,  on peut mentionner les « Colombes blanches» de l’ancien étudiant de l’université de Ramkhamhaeng, Noparut Worachitwuthikul,

 

Niparut.jpg

 

et le « Dôme rouge » d’Uchane Chiangsaen.

 

Unchane.jpg


 

4/ En 2007, le mouvement s’organise, des alliances successives s’opèrent. 12 organisations s’allient en avril, puis 18 pour arriver à 22 organisations en mai 2007. Le 18 mai est finalement créé « le front anti coup d’État ». 22 !

 

Si chacune organise à tour de rôle un évènement à laquelle elle convie les autres, leurs objectifs sont clairs : 1/ Renverser la Constitution; 2/ Faire tomber le gouvernement militaire; et 3/ Éliminer le système ammat (domination des élites traditionnelles).

 

Mais c’est la chaine de télévision People’s TV (PTV) qui va populariser le mouvement d’opposition à la junte et ses alliés et organiser de grandes manifestations.


 tv-thailande.jpg

 

PTV est une chaîne de télévision sur laquelle s’exprimaient des hommes politiques du parti Thai Rak Thai à l’époque du gouvernement de Thaksin. La première grande manifestation de PTV a lieu le 23 mars 2007 sur l’esplanade de Sanam Luang et réunit environ 3 000 personnes. La seconde, le 30 mars, en compte environ 4 000.  PTV organisera ensuite des manifestations tous les dimanches, et verra ses effectifs augmenter toutes les semaines alors que les différents groupes anti-coup d’État se joignent progressivement à PTV. Chacun installera à Sanam Luang son stand particulier en fonction de sa spécialité : pour la démission du Général Prem (stand des « Gens du samedi contre la dictature), contre la Constitution de 2007 (stand de Révolution citoyenne), etc.

 

Manif 2007


Le 2 juin 2007, quelques jours après la décision de la Cour constitutionnelle d’interdire aux 111 membres du comité de direction du Thai Rak Thai toute activité politique pendant cinq ans, PTV organise sa neuvième manifestation, mobilisant plus de 5 000 partisans.

 

5/ PTV et le front des organisations anti-coup d’État s’allient et créent l’Alliance démocratique anti-dictature ou DAAD (6 juin 2007).

 

La DAAD est donc une fédération d’organisations de la société civile animée par la télévision PTV, qui par ses ressources, son réseau politique et la popularité de ses orateurs, va réussir à organiser différentes manifestations réunissant de 5 000 à 15 000 personnes à Bangkok, de mars à août 2007, contre le référendum pour une nouvelle Constitution, défendu par les militaires.

 

L’une des manifestations fondatrices du mouvement des Chemises rouges est celle du 22 juillet 2007 devant la maison du général Prem.

 

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La manifestation est dispersée par les autorités au prix de dizaines de blessés. Neuf leaders sont placés sous mandat d’arrêt et 87 sont emprisonnés. Le  mouvement doit alors élire de nouveaux dirigeants, dits de « seconde génération ».

 

Le 19 août 2007, la nouvelle constitution de la junte est approuvée par référendum.

 

6/ Après une campagne de 79 jours pour le « non » au référendum, le 23 août 2007, la DAAD devient le Front uni contre la dictature (UDD).  (26 juillet 2007- juillet 2009)


La « nouvelle » UDD  va alors manifester  contre la nouvelle constitution de 2007 et le  coup d’Etat. (Manifestations du 30 août 2007, du 2 septembre 2007, et du 19 septembre 2007).

  • La période 23 décembre 2007 - 17 décembre 2008.

7/ Mais en décembre 2007, la junte organise et perd des élections et  le 23 décembre 2007, les pro-Thaksin et les rouges retrouvent le pouvoir. Victoire du parti Pouvoir du Peuple (PPP, ex-Thai Rak Thai dissous en mai 2007) avec 233 sièges sur 480. Samak Sundaravej devient le nouveau 1er ministre.

 

2007.jpg

 

Les rouges au pouvoir vont devoir faire face à trois « oppositions » : la justice, la Cour Constitutionnelle, et les jaunes (PAD).

 

La justice qui, le 21 octobre 2008, condamne Thaksin à deux ans de prison pour conflit d’intérêt suite à l’achat par son épouse d’un terrain.


 Condamnation Thaksin


La Cour constitutionnelle qui va décider la destitution du nouveau premier ministre Samak

 

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le 9 septembre 2008 (le 18 septembre 2008 : Somchai Wongsawat, le beau-frère de Thaksin, devient le nouveau premier ministre),


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et le 2 décembre 2008 dissoudre les 3 partis politiques pro-Thaksin, à savoir « Pouvoir du Peuple » (Phalang Prachachon), Nation Thaie (Chat Thai) et Machatimatai pour fraude électorale.

 

Et les Chemises jaunes (le PAD)  qui vont de nouveau se mobiliser, avec le  28 mars 2008 le début de leurs manifestations à l’université de Thammasat. En mai 2008 ils exigent et obtiennent le 10 juillet la démission de Noppadon Pattama, ministre des Affaires étrangères, proche de Thaksin. Le 26 août, 35 000 opposants du PAD encerclent trois ministères du gouvernement, pénètrent dans les jardins du gouvernement. Le 7 octobre, des manifestants du PAD qui assiégeaient le parlement sont dispersés par la force (2 morts, 478 blessés). Les manifestations de Chemises jaunes se durcissent le 24 novembre 2008 avec l’occupation des aéroports de Don Muang et Suvanabhum à Bangkok.


 

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La Cour constitutionnnelle annonçant le 2 décembre 2008, la dissolution des 3 partis politiques pro-Thaksin au pouvoir,  Les jaunes décident le 3 décembre 2008, la fin de leur mobilisation après 193 jours de manifestations.

 

Le rappel de ces principaux événements permet de comprendre la stratégie et les manifestations de l’UDD « La famille de la Vérité aujourd’hui ». Manifestations contre la PAD (30 août), confrontation contre la PAD avec un mort et plus de 40 blessés (1er septembre), de soutien au gouvernement (31 août), de soutien à Thaksin ( avec une campagne de pétitions pour demander au roi un pardon pour Thaksin.)

 

Et le 13 décembre 2008, l’UDD a beau organiser une troisième manifestation sous le nom « La Vérité contre le coup d’État déguisé » avec environ 50 000 manifestants, le 17 décembre 2008, Abhisit et les démocrates prennent le pouvoir et les rouges se retrouvent dans l’opposition.

 

Manif jaunes 2008

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  • La période du 17 décembre 2008 jusqu’aux manifestations de Phan Fa/Ratchaprasong, et les « événements sanglants des 3 avril - 19 mai 2010 ».

 

Les manifestations des rouges à Sanam Luang.

 

Les rouges se mobilisent dès le 28-30 décembre 2008  pour bloquer le Parlement et empêcher Abhisit de prononcer son discours de politique générale, et ensuite le 31 janvier 2009 et le 24-27 février 2009 avec leurs revendications auprès du gouvernement. Ils lancent 8 mars 2009 une campagne de manifestations « Rouge sur toutes les terres » dans la plupart des grandes villes de province, et le 26 mars 2009, les chemises rouges organisent leur première grande manifestation à Sanam Luang, et sous l’impulsion de Thaksin, exigent le départ du gouvernement démocrate « illégitime ». ( Environ 20 000 manifestants).

 

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Le  Songkhran de sang. Les 10-13 avril 2009, le mouvement des chemises rouges va se durcir.

 

Ils prennent d’assaut le sommet de l’Asean à Pattaya, avec les membres de l’Asean ainsi que ceux de la Chine, de la Corée du Sud et du Japon à Pattaya.

