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  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 23:02

titreIl est toujours difficile de cerner une situation générale, tant on rencontre toujours des disparités. Mais on se doute que l’énorme majorité des paysan-nes et à fortiori des vieux paysan-nes vivent une situation difficile, une certaine pauvreté, que nous nous proposons d’appréhender, surtout que nous disposons des excellents articles de Bruno Jetin, Roland Poupon, et Marie-Sybille de Vienne, in Thaïlande contemporaine.*


Les paysans de Thaïlande sont, c’est selon, vus comme des « arriérés, rustres, gauches, mesquins, fuyants », ou « Tantôt il incarne la sagesse, la dignité, le travail, la saine vie des campagnes » ( Poupon),

 

rude vie des champs

 

mais une chose est sûre, au-delà de ses jugements « mythiques », ils sont pauvres, et leurs vieux encore plus pauvres.


Une autre image de la Thaïlande, majoritaire.


En effet, il faut d’abord se rappeler que malgré la formidable transformation démographique et économique de la Thaïlande, la population rurale se compose encore de 66 % de la population, que l’agriculture est le principal secteur économique employant 41% de la population active, (après une chute de 41% en 29 ans ) mais qu’elle ne contribue qu’à 13% du PIB en 2011 (contre 18 % entre 1980 et 1986). De plus, la population vieillit et les + de 65 ans, représentent presque 10% de la population. **


Notre sujet est donc d’importance, si on a une quelconque prétention à  connaître quelque peu la situation des Thaïlandais.


De plus, on pourrait ajouter d’autres « réalités économiques » comme le PIB par habitant par exemple, la distribution inégalitaire des revenus, et le peu d’aide gouvernementale pour les agriculteurs. (La part des dépenses publiques  pour l’agriculture en Thaïlande n’était que de 6,65%., pendant la période 1998 – 2005. (FMI).

 

Mais il y a un chiffre que l’on voit peu et pourtant essentiel dans la compréhension du monde du travail :


env. 60 % des travailleurs thaïlandais sont des travailleurs informels c’est-à dire non légalement déclarés (avec 93 % dans l’emploi agricole !); en sachant que « l’emploi informel en Thaïlande est historiquement associé à des rémunérations plus faibles, une  plus grande insécurité économique, l’exclusion des droits garantis par la législation du travail, ou leur faible application  dans les domaines de la sécurité au travail, de la santé et de la retraite ». (p. 328-330, Bruno Jetin). Un doux euphémisme !

 

informel


Mais on peut le faire plus simple, quand on songe que le gouvernement actuel a été jugé comme irresponsable par la majorité des entrepreneurs pour avoir imposé le salaire journalier minimum à 300 baths (env. 7 euros), et que la retraite gouvernementale mensuelle touchée par les vieux est de 600 baths et de 1000 baths à 70 ans  ! Maintenant, si vous êtes aveugle, paralytique, ou ne pouvant plus travailler à cause d’un handicap quelconque, vous toucherez 500 baths de plus !


500 b


Ce préambule était nécessaire pour comprendre que dans un milieu déjà pauvre,  la misère des vieux paysan-nes thaïlandais(es) ne peut l’être que davantage ; et que leur survie dépend du système de solidarité familiale,

 

extension-du-conge-de-solidarite-familiale-a-la-fonction-pu

 

qui est fragilisé par l’exode des jeunes vers la ville, étranglés eux-mêmes par  des conditions de vie précaires.


Bruno Gétin analyse bien ce processus de développement économique de la Thaïlande qui, avec son industrialisation, l’attrait de la vie moderne, a amplifié l’exode rural vers les villes. Après les hommes, les femmes  ont suivi le mouvement, engagées par  des industries intensives en travail peu qualifié, comme l’électronique par exemple. Les divorces augmentant, de nombreux jeunes enfants sont  « laissés aux grands parents, qui assurent leurs soins et leur éducation avec l’aide du revenu monétaire transmis par les parents. » Mais leur situation précaire, rend les transferts  minimes et aléatoires.


De fait, dans les villages ruraux, vous pouvez être surpris par le contraste du nombre des vieilles personnes vivant au milieu de jeunes enfants. Est-ce une transition historique, une particularité culturelle ?


