Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Présentation

  • : Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • Le blog des Grande-et-petites-histoires-de-la-thaïlande.over-blog.com
  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
  • Contact

Compteur de visite

Rechercher Dans Ce Blog

Pourquoi ce blog ?

  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

(suite cliquez)   POURQUOI CE BLOG ?

Pour nous contacter

Merci d’être venu consulter ce blog. Si vous avez besoin de renseignements ou des informations à nous communiquer vous pouvez nous joindre sur blogthailande@yahoo.fr

5 octobre 2013 6 05 /10 /octobre /2013 23:01

titreIl y aurait donc environ  4 millions de Birmans en Thaïlande. Mais l’énorme majorité serait illégale, clandestine ! Intégrée dans un système de réseaux, de trafics, de trafiquants, de trafiqués ; de filières alimentant en main d’œuvre les principales productions économiques comme la pêche, les plantations d’hévéa, les constructions, la prostitution ... Un système qui serait même le moteur du développement du sud de la Thaïlande !

 

Mais un système régional qui se serait construit, au fil de l’histoire, dans une dynamique ayant intégré l’illégalité, profitant à tous les acteurs, à savoir les autorités locales, politiques, économiques, avec la complicité des policiers et des fonctionnaires des organismes officiels que l’on peut acheter. Un système qui échapperait en grande partie aux différents gouvernements centraux.

 

Une étude de Jacques Ivanoff et de Maxime Boutry,  intitulée « La Monnaie des frontières, Migrations birmanes dans le Sud de la Thaïlande, réseaux et internationalisation des frontières »*, nous aide à comprendre ce qui se joue au sud de la Thaïlande, dans cet espace particulier des frontières, à identifier les différents éléments des filières clandestines, les différents acteurs de cet espace régional, légaux et illégaux qui profitent du système, et qui assurent le développement du sud de la Thaïlande.  

 

02

 

Cette étude, disent-ils, « s’intéresse à la vision de la frontière et à la structure des récits des gens trafiqués. Elle interroge les personnes impliquées, passeurs et passées, elle ne juge pas, mais essaie de définir la structure de la filière et des réseaux. Elle essaie donc de donner une idée concrète de la « marche » birmane vers le sud et de sa dynamique ; elle est en cela aussi historique ».

 

Nous avions déjà vu le contexte historique dans l’article précédent, évoquer les réseaux séculaires, mais ceux-ci prirent une autre dimension dans les années 80 lorsque la Thaïlande devint une destination d’immigration. Il y avait eu auparavant, pour faire simple, les Chinois, les Malais,  puis le pouvoir central envoya la main d’œuvre isan, et les Birmans vinrent répondre à la demande de main d’œuvre nécessaire au développement. Il y eut alors différentes vagues de migration birmane, avec ses différentes ethnies (Môns, Birmans, Arakanais) et donc ses  spécificités.


arakanais3

 

Il fallut 20 ans pour que la main-d’œuvre birmane puisse se structurer comme la migration mône, avec la mise en place de réseaux villageois, familiaux et régionaux, dans un système, où les migrants construisent des nouveaux territoires, des villages, des  quartiers, comme à Ranong par exemple, que les auteurs ont surtout analysé;

 

ranong- 4

 

et ensuite, à Samut Prakan, Chon Buri, Phèpha à côté de Kura Buri, ou certains quartiers de Phuket, etc, en fonction des besoins du marché. Cette configuration crée donc de ce fait, deux catégories d’immigrés, une « scission »  entre ceux qui rejoignent leur famille ou des proches du village d’origine et ceux qui partent à l’ « aventure » sur de fausses promesses et sous la coupe des réseaux mafieux. Cette migration se faisant pour la majorité  clandestinement, illégalement.