Le sommet est annulé et tous les chefs d’État sont évacués par hélicoptère. La presse condamne unanimement la violence des Chemises rouges et les dommages causés à la réputation internationale de la Thaïlande.


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ET simultanément les rouges manifestent aussi à Bangkok, bloquant les principaux axes de la ville. L’Etat d’urgence est proclamé le 12 avril ; et l’armée procède à la dispersion des manifestants les 12-13 avril. Les affrontements font deux morts et au moins 113 blessés, dont 23 militaires. Cinq leaders des Chemises rouges sont arrêtés et emprisonnés.


Le 14 avril 2009, les dirigeants de l’UDD annoncent la fin des manifestations et se rendent aux autorités.

 

8/ L’UDD devient « UDD-Rouge sur toutes les terres» le  9 juillet 2009.

 

Mais les manifestations des chemises rouges vont reprendre dès le 25 avril 2009 et se poursuivre le 10 mai 2009,  le 24 juin 2009, les 27-28 juin 2009 (avec le début de la campagne de pétitions pour le pardon royal à Thaksin. (30 000 manifestants.)

 

 

Grace pour Thaksin


 

« Mais à la suite de l’échec d’avril 2009, les principaux dirigeants de l’organisation décident de rationaliser davantage le mouvement, de lui donner des lignes claires, un programme, des consignes, d’élaborer des stratégies, et de ne plus accepter sous sa bannière un certain nombre de courants rouges, notamment ceux appelant à la lutte armée. »

 

L’UDD convoque alors une réunion à Kanchanaburi les 7 et 8 juillet 2009, à l’issue de laquelle elle devient « UDD-Rouge sur toutes les terres» (9 juillet 2009).(Leaders de l’UDD, 3e génération (juillet 2009-décembre 2010)

 

 « Veera Musikapong

 

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annonce le changement de nom lors d’une conférence de presse depuis la station de télévision DStation, qui succède à PTV, dans le centre commercial Imperial Lat Prao (Bangkapi). Le président de l’organisation réformée est Veera Musikapong, son conseiller est Manit Chitchanklap, Nattawut devient porte-parole et les autres membres font partie du comité de l’UDD. »

 

À l’occasion de cette réunion à Kanchanaburi, une première action collective réunissant les différents groupes de Chemises rouges est planifiée.

 « La direction de l’UDD s’engage à assurer à l’avenir une plus grande unité au mouvement des Chemises rouges et fait publier un programme officiel en six points. Pour assurer la mise en application du programme sont créées des écoles de cadre de Chemises rouges pilotées par le comité central (leaders de Bangkok) à partir de septembre 2009. »  

 

Une campagne de pétitions pour obtenir la grâce royale de Thaksin est lancée, sous la supervision des « trois compères » (Nattawut, Jatuporn, Veera) de l’émission « La vérité aujourd’hui » (Cf. manifestations des 17-31 juillet en Province, à Bangkok le 17 août. plus de 3 millions de signatures sont recueillies). Cette idée est rejetée par l’aile la plus radicale du mouvement, qui opère une scission pour créer le groupe Siam Rouge, avec à sa tête Jakrapob Penkair


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et Surachai Danwattananusorn.


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Mais l’« UDD-Rouge sur toutes les terres», après la campagne menée pour obtenir la grâce royale de Thaksin, va manifester sur de nombreux fronts et avec des objectifs très différents jusqu’en mars 2010.

 

Cela ira de la lutte pour la démission de Kasit Piromya, ministre des Affaires étrangères ;   contre le coup d’Etat, contre Prem et pour en finir avec le « système ammat », pour le retour de la Constitution de 1997, la démission du général Surayud Chulanont du Conseil privé du roi,


 

Surayud black beret

 

 

la dissolution du parti Démocrate … (Cf. les dates et les objectifs de ces manifestations d’août 2009 à mars 2010 sont dans notre version détaillée).

 

En mars 2010, le mouvement va se radicaliser, après la Création du Centre de résolution des situations d’urgence (CRES) dirigé par Suthep Thaugsuban


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et la Promulgation de la loi de Sécurité intérieure (Internal Security Act) du 12 mars 2010.

 

Le 12 mars 2010, des convois de Chemises rouges viennent de tout le pays à Bangkok. Le 13 mars 2010 : « UDD-Rouge sur toutes les terres » ouvre sa grande manifestation à Phan Fa, dans le vieux Bangkok. Par vidéo conférence, Thaksin y appelle les Chemises rouges à renverser le gouvernement des élites. Les dirigeants de l’UDD demandent la dissolution du Parlement dans les 24 heures. Le nombre de manifestants est évalué à 150 000 personnes. Le 23 mars 2010 : l’armée bloque des accès au Parlement. Et les 28-29 mars 2010, les négociations sont infructueuses entre le gouvernement et les dirigeants des Chemises rouges (Weng Tojirakarn, Veera Musikapong et Jatuporn Prompan). (Cf. en note le détail des événements de mars 2010).

 

Le mouvement va alors se radicaliser pour aboutir aux événements sanglants de Phan Fa/Ratchaprasong, du « 3 avril 2010 - 19 mai 2010 », qu’ Eugénie Mérieau considère, nous l’avons vu, comme « un moment charnière de l’histoire des Chemises rouges en tant que mouvement social, constituant son mythe fondateur ». (Cf. article suivant)

 

vlcsnap-2013-08-12-07h17m12s56 

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Version longue. 

 

De 2006 aux manifestations de Phan Fa/Ratchaprasong du « 3 avril 2010 - 19 mai 2010 »


Si vous suivez quelque peu la situation politique de la Thaïlande, vous avez dû quelquefois vous demander ce que pouvait bien représenter ce mouvement politique majeur, qu’on appelle  « les chemises rouges », conscient qu’il représentait un acteur essentiel de la vie politique du pays, surtout après leur victoire électorale importante aux élections du 3 juillet 2011. L’étude d’Eugénie Mérieau, récemment parue en ce mois de juillet 2013, sous l’égide de l’IRASEC, intitulée Les Chemises rouges de Thaïlande, arrivait à point pour nous éclairer.*


« Cette étude, dit-elle, retrace les différents événements fondateurs du mouvement dit des Chemises rouges, depuis leur création embryonnaire à la veille du coup d’Etat du 19 septembre 2006,

 

Coup-d-etat-2006.jpg

 

jusqu’à leur écrasante victoire électorale du 3 juillet 2011. Offrant un examen détaillé des actions et des motivations des différentes organisations et groupuscules qui composent les Chemises rouges ».

L’étude apparaissait aussi comme la suite de notre 1er article de notre blog, qui rendait compte de l’étude intitulée : « Thaïlande, Aux origines d’une crise », écrite par Olivier Ferrari, Narumon Hinshiranan Arunotai, Jacques Ivanoff & Arnaud Leveau. **


Ils nous avaient, disions-nous alors,  permis de mieux comprendre la crise profonde que traverse la Thaïlande en rappelant que derrière le « combat » entre les « rouges » et les « jaunes » et les « événements sanglants des 3 avril - 19 mai 2010 », se profilait une « révolution  politique et sociale » qui remettait en cause fondamentalement le pouvoir politique et économique mis en place par les élites urbaines depuis les années 60, « habillé » par l'idéologie du Thaïness,


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qui définit ce qui est thaïlandais et ce qui ne l’est pas. » Il décrivait les forces en présence, la force de la thaïness qui « a servi aux «aristocrates» et aux élites urbaines des Thaïs siamois à construire « l’unité » de la Nation thaïe et à légitimer leur pouvoir sur le dos des identités régionales, que l’on considérait comme « cadettes » le plus souvent inférieures, incultes, « paysannes ».