Une chose est sûre, la majorité des enfants paysans ne veulent plus travailler la terre. Le voudraient-ils, qu’ils ne pourraient survivre avec le partage des terres. Celui qui reste reçoit généralement la maison familiale et une terre plus grande, mais doit aider les parents.


Le système traditionnel de solidarité est mis à mal, non seulement parce que les enfants des paysans vivent de plus en plus dans les villes et adoptent le style de vie de la société de consommation, mais aussi parce que les personnes âgées vivent de plus en plus longtemps, et que le nombre d’enfants susceptible de les aider, diminue. (« Ainsi en 2002, plus de 60% des femmes âgées de 60 ans et plus avaient au moins quatre enfants et 23 % seulement avaient deux enfants et moins. En 2020, les proportions seront exactement inversées. »).


Mais ce qui ne veut pas dire qu’elles ne travaillent pas.


Là encore, même en séjournant peu dans un village, vous serez surpris de voir, très tôt le matin, les vieux paysan-es s’activer, partir à la rizière ou à leur petit jardin. De fait, pour assurer un petit revenu, et ils n’ont pas le choix, les vieux paysans travaillent, du moins plus de 60 % des hommes et plus de 50% des femmes de plus de 60 ans. Mais tous doivent trouver l‘essentiel de leur nourriture quotidienne dans les ressources disponibles des champs, des rivières et des forêts. (Nous n’aborderons pas ici « la théorie de l’autosuffisance » et de ses bienfaits. De fait la majorité n’a pas le choix.)


livre-montri


Mais ce que Bruno Jetin nous apprend, c’est que cette part de leur modeste revenu n’est que la deuxième source de revenus après l’aide reçue de leur famille, et/ou de leurs filles parties dans les différents bars, massages, karaokés ... Et avec l’âge, du fait de leur difficulté à travailler, les vieux sont encore plus dépendants de ces ressources extérieures pour survivre.  (Jetin nous donne les chiffres pour les ruraux de 53,2 % pour l’aide des enfants et 31,1 % pour le revenu du travail et 3,3% pour l’allocation de subsistance reversée par l’Etat, pour 2007).


Mais presque 20 % ne reçoivent rien de leurs enfants et on peut considérer qu’ 1/3 sont dans la pauvreté absolue. (Cf. définition ONU***).

 

poverty

 

Jetin propose un graphique 2007 (données NSO) qui indique qu’1/3 des paysannes de plus de 60 ans  ne gagnent que  1143 baths par mois (24,2 euros), et 63 %, 2286 baths (48 euros).


Nous avons là une triste réalité, une autre image de la Thaïlande.


Et  la situation est d’autant plus préoccupante, ajoute Jetin, que leur nombre va  augmenter, et qu’il n’est pas dit que « leurs enfants en nombre plus réduit, connaissent une augmentation significative de leur revenu réel au cours des décennies à venir. » On peut le croire quand on voit les vives réactions qui ont suivi le passage  du salaire journalier à 300 baths. (Toutefois, nous aurions écrit « au cours des dix ans à venir », tant le monde et la société thaïlandaise sont en train de se transformer.)


Cela ne veut pas dire que le monde rural ne bouge pas. Roland Poupon, in « L’agriculture thaîlandaise, un buisson d’alternatives » en montre les différentes dynamiques, son ouverture à différentes stratégies possibles. Et  vous trouverez toujours une publication d’une organisation internationale, qui vous dira que son analyse : attribue à la croissance du PIB agricole par travailleur la majeure partie du recul de la pauvreté enregistré dans les pays ayant réalisé les plus gros progrès en la matière. »****.

 

Ah bon !  La pauvreté reculerait ! Il n’est pas sûr que nos vieux paysan-nes  aient le sentiment d’être moins pauvres.


 

 pauvrete1

                                    _______________________

 

        Nota.   

                                                         

De plus, nous n’oublions pas que beaucoup ne survivent que par l’argent que leurs filles leur envoient depuis les bars, massages et karaokés du royaume. Cf. nos articles :


KaraokeBowlingPatinoire


16. Notre Isan: Economie en Isan. 

http://www.alainbernardenthailande.com/article-16-l-economie-de-l-isan-76544212.html 

 

17. Notre Isan : les « filles  tarifées »  d’Isan et leur apport économique

http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-l-apport-economique-des-filles-tarifees-en-isan-76544762.html 

                                                               

De nombreux internautes devraient maintenant comprendre que la solidarité familiale est une nécessité pour les familles restées au village et pour les vieux en particulier, dont elle constitue la principale ressource.