 

Mais Jacques Ivanoff et Maxime Boutry montreront que la réalité est plus complexe, puisque l’illégalité fait partie du système social, politique et économique, que le gouvernement ne peut légaliser. « La légalisation systématique des travailleurs immigrés équivaudrait à reconnaître l’existence d’une autre minorité ethnique et sa nécessité sur le territoire national, dont l’unité et la cohérence sont déjà bien malmenées par le sud ». En outre, les tentatives de légalisation ont toujours produit des effets pervers et n’ont pas réellement touchés les trafiquants, réactifs et de plus en plus professionnels. Ils constatent « qu’il est plus rentable de la manipuler que de chercher à l’éradiquer ». D’ailleurs nous verrons que les mêmes émigrants peuvent très bien passés de la légalité à l’illégalité selon les intérêts des situations économiques.

 

Un système complexe donc.

 

Les auteurs avouent que l’on ne peut systématiser toutes les filières dans une étude. Nous avons déjà vu dans notre article sur la pêche (A.126), combien la seule filière pêche était difficile à appréhender et encore n’avions-nous pas explicité la filière prostitution qui l’accompagne et qui a ses propres réseaux. Un système que l’on peut malgré tout commencer à comprendre.

 

1/ Les filières et les réseaux. 

 

Les grandes familles chinoises. 


 familles chinoise 5


Les réseaux sont d’autant plus puissants que les grands « développeurs » de la région, les maîtres d’œuvre de la demande et de la  gestion des flux migratoires sont les grandes familles chinoises, les Chinois/Thaïs, les Chinois/Birmans. (Cf. L’histoire de la famille des Savimbi et du premier gouverneur de Ranong).

 

gouverneur chinois 6

 

C’est le point faible de l’étude. On aurait aimé en savoir plus sur ces grandes familles qui ont le pouvoir politique, administratif et économique, et qui, via les tauké, et les pueza ont aussi des connections avec les réseaux mafieux.

Nous avions par exemple déjà rendu compte dutravail de Jean Baffie in, Femmes prostituées dans la région du Sud de la Thaïlande**,

 

prostituées du sud 7

 

qui montrait bien par exemple, que quatre grandes familles chinoises, en les nommant,  étaient à l’origine du développement de Hat Yai, avec les  liens qui existaient entre le pouvoir politique, le développement économique et la prostitution. Il montrait que « tous les membres de cette élite locale des affaires étaient liés à l’industrie touristique : hôtels, restaurants, centres commerciaux, et cimenterie pour la construction des précédents. » … et bien sûr les nombreux  lieux de prostitution.

 

L’évaluation de leur puissance est fondamentale pour mesurer la difficulté du gouvernement central pour « intervenir » dans « leurs affaires ». Depuis des lustres, les grands patrons chinois ont créé des liens familiaux et personnels dans la région et au-delà des frontières, des réseaux traditionnels de  tauké, pour assurer les échanges. Mais quand les besoins en main d’œuvre dans les années 80 ont explosé et nécessité des millions de personnes venant de Birmanie, ces réseaux traditionnels ont changé de nature pour se transformer en réseaux « mafieux », où agissent de nombreux intermédiaires.

 

Les courtiers, les intermédiaires (tauké, et pueza) 


 réseaux 02

 

Les différents patrons passent par des courtiers qui eux-mêmes font appel à divers recruteurs installés plus particulièrement dans les villes de Yangon, Moulmein, Dawei, Yé, Mergui et Kawthaung.


 Kazthaung 8

 

Le patron demande au tauké « tant d’hommes et tant de femmes pour tels travaux » ; celui-ci va organiser, négocier, sans se déplacer, le flux de la main d’œuvre requise. Les auteurs précisent qu’ils gagnent environ 10 000 baths (207 euros) par travailleur fourni. Le contrôle fait aux frontières les oblige à passer par des intermédiaires.

 

Les frontières. Les guest houses.