L’article rappelait les événements politiques majeurs comme  le coup d’ Etat militaire du 19 septembre 2006, la victoire aux élections législatives du 23 décembre 2007 par les pro-Thaksin, puis les démissions « forcées » des 1ers ministres Samak et de Somchaï, avec les manifestations du PAD (les «jaunes») et la prise des aéroports de Suvarnabhumi et Don Muang et puis la dissolution de trois partis politiques du 2 décembre 2008 et la chute du gouvernement, avec la prise du pouvoir le 15 décembre 2008 par Abhisit … Il annonçait une véritable « révolution » politique, culturelle et sociale, qui a brisé le consensus, la Thaïness, le statut-quo ... et dont on a du mal à prévoir les bouleversements.

Il y eut, en effet « bouleversement ». L’étude d’Eugénie Mérieau ne peut que nous aider à mieux comprendre les acteurs de ce changement, de cette « révolution politique et sociale ».


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Elle structure les 168 pages de son étude, en 6 chapitres***. 1. Historique du mouvement des Chemises rouges. 2. Géographie des Chemises rouges. 3. Les trois piliers : le parti, l’organisation, les masses. 4. Ingénierie de mobilisation. 5. Articulation progressive d’un discours radical (à demi-mot). 6. Les Chemises rouges et la monarchie.

 

Elle choisit d’aborder son  étude des Chemises rouges par un récit des manifestations de Phan Fa/Ratchaprasong, du « 3 avril 2010 - 19 mai 2010 », « alors que le mouvement des Chemises rouges a déjà bientôt quatre ans, c’est pour deux raisons : tout d’abord, parce que les acteurs clés du mouvement se mettent en scène à Ratchaprasong ; ensuite parce que la répression sanglante de mai 2010 est un moment charnière de l’histoire des Chemises rouges en tant que mouvement social, constituant son mythe fondateur.

 

Mai-2010.jpg

 

Paysans et intellectuels, Bangkokiens et provinciaux, « opportunistes » et « idéalistes », différentes composantes du mouvement des Chemises rouges jusqu’alors relativement étrangères les unes aux autres, ont noué des solidarités indéfectibles à la faveur de la tragédie de mai 2010. Les futurs historiens de la Thaïlande choisiront peut-être d’enterrer la prophétie auto-réalisatrice des « deux démocraties » ****à Ratchaprasong, en 2010, qui constitue à ce jour la plus grande manifestation pro-démocratique de l’histoire du pays.

 

Aussi, estimant de même, que les événements de mai 2010 à Bangkok sont sinon le mythe fondateur, du moins un moment clé de l’histoire de la Thaïlande et des « chemises  rouges », nous vous proposons deux articles :

 

  • De la chute de Thaksin en 2006 aux manifestations de mars 2010.
  • Des  manifestations de Phan Fa/Ratchaprasong, du « 3 avril 2010 - 19 mai 2010 » à la victoire de Yingluck Shinawatra (Phuea Thai), le 3 juillet 2011.

1. Historique du mouvement des Chemises rouges. 

L’étude nous confirme que les Chemises rouges est un mouvement social qui comprend  plusieurs composantes, qui regroupe paysans et intellectuels, Bangkokiens et provinciaux, « opportunistes » et « idéalistes ».Ces différentes composantes n’ayant pas forcément la même conception de leur action politique, ni les mêmes objectifs, surtout dans leur rapport à Thaksin, à l’aristocratie royaliste, et au roi.

 

En effet, depuis le coup d’État de septembre 2006 à la première manifestation officielle de Chemises rouges sous les auspices de PTV (People’s TV) en mars 2007 à Bangkok, Eugénie Mérieau signale qu’au moins sept groupes méritent d’être mentionnés :

 

1/ le « Réseau du 19 septembre contre le coup d’État ». 2/ « Les Gens du samedi contre la dictature ». 3/ le groupe « Révolution citoyenne ». 4/ la « Fédération démocratique ». 5/ « Les Amis de la Constitution de 1997 ». 6/ le « Groupe du 24 juin démocratique ». 7/ les« Radios communautaires des gens qui aiment les taxis ».


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Le « au moins sept groupes méritent d’être mentionnés », en suggère évidemment davantage et indique la complexité et la difficulté de clarifier, surtout qu’un tableau p.142 en nomme 16, et que sa chronologie  signale le 18 mai 2007 la création du « Front populaire uni contre le coup d’État » par 22 organisations opposées au coup d’État.

 

La tâche n’est donc  pas aisée pour clarifier, au vu du nombre des acteurs et des manifestations, et de l’évolution du mouvement des chemises rouges.

 

Il faut choisir. Le sommaire propose trois périodes :

 

« 1 - De la Caravane des pauvres aux groupuscules bangkokiens (2006-2007) 2 - Des grandes manifestations de People’s TV au Songkhran de sang (2007-2009). 3 - L’UDD-Rouge sur toutes les terres (2009-…) ».

 

Nous verrons comment les différents mouvements «rouges «  et opposants au coup d’Etat de 2006 vont s’organiser, évoluer, réagir dans leur lutte contre la junte et après le 15 décembre 2008 contre le gouvernement Abhisit. (Cf. un rappel chronologique des événements en note *****).

 

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En voici notre lecture particulière, avec nos recompositions, commentaires et interrogations : et la nécessité de rappeler le contexte politique, tant le mouvement des rouges s’organise, évolue en fonction des décisions et des actions des auteurs du coup d’Etat militaire et des opposants dont les plus organisés sont connus sous le nom de « jaunes ».

 

Mais il n’est pas inutile de rappeler le contexte politique :


L’avènement de Thaksin au pouvoir

 

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a mis en évidence la grande fracture qui divise la société thaïlandaise entre les masses rurales du nord et du nord-est et ouvriers d'un côté,  et les élites de la capitale de l'autre (aristocratie, milieux d’affaires, cadre supérieurs).

 

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Elle a engendré un combat que l’on a souvent présenté, dès 2006, comme le combat entre les jaunes (le PAD) contre les chemises rouges, Bangkok contre la Province paysanne, Thaksin et les différents avatars de son parti, contre Bangkok avec ses élites aristocratiques et ses milieux d’affaires.


La politique de Thaksin et son « style » ont  été perçus par beaucoup contre une remise en cause des pouvoirs établis (militaire, aristocratie, milieux d’affaire et classes supérieures de Bangkok, et même du pouvoir royal). Elle était à l’inverse, appréciée par les milieux ruraux du nord et du Nord-Est. En 2005, les opposants de Thaksin à Bangkok vont lancer des manifestations de rue sous la bannière de l’Alliance populaire pour la démocratie (le PAD, les jaunes). On reproche également à Thaksin son affairisme, alors que la Constitution interdit à tous les élus du parlement de poursuivre une activité économique.


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La tension est à son comble, lorsqu’en janvier 2006, Thaksin vend sa Compagnie Shin Corp, à un trust de Singapour, et qu’on apprend  que la  valeur de l'entreprise a quadruplé depuis que Thaksin est au pouvoir et que l'entreprise n'a jamais payé d'impôts. Thaksin se voit accusé de corruption et d’abus de pouvoir et des manifestations à Bangkok réclament sa démission. Thaksin contesté, se voit contraint de dissoudre le parlement le 24 février 2006, et annonce les élections anticipées pour le 2 avril 2006.


« La première manifestation de soutien à Thaksin a lieu après la dissolution du parlement (24 février) », mais les partis d’opposition (le parti démocrate, le Chart Thai (CTP), et Malachon) décident de boycotter ces élections et  Les Chemises jaunes refusent la solution électorale, et en appellent à la désignation par le roi d’un Premier ministre


Le 2 avril 2006, Thaksin remporte les élections avec 56% des suffrages, mais la Cour Constitutionnelle invalide les élections le 8 mai et ordonne de nouvelles élections. Le 23 juin, la Commission électorale saisit la Cour constitutionnelle pour demander la dissolution du TRT, le parti de Thaksin, pour fraude électorale. Au début août le Sud est marqué par la violence (fusillades, attentats à la bombe) et on découvre le 23 août une voiture piégée près du domicile de  Thaksin, qui parle de tentative d’assassinat par une faction de l’armée. 


