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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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28 septembre 2013 6 28 /09 /septembre /2013 23:02

titreNotre article précédent commentait une étude de l’OIT (Organisation internationale du Travail) de septembre 2013 signalant de graves abus dans l’emploi des travailleurs birmans et cambodgiens dans les bateaux de pêche thaïlandais. Nous avions constaté que la majorité des travailleurs étaient clandestins et qu’ils étaient la proie de trafics humains, qui sévissaient dans de nombreux secteurs de l’économie thaïlandaise.* Nous voulions en faire la démonstration mais la lecture de l’étude de Jacques Ivanoff, Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ?**, allait nous aider à mieux comprendre la situation globale, en replaçant cette dramatique réalité  dans le contexte (historique, économique et politique) plus large des migrations transfrontalières, voire dans une ethno-histoire.


TravailDesEnfants


Evidemment, on ne peut pas ici dans le cadre modeste d’un article de blog, reprendre comme le fait Ivanoff, l’état des recherches actuelles et l’évolution des concepts, des hypothèses qui analysent les rapports entre Etats et minorités, entre populations sédentaires et populations nomades, ni toutes les étapes de l’évolution historique des frontières et des migrations des populations volontaires et forcées, le temps « national » et le temps « ethnique ». Nous nous limiterons donc à quelques observations.


Et tout d’abord, un phénomène d’une importance majeure : en trente ans, nous dit Ivanoff, le nombre de réfugiés, et de travailleurs immigrés (légaux et surtout illégaux) est passé de quelques centaines de milliers à environ 5 millions dans le sud de la Thaïlande. ***Une situation telle, qu’il y voit même la « birmanisation » du Sud de la Thaïlande, avec l’extension des réseaux de trafic humain. 


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Nous étions dans le désir de mieux comprendre ces trafics humains qui alimentent en main d’œuvre (légale et illégale) de nombreux secteurs de l’ économie du sud,  comme la pêche hauturière, l’aquaculture de la crevette,  les usines de transformation du poisson, les plantations d’hévéas … et nous tombions dans un nouvel espace, un espace « pionnier » où vont se définir de nouvelles pratiques sociales et des nouvelles identités, d’autant plus difficiles à appréhender et à gérer que « l’ambiguïté était délibérément maintenue par les gouvernements sur le statut des réfugiés et des travailleurs illégaux pour contrôler, selon leurs besoins ces millions de personnes ». Pire, la 1ère ministre assurait même qu’il n’y avait aucun problème. (Cf. notre article précédent).

 

Il s’agit pour comprendre, nous dit Ivanoff, de repenser la notion de frontière en  citant Augé : « Il faut repenser la notion de frontière pour essayer de comprendre les contradictions qui affectent l’histoire contemporaine. » On pouvait constater les premières contradictions entre la volonté « nationaliste » de contrôler le territoire et les frontières existantes « sans pour autant pouvoir se passer des flux migratoires, et celle de la volonté politique de fluidifier les frontières et de régulariser les abus, et une pratique, celle du trafic humain aux frontières. » Trafics que l’on ne pouvait comprendre « qu’en observant l’ancrage historique des réseaux et leurs structures, fondées sur l’histoire, les relations familiales et les rapports de forces au sein d’un même groupe. Une réflexion, une recherche qui s’inscrit dans une « ethnologie des frontières » qui ne peut se départir de l’histoire et de citer entre autres, « l’exemple entre le Kelantan malais et l’ancien sultanat de Patani divisé en plusieurs provinces thaïlandaises », avec les problèmes que rencontrent aujourd’hui les différents gouvernements, qui  n’ont pas pu supprimer les liens préexistants, bien au contraire. 

 

Mais on peut retenir que malgré le tracé des frontières, il existe encore des « zomias » -territoire découpé arbitrairement et dans lequel les populations rejetant les États vivraient selon des codes culturels propres à favoriser leur résistance- .