 

On entre alors dans un réseau, où les guest houses deviennent l’un des principaux relais  du passage illégal de la frontière, avec le gérant qui organise, réceptionne et dispatche les clandestins,   avec le fonctionnaire policier, à corrompre, les motos ou taxis qui traversent la frontière dont il faut acheter le silence et la fidélité, et les bateaux. Les auteurs donnent l’exemple pour Ranong, où  pour chaque Birman, le policier reçoit 10 000 kyats (≈ 5,9 €), les motos-taxis 7000 kyats (4,13 euros) au lieu des 300 kyats (0,17euros) réguliers pour aller au débarcadère, ensuite les émigrants illégaux traversent le bras de mer séparant Kawthaung de Ranong le plus souvent de nuit, à bord d’un bateau payé par le courtier.

 

Kyatt 9

 

« Une fois à Ranong, les Birmans doivent rembourser au moins une moitié du passage en une fois, et éventuellement le reste en mensualités. La totalité du voyage de Moulmein à Ranong coûte 400 000 kyats (≈ 236 €), tout compris. Chaque émigrant fait gagner au courtier 150 000 kyats (≈ 88,5 €), dont 35 000 (20,65 €) qu’il reverse au manager de la guest house. Moins le paiement de ses aides, (le gérant) gagne environ 12 000 kyats par émigré (≈ 7,08 €), ce qui représente pour un transit moyen de 30 personnes par jour, un total de 360 000 kyats (≈ 212,4 €). »

 

Mais on peut se douter que les différents points de passage diffèrent et varient dans leurs modalités sur les 2400 kilomètres qui séparent la Birmanie et la Thaïlande. Mais les filières sont réactives et dépendent de demandes elles-mêmes changeantes. On trouve toujours une solution, des relais, des postes de communication, des changements de route, des protections, et l’appui des taukés, qui savent payer en cas d’arrestation (entre 3 et 4000 baths) ou de contrôle (1000 ou 2000 baths).

Et quel que soit le point de passage, les émigrants sont pris en charge. S’il faut faire de la route, là aussi on se doute, que les itinéraires seront choisis en fonction des check points et précédés de voitures de reconnaissance équipés de CB et de GPS. Certes, il faudra parfois les contourner à pied.

 

Bref, chaque centre économique a ses filières pour amener la main d’œuvre et malgré les aléas toujours possibles, a les capacités d’amener la main d’œuvre désirée, dans un système de corruption généralisé. « L’univers du migrant est l’espace frontière dont il est la monnaie ». On voit même des « fonctionnaires » structurer des filières parallèles pour revendre  des migrants en situation de détresse (par exemple des pêcheurs qui se sont « échappés » de leur bateau).


 pecheur ecgappé 10


2/ La légalité et l’institutionnalisation de l’illégalité.

 

Certes le passage de la frontière peut se faire dans la légalité, en obtenant un border pass et les émigrants peuvent obtenir un permis de travail.

 

Mais le border pass à Ranong par exemple ne donne qu’un droit de séjour de 7 jours, ce qui oblige les immigrés à faire des allers retours (à moins qu’ils ne confient le border pass à un passeur qu’il faudra payer), ou à devenir des illégaux mais avec un statut quelque peu étonnant s’ils trouvent un travail.

 

On peut leur délivrer « un badge (appelé dog tag) attestant de leur appartenance – car il s’agit bien de cela – à un taukè-patron. Ce badge peut être obtenu du chef de village ou du quartier suivant les accords passés entre ce dernier et le taukè, mais il ne semble pas que ce soit une règle, ni qu’il fasse l’objet d’une distribution automatique.

Le travailleur est ainsi reconnu comme sous la responsabilité du taukè qui l’emploie, ce qui permet à ce dernier d’éviter les contrôles de la police locale, sur les plantations par exemple, sans pour autant donner de liberté au travailleur qui est ainsi cantonné à son lieu de travail (souvent le même que le lieu de résidence) et « attaché » à son taukè (il peut par exemple voyager en sa compagnie). »

 

La légalité n’est pas rentable.