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Thaksin est finalement renversé par un coup d’Etat militaire, mené par le général Sonthi Boonyaratglin le 19 septembre 2006.  


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A - De la Caravane des pauvres aux groupuscules bangkokiens. (2006-2007) 

 

Deux mouvements de défense de Thaksin et de son parti, le Thai Rak Thai (« les Thaïlandais aiment les Thaïlandais »), vont émerger au début de 2006.

 

 A1. Le premier est constitué de populations rurales du Nord et du Nord-Est du pays, la « Caravane des pauvres » (Kharawan khon chon) animé par le vétéran de la politique Newin Chidchob, alors membre du Thai Rak Thai.

 

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et le second, des conducteurs de taxi et de mototaxi de Bangkok et des alentours, sous le nom « Association de défense des intérêts des taxis » (Klum samakhom phithak phon prayot phu khap thaeksi). mené par Shinawat Haboonpat, propriétaire, et utilisant les radios de ces taxis pour défendre Thaksin. (Qui deviendra Les « Radios communautaires des amis des taxis » (wittayu chumchon khon rak thaeksi).

 

Ils vont s’allier pour ouvrir un « Village de la Caravane des pauvres » (Muban kharawan khon chon) à Chatuchak le 18 mars 2006, pour soutenir Thaksin et encourager l’organisation d’élections démocratiques, face aux Chemises jaunes qui manifestent depuis fin 2005 pour réclamer la démission de Thaksin.

« Après plusieurs jours de campement, le « village » se vide et les manifestants retournent dans leurs provinces pour voter aux élections anticipées du 2 avril 2006. »

 

19 septembre 2006 : Coup d’État militaire mené par le général Sonthi Boonyaratklin contre Thaksin Shinawatra.

 

A2. Certains mouvements vont se créer pour réagir contre le Coup d’Etat, qui ne sont pas tous forcément tous pro-Thaksin.

 

On voit des jeunes de Bangkok fonder le « Réseau du 19 septembre contre le coup d’État » comme Sombat Boongamanong

 

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ou Chotsak Onsoong, pour la plupart hostiles à Thaksin.

Ils organisent diverses manifestations dans Bangkok, qui dans les premiers temps ne réunissent rarement plus de 50 personnes, notamment les « assemblées du dimanche » Leur première manifestation à Sanam Luang date du 10 décembre 2006. (Environ 1 000 personnes s’y réunissent).

 

On voit assez vite apparaître la nécessité de se définir par rapport à Thaksin, et le groupe « Révolution citoyenne » (Klum phonlamueangphiwat) naît d’une scission au sein du groupe le « Réseau du 19 septembre contre le coup d’État »  créé par son dirigeant Sombat Bunngamanong.

Le groupe aura un rôle de leader dans la campagne contre la Constitution de 2007 et développera de nombreux outils de mobilisation qui constitueront par la suite des éléments identitaires non négligeables pour le mouvement des Chemises rouges (comme le choix de la couleur rouge).

 

A3.  Une nouvelle forme de lutte : les réseaux sociaux de Bangkok. 

 

  • Les élites et la classe moyenne de Bankgkok sont en grande majorité opposés à Thaksin ( le style de l’homme, sa politique et ceux qu’ils représentent). « En effet, à partir de 2005, la classe moyenne de Bangkok est en grande majorité anti- Thaksin. Qui soutient le Premier ministre est, dans le monde de l’entreprise bangkokienne, minoritaire pour ne pas dire stigmatisé. »

 

Les réseaux sociaux vont permettre aux « minoritaires » de sortit de leur isolement, se reconnaître, s’organiser. Ainsi « Les Gens du samedi contre la dictature » (khon wan sao mai ao phadetkan) se rencontrent sur les forums sociaux, celui de Pantip, abritant le forum « la chambre de Ratchadamnoen ».

 

La junte verra le danger de ses nouvelles formes de lutte et l’un de ses premiers actes au lendemain du coup d’État sera de fermer les forums Internet. La chambre de Ratchadamnoen est bloquée, ainsi que de nombreux autres sites critiquant le Conseil de la sécurité nationale.


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Mais le cyber world réagit vite, et les internautes se retrouvent rapidement sur d’autres forums comme le « Week end Corner », site anti-coup d’État et pro-Thaksin, regroupant des éléments divers qui ne se connaissent que sous leurs pseudonymes ou login, et qui souvent n’assument pas leurs opinions politiques au grand jour.

 

« L’organisation n’a, à ses débuts, en novembre 2006, qu’un seul orateur, Suchat Nakbangsai, qui, perché sur un petit tabouret en plastique avec son mégaphone, s’adresse à une audience n’atteignant pas les 50 membres. Mais peu à peu le mouvement s’organise, imprime un journal, grave des CDs, organise une campagne de pétitions pour exiger la démission du général Prem, Premier ministre de 1980 à 1988 et actuel président du Conseil privé du roi.

Le groupe développe ses argumentaires contre la « Prematocratie » (Premmathipatai), dénonçant le rôle joué par Prem dans le coup d’État de 2006, forme de nouveaux orateurs, s’agrandit progressivement. L’esplanade de Sanam Luang devient, tous les samedis, un rendez-vous de plus en plus incontournable pour ceux qui s’opposent au coup d’État. »


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A4. « La Fédération démocratique », « Les Amis de la Constitution de 1997 », Le  « Groupe du 24 juin démocratique ». 

 

On peut distinguer ces groupes mieux armés politiquement, plus radicaux parfois. Les deux premiers sont dirigés par « d’anciens communistes ». Ils ont donc une expérience de lutte ; certains ont combattus dans les maquis. (Cf. notre article sur « Chit Phumisak »).

 

 

Le « Groupe du 24 juin démocratique » «  (yisip si mithuna prachathipatai) est un groupuscule radical. Ses membres considèrent qu’il est temps d’achever la révolution du 24 juin 1932 qui a aboli la monarchie absolue sans pour autant mettre en place une véritable monarchie constitutionnelle. Son leader principal, Somyot Phrueksakasemsuk, sera bientôt arrêté et emprisonné pour lèse-majesté. »

 

« La Fédération démocratique » (samaphan prachathipatai) est une organisation créée en 1992 contre le gouvernement militaire du général Suchinda Krapayoon. En 2006, elle renaît de ses cendres, après le coup d’Etat militaire, avec un leadership renouvelé à la fois très prometteur et très expérimenté : Thida Thavornseth,


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future présidente de l’UDD et son mari Weng Tojirakarn, futur député du Phuea Thai.

 

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Tous deux sont d’anciens communistes ayant vécu de nombreuses années dans les camps d’entraînement en forêt.

 

« Les Amis de la Constitution de 1997 » (phuean ratthathamanun sisun), est un groupe créé avant le coup d’État, a été actif dans la mobilisation pour l’organisation d’élections après le vote de la Constitution de 1997. Son leader, Jaran Ditapichai, est également un ancien communiste.

 

En dehors de ces sept groupes, dit Eugénie Mérieau,  on peut mentionner les « Colombes blanches » (Pirab khao) de l’ancien étudiant de l’université de Ramkhamhaeng, Noparut Worachitwuthikul, et le « Dôme rouge » (Dome daeng) d’Uchane Chiangsaen.

 

                                               ___________________________

 

B - Des grandes manifestations de People’s TV au Songkhran de sang (2007-2009). 

 

B.1/. En 2007, le mouvement s’organise, des alliances successives s’opèrent. Un front se crée.