 

frontières

 

Nous avions déjà relaté les flux « illicites » transfrontaliers du Nord-Laos à partir d’une étude de  Danielle Tan, intitulée  Du Triangle d’or au Quadrangle économique, Acteurs, enjeux et défis des flux illicites transfrontaliers dans le Nord-Laos, et évoqué ces « sites d’exception », avec son économie illicite associée à la corruption politico-administrative qui mettent en oeuvre des formes exceptionnelles du pouvoir qui n’obéissent pas aux lois gouvernementales et qui se situent à la marge du licite et de l’illicite, du légal et de l’illégal. (Cf. A23)****


Danielle TAN


Décidemment, non seulement les gouvernements de la Thaïlande avait des difficultés à contrôler ces frontières, malgré les règles administratives contraignantes, les border-pass, visa, passeport, double nationalité, illégalité acceptée sur les lieux de travail, mais elle était impuissante face aux réseaux anciens qui se « reconstruisaient », se « modernisaient » en intégrant les nouvelles réalités politiques et économiques.


border pass

 

« Ils vivent aux frontières, ont leur langue et leurs traditions, sont rattachés à des groupes « frères » de l’autre côté de la frontière ce qui permet des échanges, ils s’adaptent et construisent des objectifs de solidarité locale pour survivre en tant que groupe ».  Les frontières demeurent poreuses, les réseaux multiséculaires demeurent  et «  les moyens pour faciliter le passage sont infinis. »

 

fluidité


L’histoire est nécessaire pour comprendre le présent.


Lors de la colonisation européenne de l’Asie du Sud-Est, après différentes guerres, conflits, des frontières ont été établies « à la règle » qui ont séparé des populations ayant le même passé, la même culture ; de plus, déjà auparavant, nous avons souvent évoqué dans « notre histoire de la Thaïlande » que les différentes guerres entre les pays de la région se soldaient avec des déplacements de population massifs des vaincus, afin de coloniser de nouvelles terres, voir par exemple les Laotiens et les Khmers en Isan, les Malais de Thaïlande et même les Thaïs de Birmanie et de Malaisie. Ce passé explique aisément les populations transfrontalières et les « fluidités ethniques » ; la facilité pour les Khmers du Cambodge à se déplacer vers des régions khmerisées du Nord-Est, et les Malais de Patani à retrouver leurs familles dans le Kelantan, par exemple.

 

frontière


Ce passé explique pourquoi et comment les nouveaux réseaux ont pu s’établir, « dirigés par les forces locales des « puissances sombres » (itthipan muet) comme les appellent les Thaïs. », et par certains militaires et « officiels » corrompus, et les réseaux mafieux.


Ensuite, le développement de ces régions a favorisé, si on peut dire, l’immigration des Birmans et des Cambodgiens, moins chers que les paysans du Nord-Est,  dont beaucoup sont retournés en Isan. Ivanoff rappelle que « 100 000 habitants de cette région avaient été déplacés dans le sud pour contenir la « menace » des musulmans ; 15 000 familles à qui l’on a donné des plantations pour récupérer la production. » On remarque aussi, dit-il, « des villages entiers dans le district de Kaw Thaung, de l’autre côté de la frontière birmano-thaïlandaise, (…) administrativement inexistants. [fournissant ainsi] une main-d’œuvre docile servant les intérêts privés des développeurs locaux qui utilisent la dette, le chantage et l’esclavage pour développer les régions et les intégrer ensuite dans un régionalisme « acceptable ». »


Kawtong


La question du contrôle se pose, mais dit Ivanoff « Pourquoi les autorités changeraient-elle ce système de mobilité qui enrichit tout le monde et qu’elles ne peuvent véritablement contrôler ? »


Certes, il existe des travailleurs réguliers, des tentatives de régularisation des travailleurs (qui à chaque fois pousse davantage de travailleurs dans l’illégalité), des descentes de police, -il faut bien répondre aux attaques internationales (USA, rapports des agences des Nations-Unies, les campagnes des ONG), défendre l’image de la Thaïlande pour ses exportations-, mais les différents gouvernements thaïlandais sont impuissants face au nombre (comment gérer les déplacements de 4 millions de Birmans ?**), et à la corruption généralisée de ses propres agents.