 

« Faire une carte de travail à un Birman revient trop cher – 4000 bahts (≈ 82,8 €) – et lorsqu’ils en ont une, ils sont en mesure de « déserter ». Ce n’est donc pas rentable pour les employeurs : il l’est plus de donner 15 000 bahts (≈ 310,5 €) par mois aux policiers pour la compagnie ou de les payer lorsque les Birmans se font arrêter ». Il s’agit donc de payer et de gérer l’illégalité au quotidien.


controle

 

                                  ________________________

 

Assiste-ton réellement à une birmanisation du sud de la Thaïlande?

Le gouvernement ne peut pas légaliser 4 millions  de Birmans vivant en Thaïlande; reconnaître l’existence d’une autre minorité ethnique dans une région déjà menacée par des velléités séparatistes. Les tentatives de légalisation dans les années 2000-2009 ont échoué et n’ont fait que renforcer l’illégalité et la rentabilité des filières. Le contrôle plus strict des frontières produit des effets pervers, développent des contraintes qui institutionnalisent l’illégalité.


 controle aux frontieres11

 

Auparavant, les travailleurs alors saisonniers retournaient en Birmanie, mais aujourd’hui avec les passages de frontière plus onéreux, plus risqué, de plus en plus de familles choisissent de s’installer en Thaïlande, même si la saison des pluies est difficile et leur coûte. De plus, beaucoup viennent travailler en famille, et certains taukés par exemple, inscrivent les enfants à l’école du village et leur attribue un nom. D’autres naissent ici et s’intègreront plus facilement. On estime par exemple, que 16 500 enfants vivent à Ranong et que 2 000 seraient nés sur place (S.Chantavanich, 2000).

 

Les Birmans « colonisent » de nombreux quartiers, se marient avec des locaux, recherchent des voies pour vivre en Thaïlande. L’économie du sud de la Thaïlande a besoin de cette main d’œuvre bon marché, docile, corvéable à merci.

 

La « birmanisation » du sud de la Thaïlande ne pourrait donc que se poursuivre, mais l’ouverture « démocratique » récente de la Birmanie, l’arrivée des investisseurs étrangers, le développement économique qui s’accélère, et les ambitions affichées de l’ASEAN peuvent faire basculer ces flux migratoires.

 

 fin

__________________________________________________

 

*Carnet de l’IRASEC, Série observatoire 02, déc. 2009.

 

**Baffie Jean, Femmes prostituées dans le sud de la Thaïlande, Occasional Paper n°8, Irasec, Bangkok, 2008, 63 p.

In, 17. Notre Isan : Les « filles  tarifées »  d’Isan et leur apport économique http://www.alainbernardenthailande.com/article-17-l-apport-economique-des-filles-tarifees-en-isan-76544762.html


Ainsi Jean Baffie montre bien par exemple, le  lien qui existe entre le développement économique et la prostitution :

« Quatre grandes familles chinoises sont à l’origine du développement de Hat Yai : 1. La famille Sukhum, descendant de phra Sanehamontri, un ancien chef de district de Hat Yai, qui a construit l’hôtel Sukhontha. 2. La famille de khun Niphat Chinnakhon, dont l’héritier est propriétaire de mines et fut président du Conseil municipal de Hat Yai. 3. La famille de M. Si Kimyong – devenu M. Kimyong Chayakul – qui possède des centres commerciaux. 4. La famille de phraya At Kalisunthon, qui a vendu ses affaires locales pour s’installer à Bangkok.

Hat Yai est parfois surnommée par les Thaïs mueang setthi ou « ville des millionnaires ». Une publication de 1987 donne un aperçu des secteurs d’activités porteurs de Hat Yai en donnant la liste des dix personnes les plus riches de la ville (anonyme)


 hatyai

 

Partager cet article

Repost 0
Published by grande-et-petites-histoires-de-la-thailande.over-b - dans Thaïlande
commenter cet article

commentaires