 

« À partir de mars 2007, les organisations pré-citées s’allient dans « Huit organisations contre la dictature ». Elles se répartissent les tâches de la manière suivante : chaque organisation, ou couple d’organisations, organise à tour de rôle un évènement à laquelle elle convie les autres.

 

L’alliance s’agrandit progressivement, passant à 12 en avril, à 18 puis à 22 organisations en mai 2007. Le 18 mai est finalement créé « le front anti coup d’État ».

 

Les mots d’ordre sont clairs :

 

1/ Renverser la Constitution; 2/ Faire tomber le gouvernement militaire; et 3/ Éliminer le système ammat (domination des élites traditionnelles).

 

B.2/ Mais c’est la chaine de télévision People’s TV  qui va populariser le mouvement d’opposition à la junte et ses alliés et organiser de grandes manifestations. 

 

PTV est une chaîne de télévision dans laquelle s’exprimaient des hommes politiques du parti Thai Rak Thai à l’époque du gouvernement de Thaksin. Lorsque la junte s’empare du pouvoir, elle ordonne la fermeture de la chaîne de télévision. Dans un premier temps, les membres de PTV, Veera Musikapong, Nattawut Saikua, Jatuporn Prompan et Jakrapob Penkair, ne s’expriment pas. Ce n’est qu’au début de 2007 qu’ils manifestent publiquement leur opposition au coup d’Etat.

 

La première grande manifestation de PTV a lieu le 23 mars 2007 sur l’esplanade de Sanam Luang et réunit environ 3 000 personnes. La seconde, le 30 mars, en compte environ 4 000.

 

« PTV organise ensuite des manifestations tous les dimanches, et voit ses effectifs augmenter toutes les semaines alors que les différents groupes anti-coup d’État se joignent progressivement à PTV, chacun installant à Sanam Luang son stand particulier en fonction de sa spécialité : pour la démission du Général Prem (stand des « Gens du samedi contre la dictature), contre la Constitution de 2007 (stand de Révolution citoyenne), etc.

PTV organise sa neuvième manifestation, mobilisant plus de 5 000 partisans, le 2 juin 2007, quelques jours après la décision de la Cour constitutionnelle d’interdire aux 111 membres du comité de direction du Thai Rak Thai toute activité politique pendant cinq ans.

 

B.3/ Le 6 juin 2007, PTV et le front des organisations anti-coup d’État s’allient et créent l’Alliance démocratique anti-dictature ou DAAD.  

 

 « Des dirigeants représentants des différentes organisations sont alors élus à la tête de la DAAD, au nombre de neuf – Veera Musikapong, le vétéran de la première génération, serait allé consulter un voyant (mo du) qui lui aurait conseillé le chiffre porte-bonheur de neuf. Le président, Manit Chitchanklap,


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est un ancien juge de la Cour suprême, Veera Musikapong, représentant de PTV, Viputhaleng Pattanphumthai, représentant des « Gens du samedi contre la dictature », Weng Tojirakan de la Fédération démocratique, Shinawat Haboonpat du groupe des « Radios communautaires des amis des taxis » ainsi que les représentants de l’aile dure du Col. Dr Apiwan Wiriyachai et de Chupong Teetuwon. Par la suite, deux autres personnes sont désignées leaders du mouvement : Jaran Ditapichai, le représentant du groupe « Les Amis de la Constitution de 1997 » et membre de la Commission nationale des droits de l’Homme, et Pratip Eungsongtham-hata de l’Alliance démocratique. »

 

Ainsi la DAAD est une fédération d’organisations de la société civile (leurs dirigeants ne sont pas membres de partis politiques) mais dirigée par les hommes politiques issus du Thai Rak Thai, PTV. En effet, PTV, de par ses ressources, son réseau politique et la popularité de ses orateurs, mène la DAAD.

 

 Toujours est-il que sous son nouveau nom, la DAAD réussit à réunir dans ses différentes manifestations organisées avant le référendum sur la Constitution de 2007, de 5 000 à 15 000 personnes à Bangkok.

 

  • La campagne contre la Constitution de 2007 (mars 2007-août 2007). Le référendum.

 

« Le crédit de cette campagne – perdue

– qui débute le 1er mars 2007, est à accorder à Sombat Boongamanong

 

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durant laquelle il a développé de nombreux outils de travail qui deviendront par la suite indispensables au mouvement des Chemises rouges. Le projet, géré comme un programme d’ONG, s’appelle « Thais say no » (« les Thais disent non »). Il possède un logo, un site web, des autocollants, une couleur, le rouge qui signifie « non à la Constitution ».  Sur ce dernier point, Sombat aurait en effet étudié les campagnes de « non à la Constitution » dans différents pays et en aurait conclu que la couleur associée était inévitablement le rouge. C’est à partir de ce moment que les manifestants vont se mettre à porter du rouge, d’où leur futur nom de Chemises rouges. »

 

 

B. 4/ De la DAAD à l’UDD (juin 2007-septembre 2007). 

 

11 juillet 2007 : Lancement de la campagne pour le « non » au référendum par l’organisation d’un séminaire public devant les bureaux de la Commission électorale sur le thème « Le référendum et les droits et libertés du peuple », campagne menée par le « Réseau du 19 septembre contre le coup d’État », l’Université de Minuit (Chiang Mai), la « Fédération des Étudiants de Thaïlande » et « Révolution citoyenne ».

 

L’une des manifestations fondatrices du mouvement des Chemises rouges est celle du 22 juillet 2007 devant la maison du général Prem.

 

« Les leaders de la DAAD mènent ce jour-là un convoi de manifestants devant la résidence du président du Conseil privé du roi, à Si Sao Thewet, à Bangkok, pour demander sa démission. Les dirigeants des Chemises rouges galvanisent les manifestants aux cris de « nous resterons jusqu’à la victoire » tout en interdisant un passage en force des manifestants. »

 

La manifestation est dispersée par les autorités au prix de dizaines de blessés. Neuf leaders sont placés sous mandat d’arrêt et 87 sont emprisonnés.

(Veera Musikaphong, Jatuporn Prompan, Jakrapop Penkair, Nattawut Saikua, Weng Tojirakarn, Viphuthaleng Pattanphumthai, Apiwan Weereeyachai, Jaran Ditapichai, et Manit Jitchanklap).


Après l’arrestation de ces 9 principaux leaders, après le 22 juillet, le  mouvement doit alors élire de nouveaux dirigeants, dits de « seconde génération ».

  

B. 5/ Après une campagne de 79 jours pour le « non » au référendum, le 23 août 2007, la DAAD devient le Front uni contre la dictature (UDD). ( 26 juillet 2007- juillet 2009) 

 

 « Le président est le Dr Metaphan Phothithirarot, et les membres du comité de direction regroupent des personnes venues d’horizons divers, comme Surachai Danwattananusorn,


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vétéran révolutionnaire à la casquette kaki, ou Sombat Boongamanong, jeune militant associatif adepte des réseaux sociaux. »

Leaders de l’UDD, 2e génération (juillet 2007- juillet 2009) : 1 Dr Metaphan Phothithirarot (Président) 2 Surachai Danwattananusorn 3 Pratip Eungsongtham-hata 4 Shinawat Haboonpat 5 Sangsern Sri Unruean 6 Worawuth Thanangkorn (Suchat Naksanbai) 7 Sombat Boongamanong 8 Kokaew Pikulthong 9 Somyot Prueksakasemsuk.


Le 19 août 2007, lors du premier référendum de l'histoire du pays, les Thaïlandais ont approuvé, avec une majorité de 58,34 % et un taux de participation de 55 %, la nouvelle Constitution qui selon la junte devrait permettre la tenue d'élections législatives et le retour de la démocratie. (wikipédia)


La « nouvelle » UDD  va alors manifester  contre la nouvelle constitution de 2007 et le  coup d’Etat.