L’utilisation abusive faite par certaines jeunes femmes de cette solidarité nécessaire pour justifier des besoins plus personnels (yaba par exemple)


 

Yaba1

 

et plus futiles ne doivent faire oublier cette triste réalité des vieilles personnes dépendantes financièrement.

 

______________________________________________________________________________

 

*Thaïlande contemporaine, sous la direction de Stéphane Dovert et Jacques Ivanoff, IRASEC, Les Indes Savantes, 2011.

Cf.  Les articles de :

  • Bruno Jetin, Le développement économique de la Thaïlande est-il socialement soutenable ?
  • Roland Poupon, L’Agriculture thaïlandaise, un buisson d’alternatives.
  • Marie-Sybille de Vienne, La crise financière Thaïlandaise, de Charybde en Scylla, Dettes, bourses et monnaies, 1990-2008.

**Données statistiques :

http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays?langue=fr&codePays=THA&codeStat=SL.AGR.EMPL.ZS&codeStat2=x

 

***La pauvreté absolue est la situation dans laquelle un individu n’est pas capable de subvenir à ses besoins primaires. L’ONU estime qu’un individu est dans une situation de pauvreté absolue quand il n’a pas les moyens de se procurer un panier de biens relatifs à sa survie. En France, en 2002, ce seuil était d’environ 10€ par jour.


****Merci d'utiliser le titre suivant lorsque vous citez ce document : Cervantes-Godoy, D. et J. Dewbre (2010), « Importance économique de l'agriculture dans la lutte contre la pauvreté », Éditions OCDE. doi : 10.1787/5kmjw4vlp5kg-fr

 

« il convient de noter que la croissance du secteur agricole a un grand rôle à jouer dans la lutte contre la pauvreté dans la majorité des pays retenus. Aborder la question sous cet angle nous a permis d’opérer une première distinction entre l’importance de la croissance du PIB agricole par travailleur, d’une part, et celle de la croissance du PIB non agricole par travailleur et des envois de fonds par habitant, d’autre part. Cette analyse attribue à la croissance du PIB agricole par travailleur la majeure partie du recul de la pauvreté enregistré dans les pays ayant réalisé les plus gros progrès en la matière. »

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Thaïlande
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Jacky 16/09/2013 12:05


Bonjour.


Ce que je vais dire est loin d'être une généralité , mais la situation des paysans que je connais est différentes s'ils sont propriétaires ou fermiers. Dans le village de ma compagne ( ou du
moins dans sa famille ) le solidarité et assez remarquable. Mon beau père à eu 9 enfants, certains sont décédès. Presque  tous sont restès au village, mais les trois dernières filles on fait
des études. Deux institutrices et ma compagne secrétaire. Ayant un revenu correct, elles on eu pour devoir d'aider leurs parents. Mon beau-frère exploite une ferme de belle taille et ses revenus
me semblent très corrects. Son ainé ne travaille plus car handicapé mais fait exlploité sa terre par des ouvriers.


Tous ses gens ne vivent qu'au village, sont autosuffisants et pour discuter avec eux, n'ont aucune envie d'aller à la ville pour s'y distraire. Ils vivent de peu mais correctement.


Il y a au village des personnes très pauvres, mais elles on un toit sur la tête et le riz leur est donné par leurs connaissances. Lors des obsèques, le village se cotise pour leur faire des
funérailles dignes.


Oui l'avenir sera ce qu'il sera, mais aujourd'hui la solidarité joue encore. Mais j'ai quand même l'impression que le Lana est plus riche que l'Isan, et forcément cela joue.

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 16/09/2013 13:27



Merci pour votre témoignage.


Nous vivons également dans un village Isan et nous constatons aussi que la pauvreté matérielle de la majorité des paysans ne signifie pas la fin des solidarités dans les villages, ni la
fin des rituels religieux et festifs qui donnent sens à leur vie.