« Comment gérer les déplacements des 4 millions de Birmans en Thaïlande si l’on ne connaît pas les routes, les intermédiaires, les relations qui lient les pueza birmans (courtiers) ou taukay aux hommes, si l’on ne connaît pas les réseaux de distribution de l’information et les structures psychologiques présidant aux décisions de migrer ? »


Ivanoff donne l’exemple des Rohingyas.


robingas


« Quand la réalité explose ainsi derrière le fait divers, personne n’est préparé à l’affronter, à supporter la vue des millions de Birmans vendus. Une fois la situation révélée au grand public, comment la gérer ? Accuser les Rohingyas de terrorisme pour justifier leur traitement ? C’est fait. Mettre en avant le fait qu’ils représentent un problème interne à la Birmanie évite d’aborder la question d’un peuple sans identité et permet de détourner l’attention que l’on commence à porter aux millions de Birmans exploités dans les mines, les plantations et sur les bateaux. Les Rohingyas ont révélé la question birmane (on est passé officiellement de 1 à 2,5 millions de migrants) mais, en même temps, ils ont permis de la dissoudre dans des comités, des enquêtes fictives, de saisir l’Asean, bref, de cacher la réalité.


« Cacher la réalité » ?


Ici, Ivanoff va même, révéler une nouvelle réalité que nous ignorions : la birmanisation du Sud. 

Nous pensions qu’il y avait un problème de réfugiés, de travailleurs « illégaux », que les gouvernements frontaliers essayaient de régler, mais « Nous assistons (alors) à la première colonisation adaptative, celle qui assimile les premiers habitants des zones de passage et jette une passerelle entre deux pays. Entre le laxisme ou l’autoritarisme des gouvernants des pays dont elles relèvent, les populations des frontières construisent leurs nouveaux territoires d’expansion spatiale et d’expression sociale. » En effet, « Ils vivent aux frontières, ont leur langue et leurs traditions, sont rattachés à des groupes « frères » de l’autre côté de la frontière ce qui permet des échanges, ils s’adaptent et construisent des objectifs de solidarité locale pour survivre en tant que groupe. »

Avec ce double paradoxe :

  • « Plus le centre avance dans sa volonté de contrôle et se renforce à l’aide de l’idéologie globalisante internationale, plus les ethnies se reconfigurent. »

 

  • Plus les gouvernements développent leurs projets de développement pour fixer les populations pauvres, plus les nouvelles sources de richesse et les infrastructures facilitent la mobilité et l’afflux des travailleurs « illégaux », organisés en grande partie par les potentats locaux avec les réseaux maffieux.

 

Pour Ivanoff, la conclusion est radicale :


«  Les frontières sont incontrôlables et les nations n’ont eu de cesse que de les coloniser, mais en y générant des réseaux souterrains et maffieux, et des résistances culturelles. »


Le gouvernement thaïlandais, dit-il,  n’a en fait que très peu de marge de manœuvre sur ces frontières, car « En Thaïlande, pour survivre, les gouvernements doivent payer ceux qui les ont élus. Cela se fait à travers l’attribution de crédits, de développements d’infrastructures, de projets. Mais, cela se fait également à travers les budgets alloués à l’armée pour « contenir » le sud. (…) ce qui facilite évidemment le trafic et la corruption. » 

 

                       ------------------------------------

 

La lecture de l’étude de Jacques Ivanoff et de Maxime Boutry, intitulée « La Monnaie des frontières, Migrations birmanes dans le Sud de la Thaïlande, réseaux et internationalisation des frontières », devrait nous permettre de mieux comprendre les « filières, trafiquants et trafiqués », enfin c’est que nous essayerons de vérifier dans notre prochain article.


 livre

 

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* A défaut de démonstration vous pouvez lire quelques articles déjà très explicites comme

http://asie-info.fr/2013/01/29/thailande-abus-contre-les-travailleurs-birmans-de-lagro-alimentaire-2-516556.html

« Recours au travail des enfants, bas salaires, harcèlement, discrimination, violence physique : trois usines, de thon en boîte ou de concentré d’ananas, dont les produits sont destinés aux marchés européen et américain, sont pointées du doigt en Thaïlande pour graves violations du droit du travail.
Installée dans la province de Prachuap Kiri Khan, à 230 kilomètres au sud-ouest de Bangkok, Natural Fruit Company (NFC) emploierait 700 travailleurs birmans dont 200 non enregistrés, … »