30 août 2007 : Manifestation organisée par l’UDD devant le Parlement à l’occasion de la célébration de l’adoption de la nouvelle Constitution. 2 septembre 2007 : Célébration, organisée par l’UDD, des « 10 millions de voix contre la Constitution de 2007 » à Sanam Luang. 19 septembre 2007 : Manifestation de l’UDD à Sanam Luang pour marquer l’anniversaire du coup d’État et exiger la fin de la loi martiale.

En décembre 2007, la junte organise des élections comme elle l’avait promises.

 

C. 23 décembre 2007 - 17 décembre 2008. Retour au pouvoir des pro-Thaksin et des rouges.

 

Le 23 décembre 2007 : Élections législatives et victoire du parti Pouvoir du Peuple (PPP, ex-Thai Rak Thai) avec 233 sièges sur 480. Samak Sundaravej devient le nouveau 1er ministre. Son parti Phalang Prachachon, successeur du Thai Rak Thai dissous en mai 2007, forme une coalition qui lui offre le confort d’une majorité absolue à la chambre basse.

 

Les jaunes contre les rouges. 


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Les rouges étant de retour au pouvoir, les Chemises jaunes vont de nouveau se mobiliser en mai 2008 pour exiger la démission de Noppadon Pattama, ministre des Affaires étrangères, proche de Thaksin, qu’ils obtiennent le 10 juillet. Le 26 août, 35 000 opposants du PAD encerclent trois ministères du gouvernement, pénètrent dans les jardins du gouvernement. Le 7 octobre, des manifestants du PAD qui assiégeaient le parlement sont dispersés par la force (2 morts, 478 blessés).

 

Les Chemises rouges vont alors contre-manifester :

 

11 octobre 2008 : Première manifestation dite de « La famille de la Vérité aujourd’hui » à Thunder Dome, Muang Thong Thani, Nontaburi(banlieue de Bangkok) pour commémorer la promulgation de la Constitution de 1997. Environ 10 000 manifestants. 1er novembre 2008 : Seconde manifestation de « La famille de la Vérité aujourd’hui » (UDD) au stade de Rajamangala. Annonce du lancement d’une campagne de pétitions pour demander au roi un pardon pour Thaksin. Entre 20 000 et 80 000 manifestants

 

Les manifestations de Chemises jaunes s’intensifient le 24 novembre 2008 avec l’occupation des aéroports de Don Muang et Suvanabhumi à Bangkok. LÉtat d’urgence à Bangkok est proclamé le 27 novembre 2008.


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Le 30 novembre 2008 : Début des manifestations devant l’Hôtel du Gouvernement de « La famille de la Vérité aujourd’hui » (UDD) contre la dissolution du Pouvoir du Peuple par la Cour constitutionnelle, sous le nom « Pas de nouveau coup d’État par la Cour constitutionnelle ». Environ 10 000 manifestants.

 

Décembre 2008. Les « coups d’Etat constitutionnels » de la Cour Constitutionnelle va provoquer la chute du gouvernement pro-Thaksin et l’arrivée au pouvoir d’ Abhisit et des démocrates.

 

(rappel : 21 octobre 2008 : Condamnation de Thaksin à deux ans de prison )

 

Le 2 décembre 2008, la Cour Constitutionnelle, qui avait « démissionné » le 1er ministre Samak le 9 septembre 2008, pour une participation à une émission TV sur la cuisine,  destitue son successeur, Somchaï (beau-frère de Thaksin), et décide la dissolution, pour fraude électorale, des trois partis politiques (pro-Thaksin) (Pouvoir du Peuple (Phalang Prachachon), Nation Thaie (Chat Thai) et Machatimatai) avec l’interdiction à ses dirigeants de toute activité politique pendant 5 ans. Le gouvernement chute.

 

3 décembre 2008 : La PAD déclare victoire et annonce la fin de sa mobilisation après 193 jours de manifestations.

 

7 décembre 2008 : La plupart des députés du parti Pouvoir du Peuple dissous rejoignent le parti fraîchement créé, « Pour les Thais » (Phuea Thai). La faction de Newin Chidchob ne suit pas ses collègues et décide de créer le parti Bhumjaithai qui soutiendra Abhisit Vejjajiva et le parti Démocrate.

 

Et même si le 13 décembre 2008 : « La famille de la Vérité aujourd’hui » (UDD) organise une troisième manifestation sous le nom « La Vérité contre le coup d’État déguisé » à Supachalasai Stadium, avec environ 50 000 manifestants, le 17 décembre 2008 Abhisit Vejjajiva, leader du parti Démocrate, devient le 27e Premier ministre du pays. Les rouges se retrouvent dans l’opposition.

 

                                               ________________________

 

 

D. Un nouveau contexte politique :   la prise du pouvoir le 17 décembre 2008 par Abhisit Vejjajiva, leader du parti Démocrate. 

 

D1. Les manifestations des rouges à Sanam Luang :

 

28-30 décembre 2008 : Quatrième manifestation de « La famille de la Vérité aujourd’hui » (UDD) à Sanam Luang et blocage du Parlement pour empêcher Abhisit de prononcer son discours de politique générale. Plusieurs milliers de manifestants. 31 janvier 2009 : Cinquième manifestation de « La famille de la Vérité aujourd’hui » (UDD) à Sanam Luang, sous le nom « Rouge sur toutes les terres ». 20 000 manifestants. 24-27 février 2009 : Sixième manifestation de « La famille de la Vérité aujourd’hui » (UDD) à Sanam Luang et marche jusqu’à l’Hôtel du gouvernement pour recevoir la réponse du gouvernement sur les 4 revendications. Promesse de créer un front uni rouge « sur toutes les terres » et de manifester en continu. Pics de participation à hauteur de 10 000 manifestants. 8 mars 2009 : Début d’une campagne de manifestations « Rouge sur toutes les terres » dans la plupart des grandes villes de province.

 

Le 26 mars 2009, les chemises rouges organisent leur première grande manifestation à Sanam Luang. Sous l’impulsion de Thaksin, les Chemises rouges exigent le départ du gouvernement démocrate « illégitime ». ( Environ 20 000 manifestants).

 

En avril 2009, le mouvement des chemises rouges va se durcir et déboucher sur ce qu’on va appeler le Songkhran de sang.

 

D2. Premières violences fondatrices : le  Songkhran de sang. Le sommet de l’Asean à Pattaya des 10-11 avril, et les événements du 10 avril 2009 à Bangkok. 

 

8 avril 2009 : Manifestation devant la maison de Prem à Si Sao Thewet. 9 avril 2009 : Manifestations simultanées dans divers endroits de la ville de Bangkok, notamment au Monument de la Démocratie et au Monument de la Victoire.

 

Les 10-11 avril, les Chemises rouges prennent d’assaut le sommet de l’Asean avec les membres de l’Asean ainsi que ceux de la Chine, de la Corée du Sud et du Japon à Pattaya où les attendent des Chemises bleues pro-gouvernementales.

Le sommet est annulé et tous les chefs d’État sont évacués par hélicoptère. La presse condamne unanimement la violence des Chemises rouges et les dommages causés à la réputation internationale de la Thaïlande. Déclaration de l’état d’urgence à Pattaya et Chonburi.

 

A Bangkok, les 12-13 avril des affrontements font deux morts et au moins 113 blessés, dont 23 militaires. C’est leSongkhran de sang.

 

12 avril 2009 : Déclaration de l’État d’urgence à Bangkok; blocage par les manifestants des principaux axes de la ville. Arrestation d’Arisman Pongruangrong. 13 avril 2009 : Début de la dispersion des manifestants par l’armée. Les affrontements à Bangkok font 2 morts et une centaine de blessés.


