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  • : Alain et Bernard, 2 retraités, mariés avec des femmes de l'Isan,veulent partager leurs découvertes de la Thaïlande et de l'Isan à travers la Grande Histoire et ses petites histoires,culturelles,politiques,sociales ...et de l'actualité.
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  Il était une fois Alain, Bernard …ils prirent leur retraite en Isan, se marièrent avec une Isan, se rencontrèrent, discutèrent, décidèrent un  jour de créer un BLOG, ce blog : alainbernardenthailande.com

Ils voulaient partager, échanger, raconter ce qu’ils avaient appris sur la Thaïlande, son histoire, sa culture, comprendre son « actualité ». Ils n’étaient pas historiens, n’en savaient peut-être pas plus que vous, mais ils voulaient proposer un chemin possible. Ils ont pensé commencer par l’histoire des relations franco-thaïes depuis Louis XIV,et ensuite ils ont proposé leur vision de l'Isan ..........

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26 janvier 2014 7 26 /01 /janvier /2014 00:02

st-louis-hospital-bangkok-historical-photoLa  création du premier hôpital international français et catholique à Bangkok … vue par un journal siamois.


Le journal Siam Observer du 26 février 1894 (1) signale : « on apprend par la rumeur publique que la France envisage de créer un hôpital au bord du canal khlong Mai ou khlong Phoyom (actuellement connu sous le nom du khlong Sathorn) afin de soigner les protégés français ». L’auteur de l’article pose évidemment la question de savoir si le nombre de protégés français justifiait les « grandes dépenses » envisagées par la France (2) ? Ce n’était qu’une rumeur à cette date et pourtant l’hôpital fut construit et subsiste toujours.


Si l’on en croit Charles Lemire, l’ « hôpital international Saint-Louis », inauguré le 15 septembre 1898, a été fondé en grande partie grâce à une subvention française provenant de l’indemnité de guerre que le Siam a payée en vertu du traité de de 1893 (3). 

Ceci dit, la nécessité d’un hôpital à Bangkok, non seulement pour les résidents ou soldats français, mais aussi pour les missionnaires et les « pauvres » siamois, s’imposait ; elle est l’œuvre de Monseigneur Vey, vicaire apostolique du Siam de 1875 à sa mort en 1909 (4).

 

Monseigneur VEY

Elle a incontestablement eu le soutien du roi Rama V.


Monseigneur Vey est présent sur tous les fronts, évangélisation des « païens » bien sûr et constructions de plusieurs écoles (collège de l’Assomption,


college asso;p

 

collège Saint Gabriel, etc..)

 

Sqint gabriel

 

Son grand projet fut l’établissement d’un hôpital à Bangkok, soigner les corps tout en s’occupant des âmes. Il y pense dès 1884 mais manque de moyens financiers. Il réussit à obtenir une aide de 100.000 francs du consulat de France et une autre de 150.000 du gouvernement aux Missions étrangères. Il peut donc acheter les terrains en 1895 et 1896. Son hôpital est sorti de terre et il obtient l’envoi depuis Saigon de religieuses de l’ordre de Saint-Paul de Chartres (5).

 

religieuses


L’hôpital est solennellement inauguré le 15 septembre 1899, cérémonie au cours de laquelle les  résidents européens, les représentants du gouvernement, les autorités militaires et ecclésiastiques et les officiels siamois se côtoient. Il porte, de par la volonté de Monseigneur Vey, le nom d’hôpital « Saint Louis », une référence à notre grand roi, grand pourfendeur de juifs et de musulmans, qui dut peut-être faire grincer des dents les officiels barbichus du gouvernement français ? Cette cérémonie dont nous n’avons pas trouvé ni traces ni photographies, dut être suave ?


L’hôpital existe toujours et prospère depuis plus d’un siècle sous la gestion des mêmes religieuses qui affirment une gestion sans but lucratif : « Where there is mercy, there is God » (6).

 

st-louis-hospital-bangkok-thailand

 

Du côté catholique, il s’agit tout simplement de remplir la mission « divine » de l’Eglise. Les trois vertus théologales sont « la foi, l’espérance et la charité ».

 

vertus

 

A cette époque où les relations politiques entre le Siam et la France sont détestables seuls les missionnaires, avec modestie, en s’adonnant à des œuvres charitables – notamment dans le domaine de la médecine et de l’enseignement – appréciées par les moines bouddhistes eux-mêmes, tissèrent le fil d’une profonde estime réciproque, toujours sensible aujourd’hui (7).


Du côté français, ou tout au moins du côté des autorités françaises, cette situation est singulière : Nous sommes entre 1895 et 1899. La république est depuis sa proclamation ouvertement hostile à la religion catholique, « le cléricalisme, c’est l’ennemi » a hurlé Gambetta quelques années auparavant.

 

cleri

 

La législation anticléricale a commencé en 1880 et ne fera que croître et embellir. Par mesure de sureté, la république exilera en 1886 tous les prétendants au trône, royalistes ou bonapartistes, qui la font trembler. Les catholiques français le rendent à la république avec usure, ils sont dans leur immense majorité hostile au régime et plus encore l’armée et plus encore au sein de l’armée, la marine. La politique de « ralliement » préconisée par le Pape Léon XIII fut considérée avec effarement par les catholiques français à l’époque. L’affaire Dreyfus a éclaté en 1894 et coupera pour longtemps la France en deux. Or, hostile à la religion à l’intérieur, la république agit en sens exactement le contraire à l’extérieur.