 ou


« 54 Birmans sont morts asphyxiés, jeudi 10 avril, alors qu’ils tentaient de rejoindre clandestinement l’île touristique de Phuket, dans le sud du royaume, pour y trouver un emploi saisonnier. Ce n’est que le dernier en date d’une longue série de faits divers, dont la presse thaïlandaise se fait régulièrement l’écho. En décembre déjà, les corps de 22 Birmans candidats à l’immigration clandestine avaient été retrouvés en mer d’Andaman, au large des côtes thaïlandaises. Nombreux sont ceux qui risquent ainsi leur vie pour quitter la Birmanie - où un foyer sur quatre vit sous le seuil de pauvreté - pour gagner la Malaisie, la Chine ou la Thaïlande et y trouver un emploi mieux rémunéré. Min Zin, un journaliste birman du magazine Irrawaddy, basé en Thaïlande, a même déclaré que les travailleurs migrants étaient « sûrement la plus grande exportation birmane derrière le trafic de drogue. » [… ] Pour le secrétaire général de Yaung Chi Oo Workers Association,

 

Younc Chie

 

les torts sont partagés, des deux côtés de la frontière : « D’un côté nous avons la Birmanie qui ferme les yeux. De tels drames, comme celui des 54 morts de Ranong,auraient pu être évités si le gouvernement birman aidait ses ressortissants à venir travailler légalement en Thaïlande. De l’autre côté de la frontière, avec la corruption des autorités locales et l’implication de la police dans le trafic d’êtres humains, on voit mal comment la situation de ces travailleurs birmans pourrait s’arranger. » http://www.rfi.fr/actufr/articles/100/article_64925.asp


**Jacques Ivanoff, Histoire des migrations et ethnicité à partir d’une réflexion en Asie du Sud-Est, Vers une anthropologie des frontières ?, 8/9 | 2010 : Des migrations aux circulations transnationales Dossier : Des migrations aux circulations transnationales.

http://transcontinentales.revues.org/791

Transcontinentales [En ligne], 8/9 | 2010, document 6, mis en ligne le 31 décembre 2010.


***En Thaïlande, les données quantitatives sur les migrations sont évidemment difficiles à obtenir.


Des sources du  ministère du Travail de 2005 donnent l’enregistrement de 705 293 travailleurs migrants, tous secteurs, dont 539 416 Birmans, 75804 Cambodgiens, 90073 Laotiens. En incluant les personnes qui leur sont dépendantes (femmes et enfants), on passe à 1,4 million.


« Officiellement, on sait que deux fois plus (2,8 millions) de travailleurs étrangers ne sont pas enregistrés. Si l’on tient compte des calculs effectués à partir de données recueillies lors d’une enquête parue sur la filière pêche (Boutry et Ivanoff 2009), on peut multiplier les chiffres par deux pour l’ensemble des travailleurs et avancer une estimation réaliste de 5 millions ». 

«  Avant de parler du cas particulier de Ranong pour les Birmans travaillant dans la filière pêche,

 

Ranong

 

il faut savoir que le ratio d’un étranger pour trois travailleurs thaïlandais dans les 13 provinces frontalières, passe à 1 pour 9 à Ranong. Ainsi, le nombre officiel de travailleurs birmans en Thaïlande passe à 500 000, auquel s’ajoutent 500 000 autres non-officiels mais reconnus. Mais, la réalité est différente et le scandale des Rohingyas rejetés à la mer a obligé les autorités à donner des statistiques plus réalistes. Les chiffres sont ainsi passés, dans le courant de l’année 2008, de 1 à 1,5 puis à 2 millions, et enfin, à 2,5 millions. Les compteurs semblent être bloqués là, il existe une limite à la transparence. Il y a vraisemblablement, selon nos estimations, 4 millions de Birmans en Thaïlande. »


****Danielle Tan : Du Triangle d’or au Quadrangle économique, Acteurs, enjeux et défis des flux illicites transfrontaliers dans le Nord-Laos, Sciences Po/CERI, IRASEC, Note de recherche n° 6, Bangkok, février 2010.http://www.irasec.com/ouvrage42


Cf. Article 23 : du triangle d’or au quadrangle  d’or ! http://www.alainbernardenthailande.com/article-les-trafics-du-triangle-d-or-71317371.html

 

 

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Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Thaïlande
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commentaires

herbalife 02/10/2013 15:38


Houla, j'ai l'impression de voir la France du 18ème siècle pour ce qui est des conditions de travail (et je suppose de vie pour ces 'employés')...

grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b 03/10/2013 01:40



............dans la Thaïlande du sourire !