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« Cinq leaders des Chemises rouges sont arrêtés et emprisonnés, il s’agit des deux leaders les plus populaires, à savoir Nattawut Saikua et Jatuporn Promparn, ainsi que l’ancien communiste, Weng Tojirakan, le président de l’UDD, Veera Musikapong, et Suporn Attawong. Jatuporn, bénéficiant de l’immunité parlementaire obtient sa libération provisoire sous caution, Arisman, arrêté à Pattaya, est également libéré. Quant à Nattawut et Veera, ils seront libérés peu de temps après. »

 

14 avril 2009 : Les dirigeants de l’UDD annoncent la fin des manifestations et se rendent aux autorités.

  

17 avril 2009 : Tentative d’assassinat à Bangkok de Sonthi Limthongkul (leader des jaunes). 


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E. L’UDD devient « UDD-Rouge sur toutes les terres» le  9 juillet 2009.

 

À la suite de l’échec d’avril 2009, les principaux dirigeants de l’organisation décident de rationaliser davantage le mouvement, de lui donner des lignes claires, un programme, des consignes, d’élaborer des stratégies, et de ne plus accepter sous sa bannière un certain nombre de courants rouges, notamment ceux appelant à la lutte armée. Mais les manifestations des chemises rouges vont reprendre dès le 25 avril 2009.

  

25 avril 2009 : Première manifestation des Chemises rouges après le Songkhran de sang. Lâcher de ballons blancs et recueillement en hommage aux victimes des affrontements du 13 avril. Environ5 000 manifestants à Sanam Luang. 10 mai 2009 : Septième manifestation « La famille de la Vérité aujourd’hui » (UDD) à Don Muang, Bangkok. 20 000 manifestants. 24 juin 2009 : Une partie des Chemises rouges, sous la direction de Somyot Phreuksakasemsuk, Jaran Ditapichai et Sonsern Sriounruan se réunit pour « le retour de la démocratie et jour national thaïlandais » en l’honneur des 77 ans du renversement de la monarchie absolue 27-28 juin 2009 : Huitième manifestation « La famille de la Vérité aujourd’hui » (UDD) à Sanam Luang, début de la campagne de pétitions pour le pardon royal à Thaksin. 30 000 manifestants.

 

L’UDD convoque alors une réunion à Kanchanaburi les 7 et 8 juillet 2009, à l’issue de laquelle elle devient « UDD-Rouge sur toutes les terres» (9 juillet 2009).(Leaders de l’UDD, 3e génération (juillet 2009-décembre 2010)

 

Répondent présents les principaux leaders rouges notamment Veera Musikapong, Jatuporn Prompan, NattawutSaikua, Shinawat Hanboonpat, Manit Chitchanklap, Weng Tojirakan, et Arisman Pongruangrong.

 

« Veera Musikapong annonce le changement de nom lors d’une conférence de presse depuis la station de télévision DStation, qui succède à PTV, dans le centre commercial Imperial Lat Prao (Bangkapi). Le président de l’organisation réformée est Veera Musikapong, son conseiller est Manit Chitchanklap, Nattawut devient porte-parole et les autres membres font partie du comité de l’UDD. »

 

À l’occasion de cette réunion à Kanchanaburi, une première action collective réunissant les différents groupes de Chemises rouges est planifiée.

 

« La direction de l’UDD s’engage à assurer à l’avenir une plus grande unité au mouvement des Chemises rouges et fait publier un programme officiel en six points. Pour assurer la mise en application du programme sont créées des écoles de cadre de Chemises rouges pilotées par le comité central (leaders de Bangkok) à partir de septembre 2009. (Cf. article suivant)

 

Une campagne de pétitions pour demander au roi une grâce pour Thaksin, sous la supervision officielle des « trois compères »(Nattawut, Jatuporn, Veera) de l’émission « La vérité aujourd’hui » est lancée.


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Cette idée est rejetée par l’aile la plus radicale du mouvement, qui opère une scission pour créer le groupe Siam Rouge, avec à sa tête Jakrapob Penkair et Surachai Danwattananusorn.

 

La campagne pour obtenir la grâce royale de Thaksin. 

 

17-31 juillet 2009 : Manifestations en province dans le cadre de la campagne de pétitions pour le pardon royal. 17 août 2009 : Manifestation à Sanam Luang et marche jusqu’au Palais Royal pour soumettre une pétition de pardon royal pour Thaksin comportant plus de 3,5 millions de noms. Plus de 30 000 manifestants. Poursuit son action le 17 octobre 2009 : « UDD-Rouge sur toutes les terres » manifeste devant l’Hôtel du Gouvernement pour s’enquérir des progrès dans le traitement de la pétition de pardon royal. 10 000 manifestants.

 

 

Mais l’« UDD-Rouge sur toutes les terres», après la campagne menée pour obtenir la grâce royale de Thaksin jusqu’au 17 août 2009, va manifester sur de nombreux fronts et des objectifs très différents jusqu’en mars 2010, où le mouvement va se radicaliser, pour aboutir aux événements de Phan Fa/Ratchaprasong, du « 3 avril 2010 - 19 mai 2010 ».

 

Cela ira de la lutte pour la démission de Kasit Piromya, ministre des Affaires étrangères ;  contre le coup d’Etat, contre Prem et pour en finir avec le « système ammat », pour le retour de la Constitution de 1997, la démission du général Surayud Chulanont  du Conseil privé du roi, la dissolution du parti Démocrate … et les grandes manifestations en mars 2010 à Bangkok, après la Création du Centre de résolution des situations d’urgence (CRES) dirigé par Suthep Thaugsuban et la Promulgation de la loi de Sécurité intérieure (Internal Security Act) du 12 mars 2010.

(Cf. les dates et les objectifs de ces manifestations d’août 2009 à mars 2010 en note******) 

  

En mars 2010, le mouvement va se radicaliser.  

(Cf. les différentes manifestations en note*******)

 

Le 12 mars 2010, des convois de Chemises rouges viennent de tout le pays à Bangkok. Le 13 mars 2010 : « UDD-Rouge sur toutes les terres » ouvre sa grande manifestation à Phan Fa, dans le vieux Bangkok. Par vidéo conférence, Thaksin y appelle les Chemises rouges à renverser le gouvernement des élites. Les dirigeants de l’UDD demandent la dissolution du Parlement dans les 24 heures. Le nombre de manifestants est évalué à 150 000 personnes. Le 23 mars 2010 : l’armée bloque des accès au Parlement. Et les 28-29 mars 2010 : les négociations sont infructueuses entre le gouvernement et les dirigeants des Chemises rouges (Weng Tojirakarn, Veera Musikapong et Jatuporn Prompan) à l’Institut du Roi Prajadhipok, à Bangkok. (Cf. en note le détail des événements de mars 2010)

 

Le mouvement va se radicaliser pour aboutir aux événements sanglants de Phan Fa/Ratchaprasong, du « 3 avril 2010 - 19 mai 2010 ». (Cf. article suivant)


 

 bangkok-en-ffeu

 

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*Eugénie Mérieau, Les Chemises rouges de Thaïlande, Carnet de l’Irasec / Occasional Paper n° 23. ISBN 978-616-7571-16-4, juillet 2013.

 

L’auteur

Eugénie Mérieau est doctorante à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO), diplômée de cette même institution en siamois ainsi que titulaire d’un Master de l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po), mention « Affaires internationales-Conflits et sécurité ».