Si les autorités françaises ont donné 250.000 francs à Monseigneur Vey, directement ou indirectement (éventuellement en lésant les victimes des Siamois qui attendaient leur indemnisation), peut-on évaluer cette somme en 2014, heure à laquelle nous écrivons ? Comparaison bien aléatoire mais puisque nous sommes chez les cléricaux, restons-y. En 1895, un exemplaire du quotidien « la Croix » vaut 5 centimes (de franc),

 

5 cts

 

aujourd’hui, 1,50 euros c’est-à-dire presque 10 francs c’est-à-dire 200 fois plus. 250.000 francs, cela ferait donc 5 millions de francs c’est-à-dire approximativement 750.000 euros. Et pourtant ce royal cadeau de la république anticléricale à une œuvre entièrement et totalement cléricale ne paraît avoir suscité aucune réaction dans la presse de cette époque.


Etrange paradoxe dont les raisons profondes nous échappent.


Les éléments nécessaires à l’écriture de cet article nous ont été fournis par notre ami doctorant de Bangkok, Rippawat Chirapong. Qu’il en soit remercié.

 

___________________________________________________________________________

 

(1) Le journal fut fondé par William Alfred Tilleke alias Phya Arthakam (1860 – 1917),

Juriste originaire de Ceylan, arrivé en 1890 au Siam, il se rendit célèbre (en pleine époque de pression coloniale française) en obtenant l’acquittement devant la juridiction consulaire française d’un fonctionnaire siamois accusé d’avoir assassiné un Français. Il fut le premier quotidien siamois en anglais.

 

(2) Bonne question évidemment : si l’on en croit l’ « Almanach de Gotha » en sa partie administrative (il n’y a pas de chiffres pour les années précédentes, il y avait en 1906 enregistrés au Siam, 7 Français, 30 en 1907, 200 en 1908, autant en 1909 et autant en 1910. En ce qui concerne les « protégés » proprement dits, il faut probablement ajouter deux zéros à ces chiffres ?

 

(3) « La France et le Siam, nos relations de 1662 à 1903 », 1903  page 26. On croit rêver ! Charles Lemire est à l’époque « résident honoraire de France » à Bangkok et il est difficile de penser qu’il écrivait des fariboles ? L’indemnité allouée à la France par le traité de 1893 était destinée à indemniser les victimes des « exactions » siamoises. Si une partie de ces trois millions a été utilisée à une autre fin, c’est un détournement patent des deniers publics. Pour lui encore (loc.cit. page 12), il y a au Siam « un million de protégés », potentiels évidemment, ce qui aurait alors justifié de la construction non pas d’un hôpital financé sur des fonds publics mais de plusieurs dizaines ?


(4) Monseigneur VEY est né dans le petit village d'Araules (Haute Loire) le 6 janvier 1840. D’une famille de paysans profondément chrétiens, il fit ses premières études, brillantes, au petit séminaire de Monistrol dans le diocèse du Puy-en Velay. Il fut admis en 1862 au séminaire des missions étrangères de Paris. Il fut ordonné le 10 juin 1865 et arrive le 14 juillet suivant au Siam. Il y est accueilli par Monseigneur Dupond, successeur de Monseigneur Pallegoix. Il consacre les première années tout autant à son apostolat qu’à l’étude du siamois et du pali. C’est à lui que nous devons une édition en 1896 du dictionnaire de Monseigneur Pallegoix. (notre article A 58). Il succède à Monseigneur Dupond en 1875 comme vicaire apostolique du Siam et évêque in partibus de Geraza. Entretenant d’excellents rapports avec les autorités siamoises,  c’est très probablement à son instigation, en 1893, que Pavie renonça à faire bombarder Bangkok comme le lui suggéraient les belliqueux capitaines de l’armada française et choisit une solution négociée.

Sur ce prélat, voir :

« A sketch of bischop Vey’s life » in journal de la Siam society de 1910- I, pages 1069 s)

« The great role of Jean-Louis Vey, apostolic vicar of Siam (1875-1909) in the church history of Thailand during the reformation period of King Rama V, the great » par  SURACHAI CHUMSRIPHAN,  Rome 1990 - Dissertatio ad Doctoratum in Facultate Historiae Ecclesiasticae - Pontificiae Universitatis Gregorianae.

 

(5) L’ordre des sœurs de Saint Paul de Chartes, fondé en 1696, est le premier ordre féminin missionnaire. Fort de 4.000 religieuses dont plus d’un millier au Vietnam, l’ordre a présentement perdu sa suprématie française, La supérieure générale, la révérende mère Myriam de Saint-Paul Kitcharoen, est d’ailleurs thaïe (voir le site officiel de l’Ordre http://www.stpaulrome.com).


supérieure 

(6) Site Internet

http://www.saintlouis.or.th/main_page.php               

 

(7) Courrier de notre ami Rippawat du 20 janvier 2014. La qualité de l'oeuvre des religieuses explique probablement qu'elles ont eu moins que d'autres oeuvres missionnaires à souffrir de l'instauration  du régime communiste en 1975 : voir le site

http://belleindochine.free.fr/Chartres.htm


 

 

 

 

 

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