 

**Olivier Ferrari, Narumon Hinshiranan Arunotai, Jacques Ivanoff & Arnaud Leveau, « Thaïlande, Aux origines d’une crise », Carnet n°13 de l’Institut de recherche sur l’Asie du sud-est (IRASEC) http://www.alainbernardenthailande.com/article-pour-comprendre-la-crise-actuelle-la-thainess-63516349.html


***168 pages divisées en 6 chapitres : Introduction : Ratchaprasong (3 avril 2010 - 19 mai 2010). 1. Historique du mouvement des Chemises rouges. 2. Géographie des Chemises rouges. 3. Les trois piliers : le parti, l’organisation, les masses. 4. Ingénierie de mobilisation. 5. Articulation progressive d’un discours radical (à demi-mot). 6. Les Chemises rouges et la monarchie.

 

**** La théorie des deux démocraties d’Anek Laothamatas.

 

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« Une des théories socio-politiques les plus structurantes de ces vingt dernières années dans les discours des Thaïlandais est sans doute la théorie « des deux démocraties » d’Anek Laothamatas, dont l’article « Le Conte des deux démocraties : Perceptions conflictuelles sur les élections et la démocratie en Thaïlande » a été publié en 1996. Selon sa théorie (militante), Bangkok se serait toujours opposée aux choix politiques du reste de la Thaïlande : les masses rurales éliraient les gouvernements, tandis que Bangkok les renverserait par des coups d’État ou de grandes manifestations. Cette théorie trouve ses origines dans un ensemble d’inégalités de développement entre une Thaïlande pauvre, rurale, provinciale et agrarienne, a priori pas assez « éduquée » pour comprendre les enjeux de la démocratie, d’une part, et une Thaïlande des élections et des élites urbaines de Bangkok, d’autre part. Les ruraux vendraient leurs votes aux plus offrants, résultant en un Parlement d’hommes politiques corrompus et malhonnêtes, que les Bangkokiens auraient le devoir moral de renverser. »

 

*****Petite chronologie du 24 février 2006 au 17 décembre 2008.

  • 1/Dissolution du parlement le 24 février 2006. Election du 2 avril gagnée par Thaksin, mais boycottée par l’opposition. 8 mai 2006. La Cour constitutionnelle invalide les élections   2/ Le coup d’Etat du 19 septembre 2006 3/ Dissolution le 30 mai 2007 du parti Thai Rak Thai par la Cour constitutionnelle 4/ 19 août 2007 : La nouvelle constitution écrite par les militaires est approuvée par référendum.
  • 5/  23 décembre 2007 : Élections législatives et victoire du parti Pouvoir du Peuple (PPP, ex-Thai Rak Thai) avec 233 sièges sur 480. La Cour constitionnelle invalidera deux premiers ministres du PPP.
  • 6/ 2 décembre 2008 : Dissolution par la Cour constitutionnelle des partis politiques « Pouvoir du Peuple » (Phalang Prachachon), Nation Thaie (Chat Thai) et Machatimatai pour fraude électorale. 3 décembre 2008 : La PAD déclare victoire et annonce la fin de sa mobilisation après 193 jours de manifestations. 7 décembre 2008 : La plupart des députés du parti Pouvoir du Peuple dissous rejoignent le Phuea Thai. 17 décembre 2008 : Élection par le Parlement d’Abhisit Vejjajiva, leader du parti Démocrate, qui devient le 27e Premier ministre du pays 
  • 7/ La lutte contre Abhisit.  

 

 

******Les dates et les objectifs de ces manifestations d’août 2009 à mars 2010 :


26 août 2009 : Le « Groupe du 24 juin démocratique » et des groupes de Chemises rouges de diverses provinces manifestent sous la bannière « Noir sur toutes les terres, en finir avec le système ammat » à Sanam Luang à l’occasion de l’anniversaire de Prem Tinsulanonda et de l’occupation de la chaîne NBT par la PAD. 19 septembre 2009 : « UDD-Rouge sur toutes les terres » organise une commémoration des trois ans du coup d’État sur la place royale. 20 000 manifestants. 11 octobre 2009 : « UDD-Rouge sur toutes les terres » manifeste pour le retour de la Constitution de 1997 au Monument de la Démocratie. Environ 15 000 manifestants. 17 octobre 2009 : « UDD-Rouge sur toutes les terres » manifeste devant l’Hôtel du Gouvernement pour s’enquérir des progrès dans le traitement de la pétition de pardon royal. 10 000 manifestants. 14 novembre 2009 : « UDD-Rouge sur toutes les terres » organise un concert pour récolter des fonds à Bonanza, parc naturel de Khao Yay, dans la province de Nakhon Ratchasima. 10 décembre 2009 : « UDD-Rouge sur toutes les terres » manifeste au Monument de la Démocratie pour marquer l’anniversaire de la Constitution. 20 000 manifestants.2010. 11-12 janvier 2010 : UDD-Rouge sur toutes les terres organise une manifestation « contre les doubles standards » dans la province de Nakhon Ratchasima pour protester contre l’acquisition par le général Surayud Chulanont de terrains à Khao Yai en violation de la loi sur  les parcs anturels et réclame sa démission du Conseil privé du roi. 23 janvier 2010 : Seconde manifestation contre les doubles standards à Nakhon Ratchasima. 29 janvier 2010 : « UDD-Rouge sur toutes les terres » manifeste devant le quartier général de l’armée de terre contre le coup d’État. 15 février 2010 : UDD-Rouge sur toutes les terres manifeste devant la Commission électorale qui traite le dossier de la dissolution du parti Démocrate. 25-27 février 2010 : « Rouge Siam » manifeste à Sanam Luang. 26 février 2010 : La Chambre spéciale de la Cour suprême pour les détenteurs de mandat politique saisit les avoirs de Thaksin à hauteur de 76 000 millions de baht.

 

*******Les événements de mars 2010.

 

12 mars 2010 : Création du Centre de résolution des situations d’urgence (CRES) dirigé par Suthep Thaugsuban. Promulgation de la loi de Sécurité intérieure (Internal Security Act).

Les Chemises rouges commencent à affluer vers Bangkok, majoritairement en provenance du nord et du nord-est de la Thaïlande. Environ 70 000 manifestants 13 mars 2010 : UDD-Rouge sur toutes les terres ouvre sa grande manifestation à Phan Fa, dans le vieux Bangkok. Par vidéo conférence, Thaksin y appelle les Chemises rouges à renverser le gouvernement des élites. Les dirigeants de l’UDD demandent la dissolution du Parlement dans les 24 heures. Le nombre de manifestants est évalué à 150 000 personnes. 14 mars 2010 : Les dirigeants de l’UDD réitèrent leur ultimatum au gouvernement d’Abhisit Vejjajiva. 15 mars 2010 : L’UDD-Rouge sur toutes les terres organise une marche jusqu’au CRES, abrité dans les locaux du 11e régiment d’infanterie, pour demander à Abhisit Vejjajiva de dissoudre le Parlement. 40 000 participants. 16 mars 2010 : Déversement par l’UDD-Rouge sur toutes les terres du « sang des laissés-pour-compte » devant l’Hôtel du gouvernement et le quartier général du parti Démocrate. 17 mars 2010 : Déversement de sang devant la maison d’Abhisit Vejjajiva à Sukhumvit, Bangkok. L’UDD exclut Kattiya Sawasdipol (alias Seh Daeng), général « pastèque » exclu de l’armée en janvier 2010, ainsi que Surachai Danwattananuson (alias Seh Dan). 20 mars 2010 : L’UDD-Rouge sur toutes les terres manifeste dans tout Bangkok. 23 mars 2010 : Blocage par l’armée des accès au Parlement. 25 mars 2010 : Cérémonie de tonte des cheveux à Phan Fa. Environ 400 participants.

 

28-29 mars 2010 : Négociations infructueuses entre le gouvernement et les dirigeants des Chemises rouges (Weng Tojirakarn, Veera Musikapong et Jatuporn Prompan) à l’Institut du Roi Prajadhipok, à Bangkok.

 

 

 Le roi

 

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